DI&U DAM$ L'HOMME
deux pôles, l'esprit humain, correspondent aux deux aspects
de Texistence universelle, à l'unité et à la divei-sité qui sont ses attributs. La sensation s'adapte à la multiplicité qui renferme en soi le temps et l'espace; la raison est le sens de Tunité, elle aspire à réunir les choses, elle a hesoin de retrouver au dehors rencliaîuemcut et l'ordre qui sont cii elle. Suivez-la eu toutes ses directions, scrutez-la en tous ses procédés, vous ne trouvères que cela : l'horreur du chaos. L'ordre est son génie. Tout ce qui sent le chaos l'inquiète, tout ce qui est ordonné, harmonieux et lié, l'apaise et la satisfait; l'ordre est sou élément : elle s'y dilate et s'y réjouit. Quelle répulsion mêlée d'épouvante ne nous inspire pas le spectacle de la folie, qui est le chaos des idées; quel invincible malaise n'éprouvons-nous pas à la vue des monstruosités de la nature, où la folie des éléments semble conspirer la ruine de la raison même au sein de la création 1 La raison humaine a hesoin de la raison universelle pour se maintenir ; quand l'anneau qui les unit se hrise, le sujet se détache de l'olyet qui lui correspond, l'esprit perd son amarre et s'en va, quittant la réalité des choses, fuyant sa propre réalité, à la dérive des vaines chimèi-es. C'est la raison qui l'abandonne, avec la conscience des rapports où la raison se révèle. Qu'il n'y eût point de corrélations, point de convenances respectives entre les existences diverses, point d'unité en un mot dans l'univers, quel serait encore l'objet de raison? Le besoin d'ordre qu'elle met dans l'esprit humain tend, par un invincible effort, à rejoindre, à travei-s rexubeiaucc des phénomènes, les grandes lignes idéales, les lois où se dessine l'ensemble : c'està-dire que la raison humaine cherche, dans la multiplicité de la nature, les traces de la raison universelle ou de l'Kiiilw' ijui roiçaijioc : eu uu mot, l'homme cherche Dieu.
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La laiton d'ôtre des cbosea est aussi l'être do la raison. Voilà le roc de la philosophie*
La raison n'est pas runiformité, elle est l'union. L'ordre par le nivoilement n'est pas Tordro, il est le conlraire; c'est le GhaoB immobile^ comme l'anarchie est le chaoe mouvant. Le despotifme qui broie et nivelle les forces individuelles sous la sienne estconln; la raison. Un défaut de proportion, d'équilibre ou de mesure, trahit toujoui*s un manque de justesse ; justene et justice ont même radical, la justice pèse les actions, la justesse pèse let choses. Un esprit qui a de la justice est une balance exacte du pour et du contre ; un esprit qui a de la justesse aperçoit les laits dans leura rapports véritables : la justice est le jugement dans las choses de Tordre moral ou de la conscience, le jugement une sorte do justice dans les choses de Fintelligenoe ; le juste et le vrai ne se confondent pas, cependant rien ne peut être juste qui ne soit vrai. La raison est donc le fondement commun de la ' justice et de la vérité. Le beau est également soumis à la loi de proportion et d'équilibre, et s'il n'esl pas la raison il né jx^ni, jamais la contredire. Le juste, le vrai, le beau ont une môme essence : l'instinct d'iiarnionie, qui dans la conscienco s'appelle justice, beauté dans l'imagination» véiité dans Tin* lelligence. Il y a de la raison dans toutes les œuvres de l'homme qui témoignent de son humanité, dans la science, dans la politique» dans l'art ; et plus ces œuvres l'éloignent du chaos social cu'de la barbarie, mieux elles font éclater et resplendir, en môme temps, l'humanité et la raison.
DIEU DANS L'HOMiME M
Mettons qa'il n'y ait point do raison dans la nature, l'homme sera toujours porté à en cherohor : il lui sera tou« jotîrsplus ftcile de croire qu'il en existe, que de croire qu'il
n'eu existe pas. C'est sa pente, puisqu'il est doué de raison ; comment la remonterait-il? Des hommes peuvent l'essayer, l'homme n'y réussira jamais ; la raison fatalement le pousse vers la raison. Mais parce qu'on affirme la raison dans la naluro et dans l'hoinme, on est ijieu loin d'avoir compris la raison. « Nous savons, dit Voltaire, les loisduraisouDement, et nous ne savons pas ce qui raisonne en nous. » Nous savons de même que l'univers a des lois, et nous ne savons pas ce qui produit ces lois; que savons-nous donc? Nous savons que la raison est dans les lois du raisonnement, (|uo les lois du raisonnement répondent aux lois miiverselies; et nous «affirmons en conséquence que la cause impénétrable des lois du raisonnement et des lois de l'univers réside en nous, et que ctîLLe causc, dans la iiatino ot eu nous, est une seule et même cause. Génératrice de Tordre des deux côtés, nous la désignons sous le nom de Dieu, et nous disons que Dieu dans l'univers, et Dieu dans l'homme, est l'unité présente dans l'homme et dans l'univers.
Ou reconnaît qu'il y a de la raison dans les choses lorsqu'elles se néci ssitent mutuellement et qu'elles se rangent flous la loi d'un ensemble. L'univen est la synthèse des forces universelles ; la société, création de l'homme, est la syiiLlièse des forces humaines : l'homme cherche la femme, ils engendrent la famille ; les familles se rejoignent en tribus, les tribus constituent des peuples, les peuples s'agrègent et forment le genre humain, et ce mouvement vers l'unité s'accompliL, au mépris de toutes les résistances que lui opposent les énergies divergentes, en triomphant du chaos humain, en ne cessant d'opposer à la barbarie qui tend sans
cesse à la dispersion uue tcudauoe organisatrice qui tend ■ans cesse à rharmouie.
Le monde cd s'éclairant, 8*élèr« à roniltf
Le mouyement de l'histoire est le progrès de Tordre dans rhuxnanité, l'histoire de la nature est le progrès de Tordra
• !:iiis la nature ; la nature et I huniaiiité manifestent un principe créateur dont l'action évidente est de soumettre une diversité plus complexe à une plus vaste unité, eu montaut, de création en création, vers des synthèses supérieures.
C'est lorsqu'on contemple les œuvres du génie, que Ton rnconnaît bien que le principe créateur est un principe d'ordre et do synthèse. Si la création était le chaos, Haydn n'eût pu écrire la sienne. On raconte qu'après la première audition de son propre ouvrage, il s'écria : Que Dieu est
aii J ! et n'est-ce pas Dieu en effet qui suscite le génie par une délégation de son essence créatrice 2 Les grands esprits nagent dans Tuniversel, et tendent vers lui avec pins de force et d'ardeur que les autres, Dieu les attire plus fortement ; ce sont des esprits éminemment organisateurs, dans lesquels vit au plus haut degré la puissance et l'amour de l'ordre : ils ont Tinstinct du lien qui embrasse les choses; et tandis que les esprits confus se noient dans la confusion, que les esprits étroits sont submergés par le détail, que les esprits faibles s'éparpillent dans Taccessoiri', que les esprits faux s'égarent dans l'accidentel, ils poussent droit à ressentie), et par la voie ardue mais royale de la vérité, atteignent des sommets inconnus avant eux, d'oà leurs yeux découvrent de plus vastes ensembles et de plus lointains horizons.
Un tableau qui ne ferait qu'assembler des lormes et des
* Lamartine.
* C'est pour cela qu'ils sont de poissants réToIulionnaiiei^eoDtn le ddiordre «iubli sQus préiexle d'ordf e daoa iottilalioot iaiqnei.