‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 67 sur 80 · NÉCESSITÉ PHILOSOPHIQUE DE LA GUERRE EN POLOCNE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ PHILOSOPHIQUE DE LA GUERRE EN POLOCNE

heure dans les temps marqués pour son émancipation. Tout patriote prévoyant reconnaît que pour saieir et gouverner une société pleine de sève latente, mais réduite par le démembrement et la décomposition complète de l-âncienpe république à TefFrayante simplicité d'une machine à corvées, il n'y a que deux procédés possibles ; le tsarisme panslavique, c'est-à-dire le communisme de l'esclavage, ou bien la démocratie en colonnes perpétuelles, pour combattre' jusqu'à ce que le peuple entier, levée par levée, ait refait, les armes à la main, son éducation dç citoyen. Voilà pourquoi en Pologne la guerre est aujourd'hui auçsi indispensable à la démocratie, qu'elle semble redoutable et antipathique à ce régime dans d'autres pays. C'est ce qui explique les alarmes patriotiques, maternelles , des sages auxquels la diplomatie offrirait des Polognes de fabrique pacifique et étrangère, une restauration de cette espèce laissant à résoudre, par l'atroce et mortelle chirurgie domestique, tout ce qui n^aura pas été résolu au chloroforme bieqfaisant des batailles. La guerre donc,, non pas celle qui finfante les Rozniecki et les Krasinski, n^ais celle qui exalte les Kosciuszko et les Jasinski^ la guerre pour la patrie de tous; la guerre sacrée qui renouvelle, ennoblit et puriQe l'âme des peuples avec le sang de leur chair. Une guerre, mais assez persévérante pour que toute la génération présente s'y use, et que toute la suivante s'y trempe. Une guerre qui ait le loisir d'enseigner au paysan polonais et les frontières de son pays qu'il ignore,.et le nombre, de ses ennemis qu'il confond, et ses devoirs, et ses droits et sa forcé. Une guerre expéru mentalement encycbpédique^ et comme les douze tables de la loi nationale imprimée en mitraille sur les poitrines de la première ligne de combat, pour l'usage de toutes celles qui viendront après. Tels sont à pette heure le seul apostolat et la seule constitution. Tunique forme de société et de gouvernement, accessibles à i'ouïe des masses polo*

ngises en concurrence an célèbre cathéchîsme du Tsar. « Soit, objectera -t-on, encore; mais avec quelles pinces saisir ce boulet rouge et le transférer, du canon Isarien dans le canon de l'Occident? Si nous voyions sailliràla surface officielle de l'Europe le moindre fragment de votre Pologne, l'on saurait peut-être par quel bout prendre le reste; mais actuellement que tout ce qu'on appelait de ce nom a disparu à nos yeux, que voulez-vous que nous fassions? » Répmie : H est certain qu'enfermés dans votre cercle d'idées et de sens ofiiciels, vous trouverez toute Polc^c éternellement insaisissable, quelques fragments gros ou menus, ronds ou pointus, rouges ou blancs qu'on vous en montre. On aura beau vous mettre sous la main celle de 1772, puis celle de 1791, puis celle de 1794, puiscellede 1807, puis celle de 1809, puis celle de 1815, puis encore cdlede 1830, puis aussi celle de I8/16, puis enfin cellede 18^8, ce ne sera jamais celle-là, mais toujours une autre, k plus absente, la plus impossible, qu'il vous faudra. D'abord c'en est une impossible de frontières ; et lorsfju'on vous en aura trouvé une irréfutable sous oc rapport, vous vous ingénierez à en réclamer une qui soit introuvable socialement ou [«liliquement.

Quand de démocratie agricole, fraternelle et militaire elle était devenue oligarchie dévole et anarchique, vous l'auriez peutîêfrc soutenue; mais le moyen de s'enlendre avec cette horreur-là! Alors pour plaire à vos philosophes, elle se grime en monarchie héréditaire, parlementaire et sceptique; — ouii mais elle y perd son naturel et tout ce qui U rendait intéressante; que vous importe ce pastiche, dés* orniais? Napoléon n'y veut qu'un camp; voici un camp; — hi^au camp parbleu! 80,000 hommes à peine, semés dn pic de Tarilta au plateau de Yaldaï ; un supplément de conï^criptton en France lui en aurait donné autant, sans le brouiller avec deux empereurs, et il serait mort aux Tuile-

