CHAPITRE VI
FoDCtioni ioternationaies d'une Pologne rétablie dans tontes Ki cooditioDi de liberté et de puisêance — Son édilité future par rapport à l'édifice général des Slaves. — Par rapport aui nationalités dégagées de la confusion
' panilaviqae et des États qni oppriment cette race. — Par rapport an nationalités interslaviques des troisième etquatrième bassins du Danube. — Le binôme russo-polonais remplaçant le tsarat, comme base de la confédération future des Slaves. — Édilité internationale de la Pologne, par rapport au monde germanique. — Dégagement de TAllenagne du nord et de TAlleroagne du sud de la confusion des États germaniques. — Édilité internationale de la Pologne , par rapport an monde Scandinave 'et aoi franchises baltiques. — Influence d*une restauration polonaise sur les destinées du monde Latin. — Les deux phases de la révolution française et Taction diverse de chacune dalles sur les nationalités européennes.— La* quelle des deuK est intelligible pour l'esprit polonais. — Valeur d'one restauration polonaise pour les denx puissances maritimes de race anglo* saxonne.
Supposons traversée la phase révolutionnaire ou restau* ratric^, puisque, par rapport à la Pologne, les congrès ont voulu que ces deux termes signifiassent exactement la nîême chose.
A la place de la tétrarchie de Vienne et de Munchengraetz, figurons- nous une Pologne revenue à ses limites de 1772, sauf les échanges consentis par ses nouveaux voisins, pour4ui donner deux franches issues commerciales par la mer Baltique et par la mer Noire, sans quoi il n'y aurait encore ni vraie ni solide Pologne. Rétablissons, par hypothèse, dans les traités de géographie, le tableau qui sert d'introduction à ce volume, et le reste se détermine tout seuK
D'abord, quels que soient la dénomination et Faspect extérieur qu'il plaira au goût étranger de trouver à ce pays de 23 millions de Polonais répartis sur H,000 milles géographiques carrés, ce ne sera jamais, comme nous
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Tavons démontré, qu'un état démocratique^ c'est-à-dire une nation fonctionnant tout entière, solidairement et sans exclusion possible d'aucun des ressorts sociaux qui lui auront restitué son mouvement et sa place dans l'harmonie européenne. Nous croyons avoir surabondamment expliqué, dans lesi deux chapitres précédents, comment, évoquées comme indispensables à l'ascension résurrectionnelle de la patrie, toutes ces forces y auront pris inamoviblement droit de cité, et ne sauraient plus renoncer un seul instant à ce droit, sans laisser retomber la Pologne dans le néant. Peu importe, du reste, que la pruderie contemporsûne des congrès croie devoir mettre un habit brodé aux statues de cette nudité herculéenne; tout ce qiie la postérité demandera à Hercule, c'est qu'il ne se soit pas tatoué lui-même.
Or cette grande démocratie installée de la mer Baltique à la mer Noire, à la place de la Sainte Alliance, se trouvera, par sa situation même, investie de trois fonctions internationales : l'une confédérative, vis-à-vis de ses voi^ sins slaves et inter-slaves ; l'autre démarcatriee^ à l'égard des nations germaniques ; la troisième sympathique et symétrique èi l'égard de la France, qui poursuit une destinée similaire au milieu du monde occidental.
Examinons successivement ces trois fonctions : Qu'est-ce que la Pologne, parmi les Slaves et les alhivions inter-slaviques? C'est, comme nous l'avons vu, l'exacte antithèse du tsarat russe, lequel veut dire la rétrogradation de toutes ces nationalités à la période sauvage de leur race encore indivise, en bloc, écrasant tout, utile à rien. C'est donc la nationalité promotrice dont le dégagement dégage, définît et utilise toutes les autres dans cette région, sans qu'elles aient besoin d'y travailler séparément; de même que les révolutions et les contre-révolutions françaises luisent ou fument souverainement pour toutes les terres
4M M LA NATlOlf ALITÉ POLONAISE.
latines , sans cpie edlesH^i aient à se déranger ellesmêmes.
