QUATRIÈME PARTIE
CAPITAL ET REVENU
Placements
même manière, toutes les fois que de la monnaie est dépensée, *il survient une transaction entre la zone représentant la monnaie et celle qui représente le capital dont on peut jouir.
Grâce à une telle transaction, le stock de monnaie est diminué et la valeur du capital dont on peut jouir est augmentée de la même somme.
Ces opérations s'annulent donc elles - mêmes et nesontpastrans- F'&- 27 mises à la frange
extérieure. Le revenu total du groupe entier du capital est donc simplement représenté par les ondulations verticales de la courbe d'en haut.
Au moyen de ce diagramme, il nous est facile de voir les divers sens du « revenu individuel «. L'homme d'affaires se sert ordinairement de ce terme pour désigner les dents de la courbe déplacement ; l'économiste s'en sert pour désigner les dents qui sont immédiatement au-dessus, sur la courbe de monnaie, ouïes dents de la courbe qui est au-dessus de celle-ci, sur la courbe représentant le capital dont on peut jouir. En pratique, il n'importe guère de choisir l'une ou l'autre, puisque habituellement, quand il s'agit d'une période de temps considérable, toutes les trois se correspondent exactement. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi, à moins que le stock de monnaie ou d'articles dont on peut jouir n'augmente ou ne décroisse d'une manière appréciable. Ces cas exceptionnels ont déjà été examinés en détail et il n'y a aucune difficulté à les représenter par des diagrammes.
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L'autre application de notre sommation par diagrammes, c'est de présenter un tableau à peu près complet de la valeur-totale de la richesse-capital et de la valeur totale du revenu d'une société tout entière. D'ordinaire, on ne fait pas entrer les êtres humains dans le capital d'une communauté, et c'est pour cela qu'il vaut rarement la peine de discuter les questions théoriques en ce qui touche la manière selon laquelle elles pourraient être comprises dans une telle représentation. En fait, la méthode selon laquelle on capitalise les êtres humains doit varier selon le but spécial que l'on se propose. Pour le moment, nous nous proposons surtout d'étudier les interactions entre l'homme et l'autre capital, et, en pratique, il ne s'agit que de capitaliser la puissance de gagner de l'argent {money-earning power) de l'individu. Cette portion de la valeur-capital d'un homme peut-être désignée sous le nom de « puissance de travail » (labor power). Le capital total d'une communauté consiste donc en puissance de travail, en terre, en capital intermédiaire, en capital dont on peut j ouir, comme dans la figure 28. Pour plus de commodité et pour éviter des complications inutiles, nous supposerons que la puissance de travail n'interagit [interacts)
qu'avec la terre, la terre qu'avec le capital intermédiaire, et le capital intermédiaire qu'avec le capital dont ou
peut jouir. Le re-
venu de la série -^'S- ^^
entière est représenté, comme auparavant, parles dents de la
ligne supérieure. Nous voyons par ce diagramme, que le re-
Cspital immédiat Terre
Pui&sânce du travail
venu total d'une communauté lui vient des biens dont on peut jouir. Les autres articles de capital produisent du revenu, mais ce revenu est toujours une dépense par rapport à la couche de capital qui est immédiatement au-dessus d'elle. La plupart des méthodes erronées concernant la sommation du revenu consistent virtuellement à additionner les dents des diverses couches. On oublie que les dents qui se trouvent au-dessous de la couche du sommet sont des interactions, et, par suite, à la fois positives et négatives, — positives par rapport à la couche qui est au-dessous d'elles et négatives par rapport à celle qui est au-dessus — et que, par conséquent, elles n'entrent dans la sommation du revenu que pour en sortir aussitôt. Dans chaque cas, elles n'ont d'autres fonctions que celle qui consiste à maintenir le capital dans les couches supérieures. Sans leur activité, ces couches supérieures seraient bientôt épuisées et, au sommet, le revenu ne continuerait pas longtemps.
