LA POLOGW VIS-A-VIS DB L* ALLEMAGNE
des oongrès et des gëographies, on a franchi le Brandê* bourgs I9 Saxe et TAutriche proprement dite, pour aller chercher un supplément d'Allemagne par delà TOdei* et left montagnes de la Bohême, on diraitles malins esprits chasséd par le Christ du corps germanique dans la Slavie germant-» sée. Heine aurait dit : te L'obscène métamorphose du dieu Tuiscon en grouin. » Nous savons que, depuis i8&5, il est eonveitu en Occident de nier ce qu'on y appelle « ces exagérations du dépit et de la colère vaincus par la civilisation. » Nous concevons qu'il y serait plus commode de voir dans les colporteur! de Bromberg, de Breslau et de Lemberg des pionniers anglo-américains; dans les Posnaniens, lefi Silésiehs et les Galiciens, pur conséquent, des Siou};: et des Osages, qui ont bien asâee de leurs Carpalhes rocheuses pour y enterrer leurs os. Ce qui, à part la mauvaise foi, à pu donner lieu à cette méprise impie, ce sont les simagrées d'ordre et de prospérité mercantile, que pendant les longues hypocrisies de la paix prêtent à ces malheureuses {)rovinces la police, le code pénal et la discipline de l'avarice. Que^ cependant, la moindre agitation européenne vienne, comme en 1848, remuer ces paludes revêtus d'une verdure factice, et la réaction allemande fera voir même à ces économistes utilitaires, pour lesquels tout patriotisme est superstition^ qu'il n'y a là aucune espèce d'Amérique, mais toutou pluB un abime creusé entre la Germanie et la Pologne. C'est là que viennent se tarir volontairement, sous le fouet de la Russie, la pensée, la puissance et la liberté de la premièroi sans que la servitude de la seconde promette de jamais I* combler. Bien au contraiœ, la miséricorde de Dieu promet, et l'honneur de l'humanité exige un terme à cette honteuse pénitence métamorphique de l'Allemagne. Il faut ré« tablir ses limites de ce côté, comme elles le sont au couchant pur la nette et inébranlable arête de la France; alors, les deux autres Aicél^ du. trapèse germanique «e 4étermincmti
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d'elles-mêmes^ celte race, digne d'une plus glorieuse histoire, pourra enfin se compter, se caser, et appliquer à ses félicités domestiques ce génie multiple dont elle n'a fait jusqu'àprésentqu'un usage aussi déplorable pour elle-même que pour tous ses voisins.
A l'objection que ce génie, don fatal de la Providence et caractère même de. leur nationalité, poussera toujours les populations pullulantes de l'Allemagne hors des étroites frontières que la Scandinavie, la Slaviè, l'Italie et la France voudraient leur imposer, répondent : 1° ces tlots libres et respectés d'émigrants que les bouches de l'Oder, de l'Elbe, du Veser, de l'Escaut et de la Seine, déversent sans cesse dans le tonneau des Danaïdes américaines; 2* l'hospitalité passée de la Pologne, tant qu'elle se sentait assez forte pour être hospitalière avec sécurité, et l'hospitalité future de l'incommensurable Slavie, quand les Slaves n'auront plus à défendre leur droit d'hospitalité contre leurs botes; â* l'extensibilité des limites de l'Allemagne, dès que ce seront non plus la violence et la fraude, mais les intérêts et la puissance mutuels des deux fédérations qui seront appelés à les poser. En effet, si, jusqu'à présent, la rancune slave tend à refouler la race allemande dans ses assises primitives, c'est uniquement pour ne pas abdiquer le principe des siennes, sous la contrainte du plus fort. Mais rendue à l'indépendance de son jugement, la Slavie renoncera d'ellemême et bien vite à ces anciennes extrémités, aujourd'hui réellement germanisées ; car qu'en ferait- elle, et comment les revendiquerait-elle n'ayant plus- d'épée tsarienne pour les cadastrer? Ce n'est pas. Dieu merci, l'espace qui manque aux Slaves : c'est la liberté; et le prix qu'ils mettent à celleci les rendra toujours très prodigues de l'uutre. Ce qu'il faut absolument à la prochaine confédération des Slaves, si absolument qu'elle se noiera dans le panslavisme plutôt que d'y renoncer, c'est un ensemble d'États souverains,
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francs d'allure et se pondérant mutuellement, qui vienne compléter l'harmonie ethnographique de l'Europe au profit de h justice et de )a paix universelles; mais quant à l'étendue et à la composition de ces États, c'est une question qui n'est encore résolue antécédcmment que pour la Pologne. Encore celle-ci, après reconnaissance de ses droits aux frontières de 1772, pourra-l-elle consentir, jusqu'à équivalence de bénéfice, à toutes les modifications territoriales que lui proposera non plus Robert-Maeaire le pistolet au poing, mais une Allemagne libre, palpable et solvable.