La Pologne absorbée par TempiFe russe, comme Tastre dea Ghinoîs par le grand draf^on, il se fait une nuit complète sur tous les peuples de Test. Pendant ces épaisses ténèbres, leurs reliefs, leurs limites, par conséquent leurs dîHerenees, et jusqu'aux plus élémentaires manifestations de leur autonomie, restent voilés pour les peuples du coocliaM , auxquels les trois quarts de la cafte européenne semblent alors une. immense tache uniformément grise et illisible. A peine si, en en sondant chaque point atec Tépée, bh pourrait se rendre compte de tout ce qui se couve dans cfes limbes étiquetées, poiu* simple nomenclature, de titres aussi arbîto*aires que les démarcations du ciel et des océans.
C'est à la faveur de celte éclipse que les congrès font voir aux gens de bonne foi leurs tropiques <lans une lunette. Alors s'impriment, pour Tusage des tribunes, des journaux et des écoles^, ces géographies et ces histoires ou vous apprenez que toute insurrection contre les arrangemetitd de Vienne a été une guerre civile ; que la Pologne a disparu à jamais on ne sait plus dans quel tremblement de terre, faute de frontières naturelles^ que l'Autriche, que la Prusse, que la Russie sont des nations, tandis que les nationalités allemande, italienne, hongroise, roumnine, bohème, serbe, moscovite, polonaise^ ne sont qu'une malice mazznrienne pour entraver le débit des cigares à Milan. C'est l'ancien chancelier d'Autric^qoi le dit. Mais le moyen de savoir à Paris qui de lui ou de cette malice a raison^ quand le réverbère du nord et de l'ori^t est éteint? Puis, de cette absence de la Pologne à sa place européenne, il résulte ceci de pln6 funeste encore^ que tous ces peuples effacés ne se voient pas davantage entre eux, et qu'ils ne se heurtent à tâtons, comme la &miUe du comte Ugolino, sous la main de leurs démons tentateurs, que
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pour s'entre-dévorer, en se prenant réciproquement pour ces derniers.
Mais que Téclipse de la Pologne passe, et aussitôt ritn* mense fédération des Slaves, très utilement traversée et découpée par des repaiissoirs d'une autre race, s'illumîae à ses rayons, au moins aussi nette, aussi distincte de formes, de s» nuances et<le rapports que jadis les sept nations 4e FOcciir dent dégagées de Tempire carlovingien. Dès qu'elle aura j. lui, en effet, sur cet horizon: à son ouest, derrière les j^ monts Sudètes çt dans le premier bassin de TËlbe, ressor- ' tira du milieu des Germains, la nationalité tsehéco-morave. Au sud, derrière les Car(>atbes, dans le troisième bassin du Danube, saillira la nationalité madjare, encadrée, mais nullement entamée par les Slovaques^ annexes des Moraves^ par les Rpumains, les Serbes^ et les Uly riens eroato-dalmates. Dan^ le quatrième bassin du Danube, apparaîtront les Bulgares, limités par les Turcs, les Roumains et leç Serbes. Puis enfin à 1 est, allégée de toutes ses affreuses dépouilles, se démasquera la Cosaquo-Moscovie, confmant honnêtement aux Tatars et aux ÎFinnois.
Tous les Slaves qui se trouvent en dehors de ces quatre constellations ont été absorbés par la fédération polonaise^ soit à rétat de tribus rudimentaires, comme les Léchites, les Mazoviens^ les Vendes, les Chrobates, les Ruthènes du Dniester et du Bug, soit par association vokmtaire^ comme les Lithuaniens et les Ruthènes du Dniepr. C'est par cette précoce et prévoyante assimilation que le génie gminfhvladny de cette république avait formé sans solution de continuité, sur le double versant de la mer Nqire et de la mer Baltique, la plus grande et la plus homogène nali<^nalité de sa race. Il en résulte qu'aujour^i'hui encore ^ Tidée polonaise allume à sa vie et toutes les existences consnnguinesi d'alentour, et toutes celles que les tempêtes du moyen âge avaient apportées au milieu de celles-ci. Quand
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lu Pologne s'éteint, toutes s'éteignent également. Comme à toutes elle prête ses frontières, ses arêtes, ses parois, il suffît qu'elle les leur retire pour que toutes se répandent aussitôt, soit dans la confusion du panslavisme, soit dans la confusion de leurs servitudes respectives, pareilles à des liquides échappés de leurs vases.
