‹ De la nature humaineChapitre 16 sur 58 · DIRU DANS LA NATURE · texte numérisé non relu

DIRU DANS LA NATURE

fois un fli multiple représente la coezistenee du fini et de rinfini.

L'infini, ou 1g non-fini, exislc-t-il? Quelques-uns n'admeUaut que des existences distinctes, et limitées les unes par les «utres. Mais ces existences ne sont pas simplement superposées ou juxtaposées dans la nature ; elles s'y enchaînent

dans l'ospaco et dans le lonips. Or, ce fait o«t roxpression môme de i'iuiiui daua le iloi, de Tunité présente au ^ein du multiple.

L'andenne métaphysique a tenté d'expliquer le rapport du fini et de l'infini , soit en déduisant le multiple de l'un, ou le fini de Tinfini, soit en déduisant Tun du multiple, ou l'infini du fini : elle n'a fait que reproduire le problème et nous y ramener par une pétition de prin* dpe; car la multiplicité est dans l'unité si elle en sort, et l'unité est contenue dans la multiplicité si elle en résulte, liuii ne se trouvant dans l'effet qui ne soit tlans la cause. Le matérialisme qui explique reiisemblo de T univers par l'agrégation du multiple , est une métaphysique qui tourne sur eUe^éme et qui affirme ce qu'elle oonteste, à savoir l'immanence do l'unité dans la diversité élémentaire; l'idéalisme qui prétend, au contraire, tirer de l'unité la multiplicité des dhoses, fait une pétition de principe à l'in-^ verse, car il admet que dans l'unité universelle est renfermée la divei*sité qu'elle t ii^ 'iidre. Que fur.i la philosopiiie moderne ? liile ceikjera de se proposer l'explication du rapport universel, elle en tera son point de départ, son axiome et non son objet. Elle dira : le rapport du fini et de l'infini est l'univers. La science constate ce rapport et le

poursuit dans les phénomènes de la nature, dont, chacun Ténonceà sa manière; en découvrant les lois de ces phénomènes, qui sont « les rapports nécessaires qui dérivent do

la nature des choses )> elle monti'e que l'unité est impliquée dans la nature des choses.

Rien d'cmharrassant comme les questions des enfonts, mais rien de facile à satisfaiie comme un enfant : répondez à sa quesUoii par la question môme, presque toujours il s'en coateuleca.Les hommes, pour résoudre l'énigme universelle, n'ont rien trouvé de mieux non plus qne de la reproduite en des termes différents. Toutefois, leurs solutions nesecontonleatpas de reproduire le mystère, elles le compliquent de mystères nouveaux. La métaphysique qui prétend expliquer le rapport du fiui et de Tinfini, construit sur des hypothèses invérifiables des systèmes ruineux. Renonçons & ces jeux de la spéculation, et plaçons d emhlée notre esprit au cœur des choses; |>arlons du problème universel au lieu d'eu chercher le mot que nous ne trouverons pas ; en philosophie comme en religion, commençons par le fait universel, impossible à nier, impossible à comprendre : celui de la coexistence dans la réalité du fini et de l'infini. Ce fait, les relions et les philosophies n'ont pu le méconnaître en aucun ' temps. Le polythéisme a soumis ses dieux multiples à un dieu suprême, Leibnits a subordonné toutes ses monades à une monade souveraine. Le monothéisme, après avoir unglouU toutes les divinités en une seule, 'a par un détour repris le chemin du polythéisme dans la Trinité, l'adoration de la Vierge et le culte des saints. Le paganisme et le chris» tianisme, l'idéalisme aussi bien que le naturalisme, Lucrèce aussi bien que Plolin, ont dû faire leur, part à l'unité

* NontoiqiiMii. • . !

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comme à la diTersîté, quoiqu'ils aient tenté chacun de les

B.u rifier l'une à l'autre dans leurs conceptions exclusives; ils oui ainsi témoigné que ni l'osprit humain, ni la nature ne peuvent se contenter, soit de la diversité sans Tunitéi parce qu'elle serait le chaos» soit de l'unité sans la diversité, parce qu'elle serait TlnerHe. Il faut que la diversité épouse l'unité, que l'unité épouse la divei*sité pour que naisse l'univers.

Absorber le fini dans l'infini, identifier Tinfini et le fini, séparer lé fini et l'infini, sont les trois erreurs toujours renaissantes de la métaphysique, condamnées par l'univers à la fois un et multiple, bi divei-se qu'elle se montre eu ses ouvrages, la nature n*est qu'une variation étemelle de ce thème fondamental : le fini dans l'infini, l'infini dans le fini. Hegel a fait un contre-sens, lorsqu'il a dit que i'iniiiii se déroule et qu'il devient. L'infini ne peut devenir, il est. Le fini seul est soumis, en tant que multiple, à la loi des métamorphoses, parce qu'il est seul susceptible déformer des coml)inaisons et d'évoluer, en une série de transformations, au sein de l'immuable unité qui le pénètre, et qui l'embrasse en soi.

Entre l'infini et le fini il n'y a point de relation de cause à effet ; c'est l'erreur du dogme religieux de la création , et du vieux spiritualisme qui en est issu, de concevoir ainsi le rapport universel. Sortons de ià une ibis pour toutes, ne ten« tons plus d'escamoter l'un des termes du rapport, ni d'en créer, pour les rapprocher, un troisième qui ne saurait être qu'une difiBculté de plus; ne cherchons pas la clef delà clef, mais posons eu principe qu'il n'y a ui commencement ni fin : qu'il y a l'univers où s'unissent, sans que nous sachions comment, l'infini et le fini, l'unité et la diversité.

