DE L UTILITE
Nous avons vu que toute richesse, comme toute pro- ])riété, implique des services ou « événements désirables t>. C'est la désidérabilité des services attendus dans l'avenir qui donne sa signification à tout phénomène économique. Il serait donc impossible, dans un examen complet de la matière, de se confiner strictement dans l'étude objective de la richesse, de la propriété et des services. Dans le pré-, sent chapitre, nous considérons brièvement l'élément subjectif ou psychique dans la science économique. ^
La richesse n'est de la richesse qu'à cause de ses services ; et les services ne sont des services qu'à cause de leur désidérabilité dans l'esprit de l'homme et des satisfactions que l'on attend d'eux. En effet, la désidérabilité des services est impliquée par leur définition comme « événements désirables ». C'est l'esprit de l'homme qui fournit le principal ressort dans la machine économique.G'est dans son esprit que prennent naissance les désirs, et c'est encore dans son esprit que la marche des événements qu'il met en mouvement dans la nature, arrive à un but dans l'expérience des satisfactions subjectives. C'est seulement dans l'intervalle qui sépare le désir initial de la satisfaction finale que la richesse et ses services viennent se placer comme intermédiaires.
Nous sommes ainsi amenés à considérer deux nouveaux concepts : — celui de « désidérabilité » et celui de « satisfaction ». Ni l'un ni l'autre n'entrent en considération que lorsqu'ils sont appliqués à ces trois éléments économiques, savoir : — la richesse, la propriété et les services. Pour éviter des répétitions inutiles, nous pouvons traiter de ces trois éléments sous la rubrique de « biens » (goods).
Donc, la désidérabilité de n'importe quels biens (goods) particuliers, à n'importe quel moment particulier, pour n'importe quel individu particulier, dans n'importe quelles conditions particulières, c'est la force ou l'intensité du désir de cet individu pour ces biens à ce moment et dan* ces conditions. Ce qui est ici appelé désidérabilité est identique avec ce qui a été habituellement appelé « utilité »• dans les ouvrages d'économie politique. Mais le mot utilité, sans être absolument impropre, n'est pas le terme le plu* exact qu'on puisse employer pour le but que nous nous proposons. Sans parler de l'aspect disgracieux du seul terme qui lui fasse antithèse « désutilité », si on le compare à « non désidérabilité » (iindesirability), on voit qu'il a reçu tant d'acceptions différentes que son emploi risque d'amener quelque confusion. Le terme « utile », par exemple, est employé dans le langage ordinaire par opposition à « ornemental ». C'est dans ce sens que les diamants sont qualifiés d'objets d'ornement et non d'objets utiles, quoique, dans la science économique, ils soient considérés comme des objets utiles. De plus, « l'utilité » implique habituellement un mérite intrinsèque, tandis que, lorsque nous employons ce mot dans la science économique, nous sommes obligés de l'appliquer à n'importe quelle chose, même nuisible, considérée comme désirableTpd.T son possesseur. Tels sont,