A ce point de vue, chaque interaction peut être considérée comme la valeur escomptée d'une certaine portion des articles de revenu provenant de la couche immédiatement supérieure. Dans la ■figure 29, l'interaction a peut être considérée comme
la valeur escomp-
ï^'g- 29 tée du revenu
que l'on retire de la couche immédiatement supérieure, entre les points P etQ. Nous avons ici une représentation géométrique du fait sur lequel ont si souvent insisté les professeurs Bœhm-Bawerk (l)etTaussig(2), à savoir que la production
(1) Positive Theory of Capital (trad. angl.) 1890, pp. 179-189.
(2) Wages and Capital, New-York (Appleton), 1896, chap. ii, m.
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de laine pour cette année est pour le fil de l'année suivante (ou du mois suivant) ; que la production du fil de cette année est pour le drap de l'année suivante, et que la production du drap de cette année est pour la production des vêtements de l'année suivante, etc.
En suivant le rapport entre les articles de revenu des différentes couches, nous pouvons examiner une intersection entre les différentes couches en menant deux lignes verticales séparées par un certain intervalle et en notant les revenus qui apparaissent simultanément dans les diverses couches ; ou encore nous pouvons suivre les rapports successifs de temps impliqués entre une couche et la suivante. Dans l'exposé qui se trouve dans les chapitres précédents, c'est la première méthode qui a été employée. La représentation diagrammatique que nous avons sous les yeux nous offre de ces deux méthodes une vue à vol d'oiseau. Ainsi, dans la figure 30, qui représente le champ d'abatage des arbres, la scierie, et le chantier, etc., ayant choisi une période représentée entre la ligne verticale menée en A et en B, nous pouvons considérer soit les rapports mutuels des diverses couches qui y sont comprises, soit l'article a de revenu dont l'influence se fait sentir à travers toute la section. Ce revenu est produit par le champ d'abatage ; il « mûrit » en donnant tout le revenu de la scierie qui est compris entre les points P et Q ; et celui-ci à son tour mûrit en donnant tout le revenu du chantier compris Fig. 3o entre les points P' et Q'. De cette façon, nous suivons virtuellement le tronc d'arbre à travers toutes les transformations par lesquelles de tronc d'arbre il devient bois scié.
C'est en considération d'un tel rapport ou d'un tel groupe de rapports qu'un article de revenu comme a fut désigné sous le nom de « service préparatoire ». Chacun de ces procès préliminaires de production a lieu avant les procès futurs qui en résultent et c'est d'eux qu'il tire sa valeur. Si nous combinons ce principe avec cet autre- que la valeur de tout capital est la valeur escomptée du revenu qu'on en attend, nous voyons que la valeur du capital dans les couches inférieures dépend en définitive de la valeur du revenu dans la couche la plus élevée. En effet, la valeur de ce premier capital est la valeur escomptée du revenu qu'il produit, et ce revenu, consistant en interactions ou en services préparatoires, est, à son tour, la valeur escomptée des services auxquels il conduit, et, ainsi de suite, à travers les couches successives jusqu'au sommet, comme on le voit dans la -figure 31. Ici AB, valeur-capital de la couche la moins élevée, est la valeur escomptée du revenu de cette couche,
c'est - à - dire les dents a, a', a", mais ce revenu est, à son tour, la valeur escomptée du revenu entre P et Q' de la couche qui se trouve encore au-dessus d'elles. Dans cette figure, les courbes sont données comme se terminant toutes à la ligne de base ; mais la figure peut sans difficulté être étendre au cas où il s'agit d'un revenu se continuant indéfiniment.
