‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 55 sur 80 · DE LA DICTATURE EN POLOGNE · texte numérisé non relu

DE LA DICTATURE EN POLOGNE

l'esprit mal fait, aurait pu paraître ce pouvoir viager et d'investiture royale, qui, dans l'état perpétuel de guerre où se trouvait la république, faisait, des deux grands -générauœ ou connétables, les consuls inanioviblesde tout l'ordre équestre. Quelques-uns d'entre eux furent élus à plusieurs reprises maréchaux de confédération , sans que jamais l'idée d'un abus.impie de confiance ait ridé leur âme de héros. La République sauvée, ils rompaient çn deux leur bâton dictatorial, dans le cercle de la diète si le roi était confédéré, devant le trône s'il ne l'était pas; et la liberté publique reprenait son cours illimité et irrésistible^ comme les fleuves de la nature, un instant endigués pour les besoins de l'honune. Quant à la royauté, elle restait à côté et indépendante de ces moyens de salut, et le jour où l'étranger l'y fit violenunent entrer fut pour lès patriotes un avertissement que toutes les fonctions vitales de la Pologne allaient s'arrétçr. Les denx derniers dictateurs du réveil national, avant le premier et le troisième partage (Je ce pays, Pulawski et Kosçiuszko, furent acclamés par la nation, d'abord conune tous leurs prédécesseurs, en dehors de la royauté, puis, en outre, comme Ledpchowski, en 1715, contre la royauté; parce que, à partir d'Auguste II, le trône de Pologne ne fut plus qu'une ambassade étrangère, et ne pouvait plus être autre chose, après avoir violé toutes les constitutions et bravé toutes les protestations de la République.

Seulement cette dictature, toujours de circonstance, toujours précisée et surveillée par l'urgence même qui l'évoquait, gardait, hors de ses fonctions spéciales, une mansuétude, une innocuité qui la faisait complètement oublier dès qu'elle sortait d'exercice. Et pendant cet exercice lui-même, la soumission peu durable, mais entièrement volontaire de ses justiciables, donnait bien rarement Keu, même à la plus impérieuse autorité, de déployer de^ rigueura exceptionnelles. Tant il est \m que, politiquement, excepté

SOUS ia conquête étrangère, ce ne sont pas les despotes qui font les esclaves, niais les esclaves qui font les despotes. Aussi, n'est-ce que depuis que rac(îablement étranger eut fait contracter à la nature léchite quelques-unes des infirmités de l'esclavage, que ses anciens procédés dictatoriaux |iàrilrent insuffisants aux périls insurreclionnels qui invoquaient ce remède. En effet, le caractère national étant resté le même, niais émoussé 6t humilié, les plus vigoureuses persontialités , sollicitées et parvenues au pouvoir dictalorial dans ces crises de résurrection, n'osaient et ne savaient prendre d'autre allure que celle des anciens maréchaux de confédération. EHes oubliaient qu'elles n'avaient plus, polir seconder leur initiative et leur résolution su- |)r6mes, l'initiative et la résolution de leurs commettants. Confondant toujours, comnie cela avait eu lieu avec raison autrefois, la popularité et l'autorité, elles laissaient bienlôt choir, par des scrupules d'un autrfe temps, un fardeau que les masses ne savaient plus leur reprendre des mains.

De là, quelques cruelles déceptions, mais nul argument contre celte forme de salut elle-même ; car, de ce qu'il faut aujourd'hui se servir autrement d'une arme qu'autrefois, là concllisiôn n'est j;)as qu'une arme différente vaudrait mieux. Ce qu'il y li ft souhaiter à la dictature insurrectionnelle en Pologne, c'est que dorénavant elle comprenne la différence des saisons et des périls de la République ; c'est qu'elle se sente représenter aujourd'hui, non plus simplement uile mitiorîlé qui a raison, mais bien l'insécable et universelle souveraineté d'un peuple qui a raison fout entier, et qui l'a virtuellement chîargée de le prouver sous peine d'épouvantables désastres. L'institution en elle-même est tlonc restée infaillible, plus irifàillible même qu'au temps des confédérations, puisque sa responsabilité est infiniment plus grande, et que ses attributions se sont étendues à la mesure de cette resi)onsabilité. Il n'y a qu'à attendre que

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