Livre de Distribution N
Revenu net
De la terre 2.000.000.000 §
Des édifices 2 . 000 . 000 . 000 §
Des chemins de fer et tramways 1 . 000 . 000 . 000 S
Des usines 1.000.000.000 §
Des personnes 13.000.000.000 S
Etc 1 . 000 . 000 . 000 S
Les deux grands-livres ont été établis en réunissant un certain nombre de revenus nets séparés, chacun desquels était la balance qui restait après avoir déduit la dépense du revenu brut du groupe particulier de capital que Ton examine. En d'autres termes, les deux grands-livres ont été
établis — pour nous servir de l'expression qui fut employée pour le compte-capital — d'après la « méthode des balances ».
Mais il existe aussi une deuxième méthode de totalisation des revenus, — la «méthode des couples ». Tout comme le même article, dans le compte-capital, est à la fois un actif et un passif, selon le point de vue auquel on le considère, et, par conséquent, s'annule lui-même, ainsi le même article, dans le compte-revenu se trouve être à la fois un service et un desservice, et, par conséquent, s'annule aussi lui-même. En fait, le lecteur peut s'être aperçu que, dans un grand nombre des exemples cités, ce que nous appelions des desservices lui paraissait être des services. Tl aurait pu se demander pourquoi nous appelions la reconstruction d'une maison un desservice. Lorsqu'un charpentier et ses outils la réparent ne les créditons-nous pas de services? Toute production n'est-elle pas un service? Les réparations ne sont-elles pas portées sur le côté défavorable du grandlivre? On peut répondre que lorsqu'un charpentier avec son rabot, son marteau et sa scie travaille à la reconstruction d'une maison, nous devons considérer deux groupes du capital. Un groupe, c'est-à-dire le charpentier et ses outils, exerce son action sur un autre groupe, c'est-à-dire sur la maison. Le charpentier et les outils employés dans ce travail accomplissent certainement un service, mais la maison n'en accomplit pas. Si on les considère comme étant occasionnées par la maison, les réparations sont des desservices. La maison absorbe ou épuise (soaks) ces frais, promettant de fournir plus tard un meilleur service pour les compenser. Le reclouage de bardeaux décloués n'est certainement pas le but de la maison, mais ce n^est qu'un mal nécessaire. Pour ce qui concerne le marteau, cependant, ces mêmes faits sont des services. Le service appelé « reclouage » (renailing) est crédité au marteau. C'est pourquoi la réparation de la maison constitue à la fois un service et un desservice.
De tels événements à double face doivent être désignés par un nom spécial. Nous pouvons les appeler des interactions entre deux instruments ou entre deux groupes d'instruments. On a encore les noms alternatifs de services interagissants (interacting services)^ services intermédiaires ou services préparatoires, services couplés ou simplement « couples )). Ils sont indiqués par ce que les hommes d'affaires appellent « la tenue des livres en partie double » (double entry bookkeeping) .
Une interaction est donc un service de l'instrument qui agit et un desservice de l'instrument sur lequel on agit. Il ne saurait jamais s'élever le moindre doute sur le point de savoir à quel moment ce service doit être regardé comme positif ou comme négatif. Les définitions du service et du desservice résolvent cette question pour chaque cas, en se rapportant au désir d'un être humain, c'est-à-dire au pro- 'priétaire du service ou du desservice. Lorsqu'il désire que la maison n'occasionne pas de réparations, ces réparations constituent des services de la maison ; lorsqu'il désire que les outils occasionnent des réparations, ces réparations constituent des services de ces outils. Le marteau existe en vue des services éventuels de reclouer des bardeaux et il tire sa valeur de cette même destination. La maison n'existe pas en vue du reclouage de ses bardeaux et elle n'en tire pas sa valeur ; au contraire, la prévision de cet événement lui enlève de sa valeur.
L'exemple donné est un exemple typique pour les rapports généraux qui existent entre des instruments interagissants. Le tableau mental que nous devions tracer est celui de deux groupes distincts de capital. Le groupe A agit sur le groupe B pour l'avantage de ce dernier. Quelle que soit la nature de cette interaction, A est crédité d'elle et B en est débité. Le crédit et le débit sont égaux et simultanés, le seul résultat de l'interaction étant que, à la suite de cette interaction, B pourra au bout d'un certain temps, fournir plus de revenu.
