‹ De la nature du capital et du revenuChapitre 16 sur 42 · RECETTES · texte numérisé non relu

RECETTES

Provenant d'actions et lions

Provenant du travail personnel

d'obliga-

DEBOURS

Placements en actions et obligations 500 $

Rente 100 »

Réparation du mobilier. , 30 »

Coût de la nourriture. . . 50 »

Domestiques 100 »

Salaire de l'employé . . . 500 »

Etc 2 500 »

Ceîa donne une balance de caisse de 220 % qui, à la fin du mois, doivent être ajoutés à la caisse telle qu'elle était au commencement du mois. Cette balance n'indique pas ici le revenu net de l'homme, de loi, comme l'indiquait la balance du compte plus complet qui avait été établi précédemment. Le revenu net de l'homme de loi, dans la comptabilité incomplète et provisoire que nous considérons en ce moment, apparaît, en tant qu'il se trouve représenté, dans les recettes totales de caisse, déduction faite de certaines corrections approximatives. La justification d'une semblable comptabilité, dans la mesure où elle existe, consiste en ee que la plus grande partie du revenu, de

quelque source que ce revenu provienne, passe dans le tiroir de la caisse.

Il faut faire observer que la colonne des recettes du compte ci-dessus, qui s'élève à 4.000 S, dépasse considérablement le revenu net qui est de 2.800 S tel qu'il résulte du compte précédent. Toute personne qui use d'une telle méthode de compter en pure monnaie éprouve instinctivement le besoin d'effectuer certaines déductions dans les recettes totales en monnaie. Elle sent instinctivement aussi que tous les débours ne doivent pas être déduits ; sans quoi il ne resterait rien ou presque rien. L'expédient ordinaire consiste à déduire les « dépenses commerciales » (business expansés) — les 500 S placés en actions et obligations et les 500 % affectés au salaire de l'employé. Le reste sera alors de 3.000 $, ce qui, en pratique, constitue une approximation suffisante pour le revenu net de 2.800 $.

En pratique, donc, les recettes en monnaie (moins les dépenses « commerciales >\ aussi bien que la sommé des revenus nets des titres et du travail, constituent de bons à peu près du revenu vrai. Mais, même à un point de vue pratique, ces à peu près ne servent pas toujours, sans •compter qu'en rigoureuse doctrine ils sont toujours faux. Ils ne peuvent être exacts qu'à la condition que tout le revenu, de quelque source qu'il provienne, passe par le tiroir de la caisse. S'il était vrai que le revenu net des actions et des obligations, comme le revenu net du travail de l'homme de loi, tout comme le revenu, net de toute autre source, passassent à travers le tiroir de la caisse, tandis que, d'un autre côté, l'afflux qui vient de ce tiroir consisterait exclusivement en dépenses pour toute satisfaction qui s'offrirait, il arriverait alors que l'afflux de monnaie à travers le tiroir de la caisse serait véritablement la mesure du revenu et que le tiroir pourrait alors être appelé une sorte de compteur (meter) du revenu. L'afflux vers le tiroir serait le revenu en monnaie et les satisfactions éventuelles que l'on en retirerait seraient le revenu réel.

Ces deux choses auraient donc entre elles la relation qui leur est attribuée ordinairement par les économistes. C'est ce qui arrive en fait, lorsqu'il s'agit d'un rentier qui reçoit simplement de la monnaie de ses placements et qui dépense cette monnaie pour des satisfactions immédiates,, convertissant, pour ainsi dire, en rente non seulement une habitation, mais encore son mobilier, de telle sorte qu'en fait il ne touche aucune portion de son revenu, si ce n'est après que ce revenu a passé par la forme monnaie. Mais bien peu de gens se trouvent exactement dans ce cas, de sorte qu'une partie seulement du revenu passe par cecompteur. Une certaine partie passe à côté de lui, comme, par exemple, le logement qu'un homme trouve dans sa propre maison ou le confort que lui procure son mobilier,, et. par suite, cette partie ne sera nullement enregistrée par le compteur. D'un autre côté, une certaine partie passe par ce compteur non pour aller vers des satisfactions directes, mais pour aller vers une dépense « commerciale «^ pour vraisemblablement retomber plus tard dans la caisse à travers le compteur, au risque d'être enregistrée une fois de trop par celui-ci. Il arrive ainsi que le compteur de monnaie tantôt omet d'enregistrer et tantôt enregistre deux fois. Il ne constitue donc qu'un instrument grossier et imparfait lorsqu'il s'agit de mesurer le revenu net.

