DE LA MONABCHIE EN POLOGNE
mêmes pour se vendre toutes deux aux démembreurs, leur royaume y compris, moyennant les dépouilles privées des récalcitrants ?
Et c'est là le régime que Ton offrirait comme levier de résurrection à la nation troquée et ensevelie parce régime? Est-ce avec les proxénètes des tsarines et les favoris des tsars , que Ton inventerait une aristocratie à la Pologne renaissante, pour en doubler une dynastie historique ; ou bien est-ce avec leur domesticité que Ton improviserait une bourgeoisie libérale, pour asseoir dessus une monarchie parlementaire? Choisissez; à moins que vous ne comptiez pour une troisième espèce de royauté, que Ton appellerait diphmaiique^ un prince étranger intronisé et soutenu par des baïonnettes étrangères, veillé et gardé sans relâche par toutes les puissances, comme la papauté et les Dardanelles.
Mais avant 4e vous prononcer entre ces trois modes de restauration, veuillez prévoir :
1*" Qu'un trône dressé en Pologne par ce dernier procédé, n'étant qu'une vaine et fastidieuse répétition de l'essai déjà tenté au xvm* siècle par les trois cours du Nord, en faveur de la dynastie de Saxe, ce replâb*age aboutirait nécessairement aux mêmes résultats : savoir à une guerre civile, réprimée par un nouveau démembrement. Quel avantage, d'ailleurs, à y mettre à tant de frais un seul roi étranger » à la place des trois qui , sans demander autre chose que de s'entr'aimer tranquillement, s'y entendent comme un seul, depuis qu'ils y sont? Enfm, une objection décisive contre tout gouvernement polonais qui, une fois installé, continuerait de recourir à une assistance extérieure, fût* ce à la plus bienveillante et à la moins impérieuse, c'est que ce ne serait plus l'Occident gardé par la Pologne, mais la Pologne gardée par l'Occident, c'est-à-dire les rôles réciproques de sentinelle et d'armée intervertis; or, cette
HS tm LA HATIOrfALITt MO-OIIAISE.
Pologne de luxe aurait bien vite ruiné et lassé ses protecleurs.
2* Qu'une dynastie féodale, insé()arable cl 'une ûrislocratie fëodale, n'esl possible qu'à la coadàtion-dâ cacher leur origine tommune dam ta nuil des temps. La nation donc, qui n'a pas trouvé le temps de s'élaborer l'une et l'autre pendant huit cents ans, ne se les improvisera certainement pas à Id lumière de son neuvième siècle d'existence.
d* Qu'une monarchie parleinentaire suppose absolument une société à deul étages au moins, afin que la couronne n'ait pas à parlementer avec tout le monde, ce qui serait diimérique. Il est, en outre, absolument nécessaire que l'él&KB parlementant de cette société soit un atelier corporatif et res{ionsable de richesse, pour qu'il puisse fournir â la couronne, avec une probité comuierciate, les moywis de satisfaire sans défaut au contrat mutuel. Il y faut donc, poor parler crûment^ une noblesse de spéculation et d'exploitation, cautionnant une royauté, conditionnelle et révocable, laquelle, au fond, n'est qu'aiie gérance d'affatr^s qui ne regardent que les actionnaires de l'Ëlat. La bourgeoisie de l'Occident et de l'Allemagne paraît un milieu promis de temps immémorial aux monarchies de cotte nature, et si celles-ci n'ont pas su mieux s'y installer et s'y maintenir, depuis que cette bourgeoisie a hérité de la féodalité, c'est qu'apparemment elles ont manqué de loyauté arithmétique.
