DIEU DANS L*HOMME
vers les résistances lie la sociéLé où il s'est produit, elle eu déduit rigoureusemenl les eilels suivant ses propres règles. ' L'action de l'homme est comme la flèche de l'archer, qui ne revient pas à l'arc qu'elle a quitté. Le tissu de l'histoire est formé de rentre-croisement des volontés individuelles et des lois lu'énérales (|ui régissent lauatuia et rhumanité ; et lorsqu'un homme semble échapper lui-même aux sanctions inévitables, il est frappé dans ses descendants : les fruits de son erreur ou de sa faute sont parfois lents à se développer, mais ils se développent iutailiibiement. L'ordre, ébranlé par nous, reprend son équilibre, et maintient contre ceux qui nous suivent ses droits imprescriptibles.
DIBU DAMS LA GOMSCIBMCB
Gen qal raront été inlelUgrati Mfont comme
les splfiulrurs de rtteedue, d eeax qni en auront tmeni' plusieurs h b jiistiri> briUeronl eooime 4» étoiles k lotijoart» cià pcrpciuite.
pao t iàT K Dahob..
La justice est la raison appliquée aux relations sociales. Platon a bien tu l'identité de la raison et de la justice, quand il s'est exprimé ainsi dans sa Républicfue :
« .. La justice iir s'anètt^ point aux actions oxléiionrcs de rhoiinno, elle règle son intérieur;., elle veut que riioinnie assigne à chaque partie de son âme la fonction qui lui est propre, qu'il devienne maître de lui-même, qu'il établisse tu soi Tordre et la concorde, qu'il mette entre les jiarLies de son aine un accord parfait.., qu'il lie ensemble tous les éléments qui le composent, et, malgré leur diversité, qu'il soit un, mesuré, plein d'harmonie; que toujours il éstime juste et belle toute action qui fait naître et qui entretient en lui cet ordre., qu'au contraire il appelle injuste ce qui détruit en lui ce même ordre.. Ainsi nous pouvons, sans craindre de paraître nous tromper, aflSrmer que nous avons
DIBir D^irS LA GOMSCIBNGR lOB
trouvé ce que c'est que l'Homme juste, l'État juste, et la Justice, telle qu*elle est dans l'un et dans l'autre. »
L'homme a besoin de l'espèce humaine; l'espèce humaine ne peut exister sans la soriétô humaine, qui n'est possible qu'avec la justice ; la justice est doue laprenjière loi de riiumauité.
Retires aux astres la gravitation, le firmament se décompose, la société des soleils et des planètes n'est plus; ôtez la justice aux hommes, la société s'abtme dans la barbarie. Le
moud»' sidéral naît de l'évolution autour de son axe de chaque globe, et de la puissance attractive qui relie tous les globes entre eux : du ooncours de ces deux mouvements résulte l'évolution générale. Il en va de même dans le monde moral,
où Tégoïsme entraîne l'individu autour de son propre moi, tandis que la loi de sociabilité rattache ensemble tous les égoîsmes et les équilibre dans une fin commune. L'unité sociale, en triomphant de tout égoïsme, serait la mort par Tuiiiforniité; la diversité individuelle, eu tiioiuphatit de l'unité sociale, serait l'anéantissemcut dans l'anarchie : la nature et la société font leur chemin entre la menace du chaos et le danger de l'inertie.
Comme notre globe est compris dans un s\ i^ti'ino asliououjïque qui comjireud beaucoup de globes , les sociétés formées de l'agrégation des individus rentrent dans la destinée plus . vaste du genre humain. Notre terre n'est pas le centre de l'univers iiliysi((ue, notre moi n'est pas le j)ivot de l'univers moral. L'égoisme n'est légitime que lorsqu'il ne trouble pas Tordre social, il est injuste lorsqu'il l'offense. La justice organise les égoîsmes et ne les détruit pas. Chaque être a le droit d'être égoïste jusqu'à la limite où sa volonté se heurte à l'existence de l'espèce dont il n'est qu'une partie, et sans laquelle il ne pourrait se dé-
10» DE LA NATURE aUHAlNB
velopper. La justice se justifie si bien aux yeux de'la raison, qu elle égale la raison même aux yeux de l'homme qui raisonne juste. Pour la bien saisir, il fout concevoir les peuples et les individus comme les organes et les éléments consti tu tifs de cet être en porpéluelle métamorphose, de cet « homme universel » ({uo Pascal a vu propliéliquemeut dans un éclair de génie. Les hommes sont et doivent^ être solidaires, responsables les uns pour les autres, parce qu'ils vivent les uns des autres. Ils ne se plaignent pas d'hériter du bien qui s'est fait avant eux et trouvent juste d'en recueillir le bénéfice; pourquoi, s'ils acceptent les conséquences du bien, repousseraient-ils les conséquences du mal que le tlux des générations a porté jusqu'à eux? S'ils les trouvent funestes, qu'ils les combattent et s'en délivrent! S'ils ne savent les vaincre, ou qu'ils se les approprient par une lAche mollesse, ils les acceptent : de quoi se plaignent-ils alors? L'héritage du passé ne s'offre jamais au présent que sous bénéfice d'inventaire. Il est juste que les générations pâtissent les unes pour les autf-es, puisqu'elles sont liées entre elles dans l'existence progressive de l'humanité.