POURQUOI LA POLOGNE PARAIT INSAISISSABLE. &2t

rieSi Alors voici 80,000 hommes en une seule armée se battant pendant une année, pour vous donner le temps de réfléchir, dans des^ limites irréprochablement constitutionnelles, sans coudoyer personne, avec un tel ensemble cette fois-ci, une telle discipline volontaire, que la gendarmerie devenue inutile se cache dans un fameux régiment de carabiniers. Ils tiennent scrupuleusement à n user que des libertés et de' réconomieque \e\îr a octroyées le congrès de Vienne, sous la garantie de votre sagesse. — Bah! sagesse de droit divin, qui ne pouvant rétablir les corvéesen France, avait été bien aise de les consolider en Pologne. Disciplinés et modérés tant qu'il nous plaisait, au fond nous ne pouvions être pour les libéraux de Juillet que des aristocrates destinés a périr. Alors voici le programme de Cracovie : plus de seigneurs ni de paysans, plus de sinécures; la patrie et la loi pour tous, et en attendant ces 4 millions de citoyens, la dictature pour en tirer 400,000 soldats. — Ah ! l'abomination ! Au gibet bien vite, les communistes!

Si parfois on a pardonné à cette solliciteuse obstinée ses importunités, c'est par la considération que son éloignement et son isolement dispensaient ceux qui lui accordaient leur pardon, de lui accorder autre chose.

« Nous convenons, lui disaient ses meilleurs amis en 1648, que la France monarchique a mis quelque dureté et peu de bonne foi dans ses dénis d'alliance avec vos honorables mais inopportunes tentatives d'insurrection. Convenez aussi néanmoins qu'aujourd'hui c'est vous qui n'êtes pas raisonnables, en exigeant que nous passions sur le ventre de l'Allemagne et nous attirions un second 1814 sur les bras> pour aller vous aider à emmancher vos faux. Oh! si seulement l'Angleterre laissait nos escadres porter 30,000 pantalons rouges et 200,000 fusils^ à Polonga, à Libava ou à Riga, nous Jious inquiéterions médiocrement de ce que Ton en pensera à Frankfort. Ouant à vos pré-

tendus aristocrates, oligarques, anarchistes, prétoriens, comniunistes et panslavistes, c'était bon pour faire peur aux gardes nationaux à cheval de Louis-Philippe. La France sérieuse sait à quoi s'en tenir là-dessus, et si elle n'avait eu que cette peur-là pour hésiter à vous tendre les mains, il y a longtemps que vous seriez debout. Ceci convenu de part et d'autre, ne nous compromeltez pas inutilement et ne vous (îompromettez plus vous-mêmes, par des coups de tête qui ne vous mèneront qu'à l'échafaud, tant que les voiles et les aubes de nos navires n'auront pas fait de la Normandie et de laLithuanîe ICvmeme archipel ; mais pour cela il faut que l'amirauté brîtannique nous délivre des lettres de marque. » Encore une Pologne compromettante et insaisfesable !

Cependant, après six ans de méditation, en vint enfin une non pareille de calme , de modération et de prudence; une Pologne comme on nous l'avait si souvent demandée : sans anarchie, sans partis, sans forfanterie; disciphhée, laborieuse, résignée à désarmer tout préjugé, discrète à désespérer toute médisance, repentante de toutes ses extravagancefe ; une Pologne qui , depeur de compromettre ses amis, ne se compromit plus elle-même, et qui pour qu'on ne lui repro(»hàt plus ses sanglots, alla les étouffer au plus épais des bataillons de ses ennenlis ! Irréprochable de ce côté, elle avait en outre acquis les frontières qu'on lui avait tant souhaitées, puisque \)on contente de délivrer à la France les lettres de marque si longtemps jalousées, l'Angleterre s'était mise sous le même pavillon. Du coup, la Pologne confinait, par deux mers, aux pkis gigantesques arsenaux et aux plus invincibles protectorats du globe.

Parlons sérieusement. Tant que dédaignant celle que le bon Dieu vous offre, vous chercherez une Pologne à voire humeur, toiït vous sera désenchantement et peine perdue.