Mais rien de pareil n'a jamais existé et n'existera dans l'économie des sociétés slaves, parce que nulle richesse ne peut s'y produire et se constituer comme ptrissance distinrle, en dehors de la commune rurale, de laquelle tout rii>i>iiiieet à laquelle tout retourne, Toutceqoi, en Pologne, n'i'^<i pus la commune agricole, n'en est que l'appendice, et »'3iir'iiit aucun prétexte de surgir par soi-même. Or en sortes ée ruches ne peuvent fonctionner et produire qoe
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soiis les verges du servage ou sous la loi de la fraternité, avec cet unique avertissement de la Providence que, dans le premier cas^ elles dépensent, pour la satiété de quelques ! parasites, les sueurs ravies au nécessaire et à la promotion ée mille citoyens. Quant à la fausse bourgeoisie qui, en [ majorité composée de Juifs et d- Allemands, s'est insi- \ nuée entre ces deux termes extrêmes de l'économie slave, ne pouvant vivre que des vices de celte économie, elle I ne supportera point Tépreuve de son assainissement, et ne I saurait servir de base à aucune espèce de gouvernement. i Pour toutes les nations steves, il. n'y a donc d'admis-
f fflUes que trois sortes de régimes, mais tous les troi^ diffé^ p Ptnt autatit de la royauté aristocratique que de Isi monarchie parlementaire y ce sont, et Thistoire entière de cette race If en fait foi ? la démocratie saine, la démocratie gâtée, et IS 9 tyrannie étrangère. C'est cette dernière que l'on y nomme, fr par erreur, la monarchie ; la seconde que, par ignorance, I on y intitule Varisîocratie ;, el la troisième, que Ton y appelle par dépit la démagogie. Ce n'est pourtant pas avec Terreur I, l'ignorance et le dépit qiie Ton changersl jamais l'essence des peuples et qu'on leur' appliquera des gouvernements de fantaisie. De ce qu'un organisme ft'est gâté, il ne faut conclure ni à sa malfaisance, ni à la possibilité de le remplacer par autre chose : il n'y a qu'à I le rétablir et. à l'élever à un degré supérieur d'énergie, en le purgeant de tout ce qui comprimait sa fécondité et le rendait méconnaissable. Ne lui administrez point la mort comme remède à l'atonie.
Du reste, on suppose à tort que la démocratie polonaise manque, en elle-même, d'antidotes contre ses écarts et ses aveuglements, puisque quatre cents ans d'existence toujours triomphante sous ce régime, au milieu des ténèbres et de la servitude qui couvraient le reste de l'Europe, sont là pour faire justice de ce préjugé. Il est manifeste, au con-
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traire, qu'une liberté aussi extraordinaire pour les siècles qu'elle a traversés, n'aurait point élevé et maintenu si longtemps, envers et contre tous, un empire d'un tiers plus vaste que la France, si elle n'avait été pourvue d'un tempérament exceptionnellement robuste et de recours également exceptionnels de salut» Nous avons vu, en effet, que, comme toutes les démocraties exposées aux glorieux périls de leur vocation militante, elle est restée constamment munie de l'égide dictatoriale. A chaque alarme sérieuse de tyrannie, d'invasion étrangère ou d'anarchie, l'élite inspirée de la nation se con fédérait; c'est-à-dire déposait temporairement tous ses droits et tous ses pouvoirs entre les mains d'un maréchal acclamé par cette ligue de salut public. Mais tellement religieux y fut de tout temps le culte de la liberté, si vigilantes aussi les mœurs de l'égalité, qu'aucun de ces maréchaux, bien que naturellement ambitieux chef de parti, ne songea à prolonger son autorité suprême d'un jour au delà du terme assigné à l'accomplissement de son mandat. On pourrait définir la nature entière de cette société par ce fait qu'elle eut le temps, durant huit siècles, de produire toutes les choses imaginables, exo>epté deux : un tyran et un régicide.
il arrivait souvent qu'après avoir eu à sa merci, pendant deux ou trois ans, toutes les épées, toutes les têtes et tous les trésors Àe la République, ce dictateur, rentré dans la foule ruiné et décrié, se trouvait réduit à intriguer obscurément dans les diétines, à plaider et à batailler, pendant le reste de ses jours, contre ses voisins, pour refaire sa fortune et s'adjuger quelque puérile prééminence de paroisse. Cependant cela ne lui interdisait nullement l'accès d'un second et d'un troisième maréchalat, tant l'ordre équestre était sûr de sa souveraineté et avait peu de précautions à prendre contre une usurpation inimaginable.
Encore plus redoutable à la démocratie, si elle avait eu