La loi de l'espèce gouverne les individus, les races et les peuples.
Point de peuj)ies néanmoins, d'individu, de société ou de race qui n'entame la loi de l'espèce, et par là ne penche vers sa ruine. Mais un peu[)le, une société peuTent décliner et périr, l'espèce en suscite de nouvelles capables de la servir. Elle s'est avancée d'Orieut en Occident à travers les civilisa^ tions partielles; leurs décadences ont été des formes de son progrès. Aucun peuple aujourd'hui n'est plus isolé, aucun ne peut plus vivre pour soi ; il sent que nulle vérité n'est personnelle ni nationale, que toute vérité est humaine, et que rien désormais ne profitera à aucune nation qui ne profite en même temps à toutes.
DIEU DANS LA CONSGÎBNCE IQ&
L'homme se survit, il se précède en quelque sorte dans le bien et dans le 'mal qu'il lait; les actions de ceux qui ont vécu composent l'humanité présente, les actions de ceux qui vivent, eu s'ajoutant à colles de ceux qui ont vécu, composeront l'humanité future, (^ette solidarité des générations est la chose la plus propre à relever la moralité humaine, et si nous l'avions sans cesse présente à l'esprit, il n'est pas douteux ([ue nous agirions et penserions mieux; car cliaque homme se sentant responsable euvei^ tous les hommes, verrait dans son action» confiée au présent, une semence de lavenir.
Le monde humain se dégage avec effort du chaos de l'erreur et des passions, la justice ne moate que lentement à l'horison de Thistoire empourprée de sang ; après tant de siècles ténébreux et glacés, elle se voite encore parmi nous et ne brille d'un pur éclat que par échappée, entre les nuages qu'amoncèlent autour d'elle l'ignorance et les aveugles ambitions.
Les animaux, à beaucoup d'égards , se montrent plus aimants et plus industrieux que l'homme : aucun n'a jamais accompli un acte de justice. Pourquoi cependant envions-nous la beauté, l'intelligence, le succès, et jamais la justice, qui est la plus haute prérogative de notre espèce? C'est que la justice tend à rétaLlii* entre les hommes le niveau que la supériorité d'intelligence, de beauté, de fortune et de rang détruisent; qu'au lieu d'écraser les humilies et les malheureux, elle les relève, et que 4*homme aiine à marquer sa supériorité en dominant; il ne s'estime tort
IQS DB LA HATITRC HITSAIRf
qu'en se mesurant à la faiblesse des autres. La supériorité morale, qui Yieot dd la oonaoieiioe et de la générosité d'4fne, est à la foÎB la plus noble et la moins recherchée des gloires
humaines. L'homme cependant ne grandit que dans le droit. Son âme ne s clève, elle ne s'épure que dans Tidéo qu'il se fait de lui; il est son tém(^ et son juge. Perfectionnons la conscience, travaillons à éleier le juge intérieur au niveau de la justice, le témoin à la hauteur de la raison ; eObrçonsnous d'asseoir la loi sociale sur le trône invisible, car elle ne sera que lettre morte dans nos codes, si elle n'est point vivante dans nos cœors.
La justice est le respect de l'humanité en soi et dans les autres : or nul ne respectera l'humaniu'î s'il ne commence par Taimer. Vous reconnaitres à sa haine de l'iniquité l'homme que possède son amour. La justice ne peut se passer de Tamour, ni l'amour de la justice ; un amour sans justice n'est qu'un instinct fatal qui mène la volonté au crime aussi ])ien qu'à la vertu — selon les rencontres. Le génie moral de rhomme est la justice, il la faut donc introduire dans nos amours du sang et de la chair pour les élever jusqu'à l'humanité. Kant a dit que le sentiment du devoir au fond de nos comhs, et le ciel étoilé au-dessus de nos tôtes, senties plus admirables choses de l'univers. Tout ici-bas projette son ombre, excepté la justice. Si l'homme est Juste et que Dieu ne le soit pas, l'homme est supérieur à Dieu: Dieu n'est pas. Mais le juste sent que Dieu est présent dans la justioe. Ce n'est là qu'un sentiment| c'est un sentiment invincible et que la raison confirme : car la raison voit Dieu dans ce qtii triomphe dn chaos, et le chaos dans l'humanité est l'injustice même. Qui croit à la justice ne peut donc nier Dieu.
L'homme n'est pas né juste et c'est pour cela que la justice extérieure, armée de ht force) est obligée de se montrer