DIEU DANS LA NAÏUKK
ane série indéfinie d'assemblages chaotiques, une création j I mais. Et quand même on consentirait à admettre que dans
rincalculable nombre de ces assoml)laîos irrationnels il se produise des formations organiques, vivantes et liées, c'estàrdii^ rationnelles, à quoi teoonnâltrait^^n, et surtont qui reconnattrait qu'elles sont rationnelles f La raison seule, et
d*ori sortirait la raison dans un monde qui exclurait la raison?
Aucun ôtitî ne peut vivre qu'en s' adaptant à un milioiu Chaque milieu, constitué par des éléments multiples, est une «me qui impose ou propose à la vie des données partieu* Hères. Les milieux diiïèreiil dans l'espace, ils se succèdent et dilTèrent dans le temps : tout milieu nouveau détermine les formesd'un nouvel essor de créatures, tout milieu qui dis« parait emporte avec lui sa création; les êtres qui passent d'un milieu à un autre ne peuvent subsister dans celui-ci qu'en y ^ustant leur organisme par d'indispensables transformations. La force oréatrice montre dans ces transformations une souplesse, et si nous pouvons dire ainsi, une ingéniosité merveilleuse ; elle s'adapte à tous les éléments, se plie à toutes les exigences, s'accommode par le jeu des organes à toutes les conditions, et sans cesser de multiplier infini^ ment ses formes et son mécanisme, elle reste au fond fidèle à son génie; en suivant la loi des milieux, elle ne quitte pas sa propre loi, et niarijuc de Liaits semblables le^ êtres les plus
didéreiits. Elle reste une force ori.i;inale dont le sceau se retrouve empreint eu toute créature vivaute. Les coosouuances de la vie organique, la génération et la nutrition, sa retrouvent en tout organisme; les plantes, les animaux, les hommes, dans leur multiplicité vertiprineiîse s'y ramènent, comme à une basse identique accompagnant des mélodies toujours raiiées. Les fermes des végétaux» les instincts des bétes se jouent diversement autour de ces deux accords, et rhomnic no sort di; leur splière que parce (ju'il aborde, par la pensée, un milieu qu'il engendre de lui-même, celui de la science, de la raison et de la justice.
Le poisson se noie dans l'air, l'oiseau expit« dans l'eau; toutefois, ils respirent l'un et l'autre, et respirent le même principe, l'oxygène ; les organes seuls de la respiration sont difiérents, la vie a su les approprier sans changer ses lois . aux deux éléments. Il y a des êtres hybrides qui s'igustent à deux milieux : le poisson volant à l'air et à l'eau , le batra* cienet l'amphibie à la terre et à l'eau ; la chauve-souris à l'air et à la terre. Mais ces êtres, au lieu de nous sembler plus parfaits, nous apparaissent plutôt comme des espèces bâtardes et manquées des deux côtés : nous aimons mieux le poisson, et nous aimons mieux l'oiseau que le poisson-volant. L'être le plus complet est celui qui s'adapte le plus complètement au milieu le plus complet. Les milieux sont les marches de la création, mais chaque milieu se snbdi-> vise lui-môme en degrés, où sont placés les êtres qu'il soutient. C'est dans l'organisme universel que naissent, se développent et se dissolvent les organismes particuliers, c'est dans le milieu universel que les milieux particuliers s'établissent et qu'ils disparaissent. Ne faut-il pas que le miliea universel possède un centre où converge sa multiplicité, puisqu'il est un dans sa multiplicité? Le mot univers
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en dît assez ^; Tétymologie est la leçon du philosophe.
Le centre de ma vie n'est certaiiiciiiLMit [vos celui de la vie universelle ; mais si Tuuivers n'avait poiiU de centre, comment en aurais-je un, puisqu'alors l'uniTers ne serait pas, et que je ne puis être sans l'univers ?
On ne conçoit pas que nul être vivant manque d*un centre de vie, on ne comprend pas davantage que l'univers n'en ait point. On ne conçoit pas que les centres des êtres» des mondes et des systèmes qu'embrasse l'univers soient identiques, puisqu'ils n'ont pas la même sphère que lui ni le même rayon ; mais l'on ne comprend pas davantage que ces centres de vie, depuis celui où convergent les sensations d'un mollusque jusqu'à celui où. convergent^ en Dieu, toutes les forces et toutes les lois de l'univers, restent sans lien, et qu'ils soient désunis, indépendants les uns des autres : car, s'il en était ainsi, chacun formerait un uuivers sans nul rapport ^sihle avec l'univers. Or, les mondes et les êtres, si distants et si distincts qu'ils soient, restent unis; en leur laissant leur existence propre, l'univers les enveluppe d uii réseau de lois qui sout les manitestatious de son unité. Les intervalles qui existent entre les êtres et les mondes, sont comblés par des êtres et des mondes intermédiaires; aucune lacune n'existe, aucun vide. L'univers est d'un seul tenant : lue bolulion de continuité entre ses parties, dans le temps lu daus l'espace, d'un seul coup romprait la chaîne.
