‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 53 sur 80 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ht naUoaalité polonaise à riatériear. — Dédactions de sod histoira aa profil des opinions actaelles. — 'Sar trois opinions apparentes, ose seule est admissible. — Impossibilité de la monarehie en Pologne. — Caractère de la dictature en Pologne. -* Pourquoi les usurpaUons de pouvoir politique sont inconnues dans ce pays , et la tyrannie étrangère y est seule possible? — Illusions de la démocratie pacifique et propriétaire dans la Pologne actuelle. — La démocratie triomphante et absolue comme conditioo de la tmissance et de l'intégrité de l'État. -^ La démocratie militante n'est qu*un mode particulier de la précédente.— Identité.de la démocratie et du patriotisme en Pologne. — L'émigration comme ambassade permanente de la République de Pologne auprès de Thumanité.

Nous chercherons à résoudre, dans ce chapitre, tous les problèmes de sociabilité et de gouvernement que les dix siècles d'antécédents, retracés dans ce qui précède, ont légués à rintelligence et aux épreuves de notre génération. A cet effet, renonçant à tout mérite d'invention et d'originalité , nous procéderons comme les plus sages de nos aïeux, les législateurs de Vislitza; c'est-à-dire que nous nous bornerdns à récapituler les lois de formation que ces mille années de croissance, de dissolution et de renaissance ont consacrées , et de chacune d'elles nous déduirons la maxime (\u\ correspond aux inéluctables nécessités de la situation actuelle. Dussions-nous ne dresser ainsi qu'une table des matières fastidieuse et superflue du chapitre précédent, nous nous en tiendrons à cette méthode d'examen, afin d'écarter tout soupçon d'idées préconçues et de théories toutes faites par les passions de parti. Nous sommes persuadés que les futurs constituants de la Pologne euxmêmes chercheront en vain , pour se guider, une autre formule de déductions; car ce n'est évidemînent qu'avec ce qui existe depuis des siècles, et donne force de persévérance à la nationalité polonaise, malgré tous ses démembrements

conventionnels, que Ton rétablira une puissance à la fois identique et nouvelle. Or, nous avons vu que la genèse de l'économie léchite a transmis à ses développements ultérieurs deux fonctions qui reparaissent, sous l'aspect de deux difWrCntes couches sociales, à Iravers tous les naufrages de pette nationalité : IMô fpnd perpétuel el générateur de la iiitioii, c'esl^s-dire les n^asises réparties en communes agricoles ; 2* le contingent mobilisé de ces masses, pensant el agissant pour elles par une sorte 4e procuration tacite ; c'est 06tondr6À|UMtrequeron appelle, en Occident, par analogie apj>roximatfve, la noblesse polonaise. La vie collective des masses ruraleç s'étaijt arrêtée àjia commune, à la gromada, toutes leurs manifestations nationales se sont accomplies par )'6ntr(àmi$e de leur élite, autrefois équestre, aujourd'hui lettrée, mais to^ijours fort nombreuse et issue de la pppulation indigène, san$ autre jsolution de; cpntinuité que I9 degré de lainières et d'initia^ve qui distinguait ces (}eu¥ étages de la même société, y histoire nous démontre en nffet qpe ce n'a jamaiip été, commp dans Téconomie jscindée par la féodalité, 4^ux personnages différents, mais 1q mèniQ ê(re observé a des hauteurs différentes de son Qscçnsion facultative.

Supprimez donc en pensée l'ignorance et la misère des masses agricol^s, ^t elles se confondent sans secousse ni étonn^ment av^c l'ordre équestre ; alors les deux éléments constitutifs de la société polnnoise se réduisent à un seul, et l'antique gmin(H)ladnost slave reprend ses allures normales, Sjeqlement retrempées, ^s^^inies dans le milieu général et supérieur de notre siècle, . .

Quant !)Mx exorpjssancpsarisl^craiiqiies auxquaUes, dans \^ période <le d|éca(lpqce, Jp séparation seule de ces (teuK éh)({ps ^ fait, entre ceux-pj, une place héréditaire m«is indue, pl|es disparaissent «vec leur raii^n d'êtra toute négative, puisque c'est unis sinécure qu'elle^ n'ont n) gagnée, ni t?Qf)qHisÇ} n^aK surpris^ p^nd^t )o isonmeil ^t l'ab^nce

DERMteB PORHE DE l'oRDRE ÉQUB8TRE. &7&

Mentale de là nation, sans plus de droit que de fortie pour s'y maintenir.