URGERCG POUR L'OCaOEKT DE RESSAISIR LA POLOGHE. &2S'

Si au contraire, vous aviez pu vous accommoder une seule fois de ce qui se presse depuis un quart de siècle sous votre main, vous ne diriez plus que la Pologne est insaisissable. Vous auriez aperçu que, grâce aux démolitions incessantes qu'elle a subies, il ne reste plus à saisir que deux éléments constitutifs de sa société, qui sont : à l'intérieur, les paysans et l'ordre équestre, à l'extérieur, l'émigration. Vous auriez prévu que c'est en définitive, avec les bras des uns et l'intelligence des autres, qu'il vous faudra compter, si jamais vous vous décidez à remuer les ruines de ce boulevard européen. Le peuple des campagnes, c'est la pierre; l'ordre équestre, manifesté activement et extérieurement parl'émigralion,, c'est à la fois le ciment, la truelle et le compas de toute restauration polonaise. Vous aurez beau tourner autour de ces deux choses pendant un demi-siècle, puis encore pendant cinquante ans, vous n'inventerez rien de mieux que cette invention delà Providence, qui sera toujoursàprendre ouà laisser. C'estdoncàchoisir entre cela et la Panslavie; entre les communautés enrégimentées au compte de la Pologne elle-même,, et le communisme qui fleurit pour le Tsar, le long du Bob, du Don etduTerek. Tout ce que, par fausse analogie avec les sociétés issues du régime féodal et par ignorance des intimités slaves, vous imaginerez d'intermédiaire, d'évasif, de transitoire entre ces deux modes opposés de la même économie, tout cela ne . t^averse^t^ de sanglantes et anarehiques déceptions que pour aboutir fatalement au second. Témoin cette vaste et irrésistible république du xvi' siècle qui s'écroule au xtih*, pour avoir méconnu le pacte ^litaire qui la li^it aux populations ruthéniennes et avoir jeté cette veillante et fidèle démocratie dans les bras des Tsars.

Or aujourd'hui la Pologne est exactement par rapport à l'Occident, ce qu'ont été les Cosaques vis^à-vis delà Po- Ic^ne; mais si l'on sait profiter des enseignemmls fouinis

à ce parallèle par le passé, il est encore temps d'arracher Tesprit dérouté et obscurci des masses polonaises à Tinfernale i\)seination qui Tenlraine. II ne s'agit que de le ressai* sir à Taide de son ordre équestre, épuré lui-même dans les supplices et mis en contact incessant avec TOccident par rémigration. C'est pourquoi iious avons déjà dit que celleci délibère et répond pour la nation entière. Nous.avons dit aussi comment cette émigration, qui rationnellement et numériquement n'est chaque jour davantage qu'une protestation militante contre le communisme Tsarien, c'est-àdire contre le panslavisme, représente nécessairement et au suprême degré la démocratie nationale de la Pologne, qui est le seul ordre , le seul fondement admissible de sa société; mais confondre ce penchant ardemment patriotique et restaurateur, comme le fait par pure méchanceté la réaction occidentale, avec l'érostratisme des athées et des cosmopolites, c'est jeter à plaisir la Pologne dans les bras du Tsar, et pas autre chose.

Certainement, l'émigration polonaise ne peut pas être conservatrice du présent, mais elle est passionnément conservatrice de l'avenir. auquel elle se sacrifie; et dans ce sens, elle ne se laisse primer par aucun congrès européen. -Ce n'est m un accident de sédition, ni un déplacement de race, ni une compagnie de défrichement; mais le pèlerinage expiatoire de toute l'intelligence luttante et délibérante de la nation , empêchée de lutter et de délibérer dans ses propres foyers. Les Polonais ne quittent la patrie que pour aller, comme Ladislas Lokietek, rallumer, aux bivouacs de l'exil, le flambeau soufflé de leurs augures. Aussi ne voit-on émigrer ni le paysan pofonais, qui n'est encore que matière à société future, ni les monarchistes sensés, qui ont sur place trois fois ce qu'il leur faut; mais seulement cette élite mobile , éclairée et déshéritée de la Pologne, qui dans l'ère et les conditions de la démocratie

L*ÉMiGRÀTION GOMME ORGANE EXTERNE DE LA NATION. &25

souffrante, exerce, avec la faim et Téchafaud pour salaire, les fonctions magistrales que remplissait Tordre équestre dans rère et les conditions de la démocratie triomphante. C'est donc ce même ordre équestre , mais en purgatoire. Ayant, par sa cruelle éducation et son renoncement à toute patrie privée^ acquis seule dans^ la nation la seconde vue de la patrie publique^ seule aussi cette délégation est apte, pour ie moment, à guider les masses dans la nuit profonde dont l'oppression étrangère et domestique les a enveloppées.