Aucun esprit ne peut embrasser la chaîne universelle, die plonge dans l'éternité par ses deux extrémités, et cela signifie qu'elle n'en a pas ; qu'elle commence et qu'elle huit partout, dans le màfstère da l'inhui qui est sans com* mencementni fin.
• Uua, vtrlm : touroer aatour d'ao point, d'on etniff aniqM.
ÎH DE |*A NATURE HUIfAmE
Mourir, di^oû, c'est rentrer dans le sein de Dioii. On n'y rentre pas, on y est tonjours : le fini ne sort pas do riafini, car il n*y est pas entré. On naît, on vit, on mcuri dans VUnmfs^l,
Regardons-y biei^. Les choses que noua connaissons, c'est ]>ar d'autres que nous ne connaissons pas, et que cependant
nous sommes tenus d'afiîrmer. Qui aie la raison, et qui la connaît? QviiuiQ riastiuct, et qui Texpliquel II en est ainsi de la Tie ; disons mieux, de l'être. Nous savons que nous vivons, nous sentons en nouë la pensée, le désir, la volonté. Mais rien ne nous explique rOtre ni l.i vh , .^inuu l'être et la vie eux-mêmes, rien la pensée siuou la pensée, rien la vplonté sinon la volonté. Pas un de nos raisonnements qai ne se puisse ramener jusqu'à un fait au delà duquel nous ne pouvons aller, et qui est connue un mystérieux anneau où trouve suspendue toute la série de nos idées, avec toute la série des phénomènes auxquels nos idées CQrres> pondent. Le mouvement, la volonté, l'être, l'instinct, la pensée, rexistence sous toutes ses (i\ces, rien ne s'expliij ic que par l'inexplicablo. Dans la uatuie, en nous, de rapporl en ri^pport, et de série en série, nous aboutissons à un seu) fait incompréhensible et primordial : l'être universel dau^^ lequel coexiste la multiplicité des choses et des êtres. Dieu, l'évidence impénétrable, nécessaire, est à la fois la lumière de notre esprit et « Tasile de notre ignorance. » Tous les problèmes, si l'on en suit le'cours, vont se précipiter dans cet
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unique problème, qui n'est un proldème que quant à nous, non quant à lui-même, puisqu'il est le fait ipdispeusable de Tezistence universelle. Dieu es| la limite apssî bien que
l'axiome de notre esprit, et rigiiorance coiisislc autant à a'iraagijiei: qu'pn l'a coiftpris qii'4 ee Ijgurer qu'OQ l'ft miné,
Qu'elle est yraie cette parole de Montaigne ; « Les extrémités de nostre ]Ji r.piisition tombent toutes en esblouissement. » L'homme, h mesure que sa réflexion pénètre dans les cho^, approfondit davantage leur mystère fQpdamentali il voit Qiieuz l'impossibilité où il est de comprendre Di^. Si rhonune le comprenait, on Dieu ou Thomme cesserait d'être. 11 faut ô\re borné pour so fii;urcr (]ue l'on comprend Dieu ; les ignorants, les, çpfants, les; hommes primitif^ o( barbares, qui sont des enfai^ts par TinteUigeupe, ue doutent jamais du leur : ne rien ignorer de Dieu leur ççmble focôle, parce qu'ils ifrnorciit tout du monde.
L'incomprél^eusibiiité de Dieui, à i'^^-d de l'homme, est m attribut de Dieu comme elle est ui» attribut de Vbomme.