Diminuez seulement l'ignorance et k misère des masses agricoles , et vous étendez d'autant ie cercle de l'ordre équestre; d'autant vous affranchissez les communes de l'absorption aristocratique et rapprochez la Pologne de l'état de liberté et de puissance qui fit de cette république l'égid» de l'Europe aux xiv% ïv^ et ivi^ »ièctes. Augmentez l'igno- Fonce et ia misère des masses agricoles, et par cela même vous augmentes la masse des esclaves économiques, vous^ désanoblissez et expropriez les générations, vous substitues' une aristocratie territoriale à l'ordre équestre, vous convertissez la commune slave en propriété dynastique, vousf tarissez toutes 1^ sources de la vie politique en t^ologne. C'est,- en ellfet, ce qui est arrivé progressivement dès le XVII* siècle et a émoussé le sentiment national, au point dé lui ôter tou« ses sens de résistance, soit contre l'étranger tui-mâipe, soit contre la fausse royauté et la fausse noblesse qui s'offrirent à l'étranger pour instruments de domination. Mais, parvenue de nos jour^ aux dernières limites de sa malfeisanoe et devenue complètement inutile aux démembpeups externes, cette superfétation n'est plus que rouille, que détritus, et laisse de nouveau ces derniers seuls en face de l'indestructible et perpétuel organisme de la société po»* lonaise^ c'est-à-dire en face des masses rurales et de ce qui s'en dégage sous forme pensante et militante.

Cette élite, cette distillation inépuisable des populations polonaises, se produit en quantité qui dépend exactement de la température à laquelle celles-ci sont chauffées, spit par leur propre fermentation, soit par cet in^bitrairp soleil des révolutions occidentales, dont nulle frontière convention*^ nelle ne saurait interceplerie rayonnement^ ni aucun calcut gouverner les librations. Cette élite ainsi distillée des masseï» a coûsair^,4âns le purgatoire actuel, toutes ses attributions

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magistrales et militantes d^autrefois ; seulement, au lieu de remplir son mandat de Boppléance à la surface du pays, dans les armées et dans les assemblées de la République, elle va Taccomplir moitié dans Tapostdat des catacombes de TAltaï, de TOural et du Caucase, moitié dans une ambassade universelle de protestation contre l'asservissement de ses commettants.

C'est cette délégation annibalique et perpétuelle des griefs polonais qui, échappée sous le nom d'émigration polonaise à travers tous les étouffoirs, et iMravant stoïquement lassitudes et cécité, court le monde en tenant un débris d'épée dans une main et dans l'autre un fanal allumé à l'incendie de ses foyers.

Cette émigration n'est donc que la partie sans cesse volatilisée de Tordre équestre, et comme une représentation, au second degré , des multitudes polonaises elles-mêmes. Condensée et remise à cheval, elle devient immédiatement l'ordre équestre tout net , c'est-à-dire la force le plus tôt mobilisée et maniable de la nation entière, comme au temps où les grodê et les gminas envoyaient leurs cavaliers les mieux montés , soit en avant-garde de la pospolUe contre les Tatars, soit au rendez- vous des diètes et des confédérations. Les formes seules et les évolutions de cette délégation militante et parlementaire ont changé ; mais ses droits et ses pouvoirs représentatifs, restés immuables, ne pourront être abrogés que par l'abrogation historique de la nationalité polonaise elle-même. Quant à son mandat, elle le tient de l'imprescriptible formule des élections léchites : consentement, par acclamation, des majorités à tout ce que les minorités confédérées ont besoin de pouvoir pour accomplir un acte de salut public ; initiative facultative, mais fidèlement restituée en sacrifices et en dévouement civique, c'est-à-dire rigoureuse équivalence entre ce que Ton prend et ce que l'on donne à la cité ou à la patrie, avec toute

