‹ De la nature humaineChapitre 25 sur 58 · DIEU DANS LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DIEU DANS LA CONSCIENCE

inflexible. Force doit rester à la loi sociale, ou la société est perdue. La liberté de tous est le droit, la force au service du

droit, c'est l'État. L'État est l'organe ooercitif du droit. 11 ne

sera jamais trop fort pour le défendre, il le sera toujours trop pour l'enfreindre ou pour le détruire. La justice seule a droit à la force. Qu'on ne croie pas néanmoins que la justice soit quelque chose de mécanique et de matériel, l'homme en la mettant dans ses institutions ne Tinvento pas, il la transcrit; elle n'a pas varié d'un iota depuis qu'il existe. Antigone qui vient, au péril de sa vie, d'entarrer le cadavre de son frère, répond au tyran Gréon dont elle a dédaigné la défense, qu'elle a préféré: « obéir à celle loi dt^s dieux qui n'est pas écrite, mais qui est immuable; qui dillcre de la loi d'hier, mais est toujours vivante et a précédé les temps. » Euripide parle d'un dieu inconnu : « qui fait marcher sans bmit les choses humaines selon la justice. » ■ — « Croyez-vous, s'écrie-t-il, que les iniquités aient des ailes pour s'envoler ches les dieux, qu'on les inscrive làhaut sur les registres de Jupiter, et que celui-ci les constate pour juger les hommes?... La justice est ici môme, à côté de nous, pour qui sait voir. » Le prophète Jérémie parlant au nom de Jéhovah, s'écrie de môme : c Ën ces jourslà, jemettrsi ma loi dans leurs entrailles, et je récrirai dans leur cœur. »

Ma liberté est mon droit d'exister. C'est aoisi le droit

d'autrui ; la justice et la liljei'té par cousequeut suai insépa* rabieij.

La liberté est le drmt réciproque des hommes à rekistenoe humaine. Le lespect de Vesistenoe humaine est le fonde-

ment dos socitHés, il croît et s'élève ou même temps qu elles, il diminue et s'abaisse lorsqu'elles déclineut. Ce respect, qui s'étend à l'homme tout entier, à son être moral aussi bien qu'à son corps, est la liberté môme. La servitude n*est jias seulemciU du corps; assm-vir les esprits, c'est manquer au respect dû à la vie humaine, — qui maîtrise la vie humaine la méprise. C'est la liberté de tous qu'on défend dans celle de chacun, la liberté de chacun qu'on protège dans celle de tous. Le droit n'est pas individuel, tout individu a droit au droit, un droit égal; dans les balances de la justice chacun pèse le même poids, poids idéal qui réside dans l'esprit du juste.

Telle est en soi la justice : les hommes en font autre chose, et pourtant elle est leur seule garantie.

Le droit a fait brèche par la violence dans l'histoire, il y est entré révolutionnairment : les faibles se sont unis pour devenir les plus forts. Une idée générale, formule des int(''rôts ligués, éclate après avoir longtemps couvé dans les esprits; baptisée par des initiateurs, elle court de bouche en bouche comme une étincelle : elle enflammei les discours et les» cœurs, fond en une seule volonté les volontés solitaires, et boidevaiit hîs ànios à sa li;uileur, les ravit pour un temps à la vulg arité de leurs préoccupations habituelles. C'est une révolution qui triomphe.

Une idée qui ne groupe pas assez d'intérêts pour exciter les passions de la foule, ne devient pas révolutionnaire; aucune révolution ne peut se piisser do la force numérique. On ne cite pas de révolution qui dans son principe n'ait été une revendication du droit; on n'en connaît aucune qui, s'irritaiit au contact des passions, et tombruit eu pleine iiitirfirmité humaine, n'ait éclaté en crimes et en vertus ; aucune qui, du même coup, n'ait fait des héros et des monstres, des

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