‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 71 sur 80 · LES DEUX NATIONALITÉS FONDAMENTALES DE LA SLA VIE. A · texte numérisé non relu

LES DEUX NATIONALITÉS FONDAMENTALES DE LA SLA VIE. A

nàise, après leur dégagement, c'est leur divergence religieuse. Cependant les rapides et immenses succès de la propagande gréco-latine au iv* et au xvi« siècle, ont prouvé qu'en ôtant, d'une part, à l'orthodoxie tout ce que les ténèbres de la servitude et l'ambition tsarienne lui donnent d'incontinence fanatique, puis, de l'autre, au catholicisme polonais, ce qu'autrefois la malfaisance des Jésuites, et aujourd'hui la tactique du patriotisme y ont ajouté, il serait facile de ménager, entre Russes et Polonais , un terrain d'armistice perpétuel, même en matière de croyances.

D'une part, donc, décomposez le tsarat jusqu'au dépouillement complet de la saine, vigoureuse et légitime Moscovie ; de l'autre, restituez à la Pologne tout ce qui est dû à sa définition nationale, et toute raison de conflit entre ces deux pivots du monde slave disparait. Au lieu des chavirements épouvantables qui le faisaient rouler tout'entier du couperet de Gonta au knout de Catherine II , et du knout de Nicolas I«'au couperet de Szela, vous obtenez un admirable binôme de puissance et de mouvement, un pendule inaltérable de fécondité et d'ascension illimitée pour 85 millions de Slaves;

Mais le>s bienfaits de l'affranchissement polonais ne s'arrêteront pas à l'harmonie du monde slave ; car, en rentrant dans sa constellation, toute nationalité rédemptrice téintègre, par cela même, toutes les autres dans les leurs. Ainsi, en nous appuyant sur ce dogme, nous allons démontrer d'abord que le fiai lux du chaos germanique dépend entièrement d'une Pologne préalable^ et que cette race, quelque pullulante, expahsive et socialement civilisée qu'elle paraisse, ne saurait se connaître, se posséder et se gouverner, avant d'être isolée de la contagion russe par un mur polonais.

Les rapports de la Pologne à l'Allemagne, avons-nous dit, sont providentiellement démarcateurs. Les nationalités.

avoiis-now encore dit, Vont en purgatoire pour renseignement de l'humonité, lorsqu'elles ont eh mêitie temps oomprimé en elles leur principe d'existence et failli à leur tâche externe. La vertu interné de la Pologne consistant dans sa démocratie, sa tâche internationale consistant à garder les limites slaves que ses Piasts fondateurs lui levaient léguées, et à empêcher la chute des autres nationalités de sa race, €'esl pour avoir gâté sa démocratie et abandonné les lisières de la Slavie aux empiétements des Scandinaves, des Mongols et des Germainâ, qu'elle est tombée en pénitence. Gependant.elle n'a pu périr, parce que nul organisme 4&ns la création ne peut se reposer dans la mort qu'après avoir rempli, vis-à-vis du Créateur, toutes les obligations de sa genèse. Quant à la malfaisance du dehors, elle n'est janoais pour les nationalités qu'un agent indirect et accessoire.de. déchéance. Aussi la Pologne à4jrait-elle n^auvaise grâce à accuser l'Allemagne et la. Ru^ie de ses châtiments ; mais par la même raison, l'Allemagne et la Russie n'ont m droit ni espérance à fijnder sur leur conquête. Simples geôliers de la colère divine, elles seront forcées de lâcher leur captif, dès que celui-ci se sera, à leur insu, acquitté envers la Prdvidence, en accortipUsdanl son temps d'expiation. Tout ce que la Pologne devra aux Russes et aux Allemands, ce sera de ne pluâ retomber dans le péché d'aristocratie et de négligence. D'ailleurs, elle ne gardera pas plus de rancune â ses geôliers que n'en gardent aiyourd'hui MM. Rothschild au vice-roi d'figypte, et elle ne se vengera des duretés de leurs pharaons qu'en les en laissant jouir tout seuls , si c'edt décidément leur faiblesse. Ce que les journaux de la réaction allemande ont coutume de débiter sur les haines intraitables du Polonais contre les étrangers, n'est qu'une excuse préventive au service de la tyrannie « Bien au contraire, son antique hospitalité politique, religieuse et sociale est passée en pro-

