Capitan. Ouv. cité, p
de refuser de voir dans l’Etat une personne morale propriétaire des biens du domaine public, et autre chose est de dire qu’on ne veut plus de traditions nationales, de nobles aspirations du pays. Car, d’une part, on peut fort bien considérer l'Etat comme une entité gardienne des principes glorieux que toute nation cache précieusement en elle, sans être par là même contraint à le considérer comme une personne civile propriétaire d’un patrimoine ; ce sont là deux ordres d'idées fort différents ; l’un relève de tout ce qu’il y a de moins positif en nous, d’un idéal fait de souvenir et d'espérance, l’autre est tributaire de la science du droit, positive par excellence. Et, d'autre part, si même on se refusait à reconnaître à l'Etat cette personnalité « sentimentale » en quelque sorte, est-ce que les générations successives d'individus doués d’une vie réelle, ceuxlà, ne sauraient pas se passer de l’une à l’autre le précieux trésor des traditions nationales et le garder jalousement pour le transmettre à leurs cadettes ?
Ne mêlons donc pas le patriotisme au droit. Tous deux ne sont pas de même essence.
Nous croyons pouvoir maintenir notre théorie de la propriété collective malgré les objections que lui adresse M. Capitan. Nous pensons avoir montré qu'elle n’a rien d’inconséquent et surtout rien de contradictoire,