Bien entendu que nous ne parlons pas spécialement de la corporation actuelle des réftigiés, dont le personnel pourrait changer ou même disparaître en grande partie, sans que cet organe, inhérent au supplice de la Pologne, que l'on appelle son émigration, en soit altéré, tant que les infirmités et le mutisme du pays le rendront nécessaire.

Lapremièreémigrationpolonaisefutcelledes compagnons de Stanislas Leszczynski, vaincus par la première coalition qui se forma contre la libre élection des rois <te Pologne. La seconde fut semée, à travers les deux mondes, par les débris de la confédération de Bar. La troisième, déléguée par Tinsurrection de 1794, fournit les légions de Dombrowski, de Kniazîewicz et de Malachowski. Puis vinrent les armées polonaises au service de l'Empire : émigration invitée à se taire par la discipline de respérance. Il n'y a que la cinquième, celle de 1832, qui, alimentée par toutes les convulsions de ce dernier quart de siècle, soit parvenue à se définir et à se constituer en héraut inamovible de la Révolution Polonaise. Néanmoins, elle pourrait subir un effacement semblable au licenciement des armées du Duché de Varsovie, sans que son autorité en soit amoindrie; car ^Jle n'aura qu'à laisser une garde auprès de son drapeau arboré sur le coin quelconque d'une terre libre, pour que sa parole engage la terre qui ne l'est pas, tant que cette poignée

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de fidèles exprimera, avec loyauté, ce que la nation pense et nç saurait dire.

D'ailleurs, la tyrannie étrangère s'est chargée elle-même de perpétuer Vémigr^tion révolutionnaire de la Pologne. Toujours complice involontaire de la Providence, l'oppression allume sans cesse , et étage de sa propre main ces fanaux d'itinéraire, le long de la sinueuse montagne qu'il reste au peuple polonais à gravir, afin qu'ils puissent être sans cesse aperçus de l'Occident. Delà sorte, les bannis que l'on voit ne soit jamais que la lueur de ceux qui les suivent. Il y a eu ainsi constamment l'émigration faite, l'émigration qui se faisait, et l'émigration qqi n'avait pas besoin de se faire ; msiis toutes les trois se tenant sans solution de continuité hors de la Pologne, et à travers toute la Pologne, comme une clarté plus ou moins dégagée. C'est, pour ainsi dire, par cette émanation fluide, lumineuse et incompressible de sa société, que la Pologne s'est soustraite à rétouffement ; c'est par là qu'elle s'est communiquée au reste de l'humanité ; que tuée et découpée, comme un cadavre trop long pour être, dissimulé dans un seul sarcophage i elle se lîetrouvait néamnoins entière et ressuscitabte à toute heure. Aussi , ,qpiicDnque par préjugé contre l émigration accomplie, a voulu se mettre, sans son intermédiaire, en contact politique avec le pays, n'a obtenu de celui-ci, pour toute réponse, qu'une émigration nouvelle avec cet avis d'envoi : « Puisque mes plénipotentiaires ne vous semblent pas assez nombreux, eu voici encore. » Et ainsi à l'infini, comme après 1831, 18â6, 18/i6, 18&8 et 1850, jusqu'à ce que Ton comprenne qu'une nation n'a pas besoin d'être présente tout entière aux avant-postes pour faire ia guerre, et aux conférences, pour faire la paix. Aussi bien, sans cet organe miraculeusement sauvé de la paralysie nationale, par quel porte-voix interroger la pensée des masses polonaises, cette pensée effarouchée, défiante

l'émigration GOmiB 0R6ANB EXTERNE DE LA NATION. &37

et si profondément enfouie dans la douleur? A quelle représentation, ambassade ou légitimité s'adresser pour rétablir les rapports internationaux de cet État sans frontières officielles, sans dynastie, sans gouvernement, sans parole dans les congrès, et dont pourtant le poids est tellement manifeste dans les affaires du monde^, que son veto par mutisme frappe de nullité tous les actes des puissances européennes, depuis trois quarts de siècle?