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invitation d'ailleurs, au petit nombre, de se mettre à la place de tout le monde. C'est ce qui explique comment, à la faveur même des plus grands défauts de ce régime, l'arbitraire individuel y est resté complètement impossible, et celui des minorités initiatrices constamment effacé par une initiative nouvelle. Mais, d^ une autre part, il en résulte de temps immémorial, comme deux histoires parallèles et conformes de ce peuple, dont une seule, consultable et responsable : c'était autrefois l/histoire de la vie végétative et close des communes , à 4Aié des éloquentes annales de l'ordre équestre ; aujourd'hui, c'est le martyre silencieux et passif du pays, à côté du bruyant tribunal de l'émigration. La nation et l'émigration polonaises n'étant de la sorte, comme jadis les kmietz et les léchites, qu'une double et diverse manifestation de la même volonté, on n'a qu'à interroger la plus libre des deux pour savoir avec certitude ce qui se réveillera immédiatement dans l'autre, dès qu'elles seront replacées en contact.

Aussi bien, Bohême inintelligible et compromettante pour la diplomatie toute routinière des cabinets , l'émigration polonaise n'en sera pas moins pour la postérité l'un des plus intéressants phénomènes internationaux du xi\^ siècle. Parmi toutes les émigrations politiques, que les impossibilités des traités de Vienne ont rendues inévitables, c'est non-seulement de beaucoup la plus nombreuse, mais aussi la seule qui soit parvenue à s'organiser pour un pèlerinage impassible et perpétuel à travers l'imprévu (^).

(*) L'histoire de l^émigratioii polonaise n'est pas écriie, et ne pourra Tètre qae lorsque cette nonciature apostolique et militante de la République de' Pologne aura accompli looie sa mission à travers les peuples. Ce qu'il importe d'observer, pour bien comprendre sa tâche actuelle, c'est sa fidélité volontaire ou non aux perpétuelles constitutions de la société polonaise. Partout où se rencontrent trois émigrés polonais , à Gonstaniinople , ou à San-Francisco, à Paris ou Melbourn'; , immédiatement ils se œnfédèrent sous le nom de kolo, de gmina ou de section;

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C'est bien Tâme immortelle de la Pologne tout entière, échappée de son sépulcre^ pour n'y retourner et n*y réveiller son corps qu'à l'heure du jugement dernier des nations. Alimentée sans fin par la dime des générations opprimées, elle ne f^it que pantographier en tt*atts vigoureux et positifs les pâles et timides rêves de la patrie ; aussi jams|ii$ ambassade» ni parlement quelconques, n'ont^ilsplus légalement représenté un peuple, ni plus fidèlement exprimé se^ aspirations. Ceux donc queibnt hésiter, dans leur concours ^ la résurrection de la Pologne , leur i^orance des penchants futurs de son gouvernement, de son éconooiie intérieure et de sa politique internationale, n'ont qu'à )ire tQut pela idâQs la bulletin constanunent ouvert de son émi* gration. Biea entendu qu'une pareille enquête ne peut être profitable qu'aux esprits supérieurs qui.savenl pénétrer i travers les symboles jusqu'à la réalité, et pour lesquels le présent n'est ainsi que l'échafaudage éphémère des durables monuments du lendemain.

A ces esprits-là, peu importe que, comme ses commettants eux-mêmes, l'émigration représentative de la Pologne soif; sollicitée vers trois modes de restauration différents, et et) apparence inconciliables, pourvu qu'en définitive, suivant la loi statique des corps en mouvement, elle ne

souvent (lans des camps d^opinions réputées opposées, mais toujours d'après les mêm^'s principes au fond et comme deux armées qui même pour se combattre, sont forcées d^adopter la même discipline, les mêmes évolutions, les mêmes procédés de tactique. Cette fndestnictible vitalité de la gmino-vladnoitt des Polonais dans le moindre fragment de leur société, cette i^rpiétuité à la fois agrfSgeante et rayonnante de /«tir ordre dans le désordre p§r tous les temps, en tout état d£ fortune et sous quelque latitu4e fllt globe qu^ ce soit, est tellement inhérente à leur génie national, gué peux-1^ fpême des émigirés qui prétiendeot combattre I4 dénocratit commç èlv^gkve k la na|;ure polonaise, sont réduits k se servir constaiB- |pet)t 4^ ses armies et de ses codes, comme sous le régime de la féodalité, ces barons qui , pour nier et abattre la royauté, commençaieut par ae praii:laQ)er rois ei^x-rmêmes.

