‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 70 sur 80 · PAR RAPPORT AUX B0MGR0I8 ET AUX ROUMAINS. 6A · texte numérisé non relu

PAR RAPPORT AUX B0MGR0I8 ET AUX ROUMAINS. 6A

une Madjarie indépendantes, que par des Slaves qui n'y suffiraient pas.

Mais si les Polonais ne peuvent pas plus être soupçonnés dincontinence slavique que de suicide, par leurs alliés de race difTérente, ils ne doivent pas admettre non plus que ceux-ci se suicident en opprimant plus nombreux qu'eux. Ils ne sauraient oublier que c'est cette lutte séculaire entre les Madjars et les Slaves, dans le troisième compartiment du Danube, qui a ouvert ce bassi» anœ Marches d'Oster-' reich et amené la superposition des Allemands aux deux maîtres légitimes de la maison ; tout comme la détestable tyrannie des Polonais à Tégard des Cosaques a préparé Tâsservissement expiatoire des uns et des autres par les Tsars. De même donc qu'il n'y a plus de Pologne possible avec des Cosaques tributaires, de même les Hongrois secoue* raient' vainement d'une main le joug de la maison d'Autriche^ en annihilant de l'autre, sous leur patriciat, les na« tionalités plébéiennes des Slovaques, des Serbes et des Croates. Il importe enfin, au plus haut degré, a la liberté et à la conservation de la Pologne, que les deux nationalités hongroise et roumaine vivent en cordial éf|uilibre; car soit que ces deux voisins se battent avec les Slaves, soit qu'ils se battent entre eux, ce sont toujours les cloisons de la Slavie méridionale qui s'écroulent ; donc le panslavisme qui gronde; puis les Allemands elles Russes qui arrivant, lé rire du diable sur les lèvres, pour se.donnenla main pardessus ces éboulements, en refoulant la Pologne au-dessous du plus profond.

Et dire <]u'il y a encore des alarmistes pour sotitenir que là politique polonaise est querelleuse et révolutionnaire !

Mais tout cela n'est que la moitié de la constellation prochaine des Slaves. Telles sont, en effet, les servitudes de la liberté fédérativç, que cette liberté ne saurait s'arranger autour d'un seul sdeil, sous peine de retomber immédiate*

llh& DE U NATIONALITÉ t^OLOMAlâB.

ment dans le hiérarchisme féodal, et un peu plus tard dans ragglomération attilienne. 11 faut à la permanence et à la sécurité de ces sortes d'harmonies deux réflecteurs différemment orientés, mais de puissances équivalentes, se faisant contre- poids et non concurrence ; tous les deux puisant leur action à un commun foyer d'amour humanitaire, qui est comme Tinvisible saint-esprit de toute fédération, non pas seulement pours'en illuminer et s'en réjouir eux-mêmes, mais pour en distribuer la chaleur et la lumière au système entier^ dans tous les sens*

Ce théorème qui semblerait emprunté à quelque rêverie svédenborgienne plutôt qu'aux très positives souffrances de la Slavie, se démontre pourtant au toucher, par tous les d/ualismes qui gouvernent officieusement les deux mondes. A travers les gestes de la politique de convention, recueil de vains rites dont le sens est perdu même pour leurs pontifes, on distingue parfaitement cette tendance naturelle des peuples à se grouper par régions, en obéissant à leurs affinités de terroir, pour -s'équilibrer dans leur faisceau d'abord, puis avec les faisceaux voisins. Or chacun de ces groupes se trouve partagé entre deux attractions jumelles, excepté la Slavie, qui seule aujourd'hui nie cette pondération universelle, la dérange et la menace de son entassement, sous l'épée de quelque Mahomet ou de quelque Tamerlan. On peut dire de cette prophétie, et à bien plus juste titre, ce que M. Thiers a dit des conséquences de l'occupation du Bosphore par les Tsars, « Chimère pour les esprits vulgaires, péril imminent pour les grands esprits. » Quant à l'esprit polonais, il sent si vivement combien cetle bestiale unité de la Slavie effarouche l'humanité, qu'il n'en veut pas plus au profit de la Pologne, qu'au profit de la Russie.