FiR. 31
Nous avons démontré au chapitre XM qu'il était nécessaire d'introduire certaines modifications dans notre théorie de la détermination de la valeur-capital, lorsqu'on
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y introduit l'élément d'incertitude. Xous venons de discuter ce dernier point, et il n'est pas nécessaire de le mentionner ici avec quelque étendue. Le point qu'il faut surtout ne pas perdre de vue, c'est que lorsqu'il est tenu compte de l'élément de chance, des brèches soudaines se produisent dans la courbe du capital, de sorte que, au lieu de suivre simplement l'ordre indiqué précédemment, commençant à zéro et finissant à zéro, avec des dents intermédiaires s'élevant et s'abaissant le long de la courbe d'escompte, cette courbe subit des interruptions additionnelles aux points où se trouvent modifiées les évaluations des chances futures.
Le point le plus important dans l'histoire de la vie d'une telle courbe de la valeur-capital est au commencement. Lorsqu'on tient compte de l'élément de chance ou hasard, la courbe de capital est moins vraisemblablement appelée à commencer à la ligne zéro. Elle peut commencer à un certain point au-dessus ; elle ne commencera pas à un point au-dessous, car si la valeur présente de la chance de gain ne l'emportait pas sur la valeur présente de la chance de perte, on ne se lancerait jamais dans cette entreprise. Dans la grande majorité des cas, la valeur-capital au début d'une entreprise est plus grande que zéro ; c'est-à-dire que, dans l'opinion de ceux qui s'y lancent, non seulement les gains payeront les frais avec intérêts, mais encore quelque chose de plus, même lorsque l'élément de chance est compris dans l'opération d'escompte. Quoi qu'il en soit, il n'est pas rare que, lorsqu'une nouvelle entreprise est lancée, ceux qui sont les premiers à avoir connaissance des possibilités, et qui ont la première occasion d'en tirer parti, s'attendent à des rendements hors de proportion avec le taux ordinaire de l'intérêt et de la compensation pour le risque. La seule raison qui fait que cela n'est plus vrai d'une manière générale, c'est l'existence de la compétition qui fait que les avantages spéciaux des individus à raison de leurs connaissances spéciales, de leur prévoyance, etc., est contrebalancée par la vigilance de leurs rivaux.
Tenant compte de tout cela, nous devons faire remarquer quel'histoiredela valeur d'un article particulier de richessecapital peut être représentée comme dans la figure 32. Partant de A, point qui se trouve au-dessus de la ligne de zéro, la valeur-capital s'élève jusqu'à B, à cause, pour ainsi dire, delà première dépense impliquée. De B elle s'avance le long d'une courbe d'escompte jusqu'en G. Là, par l'influence de l'élément de risque, elle tombe subitement en D, point où quelque information nouvelle a réduit l'espoir du gain futur ou augmenté le risque de la perte future. De D, à son tour,elle s'avance le long de la courbe d'escompte jusqu'en E. Ace point, le coût EF est exposé, mais, en même temps, la confiance en l'avenir est entamée, et au lieu de s'avancer au-delà de F, la courbe descend tout d'un coup en G. De là, elle s'élève graduellement et normalement jusqu'à H, point où le premier article de revenu HI, est reçu. Celui-ci étant, en quelque sorte, moindre qu'on ne l'avait prévu nous démontre par là même que les valeurs-capital ont jusqu'ici été trop élevées. G'est pourquoi la courbe descend jusqu'en J,et, delà, elle se continue de la façon indiquée dans le diagramme, finissant à zéro au point P, lorsqu'on a touché le dernier terme de
revenu. Fig. 32
Dans ce chapitre, nous avons considéré le revenu comme s'accroissant d'une manière discontinue ; mais, il n'est pas difficile, conformément aux idées que nous avons émises au chapitre précédent, d'étendre l'application de ces principes aux cas où il s'accroît d'une manière continue. Il serait également possible, s'il en valait la peine, de démontrer
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au moyen de représentations graphiques analogues, bien d'autres propositions en plus de celles que nous avons déjà indiquées. Notre but cependant n'est pas de tracer des diagrammes, mais simplement de donner une esquisse des rapports généraux qui existent entre le capital et le revenu.