Dieu sans la natuit^, la nature sans Dieu, sont inconcevables', Dieu dans la uafure, et la nature eu Dieu, ne sont qu'inexplicables, âi du principe, de la fia et de l'origiae des dioses, nous ne savons rien, nous découvrons en revanche
lui nombre croissant de lapporls ou de linalités entre les Ciisteuces multiples de la nature^ ces rapports, toujours mieux connus, nous dévoilent une plus grande étçn^ue de
l'inOni dans le fini. Mais tandis que la science buipaino augmente, à cbaque pas elle apporte, auprès de découvertes nouvelles, de nouvelles erreurs, des hypothèses et des pro-
bl-.'mos nouveaux, en,i:en(ln' des contradiclions, et nous fi^jt enti'cr plus avant dans uoli'o insciei^ce. C^lui qui croit
tout savoir ne sait rien, ii ne fait qu'ignorer son ignorance ; celui qui sait le plus, connaît le mieux Timpuissance où se trouve l'homme de compreudre la raison deriiièro ut première des choses.
Les instraments auxiliaires de nos sens nous font pénétrer jusqu'à des profondeurs qui donnent à l'imagination l'éblouissement de l'immensité. Le microscope et le télescope, les appareils acoustiques, les réactions de nos crçu* sets, nous mettent en relation avec d'innombrables existences que sans eux nous n'eussions pas soupçonnées; ils nous font toucher des foi mes de rùlie à des distances incommensurables, au delà des frontières que nos organes nous imposaient. Si Iq^ que nous allions, ce sont nos limites que nous rencontrons , non celles de la vie. Connaître tous les rapports entre tous les phénomènes serait la perfection de la science humaine : et pourtant cette science nous dirait-elle le principe des choses t elle nous dirait seulement la manière dont, à travers la création, et de monde en monde, ce principe se manifeste dans les lois à l'aide desquelles il embrasse l'ensemble. Noire ignorance de Dieu résulte de la nature des choses, et de notre propre nature; nous sommes partie d*un tout divisé et pourtant indivisible, et bien*que le tout soit impliqué dans la partie aussi Men que la partie dans le tout, il ne se peut que la partie s'égale jamais au tout, et qu'elle le comprenne : comprendre, c'est embrasser. Nous ne comprendrons jamais Dieu, nous comprendrons seulement de Dieu comment il se traduit en nous et dans les choses qui sont à notre portée. Il est aussi impossible à l'esprit humain d'atteindre l'infini qu'au corps humain de franchir son ombre, et rien ne témoigne mieux de notre ignmnce essentielle sur ce point que les inconsô* quences où nous tombons dès que, ne nous bornant
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plds à observer la manière dont riufini agit en nous et. dans ce que nous découmns de la nature, nous essayons de loi prêter des attributs que nous empruntons inévitablement à notre propre être, ou bien aux choses qui nous environnent. Signalons ici quelques-unes de ces contradictions où sombrent nos efforts.
Si Dieu possède un corps, Dieu occupe une portion de l'espace, il est liiii. Si Dieu n'a point de corps, comment est-il dans Tunivers? On n'est pas sans avoir une manière d'être; la manière d'être d'un être est son individualité, elle est Findividu. L'individualité est la forme de Tétre. Pour être, il faut s'individualiser. Cependant, l*être uni* vei^sel peut-il être conçu comme étant un individu? Alors, il est un être, il n'est plus ietre. D'autre part, Dien peut-il être sans^avoir une manière d'être? Tentes de l'imaginer sans vous le représenter, de vous le représenter sans le ramener à rhumauiLé! Toute tentative de se fif,'uror Dieu aboutit à l'anthropomorphisme, la théologie ne nous oiire et ne peut nous offnr que des degrés et des variétés de l'anthropomorpfaisme religieux. Chaque être a conscience de lui et se distingue, L'clre universel a-t-il conscience de soi? Alors, cette conscience est le moi universel, l'univers a conscience de soi en Dieu, l'univen est donc une personne, la personne divine ; il est le corps de Dieu. La loi du progrès sTacoomplit dans le sens de l'individualisation. Plus un être existe, et plus il se détache de l'impersonnaUté. L'individualité est le sommet de l'être, et si Dieu est, il doit être le plus individuel, le plus personnel des êtres : la personne par excellence^ Mais pouvons-nous concevoir une personne qui resterait hors des prises du temps et de l'espace, une personne qui serait l'infini, l'absolu, Tétemen £n revanche, l'aire Dieu impersonnel, c'est le mettre, non pas au sommet de l'être, mais au-
Si OB LA NATUnB HUMAINB
dessous de riiuître el du zuij}tli\i« qui, du moins, ont déj\ une vague conscieuce de leur existence disUncte el seul dim iDdividuB confus. Dans Timpossibilité d'échapper à ces aii- • tinomies, nous sommée réduits à dire : que pas plus la notion de la personnalité que celle de l'impersonnalité ne s'appliquent à Dieu ; en d'autres termes, que la nature de Dieu n'est pas un objet de notre intelligence. Toutes les disputes théoiogi^eSf tous les crimes des religions et des prêtres Tiennent de ce qu'on a voulu déGnir Dieu : ce sont des délinilions qui se sont combatlues, condamnées, massacrées et brûlées dans les guerres religieuses, des déûuitiûns qjixi out Dût rinquisition et la Saint-Barthélemy.