L'existence préalable de la Pologne peut donc seule autoriser et expliquer le développement de toutes ces ébauches ethnographiques; car bien qu'il y ait en chacune d'elles matière à nationalité indépendante, il faut à toutes, pour se lever et marcher, un mur d'appui commun, et un modèle d'évolutions tiré de leur propre parenté, non pas d'ailleurs. Orla Pologne seule, dans cette fourmilière orientale de l'Europe, est parvenue, avec libre arbitre^ à une maturité concluante, à travers mille années de tâtonnements, de trébuchements, de fautes expérimentales qui en ont fait comme l'abrégé et l'image coinplète de l'humanité elle-même. Ces fautes de famille et ces expiations solidaires ont produit sur les autres nationalités slaves un effet plus frappant que tous les exploits modernes de l'Occident, lesquels appartenant à une saison qui n'est pas encore la leur, ne sauraient ni être mis â la portée de leurs sens, ni se traduire exactement dans leur langage psychologique.
La Pologne, à la fois slave et latine, est donc le seul commun dénominateur possible entre les deux climats de l'est et de l'ouest de la chrétienté. La société polonaise exceptée, toutes celles de la région orientale de l'Europe ont été arrêtées et rabougries dan& leur croissance par Ix conquête, avant d'avoir acquis tous les organes et toutes les facultés de l'âge de tuUim. Mais cette enveloppe étrangère les a dérobées à l'usure des temps et mises en réserve, jusqu'à ce que leur moniteur fatnOier se réveille pour les réveiller à leur tour, et leur rappeler où elles en sont dans l'accomplissement de leur tâche européenne.
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Cependant la Pologne elle-même n'aurait plus le temps de se livrer à renseignement de la parole; il ne lui reste que les procédés de Taction et de Texemple, pour entraîner au plus vite dans son orbite ces natures malléables et attardées, qui ne conçoivent toute chose que par sensation. Ce sont des recrues intelligentes et vigoureuses, mais ignorantes, qui n'ont plus le loisir de décomposer la charge en douze temps, et qu'il faut promptement placer en deuxième et troisième rang derrière les anciens, — bien entendu, derrière leurs anciens à elles, pour qu'elles puissent emboîter leur pas, et n'aillent pas^ par méprise, leur tirer dans le dos.
D'une autre part , n^étant que juste assez slave pour comprendre les douleurs de sa race et y compatir, la Pologne ne se sentira distraite de sa mission médiatrice par aucune des haines bestiales qui couvent parmi les autres membres de cette fédération, contre les peuples de sang étranger. Infranchissablement délimitée de tous les Slaves, Slavo-Mongols et Slavo-Roumains du midi par l'arête orographique de l'Europe; des Slaves de l'est par son acte d'ensevelissement dressé en 1772 par-devant le monde entier pour témoins, et de la Scandinavie par la mer Baltique, elle n'est en procès de mur mitoyen qu'avec les ensablements occidentaux de la race germaniqu^.
De ce côté, à la vérité, elle est vitalement intéressée nonseulement au désencombrement de ses propres frontières prussiennes, mais aussi à l'autonomie des Tschéco-Moraves^ des Serbes et des IHyriens. Par la seule pression de son atmosphère, elle tend et tendra irresponsablement : !• à dégager ces trois nationalités de la confusion autrichienne; 2* à les confédérer en préservation perpétuelle contre de nouvelles alluvions germaniques, mais sans les laisser dérailler dans la coiifusion tout aussi subversive du panslavisme; car ce sont deux désordres également anli-
pathiques, également redoutables à sa propre liberté.
