‹ De la nature humaineChapitre 43 sur 58 · LB BIEN ET LB UAL · texte numérisé non relu

LB BIEN ET LB UAL

L'homme ne détruit pas les oboses qu'il ignore, il uo

cnk; pas celles qu'il découvre ; la vérité, aussi bieu daii.s l'ordie moral que dans l'ordre physique, est iudépeudaulo de ses opinioQs. Jusqu'à Newton, il ignorait la gravitation, et il en vivait ; avant la découverte de Harvey, il ignorait la circulation du sang, et le sang courait dans sos veines ; jusqu'à Bell et Mageudie, il ignorait les propriétés du système nerveux, et il avait des nerfs sensitils et des nerfs moteurs dont il faisait usage. C'est ainsi que, dans une mesure quelconque, l'homme a toujours pratiqué la morale: il n'eût pu exister autrement. Si peu que ce lût, il a fait de la morale avant de-la eonnaltre, comme il a parlé avant de faire de gnunmaire, comme il a créé des œuvres d'art avant de disserter sur l'art et sur le beau, comme il a imaginé des dieux avant de voir Dieu dans la nature et en lui : comme il ci lespù'é, marché, voulu, peusé, senti avant d'avoir découvert les organes de la respiration, du mouvement, de la volonté, de la sensation et de la pensée.

Le fait a partout précédé la notion, l'acte dt^ vivre la théorie de la vie. Avant de raisonner sui* son éli-e, il faut être, il faut agir :

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(Faust.)

La loi morale révèle son existence en ce qu'elle élève

Thommo ou qu'elle Faljaisse, qu'elle le lortilie uu qu'elle l'ail'aihlit, l'augmente ou l'amoindrit partout dans la mesure ' oûi elle est obéie ou méconnue. Les hommes ont missioa de

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s'assister pour s*élcvcr à la vérité morale; auoua homme, dans rîutan cas, ne doit se laisser gouverner par la conscience à au.rui, parce qu'il aLolirail en soi le principe de toute moralité, et par couséqueat la morale ; mais tout hommç peiu se laisser persuader au mal comme au bien. Alois il n'y a pas substitution d'une âme à une autre, il n'y a pas d'absolutisme moral; c'est une portion de l'âme d autrui qui passe dans la vôtre : la pei-souue morale n'est plus gouvernée, elle est gagnée.

C'est ainsi que les consciences supérieures font l'éducation morale du genre humain; c'est ainsi que les mauvais exemples descendus de haut devieuneut plus profondémuiU corrupteurs*

L'homme dans le mal et dans le bien est contagieux pour

rhomme, et les sociétés s'améliorent et se dégradent ^ous l'influence de ce peuchant à Timitation qui nous possède. L'admiration que nous cause une belle action est une sorte de reproduction de cette action en nous ; par Timagination et par le cœur nous nous y associons. Ce que riiomme doit surtout euseigner à l'homme, c'est que le mai est le moi usurpateur, et que nul honmie n'usurpe seulement sur ses semblables et sur la nature, qu'il usurpe sur floi-méme en faisant le mal. En foisant le bien, il se donne à l'humanité ; il s'agrandit en se rattachant aux fins générales de l'espèce, son moi chétif il le transporte et Timplante dans l'ensemble ; il le Mt vivre en tous et de tous. Pour les égoïstes vulgaires, cela s'appelle se sacrifier : en réalité c'est nmltiplier son existence et l'étendre. Ceux qui ont vécu pour Thumanité n'ont-ils pas existé davantage que cet homme<colimaçon qui, là-bas, traîne sa coquille et, sans souci de rien que de soi-même, se confine en de» rêves microscopiques ?

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L'égoïsme est le froid du monde moral. Les cœurs ne s'ouvrent que sous le rayon de Tamour et de la justice ; la vérité flam l'amour, Tintelligenoe sans la justice, c'est la lu* inière sans chaleur , qui éclaire sans féconder. Le monde moral se resserre dans IV'goïsme et se conlraclodans la baine; il se dilate daus la justice et dans la sympathie. Qui hait 8*ôte quelque chose, a dit Schiller. On peut dire : qui aime s'enrichit.

Les plus grauds parmi les hommes sont les plus humains.

