RÉCAPITULATION
venu, tout en modifiant et en aggravant sa forme, sous prétexte d'émancipation. C'est sous bénéfice de cette explication qu'a été accueilli l'avertissement récemment répmdu en Pologne, pour que, dans toute l'étendue du royaume^ la conversion des corvées manuelles en rente de fermage soit accomplie dans l'espace de trois ans. Mais ne sait-on pas déjà que, si cette conversion était partout commercialement praticable, ce serait dans les seigneuries les plus avides et les plus oppressives qu'elle aurait le plus tôt acquis force de loi ?
Ce n'est pas non plus l'expropriation de ces seigneurs usés par des seigneurs neufs, bénéficiers, acquéreurs, fermiers ou régisseurs de l'autocratie, qui allégera les charges et ennoblira l'âme des paysans. Par corvées ou par huissiers, les pauvres maudits ne feront qu'enfoncer davantage sous terre, à chaque foulure nouvelle imprimée à ce sol héréditairement trempé de leurs sueurs et fumé de leurs ossements. De ce côté donc, la servitude progressive des tenanciers paraît encore mieux réglée sous la domination russe que sous celle de la Prusse et de l'Autriche. En revanche, les intérêts et la nature même de l'autocratie tsarienne y permettent à la gmina léchite une vitalité clandestine, qui n'a pu résister à l'action dissolvante du régime germa^ nique. C'est la raison secrète, instinctive, pour laquelle le patriotisme polonais s'accommode encore mieux de la tyrannie atroce, mais purement eompressive des tsars, que de l'économie délétère ou pulvérisante de la civilisation allemande. Si, en effet, pour terminer cette histoire de la commune agricole en Pologne, on en rapproche les deux termes extrêmes, il est impossible de ne pas être frappé du peu de déformation qu'elle a subi en principe à travers mille années de révolutions, tantôt ascendantes jusqu'au plus radieux idéal de la démocratie complète et triomphante,
tantôt rétrogrades, jusqu'au niveau de la gmina moscovite.
A7A DE LA NâTiOllilLlTà POLONAISE.
Au point (le départ, communauté de possession et de tniYail, sous là providence du domaine sacrée que garde la 9tatue de- Jesse, de l'Etre qui fait tout exister, et qu'adroi-^ nfetrent ses prêtres. Dans la période de développonent, rayonnement et ascension iilimitésde la gmioa ; dégagement feeultaUf , mais non pas isolement de rindividu ; par conséquenty particularisation des possessions lécbites, mais ina- Hétiable cœnmunauté du fonds sous la tutelle du dominium, qu'admii^strenl tantôt les prêtres du Christ latin, tantôt une magistrature royale, tantôt une magistrature nommée an suifrage universel des viétzas. Dans les communes de con-^ vention cbevaleresque , dans les coUmies léchites, sop* pression du dominiutn matériel, cette tentation perpétuelle des convoitises patriciennes , Hiai» obligation morale pour les élus de la fortune de le représetiter iidèlement vi8*à-vis des pupilles de leur aînesse fraternelle. . Aujourd'hui, lisez Tenquête de 1850 : toujours la même communauté du fonds, encore la même pàrticularisatidn du travail et de ses fruits, mais conversion du dominîum eo agence de rançon, de mallôte et de hranka (recrutement); métamorphose de lantique providence socide en pompe épuisante au service du Tsar et des usuriers : pdr conséquent, rétrogradation du kmietz a la vie végétative dé Tépoqûe païenne^ mais sans la quiétude et la liberté dé cet âge arcadien.
Cependant, ôtez le Tsar et les usuriers ) restituée au do* jninium sa faculté tutélaire^ en l'affranchissant de ses créanciers et de ses rançonneurs; restituez aui^ kmiet2 Tinépuisable richesse de leur commun patrimoine, avec la faculté de s'en distribuer librement les fruits par le travail ; puis écartez l'abominable échafaudage des. démembrements, et sous les décombres de chaque gmina, vous retrouverez la statue de Jesse, inébranlable depuis mille ans sur son socle, armée d'ailes par le baptême, mais tendant, comme il y a
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mille ans, ses mamelles inépuisables à son ^temetle postërifé.
C'est enfin le cas de réduire à quelquin« mots l'analysé l*t la synthèse de la puissance polonaise. ' 1* C'est la confédération des gminas dccidentalc^ de la Slavie qéi a formé les cinq grandes tribus slaves de cette légion; pui« c'est Tagrégatioft de ces grdupes de gtninas qui a érigé la nationalité et TÉtat de Pologne,
** C'est rasservissement et TimmobBisation de la gminal par les forces mêmes dégagées de son Sein, qui ont, en premier lieu, comprimé la fécondité de la nation entière, arrêté son essor et désarmé l'État. Mais comprimer, arrêter, désarmer, n'est pas détruire, et dès que la cause de compression et de désarmement s'est usée, ce qui a gardé puissance de vie reprend aussi sa voie naturelle de développennent.
3" Les démembrements géographiques qui sont venus continuer l'œuvre et prolonger k période de cette déformation sociale, ne concluent donc à rien, tant que la molécule organique, tant que le microcosme de la république dans la gmina subsiste à quelque état rudimentaire et à quelque degré de vitalité que ce soit.
C'est-à-dire que jusqu'à ce que la tyrannie étrangère ait incurablement altéré cet élément constitutif de la société po-léchite, tous les cadastres territoriaux qu'elle aura fait subir au domaine de la nation polonaise n'auront qu'une signification conventionnelle et provisoire, reconnue seulement dans l'histoire , la géographie et la diplomatie des congrès. A ce point de vue, c'est sous la domination allemande, et particulièrement sous le régime prussien, qu'il y a péril en la demeure.
4" « La restauration de la Pologne » veut donc dire à la fois, et inséparablement : rétablissement de son unité géographique, et recomposition homogène de sa société par la
démocratie eommiinale, Tune ne pouvant pas plus se concevoir sans Tautre, que séparément Tune des deux mesures du même polyèdre.
5* Et toute forme gouvernementale n'étant que le signe représentatif d*une définition préexistante, à la fois sociale et géographique , la constitution à venir de la Pologne est rigoureusement déterminée par les nécessités déjà connues de sa nationalité et de son économie. Ce sont les dévelop^ pements de ce dernier corollaire qui feront l'objet des deux chapitres suivants.