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l'absolu et le i-elalil, rétemité et le lemps, l'esi^aco et i'immeositd sans IxMnes.

Tous les êtres et tous les moudes, quelque distants et quelque différents qu'ik soient, so tienneot dans l'étendue et dans la durée. Tous les êtres et tous les mondes se trans* forment, et leurs transfornialions se relient les unes aux autres. D'où nous couoluoiis que l'iniiui qui pénètre le fini n'est pas seulement une puissance de coordination, mais qu'il est aussi un principe de mouvement. Tout est mouve-

mcnt et tout «"eii'.elieul par le iiiouvon:ciil dans i'uuiveis : l'esprit vit de la < ircuiation des idées, le corps de la circulation du sangi le iirmament de la circulation des mondes \ la nature entière vit de la circulation des éléments.

La loi du mouvement universel est le progrès. Quand révolutiou d'un organisme ne s'opère plus dans le stnis de son accroissement, il accomplit une motamorphose rdtrograde et marche vers sa dissolution. Un être, un peuple, un monde, un système qui déclinent, tondent à la mort )>arce (jii'cn eux la force de ])ro,urès s'est épuist''C : ils déeliueut parce qu'ils ne peuvent [dus niouler. Ikj progrès cL U vie sont intimement liés l'un à l'autre, ils augmentent et diminuent ensenJ)le, la mort universelle serait la décomposition et l'inertie universelles; le principe de vie dans runivei-s est ce qui résiste au chaos et à l'inertie : une force do solidarité et de progrès. ,

L*uniTers est nn système de rapports. Ce n'est que par leurs actions et réactions mutuelles, que les rhob:es, tour ù tour « causées et. < aiisanles, » sortent de i'inerlio. Mais elles ne s luiluenceraieut pas pour créer des ensembles, elles ne

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s'iaduenceraîenique pour nourrir l'éternel chaos, ei quelque loi d'unité ne résidait en elles. L'unité apparaît donc à nos yeux comme la condition du mouvement pro^Tessif des

chc^es : en dcliors d'elle, lo mouvemont serait l'agitaliou coiituso des élémeuts et leur permaueute discordance.

La force qui dans l'univers résiste au chaos et à l'inertie, force incontestable, impénétrable, sans laquelle riinivectt

uu serait pas, je l'appelle Dieu.

Le fini n'est pas moins essentiel à la nature que l'infini. Quelques philosophes soutiennent néanmoiiis qu'il n'eiisie dans la nature aucune diversité réelle^ d'autres veulent c(ue

celle dont les phénomènes nous otVrcnt rima£?e ne résulte (pie d'un groupemeut divers d éléments ideatiques ; do sorte qu'il n'y aurait pour eux qu'un seul corps, une seulo substance simple, divisible en parties infinies, mais tontes parfdtement éqniTalentes. Je no puis, quant à moi, concevoir coniiiicnî la diversité se produirait dans les phénomènes si nulle diveitiité daus les ptindpes ne la motivait» La logique m'impose de croire que la nature renferme en soi les conditions de sa mnltl'* plicité, lesquelles doivent ôtre des substances distinctes, diffénuites de l'unité coordinathcequi se manifeste ù Taide de leurs propriétés, et qui tencontreeu môme temps, dans cesptopriétés indestructibles, des limité» qu'elle ne peut franchir. Qui ne veut supprimer ni le fini ni l'infini, aboutît h cette conclunon inévitable : que la natiue est im compromis entre l'infini et le hui; ils s'y mêlent partout et ne s'y confondent nulle part ; ils ne peuvent se séparer ni se détruire sur aucun point de la durée, sur aucun point de l'étendue 1 Us coexistent

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fatalement, éternellement, dans le mystère des choses.

L'univera n'est ni esprit, ni matière, ni un, ni multiple, ni infini ni fini : il est tout cela indissolublement, lui aussi est un tout « organique, » à la fois corps et âme. Il n'y a pas deux natures accoléos, il n'y en a qu'une, et cela nous pnrmel de concevoir commeut tour à leur l'infini triomphe du fini en l'organisant, comment le fini triomphe de l'infini en lui imposant des bornes qui sont ses attributs. Le fini a SOS lois, l'infini a les siennes, les lois de l'univers rcsultont de leur concours. Le mot infîni conçu, non dans le sens de ce qui n'est pas multiple, mais dans le sens de l'infinité de piiissanœ, est un leurre que la réalité met partout en évidence. N'est-ce pas, entre tant d'autres, un témoignage patentées limites que le fini oppose à i'inlini, que la nécessité à laquelle se trouvent assujettis tous les êtres de ne vivre qu'en s'entre-dévorantf Gefait n'est-il pas l'énoncé de cette vérité : que le fini dans ses éléments est aussi indestructible qu'invariable, et qu'il n'otire à l'infini créateur que des ressoarces relatives? Limité par les éléments constitutifs du fini, par leur nombre et leurs propriétés , né pouvant agir qu'avec leurs données indestructibles, prémisses invariables de sa manilestation, l'infini est impuissant à créer autrement que par voie de métamorphose ; il ne peut que déplacer le fini, il ne peut le former ni le changer, et c'est I)ar le mouvement seul qu*il est créateur. Paracelse dit que la nature est le premier des alchimistes, et que la traiismui.itioa des corps n'est autre chose que la vie; elle n'est pas la vie, mais le procédé qu'emploie la vie» impuissante à faire quelque chose de rien * . L'étofié de la création reste la môme ;

' L'idée de la toute puissance, celle de la crénlion ex nihilo, et celle du iBirafile., aont eoilnezM. la trate puimiiM suppose que Di«ii peai faire une vallée tu» moniagMi elçtt*il pcot eliaoger Teaa en via.

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