‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 65 sur 80 · LA DÉMOCRATIE AI} BOUT PE TOUS LES CHEMINS · texte numérisé non relu

LA DÉMOCRATIE AI} BOUT PE TOUS LES CHEMINS

eHe-même adossée à rOccident, ce cfui lui serait certaine* ment plus commode et plus agréable, la Pologne enveloppée, mais non dissoute dans le panslavisme, serait obligée, pour tuer le temps, de démolir l'Occident, en attendant que le reste de la Slavie devienne capable de démocratie. Mais, souffrante dans les mines de Nertschinsk, sous le foijet des économes^ sur les pavés de New- York et de Londres; militante sousleâ drapeaux de 1831, 18/i6, i8&8 et IStô, cette démocratie polonaise sera immanquablement triomphante un jour, soit qu'elle s'adosse à TOccident, soit qu'elle s'adosse au panslavisme; car sur cette terre désolée, l'oppression étrangère a fait, malgré elle, l'office nivéleur d'un décuple qualre-vingt^reize^ et n'y a laissé debout rien de national qui puisse résister à la marée populaire, au moment où cette oppression, qui »eule y faisait contrepoids, faiblira d'une façon quelconque.

Encore une ou deux générations passées au crible de cette violence plus révolutionnaire que les invasions du lY" siècle, que l'anabaptisme, que la terreur française, et le sol de la Pologne deviendra la proie des Juifs et de l'étranger. La dernière classe expropriée émigrera, se mettra à la solde<les Juifs, ou périra. Quant à l'ordre équestre, quant à cette classe soqiale qui, sans être un tiers-état, comme on l'entend dans l'économie arrêtée de l'Occident, en est un par ses fonctions intermédiaires entre les masses encore passives et tout bras qui veut les remuer, leTsarrassimilet*a à ses tschinovniks. Il sera obligé de lui livrer les emplois administratifs et militaires, non-seulement des provinces polonaises, mais de la plupart des siennes propres ; comme les empereurs d'Autriche ont ouvert leur bureaucratie primitivement germanique aux intrigants lettrés de toutes leurs provinces slaves; comme la Porte, qui n'a pu gouverner et exploiter ses pays chrétiens que par l'entremise de l'intelligence grecque. 11 fera de ces croyants et vaillants tribuns

Ai 9 DE LA NATIONALITÉ POtONftlBS.

de la démocratie polonaise le& fanariotes de son nouvel empire slave, jusqu'à ce que, comme les Fanariotes delà Turquie, ils arrivent par Texcès de leur abject pouvoir, à déborder Taulocratie qui les en aura investis.

Il ne restera donc de rudement vivante et de fertilement barbare, dans cette société désagrégée, que cette sombre, perpétuelle et indestructible fournlilière des paj^sans qui, depuis réclipse de son soleil, tourne sur elle-même sans s'inquiéter du temps marqué au cadran de l'humanité ; dé^ sormais labourant sa glèbe dans les ténèbres pour les Juifs et les étrangers, commeelleTalabourée hier d'un regard terne pour Tordre équestre, et avant hier, voyante et radieuse, pour la commune slave. Au plus profond de cette nuit sans heures, Uieu rappellera tout à coup à labourer le monde aux lueurs fâcheuses d'une épée flamboyante, de l'est à l'ouest, ou de l'ouest à l'est?... Que lui importe! la terre n'est-elle pas ronde, et ^a Pologne à elle ne se trouverat-elle pas toujours au bout du sillon ?

« Mais alors, nous objectera-t-on,, comment arradierune pareille Pologne aux abîmes dti panslavisme ? Comment, à l'heure qu'il est, lui éviter le vertige, et à l'Occident les périls de ce penchant fatal? Quelle constitution detiner pour cette démocratie négative de bannis, de déshérités et de paysans qui, un jour, deviendront ce qu'il vous plaira, mais qui, en attendant, ne sont que matière à toute forme? Allez^vous., par anticipation, décréter à Londres et à Paris une république polonaise, sauf à voir après 9i les Russes, les Autrichiens et les Prussiens ont laissé de quoi construire dans ce pays même la pire des monarchies ? »

