DE LA DICTATURE EN POLOGNE
les nécessités nouvelles la douent d'une hardiesse qui eût été sans emploi dans la république triomphante, et que sa translation même dans une atmosphère plus difficile et plus orageuse finisse par la pourvoir d'ailes assez puissantes pour la lui faire traverser. Or, l'exercice seul du vol donné des ailefe véritables, et des aigles élevés en cage ne vaudront pas à la course même des oiseaux de bpsse-cour. C'est ce qiii expl4que Tincapacité dictatoriale de tous ces Polonais formés à Técôle de l'Empire, et que l'insurrection de novembre a vainement appelés au limon de son sauvetage; mais ce qui prouve combien l'institution elle-même est restée étrangère aux défauts de ses personnifications, c'est que celles-ci se sont montrées encore bien moins capables d'autre chose que de dictature , et qu*à- défaut de ce mode de géuvêrnement, nul autre n'a réussi, nul autre n'a même été sérieusement pratiqué.
Il serait peu sensé d'en inférer que nous condamnons la monarchie partout ailleurs comme institution universellement mauvaise; mais, à son tour, quiconque s'imagina qu'en t^ologne la meilleure nionarchie aurait, en temps d'insurrection surtout, plus d'autorité que là plus mauvaise dictature, celui-là perd son temps à chercher des rapporta entre deux forces d'une origine et d'une destination toul opposées. Le fait est qu'une vigoureuse et intègre dictature y fonctiohnera bien, et qu'une dictature bâtarde où défaillante y fonctionnera tnal; mais une monarchie, de quelque espèce qu'elle soit, n'y fonctiôilneru pas du toul. En mettant les choses au mieux, ce sera toujours Héni^i III pendant la Ligue -, Stanislas-Auguste dans la confédération de Bar, puis, en 1792 et en 1794; frédéric-Guillaumè IV, pendant les journées de mars 4848, tous trois princes d'infiniment d'esprit pourtant. La raison en est que la plus piètre dictature est encore de la démocratie en état de guerre, tandU que plus une monarchie est digne de soii investiture,
moins elle |)erînellra si la démocratie de se mettre en cet état -là.
En dépit de cette évidence, il règne dans le monde officiel de i*Occident, même le plus éclairé, une admiration irréfléchie pour tout empiétement monarchique sur les démocraties quelles qu'elles soient, et dans quelque situation qu'elles se trouvent. Au moins ce préjugé historique ne devrait-il protéger que les usurpations qui, tirées des forces et du génie propres des nations, introniseraient une puissante oppression à la place d*une fausse liberté. Mais lorsque, comme en Pologne, les attentats du royalisme n'ont su aboutir qu'au démembrement de l'État, n'est-il pas manifeste qu'ils n'ont jamais pu s'y faire accepter comme une force même illégale, et qu'ils n'y compteront jamais que pour un crime stérile et maudit ? Aussi avons-nous vu que les réformes monarchiquement libérales que les ministres du vassal de Catherine II prétendirent substituer au rétablissement de Tancienne gmino^ladnost^ n'ont pu mystifier que des observateurs lointains et tout à fait étrangers à la structure sociale delà Slavie. Non pas que ces réformes fussent sans mérite intrinsèque et que la nation en ait répudié l'essence; non pas même qu'il eût été facile au patriotisme le plus indépendant d'en décréter de plus économiquement radicales à une pareille époque et dans de pareilles circonstances; mais parce que, mêlées au poison du royalisme pour faire passer celui-ci, elles ont perdu toute leur vertu dans cet amalgame antipathique au tempérament polonais, et n'ont pu ni rendre le royalisme acceptable, ni elles-mêmes lui survivre. Tellement susceptible est là cons(dence des démocraties, même les plus viciées, et suspecte l'origine du bien que l'on prétend leur imposer. Il se trouva, en effet , à la confusion de tous les éloges sincères, mais inattenlifs, qui Jeur furent prodigués par le libéralisme occidental, que ces réformes laissaient le vrai,