‹ De la nature humaineChapitre 20 sur 58 · DIEU DANS L'HOMME W · texte numérisé non relu

DIEU DANS L'HOMME W

couleurs sans rien exprimer, ne parlei^dt pas à Tesprit ni à l*âme,il ne dirait rien à la raison; elle ne s'y retrouverait

pas. OOi les parties composantes ne sont pas nnies sons la loi Tune même fia, il n'y a pas do tableau. Un animal ne voit pas en réalité une toile de Raphaël, une statue de Phidias; il n*entend pas une symphonie de Beethoven, un quatuor, une sonate de Mozart, parce qu'il n'a pas Tâme OU la raison créatrice qui les produisit. Pour discerner l'existence d'une chose, il faut posséder en soi une parcelle de la substance dont elle est faite. L'animal qui voit tomber un corps, ne verra jamais dans sa chute Vexistenoe de la gravitation : son esprit est attaché à la prlèbe de la sensation. Celui, de l'homme, au delà de la sensation, et sous le phénomène matériel qu'elle lui présente, discerne le phénomène idéal, sous la lettre il découvre la vie-, mais le livre de l'univers lui resterait fermé, s'il ne renfermait en son propre être quelque chose des lois qui en sont les traits invisibles, et si ces traits invisibles ne se trouvaient empreints en sa propre raison.

Raison ou hasard, ordre ou chaos, il faut opter. L'athée no peut se prononcer que poiur le hasard, il ne peut affirmer que le chaos. S'il admet des lois, il est perdu : il ramène

la raison dans la nature, puisqu'il réinstalle dans l'univers quelque chose qui est en affinité avec la raison, et qui, dès lors, ne peut être la déraison. L'athéisme consiste à nier la raison dans l'univers. Gomment toutefois nier la raison, sinon par le raisonnement ; et comment raisonner en niant la raison? La raison ne peut être athée si elle ne commence par renoncer à soi; et si elle renonce à soi, elle renonce à raisonner : elle renonce dès lors à démontrer qu'il n'y a pas de

raison dans l'univers, c'est-à-dire qu'elle renonce à raisonner son athéisme. Tel qui se vante d'être athée, aflirme que l'homme résulte de la nature ; donc sa raison , q ui nie la raisou

dans la nature, dérive de la nature, donc la raison est dans la oâture : donc il se contredit, doue il n'est pas athée.

Qui s'attache de préférence à la multiplicité dans la naturo incline au matérialisme, qui voit de préférence l'unité que révèlent les lois de la nature, penche vers l'idéalisme. Le matérialisme appaialt toujours avec plus d'intensité aux époques de crise de la raison humaine, lorsque, contrainte d'abandonner d'anciennes croyances, celle-ci n'a pu s'étal)lir encore en des croyances nouvelles; mais il ne pénètre jamais dans les profondeurs de la raison humaine, (jui lui résiste parce qu'elle est la raison, et qu'elle ne peut que croire en la raison dont il est la négation. L'athéisme et le matérialisme tentent l'impossible en essayant de systéma* tiser le chaos, qui défie tonte systématisation et se refuse à contracter une alliance quelconque avec ce qui répugne au chaos. On verra toujours des hommes se proclamer athées et matérialistes, on ne verra jamais l'esprit humain le devenir. L'esprit Ost spiritualiste. Qu'on me nioulro un giMiie incontestable qui, sous une forme ou sous une autre, ait banni la raison du sein des ch(m» 1 Lors de la décadence grecque et de la décadence romaine, à l'époque de la renaissance ita* lienne et de la révolution philosophique en France, au jour de la splendeur littéraire et poétique de l'Allemagne, aussi bien qu'au temps de la réibrme, oil furent les maténalistes et les athées? Au second et au troisième rang. Pas un seul homme de pnmier ordre, pas un seul de ceux qui donnèrent le branle à l'histoire en le donnant à la pensée humaine, ne furent nulle part des matérialistes. Ils ont différé d'idée sur Dieu, ils n'ont pas nié Dieu, ils ont eu, et ils conti«

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