Les interactions sont essentiellement identiques à ce que l'on discutait, il y a de cela une génération, sous le nom de « services productifs ». Mais puisque le nom de « services productifs » n'est pas une désignation très heureuse, et que son emploi a donné lieu à de si nombreuses confusions et a donné naissance à tant d'arguties verbales, il parait bon de ne pas le faire revivre. Le fait essentiel que ces « services productifs » présentaient une double face — négative aussi bien que positive — fut toujours négligé, et il ne restait aucune autre caractéristique capable de donner à cette expression un sens défini et scientifique.
' Les interactions constituent la grande majorité des éléments qui entrent dans le compte du revenu et de la dépense. Les seuls services qui ne constituent pas purement le côté positif des interactions sont de pures satisfactions mentales — expériences conscientes désirables — souvent appelées à tort « consommation » ; et les seuls desservices qui ne constituent pas le côté négatif des interactions sont des peines ou du « travail )>. Mais ces derniers desservices ne sont que la bordure extérieure de l'édifice économique. Entre eux se trouve un tissu conjonctif de processus productifs et de transactions commerciales dont chaque fibre a deux faces, une face positive de services et une face négative de desservices.
Les interactions entre deux articles ou deux groupes d'articles consistent, bien entendu, soit à causer, soit à empêcher des changements ou des événements. Les événements ou les changements qui sont causés ou empêchés sont de trois principales sortes : — les changements de forme de richesse, les changements de position, et les changements de propriété, c'est-à-dire transformation, transport et transmission. Nous allons les examiner dans cet ordre.
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Ce que l'on désigne sous le nom de transformation de richesse est en fait identique à ce que l'on désigne ordinairement sous le nom de « production » ou de « procès productifs » (1). Ce que l'on entend par la transformation de la richesse ou par les changements introduits dans sa forme, ce sont les changements dans la position relative de ses diverses parties. Le tissage, par exemple, est la transformation du fil en drap, au moyen d'un nouvel arrangement dans la position relative de la chaîne et de la trame. De même, le filage consiste à manier, à étendre et à tordre des fibres pour en faire du fil ; la couture consiste à changer la position du fil, de façon à unir ensemble des tissus ; il en est de même du peignage, du triage de la laine, du tondage et de toutes les autres opérations qui constituent le travail des fabriques.
Toute industrie et toute agriculture ne consistent qu'en une série de transformations de richesse, et chaque transformation se présente sous deux faces. Du côté de l'instrument (ou des instruments) transformé^ la transformation est un desservice ; du côté de l'instrument (ou des instruments) qui transforme^ elle est un service. Nous avons vu plus haut que lorsqu'un charpentier et ses outils transforment une maison, c'est-à-dire la construisent ou la réparent, le charpentier et ses outils sont crédités, tandis que la maison est débitée. Il en est de même lorsque le peintre la décore ou lorsque le concierge la nettoie. Lorsqu'un savetier transforme du cuir en souliers, il accomplit des services ; les souliers à chaque moment de leur confection occasionnent des desservices, ou frais. Lorsqu'un cireur transforme des souliers sales en souliers propres et brillants, il rend également des services, tandis que les souliers rendent des desservices. De la même façon un métier à tisser qui avec du fil produit du drap doit être crédité de cette opé-
(1) Cpr. Marshall, Principes d'économie politique (trad. franc, de MM. Sauvaire-Jourdan etBouyssy, vol. I, p. 174).
ration comme revenu, tandis que le stock de drap qui reçoit le produit du métier doit être débité exactement du même article comme faisant partie de sa dépense ou « coût de production ».
Et encore, la terre rend un service en produisant du blé. Du côté du blé, cependant, cette production est un desservice. La production du blé est un service de la terre, un desservice du blé. Si nous considérons une exploitation agricole comme versant sa récolte dans le stock de blé contenu dans un grenier, l'entrée du blé de l'exploitation dans le stock de blé est créditée â la ferme comme étant son service et elle est débitée au stock de blé comme étant son desserA^ice.