Dieu, dit-on, a tiré toutes choses du néant. Quand a-t-il commencé à créer? S'il a toujours créé, le monde est éternel, et la nature a toujours existé; s'il n'a pas toujours créé, que faisait-il avant qu'il eût rien fait? Il était inactif, il n'était pas. Dieu a donc commencé? Qui a créé Dieu? Et l'on revient au point de départ. Le monoLliéisme entendu dans le sens absolu, oà Dieu unique serait l'unique autour de tout ce qui eiiste, ne nous affranchit point des doutes ot des inconséquences; il laisse flotter notre esprit à tous les vents de l'incertitude et de l'angoisse. Dieu conçu (Ivî la sorte, n'a rien ]»u créer sans e.u avoir eu d'abord l'idée; ou bien il n'a pas créé la puce, ou bien il a eu l'idée de la puce. Mais l'idée de la puce^ dans l'esprit de Dieu, fait un médiocre effet. Si Dieu a tout créé, Dieu a créé l'huître et le crapaud. 11 n'a yïm pu faire sans raison, çt je ne vois pas la raison d'être du crapaud. Il est vrii que je ne vois la raison d'être de rien, et que je ne sais à quoi sert l'homme lui-même. Avec d'Âlemhert, le doute demande eu présence de toute chose : Pourquoi y a-t-il quelque chose?
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Antre éciieil, \)\m redoutable, caché dans l'hypothèse d'un Dieu tout-puissant : si Dieu a tout fait, et s'il pouvait tout faire autrement qu'il ne l'a fait, Dieu est respiJUswMt^ de tout, le mal est le Lien, le bien est le mal; ou plutôt, il n'y a ni bien ni mal en réalité. Dieu, cause unique de tout, csL uniquciiiont responsable de tout; les impoiioctious, les misères, les cruautés, les enovus, les atrocités dont l'histoire et la nature fegorgent, il les a Toulues, il les a commises par rhomme en le créant aveugle et féroce : lui seul les a ( ouiinis.^s... — Dieu est le mal * ! Dieu est Satan.
Un être sans désir ne peut créer, il se suffit : il est la perfection. Si Dieu est la perfection, ce n'est pas Dieu qui est l'auteur de 1* univers imparfait ; si Dieu est la perfection, Dieu est inerte, il e>:, niais il ne vit pas. Qui voudrait être Dieu? Les Bouddhistes, grands métajihysiciens, ont, dans le iVinoatta, conçu la perfection de l'être comme exclusive de tout désir ' ; cet être insensible ne peut produire les êtres ni les animer, puisqu'il n'a pas de vie, puisqu'il n'a pas d'amour. L'aptitude au bonheur suppose l'aptitude au malheur, la capacité de découvrir le vrai celle d'engendrer le faux. Dieu ne peut être heureux, s'il ne peut être malheureux ; il ne peut jouir de rien s'il ne peut soufiHr de rien. Supposer qu'il nage dans la félit'itù de son propre être impassible, c'est introduire uncontre^ns dans sa loi; c'est aussi l'isoler, le détacher de la nature où. tout aspire, souffre et jouit. Bn quoi nous touche un Dieu pareil ? s'il existe, ce n'est pas pour nous; cet infini, quoiq\;e sans entrailles, serait à uolre égaixi d'un égoïsme féroce, immense, infini : son
* PnodhoD.
* IVoù résulta h^iqnement qne le Nirwana, absorption de IV^trc indiviilael dan» Têtre unÏTersel* se présente à la fais comme la per feelion de l'être et dn noo-èlre.
égoisme aussi pariait, aussi absolu, aussi élerncl, aussi ilHmitô que loi-méme. Dieu solitaire, relégué, enfermé daas ta perfection, que m'importe que tu existes? Que t'importe que nous existions? Si tu es, rhumaaité souffrante se trouvant sans Dieu, en engendrera un autre du sein de ses douleurs, elle le fera à son image.