Nous ne nous dissimulons pas combien il est facile aux partageurs de la Pologne de travestir son inévitable influence sur les destinées de la Slavie occidentale, en épouvantail révolutionnaire; mais, pour dissiper ce préjugé, il suffit de rappeler au monde que la Pologne a longtemps exercé ce rôle arbitral, sans que l'équilibre européen ait jamais eu à s'en plaindre, et que son tort est non pas de l'avoir exercé, mais deravoir abandonné. La Pologne n'aura aucune révolution violente ou artificnelle à fomenter pour ressaisir ses traditions à cet égard, car tout ce qu'elle peut revendiquer de slave A la Prusse est incontestablement pplonais; et rpiant aux Slaves de l'Autriche, ils sont bien assez foris par eux-mêmes pour se passer des in^rtigations de la Pologne. S'il pouvait convenir longtemps encore à ces dix-sept fnillions de Slaves de rester taillables et (îorvéables par (|uatre millions d'Autrichiens, la Pologne pourrait trouver veh drôle; mais elle y respecterait religieusement l'impénétrable ironie de la Providence, et ne prétendrait pas à être meilleure bohème , illyrienne et serbe que les Bohèmes, les Illy riens et les Serbes eux-mêmes. Il n'y a que l'imminence d'un divorce volontaire, entre deux éléments aussi incompatibles de force et d'humeur, (jui impose à la Pologne la prévoyante obligation d'en adoucir les déchirements, en reprenant vis-à-vis de tous les deux son attitude essentiellement pacifiante et modératrice.
Heureusement, du reste, que la majorité sérieuse de nos op()resseur8 est loin de reconnaître cette légitimfté et cette efficacité révolutionnaires à la nationalité polonaise. Bien au contraire, ils la traitent de rêve malsain, et ne nous reprocheront que de désapprendre la géographie aux écoliers, par désœuvrement . Mais à ceux-là, nous répondrons qu'ils sont bien assez puissants et satisfaits, qu'ils disposent d'assez de canons, d'écus et de lumières pour nous laisser
PAR RAPPORT AUK HONGROtt ET AUX ROUMAINS. hSlH
cette innocente distraction, et qu'en eiTet ce n'est que pour nous égayer un peu dans notre tristesse désespérée que nous débitons toutes ces folies. Quel ombrage eela peut-il porter à nos irrévocables vainqueurs ? Continuons done i
divaguer dans Thypothèse de notre utopie.
Or, dans cette hypothèse, la vigilance arbitrale de la Pologne ne serait pas moins clairement établie vis à- vis de ses voisins du. sud qu'à J'égarâ de ses voisins de Touest; car Texcessive susceptibilité antipanslavique , dont elle seule Se trouve douée parmi les siens, garantissant son înipartialité envers tous les peuples d'un autre sang, rend json affranchissement aussi indispensable pour ceux-ci qm pour ceux-là. Comme la liberté de la Pologne est la liberté de toutes les nationalités slaves, son ^isservissement d^vi^nt inévitablement leur asservissement à toutes.