Parfois, comme nous l'avons dit, l'interaction consiste non à causer un changement, mais à en empêcher un. Un magasin rend des services comme moyen d'emmagasiner des balles de coton, c'est-à-dire de les protéger contre les intempéries. Cependant, du côté du stock de coton cet emmagasinage est un élément de débours ou de dépense. , Comme nous l'avons déjà laissé entendre, il peut y avoir, et d'ordinaire il y a, plus d'un article dans l'un des deux capitaux interagissants, ou dans tous les deux. Le labourage, c'est-à-dire la transformation d'une terre en sillons est accompli par une charrue, un cheval et un homme. Le labourage, est un coût débité à la terre d'un côté, et, en même temps et d'un autre côté, un service crédité au groupe de capital qui se compose d'une charrue, d'un cheval et d'un homme. Nous n'avons pas à nous occuper ici de la question de savoir combien il . faudrait inscrire au crédit de chaque agent coopérant, m.ais nous avons simplement à nous occuper du fait que la somme totale des trois agents est égale au débit pour la terre.
Le principe n'est nullement altéré si l'un ou plusieurs des agents de transformation périt et si un autre agent apparaît pour la première fois dans la transformation. La cuisson du pain est une transformation débitée au pain et cré-
ditée au boulanger, au four, à la farine et au combustible, et, parmi ces agents, les deux derniers périssent dès qu'ils accomplissent leurs services. Les agents qui disparaissent dans la transformation, mais qui reparaissent, en tout ou en partie, dans le produit sont appelés « matière première ». La production du drap au moyen du fil est une transformation effectuée au moyen non seulement du métier à tisser, mais encore d'un certain nombre d'autres agents, pami lesquels il faut compter le fil lui-même. Le coût de tissage comprend, comme coût la consommation de la matière première : le fil ; et cette consommation de fil, du côté du fil lui-même, n'est pas un coût, ou desservice, mais un service. C'est l'événement en vue duquel le fil a existé. Lorsque le drap est transformé en vêtements, cette transformation est un service qui doit être crédité au drap, et un desservice qui doit être débité aux vêtements. Toute matière première fournit des services lorsqu'elle est convertie en produits finis. Cependant sa conversion constitue toujours une dépense du côté de ces produits.
De cette manière, lorsqu'un article passe à travers les divers stades de production, la question de savoir si nous devons désigner ces divers stades par différents noms ou par un seul est souvent chose purement arbitraire. Un « jeune plant » devient un « arbre ». Nous pouvons, si nous le préférons, considérer le jeune plant comme une catégorie et l'arbre comme une autre. Dans ce cas, le « jeune plant » accomplit un service au moment où il devient un arbre, tout comme 1' « arbre » en accomplit un, plus tard, lorsque lui-même, à son tour, il devient du « bois de charpente » ; mais il n'en résulte aucun effet pour le revenu social, car, si nous créditons le jeune plant de la valeur de l'arbre, nous devons débiter Tarbre du coût du plant. De même, nous pouvons arbitrairement désigner le moment où un « veau » devient une « vache » ou le moment où le vin « nouveau » devient vin « vieux » sans qu'il en résulte aucune perturbation pour le compte-revenu de la société.
De semblables événements, en effet, présentent toujours deux faces et s'an.iulent dans le total. En fait, nous pouvons marquer un stade quelconque dans la marche de la production au moyen d'une ligne arbitraire et considérer le passage à travers cette ligne comme un service du capital du côté de la ligne et comme un desservice de la part du capital de l'autre côté.
La deuxième classe d'interactions est le transport, c'està-dire le déplacement de la richesse. Cette classe est séparée de la précédente par une ligne imperceptible. Transformer ou produire de la richesse consiste à changer la position de ses parties l'une par rapport à l'autre ; transporter de la richesse, c'est changer la position de cette richesse prise dans son ensemble. Mais « partie » et « ensemble » sont des termes très larges et relatifs.
