‹ De la nature humaineChapitre 12 sur 58 · VAUK ET LE CORPS · texte numérisé non relu

VAUK ET LE CORPS

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Puisqu'il existe dos facultés et des besoins qui ne peuvent se rapporter au corps, il faut qu'il y ait quelque chose de différent du corps à quoi ces facultés et ces besoins correspondent. Serait-ce le carbone, Tazote on Toxygène qui aspirent en moi à la justice, à la raison, à la beauLo? Serait-ce la composé de tout cela, et d'autres éléments encore, autant que la chimie en pourra trouver comme résida de Torga* nisme au fond de son creuset, qui désire la pCMtsession de ces biens invisibles et de pur esprit? Le besoin de science, de beauté, de justice ne peut s'attribuer à aucun organe corporel; encore moins le besoin de perfection dans la science» dans la beauté, dans la justice — le besoin de l'infini.

Le corps n'ad'autre idéal que lui-même, ctcbaque instinct du corps a dans le corps son serviteur visible, ainsi que son objet extérieur dans la réalité phénoménale. Au besoin de la génération correspondent les organes de la génération et la différence des sexes, au besoin de nutrition Testomac et la nourriture, au besoin de respiration les poumons et l'air, au besoin de mouvement le sol et les organes de locomo* tion. Entre les sexes et les organes sexuels, entre Testomac et la nourriture, entre les poumons et Taîr, la correspondance est matbémalique; entre le mouvement et Tappareil du mouvement, les finalités respectives sont incontestables. Mais Thomme ne finit pas oîi cessent ses instincts corporels ; c'est même au delà qu'il commence à vrai dire, car il ne se distinp:ue pas de l'animal par les instincts et les fonctions de sa vie organique. Il a des ambitions, il a des convoitises qui n'ont dans le corps ni base, ni prétexte, Yii motif. I^es besoins du corps remplis, le cycle du corps est

fermé et sa destinée parfaite : le corps ne demande à l'espiit que de le satisfaire.

On ne ptnit, quoi qu'on fasse, rapporter au corps l'instinct de la curiosité; on ne peut ramener l'appétit de la Justice à reetomac. L'amour chez l'homme est un sentiment mixte, fait de corps et d'âme; mais plus l'âme se développe, plus Taniour s'élève et s'uuinie d'un feu qui ne vient pas seulement des sens. Beaucoup d'autres instincts se tiennent ainsi sur la frontière, et pourtant il n'en est point qui, mêlant ensemble la chair et l'esprit, réussisse à les confondre.

Quand j'ai mal à la teto, je sens ma tète ; quand je suLill're de la perte d'un ami, je ne sens aucun des organes de mon corps» ni mon corps tout entier, et cependant j'éprouve de la douleur. Puisque j'éprouve de la douleur, et qu'il m'est impossible de l'attribuer à telle partie de mon corps ni à mon corps tout entier, il y a quelque point de mon être où siège cette douleur, et qui pourtant n'est aucune partie de mon corps; cela rayonne d'évidence. Un sentiment, une idée ne sauraient mieux témoigner de leur réalité qu'en triomphant de Tinstinct de conservation. Or le point d'honneur suffit pour le contre-balancer ; des milliers d'hommes pour lui obéir jettent leur vie dans les hasards des batailles. Est-ce le corps qui fait cela? c'est une simple idée, et sou* vent la plus fausse. La passion religieuse, la passion politique, la passion de la science, avec plus de grandeur, l'emportent sor l'instinct de conservation inhérente au corps. Dans le suicide, le corps ne se tue paa lui-même, c'est l'âme qui le tue ; s'il n'y avait point d'âme, comment le suicide serait-il possible? Le suicide est une démonstration sans réplique de l'existence de l'âme.

Un amant meurt pour sa maîtresse, une mère pour son enl'aut, ils sacrifient leui- corps à leur ûnie : nulle physiolo^'iy

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