De là résulte pour ce patriotisme, le mieux éprouvé et, à cause de cela, le plus équitable qu'il y ait peut-être dans les

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temps modernes, le besoin d'un contre-poids capable de constituer avec la Pologne le binôme organique de la Slavie; comme déjà la pondération des Etats du nord par les États du sud dans la fédération américaine, celle de la France par TAngleterre dans Toccident de l'Europe, celle de rAlle-* magne du nord par TAllemagne méridionale dans la fédération Germanique, et celle de la Suède par le Danemark dans la Scandinavie, ont fixé dans ces quatre autres régions de la chrétienté, sinon les pivots, du moins les jalons d- un prochain et véritable équilibre universel.

Pourtant ces éléments de dualisme ont été tout aussi bien offerts par la Providence à la Slavie, qu'à la Scandinavie, qu'à la Germanie, qu'à l'Occident européen, qu'à l'Amérique du Nord ; et pour le supprimer il n'a fallu rien moins que l'intervention fatidique du tsarat dans les destinées de cette région. C'est évidemment la Moscovo-Cosaquie, ou Russie autonome, qui est appelée à fournir ce complément des fonctions polonaises, dans la fédération slave. Débarrassée des entraves tsariennes et par là de toute la malfaisance qui l'avait mise au ban de l'humanité, cette nationalité qu'il faut aujourd'hui juger par ce qu'elle promet , et non pas par ce qu'elle a accompli, deviendra dans l'édifice nouveau : i^ extérieurement^ vis-à-vis de toute l'Asie mongolienne, ce que la Pologne se trouve être en face du germanisme ; ^ intérieurement^ pour toute la Slavie orientale, ce que la Pologne fut toujours pour la Slavie occidentale.

La nationalité moscovite n'a été arrêtée dans sa croissance que pour avoir failli à la première de ces deux lâches, qu'elle a rejetée sur la Pologne. Du jour où , laissant déborder les Mongols par-dessus sa défaite , elle eut ainsi prêté son cadavre à la confection de ce monstre tsarien, qui n'est que la Mongolie travestie en slave et exercée à la prussienne, la Moscovie perdait sa place et sa raison d'être dans sa constellation ; tandis que la Pologne, en

kM DB UL NATIONALITÉ ROLONAISB.

(cumulant ce labeur avec sa faction contre les empiétements oppo8^8 du germanisme, devenait par rapport à rextérieur la seule puissance nécessaire et compréhensible de la Slavie. Mais ce fardeau, fait pour deux, a fini par excéder le dévouement et les forces de la Pologne ; et si Dieu lui permet de se remettre de sa courbature, elle ne se souciera pas de recommencer. Elle recdnnaît donc qu'il lui faut absolument une nation russe doâ à dos, tant pour l'abriter des vents, sinon des invasions actuellement épuisées de TAsie, que pour Tarc-bouter solidement contre l'Allemagne; de même que pour devenir ime nation, comme telle fiaire avec isécurité face à T Asie, et non plus conquérir, mais ranimer, en le slavonisant^ cet incommensurable océan de poussière, il faut absolument à la Russie une Pologne jumelle et inébranlable par derrière.

Les fonctions de ces deux piliers de l'édifice slave seront équivalentes et symétriques, mais point identiques ; car elles ne sauraient faire double emploi sans se confondre de nouveau dans le tsarat. Ainsi la Pologne, tournée vers la vieille Europe, tiendra en respect les inconsolables convoitises du germanisme, tout en transmettant à sa race ce qu'il y a d'intéressant dans ce vénérable musée d'expertises et de traditions. La Russie, de son côté, épanchement oriental de la Slavie, comme l'Union Américaine estl'épanohement transatlantique de la race anglo-saxonne, pour devenir peut-être celui de tout l'Occident européen, la Russie réchauffera et peuplera, des monts Ourals au Japon, et d'Archangel au plateau central de l'Asie, un monde nouveau et fécond, qui vaudra bien le monde vieux et coriace que les Tsars lui montrent à dévorer.