L*homnie dans toutes ses reliji^ions a imaginé un Dieu, ou quelque envoyé de Dieu, capable de compassion et de colère, humain et divin tout ensemble, qui est derenu aussitôt le mi Dieu des âmes meurtries ou déchirées, celui qu'elles invoquent et qu'elles voudraient imiter. Tel est le Mithra dos îndous, tel Jésus, le Diei> le plus prochain du christianisme, parce qu'il a souffert, pleuré, cherché. L'homme aspire fatalement vers un Dieu qui soit humain, Jésus y aspirait avec l'humanité ; il a mis dans son idée de Dieu ces grandes choses humaines, l'amour, la compassion et la miséricorde, à côté de la justice.
Dieu ne pouvant faire le mal ne peut faire le bien. Peut» il le vouloir? Alors il aime le bien et déteste le mal, il a des aversions et des amours infinis. Mais dans ce cas encore Dieu souffre : et si Dieu soulfre, Dieu n'est point parfait. On le voit, Dieu nous échappe de toutes parts, et lorsque nous voubns le fixer, il se dérobe en son nuage, et nous n'avons plus qu'à nous écrier avec un ancien poète : « Hélas l combien est trompée cette pensée éphémère, qui ne sait rienl » £t pourtant, Dieu est dans la nature; ii est daua l'homme qui renferme la nature et que la nature xenférme* C'est là que maintenant nous allons le chorchar.
DIEU DANS l'homme — DIEU DAN& LA HAXftON
m An ntttei U tw imc mwam Hétm 4estraciiuns, DOM voyons a» mmv de
''ordre qui anim*- pu secret le genre huoiatUi et qui a prcveuu sa raioe toUle.
C'cftt m det NMorls do 11 nlKio n- (feDd lo^loois M feceo. •
VOtTAJU.
t Cni qil ont dit 40*0110 fiiuliiè aveugle e piodaii toos l«s elfels qoe oon voyooo
(l-<ns le moiiUo, ont dit un(> (rrande absor* dite ; car quelle plus gr^iult' absurdité qu'une finalité aveulie qui »auii prodoit des éires iBtdUgeBls?
> Il y a donc une raison primitive; et les luis Mal les rapport» qui 6e truuvcnl enln; elle et les difléreou êtres, et les rap« ports de ce4<dilfereBts itres entré eoi. •
MOSTUQClfiU.
ÎI existe dans Tesprit humain un besoin d'ordre et d*u-
niUi. Dans l'homme raisonnable, ce besoin est celui de la raison même. Mais d'où viendrait dans T humaine raisou cette tendance vers l'ordre, si elle n'était dans la nature d'où l'homme est sorti ?
L'unité - dans la variété, qui constitue Tordre, est dans la raison ce qu'il y a de plus essentiel à la raison. Nous n'aurions point d a^itû pour Tordre si la raison n'était eu nous, et la raison ne serait pas en nous si Tordre n'était pas dans le monde auquel nous a[)[)artenons: ce qui dans l'homme cherche l'ordre invinciblement , est la chose même qui dau i le monde triomphe du désordre ; elle a permis à l'humanité de naître, elle empêche que l'univers ne se dispersti dans la confusion de ses éléments.
Tout ce qui s'organise participe de l'ordre universel et tient de la raisons ^ verbe créateur et conservateur répandu en toutes choses. « Dieu, disaient les stoïciens, court à travers le monde, y» — a Cette raison, dit HéracHte,
ce Logos, ([ui est toiijoui's, n'est pas entendu <los hommes... quoiqu'il soit ie principe de tout. » — a Au commeiicemeut était le Logos, 9 dit l'évangile de Jean. Les peuples, les philosophies et les- rebgions, môme les plus insensées, portent Lénioii4i);iiîO de l'idée confuse ou luminL-iiso qui les domine de la présence dans la nature et dans I homme d'un principe d'ordre, en affinité avec la raison. Ce sentiment que bégaie vaguement renFancc religieuse de l'huma* nité, rhumnnité virile en a lait une iioliou prOcisc ut démontrée par la science. ^
La conviction (jm* l'essence de iii nii-on, c'osl-à-dii-.' l'ordre, est répandue eu tout l'univers, représente la loi de la raison en elle-même.