La reliure d'un livre est une transformation ou une production de richesse ; c'est un assemblage de papier, de cuir, de fil et de carton en un seul livre. Envoyer des livres à une bibliothèque est un transport. Cependant la bibliothèque est, dans un certain sens, un tout ; et assembler des livres dans une bibliothèque classée et organisée, c'est constituer un tout au moyen des parties. La distinction entre la transformation et le transport est donc une distinction de pure convenance. Bien des auteurs aiment mieux comprendre ces deux opérations dans la catégorie de la « production ». Pour nous, nous préférons les comprendre toutes les deux sous la rubrique de « interactions », et nous nous? proposons ici d'insister non sur leur différence mais sur leur similitude. Le même principe de services égaux et opposés s'applique aux deux opérations. Lorsque la marchandise est changée d'un magasin dans un autre, le premier magasin est crédité du changement, tandis que le second en est débité. Le maga-
sin qui a rendu la marchandise a accompli un service ; celui qui l'a reçue a accompli un desservice. Un banquier qui prend de la monnaie dans sa cave et qui la place dans sa caisse devra, s'il tient un compte séparé pour les deux, créditer la cave et débiter la caisse. Lorsqu'on importe du blé du Canada, cette nation est créditée, tandis que les États-Unis sont débités de toute la valeur de l'opération. Nous pouvons, comme lorsqu'il s'agit de procès productifs continus, diviser les districts de transport selon des lignes arbitraires et considérer comme une interaction le passages des articles à travers ces lignes.
La troisième classe d'interactions est le changement de possession de la richesse ou propriété. Cette opération porte le nom de transmission. Les transmissions ont ordinairement lieu par paires et impliquent deux objets transmis dans des directions opposées entre deux possesseurs. La double transmission est ce que nous avons appelé échange. Puisque un échange consiste en deux transmissions, et puisque une transmission constitue une espèce d'interaction et, comme telle, s'annule elle-même, il s'ensuit que tout échange s'annule lui-même et ne saurait de lui-même contribuer en quoi que ce soit au revenu total de la société (1).
(1) L'échange ne double pas le revenu, mais il marche à côté de lui. Il peut introduire, et en fait il introduit, des services de la richesse là où ils sont le plus nécessaire ; il en résulte donc un usage plus effectif du revenu, tout comme le crédit et les autres formes de la possession séparée de la richesse peuvent produire une possession plus effective du capital. Dans l'un et l'autre cas, il y a une augmentation « d'utilité totale ». C'est ce qui doit être examiné en sa véritable place, mais il ne doit pas en être question dans notre manière de neutraliser les valeurs de l'actif et du passif ou des services et des desser\aces. Ces valeurs, comme tout le monde sait, sont en connexion non avec des utilités totales, mais avec des utilités marginales.
Lorsqu'un libraire, par exemple, vend un livre, il crédite son stock du fait d'avoir encaissé de Targent et le client débite sa bibliothèque de la même somme.
Ces deux articles constituent la transmission entre le stock de livres du marchand et le stock de livres du client. Les deux articles qui restent constituent une transmission entre les stocks de caisse des deux hommes ; le marchand débite sa « caisse » et le client crédite la sienne.
Donc, lorsqu'un article de richesse change de mains, il donne lieu à un élément de revenu pour le vendeur et à un élément de dépense pour l'acheteur, et par suite à aucun revenu pour la société. L'annulation de ces articles — l'article de crédit du vendeur et l'article de débit de l'acheteur — a pour résultat de libérer le compterevenu de cet article de tous ses enchevêtrements avec l'échange, de faire disparaître tout le revenu en monnaie et de ne laisser apparaître que ce que nous avons appelé le revenu naturel de l'article. C'est ainsi que des livres fournissent leur revenu naturel, non lorsque le libraire les vend, mais lorsque le lecteur les lit. La vente est un pur service préparatoire, un article de crédit pour le marchand de livres et un article de débit pour l'acheteur. Le fait de la vente de livres n'ajoute rien au revenu de la société, mais la lecture du livre y ajoute quelque chose. De même, une forêt ne produit aucun revenu naturel jusqu'au moment où les arbres sont abattus et subissent une première transformation en poutres. Le propriétaire de la forêt peut incontestablement « réaliser » sa forêt longtemps avant que celle-ci soit prête à être coupée, tout simplement en la vendant à un autre ; et pour lui la forêt a, dès ce moment, donné un revenu ; mais, comme l'acheteur a supporté une dépense équivalente, la forêt n'a encore produit aucun revenu pour la société.