DE LA HOHÀIICHIE EH POLOGHIB. 879

puisse en adopter q4run senl. Ces observateurs-là n'eft

diront pas plus pour cela de la Pologne, qu'elle est ingoli*

vernable, qu'ils ne le diraient d'un vaisseau , parce que

celui-ci n'aurait pas à la fois le vent arrière , la quille

constamment dans le fil d'un courant, et la forme exacte

d'un requin. Ainsi notre nation, et par cela même notre

émigration , paraissent , à certains égards , sollicitées par

les attractions gouvernementales, sociales et politiques,

que symbolise le royalisine; mais, en examinait de près

cette impulsion , on reconnaît tout de suite que, si parfois

les Polonais ont l'air d'y céder, ce n'est que par poli-

f tasse de voisinage , et comme pour ne pas parler polonais

\ dans un salon de dames allemandes ou françaises. Le

royalisme, en effet, et tout ce qui s'en suit, supposent au

moins une tradition dynastique, larpielle s'est complètement

\ (éteinte en Pologne avec le dernier Jagellon, il y a de cela

i deux cent quatre-vingt-deux ans. Encore cette dynastie^

regrettée et honorée des meilleurs républicains, ne fut-elle

\ qu'un héritage de tolérance, comme celui de certaines in-

I dustries, et cette royauté, qu'une maîtrise de cérémonie ne

i comportant aucun véritable attribut régalien.

Nous avons vu , dans* je chapitre précédent , que le fond ethnologique et économique, qu'implique la royauté sérieuse, n'existe pas plus en Pologne que cette forme de gouvernement elle-même. Il ne peut s'y trouver matière ni à la royauté légitime et héréditaire, puisqu'il n'y a pas de qoblesse de conquête, et partant pas de base sociale pour la majesté dynastique ; ni moins enoore à la royauté par«* lementaire, faute de bourgeoisie nationale. Imposer aux Polonais cette façon d'autorité, parce qu'elle a plus ou moins réussi aux États ethnographiquement hiérarchisés, c'est coa^me si l'on voulait mettre la Francerau régime des man« darins^ sous prétexte qu'il n'y a point de gouvernement possiblo m Chine sans mandarins,, ou bien remédier aui^

inconvénients de la démocratie américaine par une prodamation verbale d'état de siège, de F Atlantique au Pacifique. En outre, la raison péremptoire qui, depuis la sommation du duc de Brunswick^ rend la France ingouvernable par la branche ainée des Bourbons, rend en Pologne toute espèce de monarchie incompatible avec Tindépendance nationale. Aussi bien, nous venons de remarquer que la royauté a eu la mauvaise chance de n'y devenir intelligible que dans la période de décadence et comme le plus actif agent de cette décadence, puisque les trois cours du Nord ne se sont avisées d'introniser la dynastie de Saxe dans ce pays qu'au xvni* siècle, lorsque, faute d'alimentation dans les masses, la République avait cessé de fonctionner, et leur devenait déjà pâture à démembrement. Portée par la confédération de Tarngrod en 1715«1717, une dernière protestation de la démocratie défaillante contre ce régime de sépulture, ajourna de deux règnes encore l'abdication officielle de Tordre équestre; mais ce régime, monté sur une aristo* cratie de parvenus, prit sa revanche sous l'éperon de Catherine II, et l'élévation de Stanislas-Auguste Pôniatowski ne fut, pour la Pologne, qu'un arrêt irrévocable de défaite. Que peut, en effet, signifier pour tout Polonais et pour la symbolique de l'histoire ce trône sur lequel une tsarine met son amant, et les Czartory ski, complaisants de cette tsarine, leur neveu, quand l'amant et le neveu n'est plus jugé bon à autre chose? Quelles réflexions doivent inspirer à la génération actuelle ces réformes monarchiques infligées à ses pères par l'étranger, comme une insulte méritée et unehontedont meurent immédiatement les empires? Qu'estce qu'une royauté et une aristocratie qui, sous prétexte de discipliner la liberté, amènent sur l'agonie de la patrie tons les fléaux que la plus imparfaite démocratie avait su épargner à son enfance, et qui, aux premiers cris d'indignation poussés contre leur félonie, s'estiment assez peu elles-

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