‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 58 sur 80 · DÉMOCRATIE PACIFIQUE ET DÉMOCRATIE MILITANTE · texte numérisé non relu

DÉMOCRATIE PACIFIQUE ET DÉMOCRATIE MILITANTE

royauté légitime serait celle qui paierait ses dettes. A défaut de cet espoir, les monarchistes raisonnables de ce pays se contentent, depuis longtemps, du démembrement de Tancienne république, avec la garantie des baïonneltes russes, autrichiennes et prussiennes contre Tavénement d'une république nouvelle. C'est là ce qui constitue, en Pologne, le parti conservateur^ mais conservateur bien entendu de ses revenus et de ses loisirs sous régide étrangère, non pas d'une révolution royaliste, qui le dérangerait tout autant qu'une révolution républicaine.

Il est à espérer, dans l'intérêt de l'indépendance nationale, que, ruiné par les charges du mauvais marché auquel ses testateurs ont souscrit à Grodno, à Targovitza et dans les chancelleries héraldiques des trois partageurs de la Pologne; que, possédant ainsi chaque JQur moins de choses à conserver, ce patriciat fictif ne tardera pas à trouver superflues même lesdynasties conservatrices de Gottorp-Holsteip, de Hohenzollern et d'Habsbourg-Lorraine. Lorsque les usurpateurs' des anciennes communes, devenus fermiers insolvables des Juifs, des intrus allemands et du fisc, n'auront plus aucune usurpation à léguer (réforme économique que la domination étrangère accomplit avec une énergie et une rapidité dont nulle démagogie ne serait capable), il restera bien peu de conservateurs polonais, et de royalistes polonais pas l'ombre. Mais alors aussi la presque totalité des patries privées ayant disparu, la patrie publique ouvrira indistinctement ses bras à tous ses enfants, et tout Polonais deviendra patriote au même degré et de la même façon. L'esprit de conservation, la sagesse et la modération deviendront alors, avec la propriété du sol, l'apanage des spoliateurs et des traitants étrangers, ce qui rendra enfin la nationalité et la démocratie tout à fait synonymes dans la langue polonaise. La société autochthone reprendra ainsi ses allures normales, et les démembreurs resteront seuls $

la garde des pactes de Grodno el de Targovitza, avec un tiers-état et des propriétaires taillés exprès pour eux.

Les patriciens d'autrefois conlinueront-ils alors de trouver que toute propriété est égaleuient sacrée, que nulle de ses origines ne doit être recherchée, et qu'elle seule, en optre, confère des droits civiques ? Répéteront-ils encorp, ayecles libéraux de TOccident, qu'il n'y a point de natiop^lité défendable sans tiers-état, et que c'est cet interniédiaire qpi, de leur temps, avait manqué au patriotisme des Polonais Pèrsisteronl-ils à taxer d'atteinte à la propriété, à la rpligjon et à la famille toute revendication contre les propriétaires, contre la religion et contre le patriciat qui, par huissier, auront pris la place des leurs, et tiendront-ils à distinguer toujours aussi soigneusement la révolution politique de la révolution sociale « dans cette ingouvernable Pologne? » Que, s'il est permis 'd'en douter, quelle sera l'espèce de royauté assez curieuse pour s'asseoir sur la société issue dp la banqueroute de la société précédente ? Elle serait bien osée, en vérité, car il lui faudrait faire tête à la fusion (!e tous les partis nationaux, n'ayant elle-même que beaucoup de Juifs et quelques Allemands pour soutiens. Or, toutes les enquêtes officielles ou privées s'accordent /i reconnaîtrp que cette permutation nouvelle entre les accâipareur^ de la commune primitive et les spoliateurs de ceux-ci va d'un tel train, qu'il n'y a plus guère aujourd'hui de propriété foncière en Pologne sûre d'être transmise à une deuxième génération. L'hérédité économique y est donc presque supprimée, par fatqlité, sinon par procédure, et sauf débat avec lès derniers favoris de cette inique loterie, les communes sont en voie de rentrer naturellenient, et sans autre perturbation dans les droits imprescriptibles de leur antique patrimoine.

En attendant la sentence de constatation (|ui les rétablira dans cette possession, la patrie restp indivise entre le cul-

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