Le principe d'après lequel un article de capital ne fournit aucun revenu à l'exception de son revenu naturel, ne se trouve altéré, ni lorsque la propriété de cet article est par-
tagée, ni lorsque les droits partiels sont achetés et vendus. Adam Smith considérait une maison louée comme rapportant un revenu sous forme de rente, mais il considérait une maison occupée par le propriétaire comme ne rapportant aucun revenu. C'est à peu près le contraire qui est vrai. Les deux maisons produisent un revenu, et les deux revenus sont de même nature, à savoir : le logement. La rente de la maison louée n'est nullement un revenu pour la société. Elle est un revenu pour le propriétaire, mais une dépense pour le locataire, — dépense qu'il consent à supporter à cause du logement qu'il reçoit. C'est ce logement seul qui reste comme revenu de la maison, après que la transaction de rente est compensée entre les deux parties intéressées. Le revenu-logement (shelter-income) constitue l'article essentiel et durable et sans lui il n'y aurait pas de revenu-rente pour le propriétaire.
De même, un chemin de fer ne produit comme revenu que le revenu naturel qui consiste à transporter des voyageurs et des marchandises. Ses propriétaires vendent pour de la monnaie ce service de transport et considèrent simplement le chemin de fer comme un producteur de monnaie ; mais pour les expéditeurs et pour les voyageurs cette même monnaie est une dépense et comprend exactement les bénéfices en monnaie du chemin de fer. De ces trois articles — revenu en monnaie de la ligne, dépense en monnaie de ses clients et transport — les deux premiers se compensent mutuellement et il ne reste que le troisième, c'est-à-dire le transport, comme contribution réelle du chemin de fer à la somme totale de revenu.
Nous voyons donc que la méthode des couples, lorsqu'on l'applique à l'acheteur et au vendeur, dépouille tout le capital de son prétendu « revenu-monnaie » et ne met à découvert que le seul revenu que le capital peut produire, à savoir, le revenu naturel. Nous voyons que le capital n\^st pas une machine à fabriquer de la monnaie (moneymakin g-?nachi}ie) , mais que son revenu pour la société con-
siste tout simplement en ses services de production, de transport et d'agrément. Le revenu de la ferme est la production de ses récoltes ; celui de la mine est la production de son minerai ; celui de la fabrique est la transformation de la matière première en produits finis ; celui du capital commercial est le passage des marchandises du producteur au consommateur ; celui enfin des articles qui sont entre les mains du consommateur est la jouissance qu'ils procurent ou ce que l'on appelle « consommation ».
Des principes analogues s'appliquent au débours^ dont aucune partie n'existe pour la société sous forme de monnaie. La grande masse de ce que les marchands appellent « coût de production », dépense ou débours, consiste en dépenses en monnaie qui portent en elles leur propre compensation. Pour les manufacturiers, les marchands et autres hommes d'affaires, presque tout débours (oiiigo) est une dépense (expense), c'est-à-dire consiste en un payement en monnaie. De tels payements en monnaie sont effectués pour des salaires, de la matière première, de la rente et des obligations d'intérêt. Or, tous ces débours sont des revenus pour d'autres personnes. Les salaires sont les émoluments (earnings) du travail ; le payement de la matière première est reçu par quelque autre manufacturier ; la rente, par le propriétaire ; l'intérêt par le créancier.
Non seulement les transactions d'échange se compensent complètement dans le calcul du revenu total, mais la grande majorité des services naturels du capital se compensent aussi. Les usages naturels du capital consistent eux-mêmes, pour la plus large part, en « interactions » : — ce sont des transformations ou des transports de richesse. Ces stades intermédiaires sont purement préparatoires en vue de l'usage final ou de ce que l'on appelle « consom-
mation » de richesse ; et, après que les interactions ont été compensées, ils n'entrent comme articles de la balance sociale ni dans la colonne du revenu ni dans celle de la dépense.
Afin de faire voir l'effet de la compensation des articles égaux et contraires qui entrent dans chaque interaction au moyen des procès productifs, nous devons faire remarquer les différends stades de production qui commencent avec la forêt à laquelle nous nous sommes rapportés plus haut. Le produit de la forêt, son revenu brut, c'est la série des événements appelée l'apparition des poutres (turning out of logs). Cette production de bois brut est purement un service préparatoire, un article de crédit pour la forêt et un article de débit pour le stock de bois de la scierie par laquelle ces bois doivent bientôt passer. Lorsque la scierie transforme ses bois en bois scié, le chantier des bois sciés est débité de la production des bois sciés et la scierie est créditée de sa part dans cette transformation.