Mais cette émigration n'est pas seulement restée jusqu'à présent le pléniiwtentiaire inamovible de la Pologne; elle a été aussi, pendant près de cent années, son épée, plus ou moins sortie du fourreau, selon le degré de sincérité avec laquelle on en prenait la poignée.^Nous avons vu, en effet, que vaincre les puissances copartageantes de la Pologne, c'est les dissoudre en les désossant de toutes leurs forces polonaises ; c'est donc à défaut de celles-ci réunies, et debout à l'intérieur, commencer la décomposition des armées oppressives au contact d*une légion polonaise externe. Oi^, qu'est-ce que l'émigration, sinon une légion permanente, et comme les cadres sans cesse disponibles d'une armée nationale? Et à ce titre, son effectif a toujours été illimité; car,; restreinte aux proportions d'un simple état-major de vigilance dans les époques de marasme européen, elle augmentait régulièrement à la mesure de certains pressentiments, jusqu'à absorbei* toutes les défections patriotiques de la Pologne, jusqu'à pouvoir enrouler sur soi, comme un noyau d'avalanche, toute la nation militante, lorsque l'heure de la guerre sainte aurait sonné. Chercher ailleurs le premier noyau d'une année polonaise n'eût été qu'un jeu dé mots, puisque jusqu'à extinction complète de l'émigration dan^ le soulèvement du pays, tout élément national, qui quittait ce dernier pour n'y retourner qu'en vengeur, était préalablement forcé de passer par les formes de l'émigration et> d'en contracter la nature. C'est doue à dii% que,

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hors du cas où, comme en 1794 et en 1830, notre patriotisme disposera au moins de quelques régiments, polonais des pie^s à la- tête, toute initiative d^affranchissement na« tional ira prendre son mot d*ordre et son premier point d'appui dans 1 émigration.

Qu'importe donc à cet organe sommaire de la rénovation polonaise d'être admis ou non aux conseils officiels de la chréiienté, pourvu qu'il sente palpiter, souffrir et espérer en lui toute la nation dont l'absence fait le remords etrimpuissancede ces conseils. Dieu ne lui a-t-il pas prorais pour adieu et consolation ^ en le mettant à la porte de la patrie : que nulle œuvre sur terre ne sera bénie et victorieuse, si elle ne revêt son armure et ne suit l'itinéraire de sa croisade mvstérieuse ?

Ce passeport de pèlerinage rédempteur à travers les mondes, les temps et les peuples, ne sera périmé qu'au jour de TaiTranchissement complet et irrévocable de la Pologne. Avec ce sauf-conduit inviolable et perpétuel, noire église souffrante et militante traversera paix, guerres et révolutions étrangères à ses dogmes, sans s'enquérir des heures ni des distances, jusqu'à ce qu'elle atteigne la région de son triomphe absolu. Hors de cette région, tout lui est fugitif et insaisissable, comme les nuées pourchassées par le vent. Quelles que soient donc les combinaisons qui sortiront des calculs passagers de la diplomatie officielle, la politique et la guerre polonaises s'en tiennent à un seul moment et à une seule hypothèse de relations internationales: c'est au moment revenu, à l'hypothèse reproduite tôt ou tard, d'une lutte suprême entre la civilisation démocratique de l'Occident oontre la barbarie autocratique de l'Est européen. Donc, aussi bien après que durant et avant la guerre qui vient de finir, comme finissent les batailles après une rencontre d'avant-garde, l'émigration représentative de la vieille succursale du monde latin dans la Slavie n'a pour

J)EimiER . AYIS A l'oCCIDENT. &29

ce monde que des avertissements monotories et d'un à-propos perpétuel .