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verbe; seulement^ il lui faut avoir de quoi exercer cette hospitalité , qui lui est devenue singulièrement difliciiei depuis que les Russes et les Âlleinands lui ont tout pris*

Que les Russes et les Allemands rentrent donc chea eux et ils verront toutes leurs préventions se dissiper comme par enchantement. Rendu à la liberté^ le caractère polonaid deviendra volontiers moitié senliment4 moitié intelligence. Séparé des uns par la Dwina et le Dnieper^ des autres par roder et la Bohême, il aimera peut-être mieux les Russes, mais bien sur il admirera davantage les Allemaiuls» Quelle race étonnante, en eiïet, que cette régénératrice du monde romain, quand elle ne s'oublie pas à régénérer ce qui n'a pas encore mûri ; que cette reinedela pensée, lorsqu'elle n'oblige pas à coups de canon les Danois, les Slaves, les Hongrois et les Italiens à penser comme elle; que cette savante ency* dopédique, quand elle n'invente pas des archéologies pour l'usage particulier de ses gendarmes et de ses usuriers. Ne serait-elle pas vaillante comme tout le monde^^ si elle n'usait pas de sa bravoure contre les prisonniers de Fischau? Qui songerait à lui contester les prodiges de ^n activité et de son industrie, du jour où elle parviendrait à se passer des capitaux, des outils et de la terre d'autrui? Que l'on se figure l'initiateur, le civilisateur, le soleil humanitaire qu'elle ferait, si elle voulait bien se fixer à son axe et ne pas vaguer sans cesse à travers les constellations voisines !

Or, comment soustraire cette redoutable et illustre fonc* tion du système européen aux funestes écarts qui rendent tous ses talents inutiles ? Comment la remettre à la place qui lui est due dans l'estime de l'humanité? Ëvidemmenti en procédant à son égard comme à l'égard de la Russie, qui, elle aussi, n'est, comme nous l'avons vu, ni sans talents utiles, ni sans talents superflus. Il s'agit donc seule^ ment de soulager l'Allemagne de tout ce qui lui est étran** ger, pour la retrouver à l'état naturel, telle qu'elle est

probablement sortie des ateliers de ses dieux, inaccessible dans sa sérénité olympienne à aucune vilenie terrestre. Mais Frédéric II volant des filles avec leurs vaches et leurs matelas pour ses grenadiers ; Marie-Thérèse faisant des neuvaines pour sa part de Pologne; Kant exposé à devenir landrath a Gnesne, et Schlegel kreis-commissarius à Tarnow ; Maurice de Saxe brûlant Xionz , et Chartes-Quint comptant les têtes coupées par Szela : fi donc ! est-ce que c'est là le métier des enfants d'Arminius et de Witikind ? D'une autre part, proposer à TAllemagne de se purger, de s'assainir, de s'absoudre elle-même, serait tout aussi puénl que de prier l'empire de Russie de se mettre en révolution pour épargner aux puissances occidentales les ennuis d'une prochaine reprise d'armes, ou que de sommer la Pologne de ressusciter, sans qu'on lui tendît du dehors une légion polonaise. Tant que l'on n'aura pas soulagé la double nationalité allemande, sans elle et malgré elle, de ce qui l'empêche de se contempler et de se mesurer, elle restera persuadée qu'elle est née avec sa part de Pologne, qu'elle ne saurait vivre sans un empire de Russie pour voisin, et que se^ aïeux lui ont laissé toute la Slavie occidentale en pâturage. Or, la France, elle aussi, se figurait ne pouvoir vivre sans l'Inde et le Canada, l'Angleterre sans ses États d'Amérique, la Russie sans son escadre de Sébastopol, la Hollande sans la Belgique, la maison d'Autriche sans la maison d'Espagne, les colons sans leurs esclaves, la papauté sans les annates, réserves et expectatives, les gens bien élevés sans laquais et voitures, les âmes choisies sans leurs premières amours. Pourtant tout cela s'est arrangé et vit à merveille ; seulement, aucune de ces passions ne s'est guérie d'elle-même, et il a toujours fallu, même aux fils d'Ulysse, des Mentors pour les jeter à la mer.