Si nous passons de personnes réelles à des personnes fictives, nous voyons que, pour le compte-revenu, comme pour le compte-capital, les deux colonnes se balancent nécessairement d'une manière exacte. Une corporation, en tant qu'entité distincte de ses porteurs d'actions, ne saurait jouir d'un revenu ou supporter une dépense. Tout le revenu qui n'est pas consacré à d'autres dépenses est

absorbé par le payement de dividendes. Par exemple, une compagnie de chemin de fer a le compte-revenu suivant :

Compte-Revenu annuel d'une Compagnie de Chemins de Fe

Transport des voyageurs et des marchandises. . . . 1.246.147 $

DEPENSE

Dépensesdexploilalion. 800.000 $

Inlérrt des obligataires 100.000 »

Dividendes aux actionnaires 200.000 »

Surplus employé : 1" A des achats de

terrain 140.000 »

2o En argent décaisse. 6.147»

Nous voyons par ce compte que le revenu brut provenant de toutes les sources était de 1.246.147 S, sur lesquels il a été pris 800.000 $ pour les dépenses d'exploitation, 100.000 $ pour payer les obligataires, et 200.000 $ pour payer les actionnaires, laissant ainsi un article de balance de 146.147 $. Mais cette balance est également dépensée, 140.000 $ étant dépensés pour de nouveaux terrains et le petit reliquat de 6.147 $ étant mis dans les coffres-forts de la compagnie ou déposés à la banque. Cette dernière opération constitue elle-même une véritable dépense, car une caisse et un compte de banque sont, comme nous l'avons vu, toujours débités de ce que l'on y verse. Il ne reste donc pas de balance finale pour l'abstraction appelée « compagnie ». C'est précisément ainsi que, dans le compte-capital, la somme dont l'actif de la compagnie dépasse le pas.sif dû à d'autres que les actionnaires constitue le véritable passif pour les actionnaires eux-mêmes, et c'est ainsi également que, dans le compte-revenu, tout excédent de revenu sur la dépense faite pour toute autre chose que les dividendes payés aux actionnaires constitue une véritable dépense au profit de ces actionnaires.

Nous voyons donc que le principe directeur pour construire la théorie du compte-revenu, qu'il s'agisse de personnes morales ou de personnes réelles, c'est simplement de dresser une liste complète des services et des desservices qui proviennent de chaque article de l'actif et du passif. Le rapport très simple qui existe entre le compte-capital et le compte-revenu est d'ordinaire obscurci par le fait qu'il K'est pratiquement d'aucun avantage de faire entrer dans le compte-capital d'une personne certains articles de l'actif et du passif, quoique leurs services et leurs desservices soient portés dans le compte-revenu. Cela est vrai surtout de la personne d'un individu, et de ces droits qui sont associés à des obligations, comme les baux et les contrats avec des travailleurs. Ces droits ne doivent pas, à un point de vue purement pratique, être portés dans le comptecapital ; mais une grande partie du revenu et de la dépense qui en dérive, comme les salaires et la rente, sont portés ■dans le compte-revenu. En ce qui regarde le compte-revenu, on laisse de côté l'usage de l'habitation d'une personne, tout comme les services non payés et les desservices des €tres humains. D'ordinaire, un boutiquier tient un compte rigoureusement exact du travail de ses employés, mais il est rare qu'il tienne compte de son travail personnel. S'il est propriétaire du bâtiment qu'il occupe, il ne tient, ea général, pas compte d€ son usage dans sa comptabihté. Dans la vie privée, il ne porte jamais ou presque jamais en compte l'usage du mobilier.