Pour cette raison, sa liberté ne peut admettre : i" que les Hongrois et les Roumains (^), deux natiof»s étrangères
(0 Nous tenons pour devoir impérieux de notre patriotisme international, d'écarter tous les préjugés répandus parmi les Slaves sur Pincompatibiltté de ces deux puissances interslaviques avec une tenfédération slave A venir. 11 s*agit seulement de démontrer, ce qui n^est pas djficlle : !• Que toutes les prétendues réformes sociales par lesquelles le gouvernement autrichien se vante d'avoir affranchi les Slaves «c les Roumainf- Transylvaniens du joug madjare, sont, comm^ raffranclHssement des paysan» de la Galicie , Tœuvre de la révoliiUon de iSâS ; et que la politique de Vienne ne se les est appropriées depuis 1850, que pour les retourner d'al>ord contre le patriotisme des vaincus , puis pour les annihiler dans l'appiication. 2* Que la guerre domestique qui, en 1868, paralysa TaffranchiBsement de la Hongrie, bien qii'exjilicable dans une certaine mesure par lV>ligarchic sociale de ce peuple conquérant , n*a éclaté en dféfiniiive qile sur les instigations de ce même macliiavélisme autrichien, eno^e et toujours comme les naassacres de Galicie ; puisque l'oppression madjare avait abdiqué virtuellement, dès le jour où la Hongrie se déclarait auiOBome el indépendante. '6"* Que, quant an dégagement des nationalités, 'réellement dignes et capables d'autonomie, de la confusion madjare, Il ae aérait iuévilablement opéré , par la seule force des choses , dès que la domination autrichienae n'aurait plus pesé sur ces peuples d'origine et d'appéiils divers, veillant à ce que tous ces maèiieureux aveuglet), en-
kh-O DE LA NATIONALITÉ POLONAISE
à la Slavie, mais puissamment enclavées au milieu de cette race, fassent au midi ce que nous prétendons empêcher les Allemands de faire i^ l'ouest j 2> que les Slaves et les Roumains, antérieurement conquis par les Madjars, dépaasent
taHéidu» la memefoste, l'f déchirent et n'y entre-dévorent perpëtuellcmeatan profit des Marchei d'0«terrelcb.MaU le plus si mplelMOMOi indique qu'avaot que celle reparution ethnologique puiwe être faite, même fa peDs^e.U bat préalilblement'que ces dempuliunces lnter!iU*li(De>def Madjares et des Boumains , recouTrent leur propre Indëpendanu , kor libre arbitre , et par cela la conscience nette de leur siluallon dans l'immense milieu slave où elle» sunl destinées i vivre.
A l'appal de ces trois remarques, nous donnons ci-dessous quelques DOtes statistiques qui nous ont été fournies par de dignes et Irréciisable) représentaDts de ces deuK nationalités, MM. iranjtet Hosettl.
Population dt la Hongrie, en chiffre» rond», d'après la statittiqut de Fényes.
Magyars, 6,600,000 ; — Vataques, 3,âDO,000 (Roumains) ; — Slovalis, 1,900.000 (Slaves); — Allemands. I,'i00,oa0; — Serbes, 1,300,000 (Slaves); — Croates, 900,000 (Slaves); — liullifenes, (100,000 (Slaves): — Juifs, f|OD.D00.
Total , 14,600,000.
■ LesSlovakset lesDulhËnes, dit M. iranyl,soallnrGnt vaillamment In Hongrois en IB^g et 1SZ|9, ï l'exception d'une l>ande de 1000 ï 1500 Slo- Taks, voisins île la Moravie qui, fanalisés par un pasteur luthérien, Hurban, prirent les armes contre les Magyars, et cela seuicmenl au début delà guerre. Il en fut de même de& Allemands ci des Roumains de ta Hongrie proprement dite ; mais les Serbes, len Croates, les colonies saxonnes et le* Roumains lie la Transylvanie prirent les armes pour la domination an- Irlclilrnne. • (On volt que, personnlHant l'arbitrage fraternel des IMlanaii, dans ce procès ethnologique, Bem eut le mérite d'en Indiquer la meilleure solution, en <con fédérant d'abord RiHimalns et Magyars dans une même victoire contre la domination extérieure. Cetle ztzaole une M extirpée. Il est clair que la répartition du territoire transylvanien entre I oinmunes magyares et communes niomalnes , n'aurait plus été qu'une »<l.iire de recensement, une constatation siaiisllque de l'histoire et de la [î'^Dgraphle sociale de ces deux races, qu'iiucuo caprice d'orgneil magyar uij lie ressentiment roumain n'auraient pu préjuger, [cl, comme en l'ologne, les trois qnestloiu politique, sociale et etlmologique, ne laisaiest qu'une même cartouche dans la giberne des insurgés.)
