L'AME £T LB CORPS M
organe spécial. L'homme ne peut éprouver de sensations
s'il lie possède des sens, se mouvoir sans nerfs, sans muscles el sans os ; il ne peut penser sans cerveau : s'il le pouvait, il n*eii aurait point. Pas plus cependant que les organes de la sensation ne sont la sensation, que les organes du mouvement ne sont le mouvement, les organes de la pensée ne sont la pensée môme. C'est à l'aide des sens que l'homme perçoit les choses extérieures, à Taide du système locomoteur qu*il se meut, c'est avec le secours du système cérébral qu*îl pense : mais c'est uniquement par l'àme que les instruments de la sensation, du mouvement et de la pensée sont mis en branle, et si tout phénomène vivant a besoin pour se tra« duire d*organes corporels, les organes à leur tour ont besoin pour agir * de la vie elle-même et de son impulsion. Lo corps et l'âme forment « un tout organique, » ils se correspondent comme le violon et Tarchet, comme la trompette et le souffle; ils riment de tous points, dans la sensation, dans le mouvement, dans l'instinct, dans la pensée; aucun des actes de la vie que le corps et l'Ame n'accomplissent ensemble, aucun que le corps puisse accomplir sans l'ûme, —
l'âme sans le corps* On voit dans le corps les instruments de la sensation, ceux
du mouvement et ceux de la pensée, où sont les organes de la vie de sentiment, si intérieure, si intime, si personnelle? L'âme n'est-elle pas, ici, prise sur le fait, et saisie dans son essence? Non : même dans nos désirs les moins corporels, il y a du corps, parce qu'il y a une sensation comme cause occasionnelle de tout mouvement de Tûme. Le désir est une réaction de notre être sur le monde extérieur ; il ne naît en nous qu'à son appel, et cet appel ne nous parvient, à Tori*
* Gomme pour eiisier.
t DB LA NÀTUnE HUMAIN^
giiie« qu6 par l'intermédiaire des sens qui nous niellent eu rapport avec lui ; de désir en désir, d'idée eu idée, toujouiv il est possible de remonter à une sensation* Mais ce point admis, la manière dont l'Ame répond à l'appel du monde extérieur n'exprime que sa propre nature. Une âme privée de contact avec le dehors, ne serait pas sollicitée à réagir, elle resterait inconsciente : sa capacité n'étant pas éveillée ne se connaîtrait pas. Pour que la wtualité qu'elle reulerme se montre, pom* que le principe devienne \'ie en s'iucarnaut dans un être vivant, il est indispensable qu'il soit, au moyen d'un oiganisme corporel, uni dans le temps^ et dans l'espace à des existences différentes; il faut qu'il prenne place dans la chaîne des phénomènes. Alors, sollicité à appai-aitre, il naît; interpellé par les phénomènes, il devient phénomène lui-même et s*épancheen une série d'actes, de pensées , de sensations , de désirs et de mouvements individuels. Ce qui était enveloppé en lui se développe, grâce à Tin citation des choses qui le circonscrivent, le pressent et l'aiguillonnent ; ce qu'il renfermait en puissance se montre en fait, dans la mesure respective de sa capacité eL des ressources de son milieu, car sa vie résulte de leur rapport. Jl manifeste sa substance, jusqu'au jour où il rentre, par Taccident qui le dotache de ses organes, ou par la dépense de son fonds vital-, dans l'état d'inconscience que nous appe* Ions la mort, — attendant peut-être un réveil, une résurrection de son activité dans quelque alliance avec un milieu et un oiganisme nouveaux, susceptibles de faire éclater en lui des capacités demeurées en réserve, et que l'existence qu'il a travei-sée laissèrent inappelées*