11 est évident qu'avec cette infirmité de couler partout

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qui la caractérise, et que la politique russe favorise de tout son pouvoir, afin de la délayer à son usage, TAlleniagne ne parviendra jamais à se condenser et à se limiter toute seule. Elte suintera ainsi, avec tous ses trésors et tout son génie, à l'état de tribus, à tort et à travers del'humanité, sans progrès applicable, sans savoir si elle est ou non dans l'âge d'une nation, et plus enfant, sous ce rapport, que les Serbes et les Croates qui, eux, du moins, sentent très bien où finit leur ventre et où commence leur cœur. Des frontières précises et solides^ voilà donc ce qu'il faut bien vite à ce précieux liquide, pour qu'il ne se perde pas tout entier par les crevasses insondables du panslavisme. A l'ouest déjà, ce service démarcateur lui est rendu par la France ; aussi est-ce le seul côté de l'Allemagne où l'on trouve matière pondérable à nation. En admirant ces purs et vigoureux spécimens de nationalités, malheureusement inachevées, qui remplissent tout le bassin du Rhin , on se demande avec affliction pourquoi, dans son ensemble, cette race n'a jamais pu goûter les joies patriotiques d'une unité compacte et assise; pourquoi tout le monde sait ce que c'est qu'un Allemand, et personne ne saurait dire ce que c'est que l'Allemagne ?

On en découvre la raison à mesure que l'on s'éloigne des dures et solidifiantes parois de la France. Au nord, «n allant de l'ouest à l'est, malgré les limites apparentes que lui pose la mer, l'identité germanique s'embrouille déjà et se gâte considérablement. Nous ne parlons pas du gâchis conventionnel dont les morcellements dynastiques ont barbouillé la surface de ce pays, comme pour dégoûter les dieux du patriotisme de jamais s'y asseoir. Il suffit à nos regrets de cette friabilité, de cette mouvance de la substance germanique elle-même qui, en la confondant, pour ainsi dire, avec la vase -des mers du Nord et Baltique, la dégorge d'abord par tous leurs courants vers l'Amérique, ce qui est fort

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bien ; mais ensuite, ce qui Vef^i moins, la heurte perpétuellement contre les Scandinaves, et enfm, ce qui n'est pas bien du tout, la refoule d'une façon odieuse, exaspérante, sur les Slaves. Quel édifice durable vouleE- vous élever avec du béton de cette consistance, à moins de rencaisser soigneusement de tous côtés, jusqu'à ce qu'il s'habitue à tenir debout? Moyennant cette précaution, n'y aurait-il pas à assembler en une seule nation septentrionale , parfaitement caractérisée et d'une incalculable puissance civilisatrice, tous ces peuples des cinq bassins du Rhin inférieur^ de l'Ems, du Weser, de l'Elbe allemande et de la Basse-Oder, que le cadastre de 1815 a mis en salmis pour en nourrir d'abord la bureaucratie, la police et les états-majors de U Prusse, puis une vingtaine de petits fiefs russes, s'il en reste?

Au midi de l'Allemagne, les éléments d'une seconde nationalité germanique se sont encore corrompus et stérilisés davantage à boire les larmes de l'Italie et la sueur des peuples danubiens. La moitié autrichienne de ces prétendus Allemands en est arrivée à ne plus pouvoir exprimer sa généalogie que du nom d'un empire dont elle n'est que la sixième fraction. Elle s'en console à la vérité largement par l'asservissement bureaucratique et économique de tous les autres sixièmes ; mais est-ce donc des consolations d'une pqreille minorité qu'il devrait s'agir dans des problèmes de celte dimension ?

Cependant nous avons vu que c'est surtout du quatrième côté, du coté oriental, que l'Allemagne, crevée et eflacée, va se perdre de corps et d'âme dans les misères de sa convoitise. Dans cette direction, plus rien de résistant et de fécond chez cette tourbe errante de métis, matériellement paganisés et judaïsés jusqu'à la moelle des os, et qui, de tous les sens de leur origine germanique^ n'ont conservé que le fëroee et implacable flair du bien-être. Lorsque sur la foi

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