Quant A l'épllié des droits, reconnue par la révolution poqr loales les
PAR RAPPORT AUX HONGROIS ET AUX ROUMAINS. A&l
aujourd'hui les limites de leur affranchissement et veuillent, par représailles, supprimer leurs hôtes. Dans le premier cas, la Pologne serait contrainte à feindre plus de slavisme que n'en comporte réellement sa nature : à compro-
raees et toutes les classes sociales de la Hongrie, void deux docannents :
Lois de 18/i8, décrétées par la diète de freshourg , et dont la sanction fut arrachée aux résistances de la couronnef le 11 avriL
Art. YIII. Tous les habitants de la Hongrie et des parties annexes supportent également toutes les charges publiques , dans la proportion de leur fortune, sans aucune autre espèce de distinction. ~ Art. fX. Les corvées, dîmes et redevances en argent, dues jusqu'à présent en vertu* d'antres décrets ou conventions , sont abolies à perpétuité , à partir de la promulgation de la présente loi. La législation met Tindemnisation des propriétaires particuliers sous la sauvegarde de Thonneur national, -r Art. XIIL Tja dlme ecclésiastique, qu'elle eût été prélevée en nature ou en argent , qu'elle eût été donnée directement à l'ordre clérical ou âi ses fermiers; enfin, qu'elle eût été acquise à titre de contrat perpétuel ou par donation royale , est à jamais abolie par les présentes.
Les deux derniers paragraphes soumis à la sanction de la couronne furent renvoyés à la réflexion de la diète, ce qui exaspéra celle-ci au point qu'elle menaça les conseillers du roi de proscription. Enfin la couronne céda, par un rescrit en date du 31 mars. — Art. V. Sont électeurs de la représentation nationale tous les habitants mâles du royaume et des parties annexes, indigènes ou naturalisés, âgés d'au moins vhigt ans, et qui ne sont placés ni sous la tutelle ni sous le pouvoir d'un mattre, comme domestiques, sans distinction quant aux cultes légalement reconnus. (L'exclusion portait sur les Juifs, dont l'émancipation ne fut décrétée que l'année suivante à Szegedin.) Suivent les conditions d'un cens extrêmement modéré.
Ces réformes appartiennent encore à la période de la révolution parlementaire. Ce n'est pas ici le lieu d'en discuter la portée pratique , mois elles suffisent h démontrer que tout le mérite en revient à la libéralité nfagyare, nullement à l'initiative ou même au consentement de la domination autrichienne. Voici maintenant , à Tégard des nationalités agrégées , l'expression de la volonté libre et souveraine de la nation hongroise , insurgée contre les Marcties d'Osterreich :
Décret de l'Assemblée représentative du peuple , rendu à Szegedin ,
le 28 juillet 18/i9.
S 1. Le libre développement de toutes les nationalités existantes sur le territoire du royaume est garanti par les dispositions suivantes : — § 2. Da|)s
mettre son indépendance médiatrice pour reprendre gauchement, sans vocation aucune, ce métier de souteneur panslavique que la Russie exerçait avec tant de plaisir et de succès. Dans la seconde supposition, la Pologne serait en*
les afliitres pabliques de gouvernement , d^administraUoii , de tégisladei et de guerre, la langue hongroise reste en osage comme langae officielle; quant anx autres i4iomes, il est ordonné ce qui suit : — § 3. Dans les affaires communales , libre emploi de la langue de chacun ; mais les proto^es seront tenus dans ceUe de la majorité. —^lU- Dans les assemblées des conluts, pour tout citof en pourvu du droit de suffrage , libre eoh ploi de sa langoe matemeUe. — | 5. Même teullé dans la prooédarc verbale des tribunaux de première instance. — > { 6. Le oommandeoMit de la garde nationale, dans la langue choisie par chaque commune. - I 7. Dans les écoles primaires, renseignement se fera toujours dans k langue de la commune ou de Téglise. — § 8. Même disposition pour 1» registres de TÉtat civil. — 1 9. Pétitions, demandes et loates autm oosr respondances avec toutes les sortes d*autorités , dans la langue qoi coaviendra à celui qui les adresse. — H 10, if , 12 et 13. Applications particulières de cette faculté aux Grecs , Serbes et Roumains. — f lA. La nomination à toutes les places et à tous les emplois aura lieu, sans égard à la langue ni- à la religion du candidat, et ne devra se régler qoe sur soft mérite et sa capacité. — Les |f 16 , 16 et 17 concernent spécialement les Roumains et les Serbes, auxiliaires de la doralnatioa aitrichienne , et leur garantissent une amnistie complète, sous condition ée se soumettre aux lois de la Hongrie et de prêter serment ft Hndépendaatt commune.