A cela nous répondrons que la définition d'une puissance n'est pas dans le costume et les dehors de son gouvernement, mais dans ses facultés sociales et internationales auxquelles, dès qu'dles sont affranchies, s'offre teqours le

DÉMOCRATIE MILITANTE ET BÉMOGRATlfi TRIOMPHANTE. 4t9

gduverrifement qu'elles comportent; que les constitutions viennent toutes seules aux nations, comme Tesprit aux filles, après la passion, et pour la passiôti qui les a évoquées; que, pour mettre la Pologne debout, il est donc parfaiteîtietlt inutile de lui inventer d'avance des gouvernements et des constitutions. 11 ne s'agit que de délier toutes ses forces naturelles et de les employer conformément à leur instinct. Or, ribus pensons que la nature intime de ces forces vitales, de quelque façon qu'on les combine, fut toujours et restera essentiellement démocratique. Il est vrai qu'à l'heure présetite, elles ne sauraient prendre les allures d'une démocratie triomphante, d'une république normale et pacifique; mais les allures militantes qui, seules, leur conviennent encore, loin d'être une négation de ce triomphe, eh sont rimmailquable prophétie. Que si nous nous étions trompés, par hasard, la logique en serait quitte pour s'être moquée du sens commun, et nous, pour une gageure perdue.

*Bien, reprendra-t-oii ; mais cette démocratie exhumée H'h-t-6llfe pas de nouveau toute son éducation à faire pour pdsserde sa période militante à sa période triomphante? Or les citoyens futurs de votre république ne savent ni lire, ni écrire, ne comprennent la loi que sous la forme de Tenfer ou du fouet, et, en fait de liberté, ne désirent pour le moment tjue celledu dimanche. En attendant qu'ils sachent,comprenhent et désirent tout ce qu'il leur manque pour redevenir dé parfaits citoyens, quelle voix assez. retentissante s'imposera à ces fourmilières de jeunes et de vieux enfants, pour s'en faire obéir dans les déchaînements de leur métamorphose ? Pour parler votre jargon, qui est-ce qui gouvernera leur translation de leur phase révolutionnJiire à leur phase républicaine ? Les masses polonaises étant encore incapables de se gouverner elles-mêmes^ vousen convenez, et l'autorité ne leur étant connue que sous menace de tyrannie domestique ou étrangère, comment les arracher à la glèbe sans let

livrer à l'anarchie? Quel régime intermédiaire, quel tempérament imaginer pour cet état de transition , qui ne voudra plus être la servitude, et ne saura pas être encore la liberté ? »

La réponse est toute devinée par quiconque a étudié réconomie de ces peuples de soldats-laboureurs qui couvrent les deux tiers orientaux de la surface européenne.

Nous avons vu qu'en dehors de la tyrannie étrangère, tous ces peuples , et les Polonais particulièrement, n'ont que deux modes alternatifs de gouvernement : la démocratie communale dans les périodes normales de leur histoire, et le régime militaire, dictatorial de sa nature, pour toutes les, crises anormales. Toute tentative d arrêt, de détournement, de composition entre ces deux régimes, n'y aboutit qu'à l'anarchie ou à Vesclavage. Or, toute guerre d'indépendance est une crise de cette espèce, et quelque déférence que l'op veuille montrer pour les préjugés de l'époque où elle tombe, il restera éternellement impossible de lui appliquer une autre constitution que le code militaire en présence de r ennemi. C'est un peu la même chose pour tous les peuples en lutte d'indépendance, Slaves ou autres; mais il y a à remarquer ceci, que la vigoureuse siniplicité de l'économie polonaise permet de l'enrégimenter tout entière et à toute heure, avec une hardiesse et une sécurité refusées aux défiances légitimes des sociétés compliquées et délicates de l'Occident.

La Pologne en lutte pour son indépendance, comme la Bohême au xv« siècle, comme la Hongrie en 1849, n'est ni une monarchie, ni une oligarchie, ni une république; c'est un camp réparti en deux fonctions diverses, mais également militantes : le combat et le travail, une armée et son laboratoire. Donc, tant qu'il restera une seule prairie polonaise à affranchir de l'étranger, la Pologne sera gouvernée comme se gouvernent les armées, les greniers et

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