LE DOGME, LA LETTHK
ôui?ant Montaigue : « l'usage nous fait veoir une disUac* tion énorme entre la dévotion et la conscience, i» et a la religion est \inc belle ostoffe à nicltrc dessus ses viees. i»
Ua homme a fait le bien toute sa vie : mais il ne croit pas au péché originel, il est damné. Un fourbe, un voleur, un assassin se convertit m extremii ; il est sauvé. La conscience humaine proteste contre ce paradoxe de la foi. iVrsonne d'ailleurs est-il assez mauvais pour mériter l'eufer, personne assez bon pour mériter le paradis? « Ce serait, dit • encore Montaigne, une disproportion inique de tirer une récompense éternelle en conséquence d'une si courte vie. » Mais les dévots s'embarrassent bien de concilier la justice avec Dieu I Ils ne comprendront jamais que c'est : « après tout, mettre ses conjectures h bien haut prix, que d*en fiiàire
cuir.' un homme tout vii'. »
Il est plaisant toutefois de se voir exécuté de la sorte par des hommes dont on rejette le Dieu parce qu'ils le font inique et cruel. Que penseraient en effet ces âmes pieuses d'un père qui se conduirait envers ses enfants comme ils prétendent que le Père divin se couduit envers nous?
11 existe deux doctrines qui Tune et l'autre se qualifient de duétiennes, et qui cependant ne difièrent pas moins entre elles que la religion de Jésus de la religion de Mahomet ou de celle de Bouddha. D'.après la première, tous les hommes sont nés dans la perdition; cependant Dieu, par grâce et don gratuit, en sauve quelques-uns D'après la seconde, tous les hommes naissent pour le ciel, Dieu les veut tous : ceux qui se perdent eux-mêmes ne le sont pas à jamais; les expiations inévitables de leurs erreurs ou de leurs fautes les ramènent vers lui, à travers le mal.
• ('/c.>t la doctrine df saint Au;:usiin, de Janst'nius, et ceJle de GolviJi, for* mulce logiquement dans la Confession de la Rochelle.
142 DE LA iNATUlU: HUMAINE
Aucun homme de cœur que la superaUtion n*a pas denaturé, — quels miracles n'opère-t-elle pas? — ne peut
désirer le paradisen songeant aux milliers de créatures jclOes daas la fournaise des tourments éternels : la pensée de Tenfer ne lui gâterait pas seulement le ciel, il le détruirait en son âme. NonI plutôt l'enfer avec ceux qui souffrent! Le christianisme ne peut enseigner Tamour sur la tprre et l'égoïsme dans le ciel. Cette aulithèse grossière de Dieu et du Diable, du paradis et de l'enfer, autour de laquelle tournent les sectes nées de la lettre, mène par labsurde et l'iniquité aux plus étranges aberrations de l'esprit, aux renversements
les plus choquants de la conscience humaine; elle détruit l'humanité. La bonté et la perversité de Thomme ont des degrés, la loi humaine en met dans ses diàtiments et dans ses
récompenses. La loi divine, telle que nous la font les apôtres de la lettre, n'en connaît pas : éternelles délices d'un côté, éternels supplices de l'autre, voilà sa balance. S'il en était ainsi, quelque imparfait que soit l'homme. Dieu le serait
encore plus que lui : Dieu serait un monstre pour l'honnête homme.
Les disciples do la lettre mettent en tout le miracle, par*-.: qu'ils ont hesoin de le retrouver partout. 11 leur faut la garantie d'un fait impossible à croire pour réussir à croire. En vérité, il est diffidle de ne pas croire au miracle lorsqu'on rencontre des esprits qui y croient.
Le miracle fondamental du christianisme littéral et dogmatique, c'est la divinité de Jésus. Singulière façon d'établir le christianisme, qu'on ruine ainsi par la hase.
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