On voit que la grande préoccupation du patiiotisme magyar, cM et concilier la puissance politique de la Hongrie avec le libre développement des nationalités auxiliaires : problème ardu , délicat , sur les diAcnltéi duquel vit toute la tyrannie autrichienne dans ce pays, mais que TalfraBchissementde la Mag^iarie aurait résolu tout seul, en affrancfaissastda même coup tout ce qui se serait trouvé capable de Uberté et d*autonoaie dans le troisième bassin du Danube. II est inutile de nier que le décret et Szegedin, tout en témoignant de la magnanimité et de la bonne foi 4t Tesprit magyar, ne résolût momentanément le problème è Tavantage à 4a suprématie liongroise, pui8qu*il aurait eu pour premier effet de relégntf les Slaves et les Roumains dans leurs franchises communales et delaiaief le gouvernement politique de TËtat aux Magyars. Mais en même tempa il préparait pour un avenir peu éloigné : l"* le dégagement complet des populations auxiliaU*es; 2'' leur retour par affinité irrésistible aux quatre nationalités de la Roumanie , de la Serbie , de rillyro-Groatie et de la l'acheco-MoravIe qui enveloppent des quatre cdiés la Hongrie pn^weBMai
PAR BAPPORT AUX HONGROIS ET AUX ROUMAINS. ft&5
traînée dans une alliance passionnée avec cette Hongrie, son inaltérable amie d'enfance, dont la Providence a si sagement Jeté le bloc hardi et compacte en travers du troiisîème bassin du Danube. Elle y est placée non pas pour
dite ; donc 3- la réduction de TÉtat magyar, à son aalonomie ethnologique.
En dehors de ce dénoûment , il n'y avait que deux hypothèses ëgaleaienl absurdes : exiger de la natiooaliK Jusqu'alors préémkieDte des Magyars, qu'elle fit le sacrifice de sa langue en faveur des trois dialectes slaves, qui eux-mêmes auraient eu encore à se mettre d'accord; ou bien empêcher les Slaves, excités à la fois par Témancipatlon et par l'humiliation officielle de leurs dialectes, de développer ceux-ci en concurrence du hongrois. Quant à une fusion d*ldiomes pareille à celle qui s*opéra toute seule entre le polonais et le ruthénien du xt* siècle, et qui se renoavdiera inévitablement dès le lendemain de la restauration po-léehite, il n'y a pas non plue à y songer en Hongrie , les langues slave et magyare n'ayant aucune analogie.
On comprend que dans ce dégagement il ne s'agit pas seulement de glossaires et de grammaires, mais de tous les instruments ei de tous les organes des autonomies nationales. Kn parlant de langues, on sous-entend toute cette variété originelle et imprescriptible des familles humanitalret, qui est k la morale et à la dignité de celles-ci ce que la séparation des logis et des ménages est à la morale et à la dignité des familles sociales ; on sous--entend tout ce qui donne & chaque nation le droit et le pouvoir "de développer sa puissance spéciale au profit de la liberté et de l'harmonie universelles ; on sous-entend Talfranchissement et l'ennoblissement de tout ce que , pour arriver plus tôt et sans frais dans le panthéisme de la banque et du phalanstère, les cosmopolites pacifiques de l'école Gobden et Girardin voudraient vainement enjamber.