On peut, bien entendu, créer des catégories intermédiaires, et nous pouvons, de la même manière, suivre plus avant la transformation, le transport et l'échange jusqu'à la fin, ou plutôt jusqu'aux fins des stades de production. Ces stades, en effet, se divisent et forment divers courants allant dans des directions diverses. Pour indiquer en passant un de ces courants, supposons que le bois scié qui sort du chantier soit employé à la réparation d'un certain magasin. Le magasin sert à emmagasiner du drap ; le drap va du magasin chez le tailleur ; le tailleur convertit le drap en vêtements pour ses clients ; et ses clients reçoivent ces vêtements et les portent. Dans cette série, tous les services intermédiaires se compensent par « couples » et il ne reste comme seul élément non compensé, ou comme frange finale des services, que l'usage des vêtements dans les mains des consommateurs.
Cependant si nous nous arrêtions aux premiers points de la série, la frange non compensée serait, non les services
des consommateurs, mais le côté positif des services intermédiaires ou interactions. Le côté négatif n'apparaîtra pas, puiqu'il ^appartient aux derniers stades de la série. Cela apparaîtra clairement si nous exposons la chose au moyen de chiffres, stade par stade. Les articles du chantier d'abatage ci-dessus mentionné seront les suivants dans le compte de son propriétaire :
Compte-Revenu du Chantier d'abatage pour l'année 1900
DEPENSE
Production des pièces Omise,
de bois 50.000 S ;
Le revenu brut du chantier d'abatage des bois, si on le considère en lui-même et sans aucune déduction des dépenses, consiste ici, comme on le voit, en la production d'une valeur de 50.000 S de pièces de bois brut. Cependant, si nous réunissons le chantier et la scierie, nous obtiendrons un compte comme le suivant où, pour éviter des complications inutiles, il n'est pas tenu compte des dépenses qui ne sont pas des interactions entre les groupes de capital que l'on considère :
Compte-Revenu pour le Chantier des Bois bruts ET POUR LA Scierie pour l'année 1900
Sources de capital
Chantier d'abatage.
^Scierie.
Revenu
Dépense
Production de bois.
bruts pour la scierie 50.000 $
Production de bois de Réception des bois du charpente pour le chantier 50.000 S chantier des bois sciés... . 60.000 S
Dans ce cas, en compensant les deux articles de bois brut nous n'avons laissé que l'article des bois sciés, c'est-à-dire que le revenu du chantier des bois bruts e^ de la scierie réunis consiste seulement en la production du bois scié, son produit final. La transmission des bois bruts d'une section à l'autre n'apparaît plus. Cette transmission est comme l'acte de prendre de la monnaie dans une poche pour la mettre dans une autre, comme d'ailleurs cela apparaît clairement, lorsque le .chantier des bois bruts et la scierie sont réunis sous la même administration.
Si nous étendons ces mêmes principes à la série toute entière, nous aurons un compte comme celui qui se trouve à la page suivante.
Il faut faire remarquer que ces articles se rapportent, non à des événements successifs, mais à des événements simultanés ; que tous les articles se rapportent à une période fixe de temps ; c'est-à-dire que nous ne suivons pas' les changements des bois bruts originaux à travers des stades successifs, mais que nous comparons les opérations simultanées de la série de groupes d'instruments.
Si nous annulons successivement une paire d'articles par une autre paire en compensant tout article qui se trouve dans la colonne de droite par l'article qui est au-dessus de lui dans la colonne de gauche, nous verrons, si nous nous arrêtons après les deux premières compensations que le revenu net du chantier des bois bruts, de la scierie et du chantier de bois scié ne consiste qu'en la production de 70.000 % de bois scié à détailler ; ce chiffre ne comprend ni la transmission du bois brut ni la transmission des bois sciés pour la vente en gros. De même, si nous avançons d'un stade, c'est-à-dire si nous arrêtons nos compensations à la fin des quatre premières interactions, la production du bois scié de détail n'apparaît plus comme un élément de revenu ; et, ainsi de suite, pas à pas jusqu'à la fin, alors que le seul article qui restera sera F « usage » (wear) des vêtements.