Pourquoi alors nous les ressasser ? nous demanderont quelques amis à l'ouïe irritable ; — *• Parce que, à côté de son mandat général dans l'humanité , l'émigration polonaise a encore à s'acquitter, auprès de l'Occident en particulier, d'une commission pour ainsi dire confidentielle, qui consiste à lui redire jusqu'à se faire écouler, de courageuses vérités que la nation polonaise ne peut pias, et que les puissances officielles se garderont bien de lui faire entendre. C'est la seule manière digne d'elle et de ses hôtes de reconnaître l'éducation, les consolations, les secours jnatériels prodigués individuellement depuis vingt-cinq ans, avec autant de miagnanimité que de délicatesse, à trois générations de réfugiés, par la France surtout, à côté des inconcevables inconséquences qui égarent constamment ce puissant et glorieux pays, dans toutes ses vues politiques sur la Pologne. Voilà pourquoi nous croyons devoir terminer loyalement ce chapitre sur les forces véritables et les opinions intimes de la Pologne actuelle, par les réserves suivantes :

S'il répugne à l'Occident de ressaisir à temps la Pologne par la seule anse qu'il ait encore en main ;

Si, au lieu de s'en tenir à la Pologne que- l'histoire a faite exprès pour son usage et s(Hi salut, une nouvelle occasion se présentant, il doit toujours en commander une autre, de fantaisie, par l'entremise des contempteurs, des fermiers et des ravageurs de la Pologne réelle ;

Si, lorsqu'un jour la Providence l'aura réarmé de l'invincible épée de la justice, au lieu de revendiquer l'affranchissement, l'intégrité et la puissance de cette barrière pour elle-même , sauf à y trouver par-dessus le marché sa sécurité, à lui, l'Occident recommence à se préoccuper uniquement de ce qu'il s'imaginera être celle-ci ;

Si, alors encore, au lieu d'une réparation humanitaire,

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rOcddent, incurablement affligé des manies de Napoléon, ne devait ch^cher en Pologne qu'un champ technique de batailles, et le prétexte d'un sixième partage de ce pays au détriment de la Russie ;

Si alors encore, au lieu de descendre hardiment au cœur des masses polonaises par l'échelle qu'elles-mêmes lui tendent avec tant de persévérance sous forme d'émigration plénipotentiaire, l'Occident devait croire plus habile de s'y glisser par le& couloirs de la diplomatie, pour surprendre leur religion au risque d'y semer la guerre civile et de leur imposer un lendemain inacceptable ;

Si alors encore, pour traverser cette rude forêt, l'Occident devait demander son chemin non pas aux gardeschasse et bûcherons qui y sont nés, mais à des chambellans qui ne l'ont jamais parcourue à pied ;

Si, en résumé, alors encore, comme à toutes les époques précédentes, la politique occidentale ne devait se tourmenter qu'à dresser, au milieu de la SlavJe, un Etat de plâtre, moulé dans quelque constitution d'emprunt, une société sanô ciment sécrété par elle-même, une armée sans ses soldats, une Pologne sans Polonais ^ mieux vaudrait ne plus toucher du tout à des douleurs décidément inintelligibles pour cette politique.

Une nation, qui s'est honorée pehdant huit siècles d'avoir été l'épouse libre et légitime du monde latin, ne saurait se résigner à ne plus être que son caprice. Il s^ait préférable pour le salut de son âme qu'elle restât l'esclave servante des idolâtres, jusqu'à la venue de la rédemption universelle qui l'absoudrait de cette souillure involontaire. Seulement alors, en attendant, et comme nous l'avons démontré, c'est le Tsar qui manstrualisera^ à son image et à sa commodité, cette démocratie répudiée par ses parrains naturels. Que si , au contraire , l'Occident devine enfin par quel gèté offrir son attraction à ce génie léchite, qui, dam la

DERNIEa AVIS A l'oGGIMSMT. Aâl

nuit féodale précurseur, et depuis 1789, réverbération de sa pensée, n'est tenté au panslavisme que par les démangeaisons ou les découragements de la chair, la même force produira dans rharmonie de l'Europe une cristallisation diamétralement opposée. Réveillée, la conscience latine et pudique de la Pologne reprendra aussitôt son courant historique pour se dégager, avec un élan irrésistible, du pandémonium tsarien . Alors ces mêmes lanciers, que vous voyez sous l'uniforme vert, devenfr les Croates de l'empire des Slaves, à peine réhabillés de bleu et d'amarante^ délieront d'un seul coup de sabre toutes les nationalités qu'ils traînaient attachées à la queue de leurs chevaux, montrant du même geste, à vos chercheurs d'or, les chemins libres de l'Oural, et aux nations de la Slavie, les chemins libres ^de leur avenir.

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