I.e problème de l'autonomie roumaine est beaucoup plus simfrte, et c'est peut-être aussi ce qui explique pourquoi cette seconde nationalité înterstevique est loin d'avoir déployé , à la recherche de son indépendance , l'indomptable et héroïque énergie qui distingue la race , si reetreinte par le nombre , si grande et si immortelle par sar valeur , des Magyars. Nouveau sujet d'admiration pour la statique de la Providence, qui, dans l'équilibre de l'édifice humanitaire, a eu soin de compenser les dédiets physiques des nations par tme plus-value de vertus militantes , afin que les plus éprouvées survivent à leurs mauvaises saisons et à leurs ' mauvaises fortunes, aussi fortes en somme et plus glorieuses que les masses dispensées par leur poids matériel de toute épreuve. Cependant ce feeHe bonheur des Hoitttiaiiis en présence du purgatoire épique des Madjav,
opprimer les Slovaques, les Serbes, les Roumains el les Croates, comme on le lui reprochait avant que les éclairs de sa propre liberté lui eussent fait comprendre la liberté des autres , mais pour donner des parois de démarcation à ces nationalités encore flottantes et empêcher surtout leur agglomération torrentielle avec les Slaves de la Turquie.
Il est à remarquer que, sous ce rapport, les fonctions internationales de la Pologne et delà Hongrie se symétrisent et se correspondent au nord et au sud de Tarête orographique de TEurope orientale, de manière à les confédérer
n*altère «n rien \e^ droits des premiers à une indépendaDce toat aiuti absolue, tout aussi nécessaire au maintien des démarcations slaviques.
Le nombre total des Roumains purs et mêlés s^élève de il à 12 millioos, dont 2,/i00,a00 tiabitantla Transylvanie, en lutte d'indépendance vis-à-vis des Magyars. I^es Approbatœ et compilatœ constUutiones Tramyhaniœ témoignent d'une oppression politique et sociale que les Boumains de la Transylvanie n'ont cessé do subir de la part de leurs conquérants jusqu'en 18^8; aussi n'a-ton pas été étonné d'en voir un grand nombre prendre les armes contre ces derniers, comme auxiliaires de la domination autrichienne : jusqu'à ce que Bem leur ait montré le véritable chemin de leur affranchissement, dans une alliance d'égalité militaire avec leurs sazerains immédiats contre i'archi-suzerain des uns et des autres. JLa diète de Presbourg ayant décrété l'union intégrale de la Hongrie et de la l'ransylvanie, les Aoumains de cette province s'assemblèrent le 15 mai 1868, au nombre de 60,000 délégués, dans le champ de Blaj , et se déclarèrent nation autonome. 11 s'ensuivit une affreuse guerre civile, si l'on peut appeler ainsi la revendication légitime que font des opprimés de leur indépendance. Les Hongrois amendés par le péril entrèrent dans la voie des concessions, au mois d'octobre, et il est manifeste qu'une fois placées sur le même niveau de force et réconciliées par la fraternité des camps , ces deux races eussent été obligées, après une victoire commune, de s'eo partager équitablement les fruits, n a fallu tout l'aveuglement de ressentiments séculaires, pour armpr les Valaques, ainsi que les Serl>es et les Croates, contre une nation qui, assez vaillante pour briser le joug banal de l'Autriche, eût été évidemment incapable de continuer son rôle doniinateur aprèn sa séparation de l'empire, à cause de sa faiblesse numérique au. centre de races étrangères, dont raffrancliissement de la Hongrie luimême aurait tout d'abord délié les autonomies. L'aristocrate hongroise, Qui est restée fidèle à TAutriche, a bien mieux compris cette inévitable