C'est bien moins à des antipathies de race, de croyance et d'économie sociale, comme on le répète pour la commodité des intelligences vulgaires, qu'aux déviations de leurs destinées respectives, qu'il faut attribuer le long et san-

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glant antagonisme des deux nationalités capitales de la Slavie. Lear souche élant sensiblement commune, il n'y aurait qu'à retirer la Russie de ses étuis mongoliens et germaniques pour y retrouver une simple variété géographique de la Pologne. Cette même réduction révélerait aussi l'ex-» trême similitude de leur organisme économique. Nous savons, en effet, qu'identiques avec leur origine, les deux communes, russe et polonaise, ne diffèrent que par les procédés de leur déformation et de leur asservissement. La première, ayant subi l'empreinte écrasante de deux eom quêtes extériegres et successives, se trouve en jpuîssanee d'une féodalité à laquelle l'autocratie tsariennè gemble servir seule de modérateur, et dont une grande bataille sociale pourra seule l'affranchir, à moins, cependant, que l'exemple de la gmrna polonaise ne lui épargne cette crise par inoculation. Nous croyons avoir démontré qu'excepté dans la Pologne puthénienne, où la propriété foncière a pris les allures, sinon l'autorité d'une conquête féodale, la gmina polonaise n'a à compter qu'avec des usurpations et des surprises domestiques, qui, ou se suppriment d'ellesmêmes, ou ne demandent qu'à se faire indemniser, à titre de, mauvaise spéculation. Il ne sera certainement pas oné- ' reux, pour les communes, d'indemniser ce qui en restera i après liquidation définitive, et au taux delà valeur que cela ! aura à l'époque fl'une insurrection nationale. Pourvu donc que les réformateurs russbsy prussiens, et surtoiïl autri- ' chiens ne s'en mêlent pas, la révolution sociale se réduira, 1 pour les trois quarts de la Pologne, à tin jubilé par-devant notaire. Supposez maintenant que le fnême assainissement s'opère en Ruthénie et en Russie par contagion, par entraînement imitatif, et voua retrouverez dans les deux pays le même élément constitutif de la société. A la vérité, ce principe de la possession, non pas communiste, mais mutuelle, impliquant un régime de démocratie économique pour la

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société et un gouvernement républicain pour l'État, se trouve commun A toute la Slavie, depuis Raguse jusqu'à rOural ; néanmoins, tout ce que, pendant des siècles, la violence étrangère ou la corruption intestine ont entassé par-dessus, a empêché jusqu'à nos jours, et les explorateurs superficiels de s'en apercevoir, et ce fécond principe lui-même de porter aucun fruit enviable , en dehors de la gmina léchite. Il en a été de n)ême de ce républicanisme latent, qui, quoique également naturel et légitime pour tous les peuples slaves ^ n'a cependant réussi à se consteller en puissance durable et tutélaire qu'autour de la Léchïa. Ce sont ces antécédente péremptoires qui ont inspiré à tous les véritables patriotes de la Slavie la con« viction qu'il n'y a absolument rien à faire, rien à espérer, rien à essayer dans toute l'étendue de leur monde, avant la restauration complète de ce type, de ce modèle économique et politique de leurs aspirations. Ils ont tous compris que, sans cette réparation préliminaire, ces 85 millions d'adultes étemels ne seront jamais bons qu'à promener triomphalement la tyrannie sur leurs épaules autour du globe, et n'emprunteront aux prodiges de la civilisation occidentale que juste de quoi dorer et enluminer cette ovation tamerlanique. La Russie libérale, surtout, ne saurait concevoir pour soi-même aucim programme de liberté, dont l'affranchissement préalable et complet de la Po-léchïa ne soit la préface obligée. Aussi bien, tout ce vernis polytechnique dont l'Occident se flatte de la gratifier, à titre de propagande civilisatrice, ne lui servira, qu'on le sache bien, qu'à graisser les roues de ses canons et les moustaches de ses grenadiers, tant qu'elle ne trouvera pas à côté d'elle quelqu'un de sa famille, pour lui enseigner d'exemple à l'employer à quelque chose de plus honnête et de plus utile. L'unique motif d'antagonisme destructif qui semble devoir subsister entre les deux nationalités njsse et polo-

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