LE BIEN ET LE MAL
Qui ne oonnall pas la loi et l'enfreint, en pAtit paroe qu'il faut que la loi subsiste, et que la douleur seule lésultantdé
son infraction nous ramène ou nous conduit vers elle. Qui connaît la loi et l'enfreint néanmoins commet un péché; il pâtit deux fois : en subissant les conséquences de sa faute, en^ subissant dans son remords le regret de l'avoir sciemment commise. Les conséquences du mal viennent do la loi morale, le remords vient de l'idée que nous nous en foisons; nous expions loujours une violation de . la loi morale, nous n'éprouvons pas toujours du renhords pour l'avoir enfreinte : nous en pouvons éprouver, et de trèsvifs, pour des infractions imaginaires. La constitution morale de rhomme exige qu'il en soit ainsi; car elle Teut qu'il se punisse et se juge, et s'il ne se condamnait pas pour une faute qu'il croit avoir commise, il serait incapaljle de souflrir de la pensée d'une faute commise véritablement. Mais je vais jùsquilà dire qu'un homme lorsqu'il a cru commettre un crime, le fait n'eAt-il rien de criminel en soi, est coupable : qu'il ne l'est pas au contraire s'il a commis un crime réel, alors qu'il croyait accomplir un acte, innocent. £n toute action humaine, au point de vue moral, il y a deux choses à distinguer : le mal, qui réside dans l'infraction volontaire ou non, intelligente ou non, d'une loi de l'ordre moral indépendante dos idéi s que nous nous eu sommes formées ; et l'imputation du mal, ou la responsabilité morale de celui qui agit, indépendante à 'son tour du mal tel qu'il existe et subsis'a^ malgré nous dans les choses. En un mot, il faut distinguer le mal dans le sujet, inhérent à la volonté d.e mal faire, et le mal dans l'objet, inhérent à l'oidré universel dont l'ordre moral Mi partie.
Le mal ( st dans les choses, le péché et la perversité sont en nous. Point d'iuâtinct pervers eu soi ; Tinstincl ne devient
166 DE LA NATURE HtJMAINb
pervers que par Tabus, et l'abus commeace à la limite où, riostinci se retourne contre rhumanité. User est selon la nature humaine et selon le bien, abuser ne Test pas ; en abusant, c'est de soi d'abord qu'on abuse. Aucune multiplicité de forces et d'éléments associés ne peut subsister sans un équilibre quel* conque maintenu entre eux ; dans l'ôtre humain, dans la société, dans la nature, ce qui menace Téquilibre est précisément l'abus. Un élément, mie force qui tend à détruire l'ensemble en usurpant sur les autres, c'est le désordre dans le monde physique, c'est le mal dans l'ordre moral.
n n'est point de vice qui n'ait sa souche en quelque be • soin légitime de noire être physique ou moral. Défauts et vices ne sont qu'excès d'une chose conforme à l'humain**, nature, et dès lors permise à Thomme. Chaque organe de notre corps a sa vie et se trahit dans un instinct qui lui correspond. Le boire, le manger, le dormir sont essentiels au corps, ils lui sont nécessaires : l'homme ne peut les négliger volontairement sans attenter à son existence qu'il doit conserver, les droits de son corps sont des devoirs pour sa volonté ; à moins de prêcher le suicide, personne n'en disconviendra. Mais où finit l'usa^îe commence l'abus, avec l'abus l'erreur ou la faute. L'homme qui abuse du manger est un glouton ou un gourmand, Ja gloutonnerie et la gour> mandise sont des vices qui portent ik judice au corps ; riiomme qui a])iise du sommeil est un pai'esseux, et la pai t^sso est un défaut, parce que l'excès, de môme que la privation de sommeil, nuit au- corps et à Tesprit. Qui ne connaît les terribles effets qu'entraîne l'intempérance dans la boisson, et qui souge pourU'uit à proscrire la boisson parce qu'il y a des ivrognes ? L'instinct de la génération est légitime, l'existence de l'espèce en découle ; cependant l'homme qui s'y livre aveo excès devient impropre à la génération même.