1) n'entre nullement dans les prétentions de ce livre de déterminer les autres frontières interslaviques de l'AIiemegne, mais ce qu'il y a d'acquis jusqu'à présent à î'évidence, c'est : 1* qu'à moins de la conquête de l'Allemagne par les Tsars, il faudra tôt ou tard les déterminer; -2' que sans la restauration préalable de la Pologne, seule quantité connue du second terme de cette équation, il est impossible de les déterminer; 3' que, justju'à ce qu'on les ait déterminées, l'Allemagne n'aura pas plus de frontières réelles que la Slavie, parlant pas plus de nationalité, de droits et de valeur politiqoe, quoi qu'en disent ses, gouvernements et en écrivent ses congrès. Voilà comment la restauration de la Pologne n'est pas moins indispensable au salut et à la grandeur de l'Allemagne qu'au salut et à la grandeur de la Russie libérale et de toutes les autres nationalités slaves.
Nous nous abstiendrons par la même raison de cadastrer la fédération allemande; mais ce qui n'a pas plus besoin d'être cadastré à nouveau que la Pologne de 1772, c'est le binôme naturel de celte race établi par latitudes et accepté par l'histoire. 11 y a, tout le monde le sait, une Allemagne du Nord, vivant par Vinlelligehce, saxonne de sang, protestante par tempérament, aussi bien sousCharlemagneque soiTB Charles-Quint, Ferdinand 11 et de nos jours, à laquelle
nëanmoinB rcîpuisement des antagonismes religieux et le voisinage ont rattaché la vieille Austrasre conservatrice et catholique du Rhin inférieur. Il y a ensuite une Alleniagne du Sud, suève, franconienne, bavaroise, et seulennent par extension, autrichienne, vivant sur les traditions de l'empire romain, et où le sentiment a prédominé et prédominera de tous temps sur Tintelligence. De même que toute l'histoire interne de la race slave se réfléchit dans l'antagonisme de ses deux nationalités directrices, russe et polonaise, toute l'histoire de l'Allemagne se résume dans la protestation perpétuelle de l'Allemagne du Nord contre l'unité impériale, soutenue par l'Allemagne du Sud. A ce point de vue, la guerre de Trente Ans et la paix de Westphalie sont le dernier mot des nationalités allemandes, qui, depuis ce conflit décisif, se trouvent n jamais dégagées du pangermanisme, et groupées en deux constellations fédérales, lesquelles s'équilibrent suffisamment malgré* l'absence de toute cohésion politique dans le sein de chacune d'elles.
La nature allemande ne parait pas susceptible, en effet, du nationalisme compacte et massif de la France, de la Hongrie, de la Pologne ou de la Moscovie ; elle ne peut supporter ({ue certaines divisions régionales, comme il en existe entre les États du Nord et les États du Sud de l'Union Américaine. Malhaureusemf^nt cette forme de puissance et de liberté, supérieure en principe au patriotisme pour ainsi dire stéréomélriqtie des Français, des Polonais, des Hongrois , des Moscovites , ne serait à son aise que dans une démocratie politique, accomplie et souverainement triomphante, dont PAllemngne semble plus éloignée qu'aucun autre pays (le l'Europe. Il en résulte cette choquante anomalie d'une société certainement plus éclairée que celle de l'Amérique du Nord, mais ne gagnant à sa science que le dégoût de tout souci patriotique; dans les livres et dans seg comptoirs, prééminente sur toutes les