La raison ne peut être dans une seule ou dans quelques^ unes des parties de l'univers; elle est partout ou nulle part, elle est indivisible, iuvarialile par cousé(|uont. Dans le grain de poussière qui gravite, dans le brin d'hei'bc qui pousse, dans le bœuf qui rumine, dans Tabeille qui fait son mielf dans l'oiseau qui fait son nid, dans l'homme qui pense, elle se révèle do même : en triompiianL du chaos. Elle ed ridentité en toutes les choses et la communauté de tous lv« ' êtres. Montaigne pense que la raison est : <c Née en nous de ses propres racines, par la semence de la raison universelle, empreinte (mi to'it, liomme non 'losnatnré. »
lia raisoii est impersonnelle \ inhéretite à la pei'sonne, elle
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diapaiaitrait avec la penonne* Au lieu qu'elle nous appartienne, nous appartenons à la raison; qu'on donne à
chacun une autre raison, une raison qui lui soit propre, il n'y aura plus de raison. Les lois de la raison sont supérieures à Tindividu, qui ne les a pas ci^, qu'elles ont cr^auoontraire et qu'elles soutiennent; elles subsisteraient sans lui, elles étaient avant lui, elles sont les lois des choses et leur logique constitutive. L'homme n'invente que ses erreurs; lorsqu'il raisonne et qu'il agit selon la raison, il pense, agit et veut selon des règles qu'il n'a pas faites et qu'il 'ne peut défaire : il joint librement sa personnalité à un ordre général qui n'est l'attribut d'aucun être par ticulier, la propriété ou l'œuvre d'aucune créature et d'aucune existence« dont au contraire toutes les créatures et toutes les existences dépendent fondamentalement. Les géomètres en les découvrant no font pas les lois de la géométrie. Il en est de môme de toutes les lois en vertu desquelles subnstent l'univeirs et les êtres qu'il renferme : ceux-ci, en ne suivant pas ces lois, ne les abolissent point, ils s'abolissent ; en les suivant, ils les affirment et se servent de leur pouvoir, sans leur rien donner que leur adhésion, en retour àa la ùxrœ qu'elles leur prêtent.
Nous confondons volontiers la raison et le raisonnement; en combien d'actes cependant ne faisons-nous pas usage de la raison sans raisonnemei^Lt préalable, en nous portant d'emblée vers ce qui est rationnel? L'homme peut mal raisonner; il raisonne alors contre la raison, et les douloureuses consé* quences do ses méprises lui prouvent que c'est contre luimême qu'il a raisonné; lorsqu'il raisonne selon la raison, il ne fait qu'appliquer les prindpee de la raison, lesquels ne sont pas le résultat, mais la base de ses raisonnements. La raiiion n'est pas parce quo nous raisonnons, nous rai-
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sonnons parce que la raison est; elle serait la même quand aucun être ne raisonnerait.
Une vérité proclamée csl indépendante de qui la proclame, et c'est précisément ce qui eu lait une vérité : si elle dépendait de lui, les autres ne pourraient Taccepter comme vraie, elle ne serait pas transmisdble. Est-elle ▼raie, elle Test pour tout le monde, elle le serait pour la plante comme pour l'homme, si la plante pouvait penser et comprendre ; elle le serait pour un habitant de Jupiter ou de Mars comme pour l'habitant de la terre, s*ils pouvaient, à travers la distance qui les sépare, entrei' en oommunioation par le langage et jeter un puni entre leurs idées. L'intelligence, d'un être à l'autre, diliere en degré, elle ne diffère pas en substance; la raison est le lien des choses : une intelligence peut mal comprendre les rapports des choses, cela n'empêche point ces rapports d'exister , et d*être tels qu'ils sont. Beaucoup de choses que riotelligence humaine ignorait, elle les connaît maintenant, elle en connaîtra encore qu'elle ignore ; il y en a qu'elle ne connaîtra jamais et qui sont néanmoins, à l'égal de celles qu'elle connaît,' constitutives de i' universelle raison, de l'ordre universel, où tous les rapports entre toutes les choses sont imidiqués. Si les lois en vertu desquelles nous raisonnons pouvaient être indépendantes des lois en vertu dosquelles l'univers existe, nulle science ne serait possible et nous ne chercherions pas la science; nous n'aurions aucune curiosité, la curiosité dérivant de l'affinité pressentie entre la nature des choses et la nature de notre esprit. La raison en contradiction avec l'univers serait le non-sens de l'univers, l'univers en contradiction avec la raison serait le non-sens de la raison.
La synthèse et l'analyse, où se meut, comme entre ses