‹ De la nature humaineChapitre 37 sur 58 · LE BIEN £T LE MAL 15S · texte numérisé non relu

LE BIEN £T LE MAL 15S

Les hommes ne sont égaux que dans la volonté du liien, et l'on ne peut réclamer de personne plus qu'il n'a reçu.

Lo pouvoir circonscrit et diHcrmine le devoir de chacun. Mais si persouue n'est tenu de faire plus qu'il ne peut, chacun est tenu de faire tout ce qu'il peut. Qui demande compte à l'écrevisse de ce qu'elle marche à reculons ? Qui demande au figuier de porter des raisins, h la vigne de se couvrir de figues? le chardon ne saui'ait donner que des épines; chaque fleur a sa couleur et son parfum, chaque oiseau son ramage et ses plumes : chaque être a son elre dont il est irresponsable.

Kn iiai.<.s;nit, l'individu se trouve enfermé dans des cercles qui bornent soa pouvoir; le premier est celui que trace autour de lui la natuire des choses ; puis viennent la société et ré})oque où il est né, le pà^s, le climat, le lieu oà il réside, la famille à la(|no!le il appartient, et qui lui assigne d'ordiuaire sa position et son rang. Est-ce tout? Non : son organisation physique particulière est un milieu plus intime, un cercle plus étroât encore dans lequel il se meut. Km lin, la dernière limite (ju'il subit est celle de ses facultés mêmes, des aptitudes et des penchants qui le font ce «{u'il est. 11 nous of&e ainsi l'image d'un point enférmé dans plusieurs cercles concentriques dont un seul, la nature, ne change pas. Ce point est un vioi^ une volonté. Mais cette volonté est déterminée par des motifs, lesquels résultent de la nature particulière de l'individu ; les individus ne se distinguent que parce qu'ils ont des volontés distinctes: ils n'ont de volontés distinctes que parce qu'ils ont des natures distinctes; la manière d être de chacun détermine sa manière de vouloir. On peut franchir ou reculer 1^ limites que vous ont tracées la iSamille, le pays, li société où Ton est né; on peut même s'affisndiir de la àa*

use DE LA .NAJ'IRF: HUM Al. NE

tm-e, et la vaincre» oomme a dit Bacon, en lui obôiseaat : ce que nul ne peut faire, c'est de s'afTrandiir de soi; la

mort peut seule opérer ce prodige, si la mort est Tanéantissemeat.

Sur ce point toutefois, laliberté et la nécessité se confondent;, chacun réve une condition différente de la sienne, personne

ne désire perdre son moi en devenant un autre. L'homme invinciblement sa sent libre quand il agit selon sa yolontô , quelque complexes que soient d'ailleurs les motilii qui le déterminent à Touloir, à quelque circonstance directe ou indirecte, prochaine ou lointaine, que ces motifs se rattachent. Les iuHuences connues ou ignorées dont chacun nourrit sa volonté, il se les est appropriées comme les éléments et Fair qu*il respire ; il les a foits siens, ik sont devenus lui->méme. Dès lors, il ne les ressent pas comme quelque chose d'étranger, il les a transformés en sa propre substance et marqués de son cacheL A considérer de près Tempire de ce qui nous environne, nous voyons qu'il se ramène en définitive à un seul phénomène, qui est la persuasion, soit des choses, soit des personnes : et rien no nous persuade qui ne s'identifie avec nous. Telle circonstance, tel voisinage qui est de nul effet sur moi, agit au contraire sur autrui et contribue à le déterminer. C'est que la qualité déterminante de co qui est hors de nous se trouve réellement en nous ; c'est que ce qui agit sui* moi, c'est encore moi, que je n'accepte de mon entourage que ce qui est conforme à ma nature, et conformément à ma nature; que par conséquent je ne me soumets en réalité qu*à moi-même : que par conséquent je ne me soumets pas.

Aucun homme ne se sent entravé dans sa liberté que lor^ qu'il Test dans son individualité.

n ert des actions qui s'accomplissent sans délibévation»

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