ÉTAT PRÉSENT DE LA PROPRIÉTÉ EN POLOGNE
» chiourme qui me tiennent enchaîné jour et nuit à ma » galère de propriétaire ?»
Eh quoi ! ce malheureux, livré en otage ati fisc et à ses créanciers, tant qu'il lui reste un recours contre le séquestre, ce père lamentable, qui ne peut pafe même enseigner d'autre gagne-pain à la progéniture de ses soucis, laisserait en patrimoine à ses enfants son métier de locataire sous prise de corps? Peut-être, s'il n'a qu'un fils plus courageux et surtout plus retors que lui ; mais s'il a plusieurs héritiers, s'il en a huit ou dix, ce qui est fréquent dans un pays encore inaccessible à la science de Malthus ? si son Eve lui inflige des filles, dont la moindre dot escomptée sur hypothèque achèvera d'épuiser son crédit? Évidemment l'hérédité n'est plus qu'un déloyal mensonge attaché à une propriété pareille, et bien indigne du nom de père est celui qui n'aura pas imagine de son vivant un autre patrimoine pour les victimes de ses amours adamiques !
On cxMiçoit que cette peinture de la propriété foncière par elle-même exagère un peu lés supplices auxquels elle a souscrit en abandonnant les glorieux périls de la révolution, et que, commandée pour fléchir la barbarie fiscale du gouvernement russe, elle taise un peu les compensations accordées à son abaissement ; mais il n'en ressort pas moins qu'à quelques exceptions près, la propriété foncière est insolvable dans toute l'étendue de la Pologne russe; qu'elle s'y trouve en pleine et incurable faillite ; qu'elle est incapable de faire face, pendant une génération de plus, à la moitié des chaînes qui l'accablent; donc qu'elle est facOement rachetable pour la faible rente viagère dont ses restes; après Uquidation complète, représenteraient encore le capital. C'était bien la peine d'asservir les communes et d'étouffer tous les ressorts civilisateurs et promoteurs de la République sous un poids qu'aujourd'hui emporte le premier usurier venu ! Qu'a donc gagné le patriotisme spécu^
866 PR LA NATIONALITÉ POLOMAIftE,
lateur et propriétaire a passer de TeHliination insurrectionnelle sous le tarif des démemhreurs? E»t-cc que jamais rimpôt d'une guerre, une fois pour toutes vielorieuse à force de sacrifices, l'aurait autant grevé et discrédité qu'un demi* «iècle de paix dans la servitude? Ëst-(*e que la liquidation faite par le triomphe des kmietz et la restauration communale lui aurait été moiils favorable que la vente prochaine de tels débris aux enchères, à supposer même que la confiscation pour velléités de repentir lui laisse beaucoup de ces débris à vendre ? Déplorable arithmétique de la sagesse, de l'économie et de la modération !
Mais le comble de T^Treur, ce serait de se figurer que cette liquidation par tiuissiers et commissaires prisears, équivaudra [K)ur les tenanciers au rachat des titres du propriétaire par la commune, laquelle se trouverait ainsi réintégrée dans son ancienne souveraineté économique, tout en conservant un administrateur expérimenté, rémunéré au taux de son uiérito. La spoliation des maîtres actuels du dominium, sous le régime étranger, ne saurait jamieiis profiter à la civilisation, ni même au bien-être le plus grossier des cultivateurs. (Jin dirait que, dans sa colère miséricordieuse contre la nationalité polonaise, Dieu ne lui a réservé qu'une îssMe triomphale; c'est la malédiction dont il a frapi)é le génie économique des oppresseurs, c'est le monopole des {réformes qu'il a réservé aux propres expiations militante)! de son peuple.
Nous avons déjà expliqué \)ow quelles raisons le même aervage de la glèbe, qui seul donne des soldats à l'autocratie russe, seul aussi en prive la démocratie polonaise, cl par cela même pourquoi l'aflranchissement réel des serfs dissoudrait aussi infailliblement l'empire des Tsars, quil restaurerait la république de Pologne. C'est dire autrement encore que la Pologne ne peut être redimocratisée que par une révolution victorieuse, et que tout œ qui s'y fait ou s'y