En ce moment, cependant, nous nous proposons d'exposer non les méthodes pratiques de tenue des livres, mais uniquement l'application de principes économiques à cette même tenue des li^'Tes. Ce qui importe surtout, c'est de trouver la base philosophique de la comptabilité. Un examen attentif nous permet de voir qu'au fond la compta-

bilité n'est pas un simple expédient, mais un système complet, rationnel et logique. Si on le considère comme tel, on verra qu'il est d'une grande importance, non seulement pour le comptable, mais aussi pour l'économiste. C'est pourquoi la seule méthode philosophiquement correcte, lorsqu'il s'agit d'établir des comptes de revenu et de dépense, et la seule aussi qui puisse servir de base à l'analyse économique, c'est la méthode dans laquelle on inscrit, pour •chaque article du capital, les valeurs de tous ses services et de tous ses desservices. Ces services et ces desservices sont de plusieurs sortes. Parfois, ils consistent en payements en monnaie, parfois en opérations productives, et parfois aussi en éléments dont on peut jouir. Toutes ces choses font partie du compte à un titre égal, mais nous verrons dans le prochain chapitre, qu'après avoir été ainsi portés en compte, ces divers articles peuvent se combiner de telle façon que tous, à l'exception des éléments dont -on peut jouir, s'annulent entre eux.

Nous venons de voir comment se calcule le revenu, soit d'une personne réelle, soit d'une personne morale. En totalisant le revenu net de toutes les personnes, on obtient le revenu net de la société. Comme nous l'avons vu, les personnes morales n'ont pas de revenu net, et elles n'ont, par conséquent, rien à voir avec une semblable méthode de sommation. Un autre moyen d'obtenir le revenu social total, c'est d'additionner les revenus nets de chaque article individuel de capital concret, sans avoir égard à sa possession. Dans une semblable sommation il n'y aurait pas de droits partiels de propriété, tels que les actions et les obligations. A la place de ces droits, nous ne trouverions que des chemins de fer, des usines, des raffineries existant effectivement et autre capital concret. Par exemple, on | prendrait le revenu net obtenu par le Southern Pacific Railroad, considéré comme un ensemble se composant de la voie ferrée, des gares, du matériel roulant et autres instruments existants. Ce revenu ne serait pas celui de la Compagnie du Southern Pacific Railroad, puisque, comme nous l'avons vu, la compagnie, prise comme telle, n'a pas de revenu net. Ce revenu ne serait pas non plus celui des actionnaires de la compagnie, puisque celui-ci ne constitue qu'une portion

des bénéfices de la ligne. Il ne serait pas non plus d'une manière exacte la somme des revenus des actionnaires et des obligataires, puisque la compagnie peut retirer un revenu d'autres sources que la voie ferrée elle-même, comme, par exemple, d'autres voies ferrées tenues à bail ou de parts possédées dans d'autres compagnies, revenus qui ne sont pas le produit de ce chemin de fer. Ce revenu net serait simplement la différence entre la valeur totale des services de transport effectués par le chemin de fer et la valeur des desservices occasionnés par ce même chemin de fer, que ce soit sous forme de coût d'exploitation, de réparations, de renouvellement ou d'améliorations.

Les deux moyens, que nous venons d'indiquer sommairement, pour obtenir le revenu social total : 1" en totalisant les revenus nets de personnes individuelles prises comme propriétaires^ et 2° en totalisant les revenus nets d'articles individuels de richesse pris comme sources — peuvent être mis en lumière en supposant que deux grandslivres sont ouverts pour inscrire le revenu d'une communauté donnée, chacun d'eux étant affecté à l'un de ces deux procédés. Chaque page du grand-livre N^' 1 serait affectée au compte-revenu d'un individu particulier, mentionnant en détail, sur deux colonnes, les articles de revenu et de dépense de la manière explicite que nous avons déjà indiquée. De même, dans le grand-livre N^ 2, chaque page serait affectée au compte-revenu d'un article particulier de richesse.

Le premier livre représenterait donc la distribution du revenu parmi les différentes personnes de la communauté. Le sommaire d'un tel livre, disposé dans l'ordre de l'importance des revenus, nous donnerait la « courbe de distribution » des revenus, telle qu'elle a été tracée par le professeur Pareto (1).

(1) V. son Cours d'économie politique, Lausanne, 1897, vol. II, pp. 299-345.

Supposons, pour la clarté de la démonstration, que l'état ivant représente un semblable sommaire pour les Étatsnis :

sui\ Unis

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