L'homme de bien qui cherche une autre récompense que celle du devoir accompli, de la satisftustion et de l'élévation

morale qu'il procure, n*a pas pénétré la nature du bien ; il n a droit qu'à la conscience du bien qu'il a fait, et de même que la conscience du mal est une expiation du mal, le sentiment d'un acte de vertu est la récompense de la vertu. Son œuvre lui suffit, comme sa création à l'artiste. Dieu ne doit pas un bon estomac à qui possède une bonne conscience; il ne lui doit ni la fortune, ni les honneurs et les distinctions, ni la santé, ni la vie, ni la prospérité des siens. Tout cela a son prix, et nous souiVrons quand nous voyons le juste accablé de maux : la justice n'eu souilre point, car ces biens n'ont nul rapport au monde moral, ils sont d'un ordre différent, et c'est nous qui. par le désir que nous en avons, rattachons arbitrairement leur [tossessiou aux prescriptions de la conscience. La conscience a ses lois, le corps a les siennes, et les destinées que nous font les circonstances variables où nous sommes placés, n'ont rien h démêler avec cette destinée intérieure que nous font nos propres actes, lil>rement voulus, suivant qu'ils sont ou non conformes à la loi morale. La compétence du juge intérieur ne s'étend pas au deU de sa sphère ; il ne lui

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ai>parLient pas de rien prescrire où cesse son domaine : il n'est juge que de la morale. La nature rattacàe les effets aux causes, et sa logique est sa justice. Elle ne saurait unir dea effets matériels, physiologiques et sociaux à des actions qui reîêyent du for nUi i icnr, et qui, à titre de causes morales, ne peuvent produire que des elTels de môme essence qu'elles» mêmes; bien que tout a'enoba&ne, la nature n'enjambe pas d'un oVdre à l'autre, et c'est dans sa conscience seule, — il le fiivit— que riioninie trouve sa douleur ou sa félicité morale, sa peine on sa joie, soa expiation ou sa récompense.

Dans toutes les coupes de la vie qui promettent la jouissance, le miel est en haut, l'absinthe en bas; dans la coupe du devoir c'est rinverae : amère à la surface, elle est douce au fond, et rarrièare-goût qu'elle laisse dans le souvenir est suave. La Bruyère pense qu'il « n'y a pour l'homme qu'un seul malheur, qui est de se trouver en faute et d'avoir quelque chose à se reprocher. » Le souvenir du 'bien ne se flétrit point; lorsqui' l'Ame s'est couverte des Irinias de l'â^c et ipio les illusions sont parties, emportées au souille de l'expérience ainsi que des feuilles mortes, il s'élève encore semblable à un rameau fleuri sur un arbre mort. Emporteronsnous dans les plis de notre linceul sa ileur divine? percerat^ii les enveloppes de la mort, ce germe incorruptible, pour reverdir dans le pays des vivants? Je ne sais : mais les vers ne t'y mettront pas.

L*ni8T0IRE — LE FAK ATI8UB — LES DÉCADENCES

LE PBOGRÊS

« I/lti'it'tirc n'est pas rhlM«^iro, si l'on tt'cA iuu( ù tuur, eo la UmiiI, «-li^nutc el nvulir, atlriftlè et eunsolè. >

fi. ElWAII.

« L'histoire nous mouirc la nuTlianfeté bamaine 6i fraude , »i implacable , qu'elte poareoit de te* torturée te» mclUenrt 4VDire let hotomcs, cl les condamne k la jiiorl la plus horrible. Mais, lorsque je vuis CL'S Tictiiues, feroics, douces, calmes m ■llfet det sli|»plfcet, pirdftiMmt n milica de leurs souiïraurcs, saporieures :i !i mort, et plus nobles que jamais à leur deruièrc beure, alors, dans non ad* BlratioD pour ta verlo, foiilitle le crlne ^■i la peraèeMit. »

Epuisor toutos les erreurs avant d'arriver à la raison, traverser toutes les iniquités avant d'atleiadre à iajuâlice : voild l 'histoire de l'esprit humain. Les vérités qu'il engendre, lentes à naître, nagent dans le cours des siècles comme des grains d'or que chai rierait uu Ueuve (le boue et de sang.

L'école du progrès est l'expia iiuii. L'homme nouxrit sa débile sagesse du fhiit de ses iniquitée : il n'avance qu'en déblayant sa route des obstacles que ses passions et son iguorance ne cessent d'y benier. N'étant pas né infaillible, il est coudamué à ue rien appreudro que par la souHruuce.

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Les lois des choses sont les lisières de Tesprit humain ;

« l'horame s'agite, mais Dieu le mène. » Il commence par les mécomiaîlre, mais elles le tiennent lié, et quels que suieut ses écarts, le ramèneat au vrai. L'esprit humain nait dans les ténèbres, et s'égare, pourtant il veut la vérité : il est fait pour elle, puisqu'il souffre de Tignorance, et c'est de chemin qu'il se trompe, noa de but. Les erreurs qu'il engendre, c'est lui qui les redresse et qui les expie; il se punit et se sauve lui-même.

L*homme en avançant met plus de science dans sa téte,

plus de justice dans ses lois, plus de puissance dans sa volonté, un plus haut idéal dans sa religiou : en tous ses progrès néanmoins, il reste invariable; de ses instincts et de ses passions, rien ne disparaît on ne se modifie. Il n'a pas donné à son bras un muscle de plus en l'armant de Tépée, du fusil, ou de la charrue. L'imprimerie par laquelle il a tout changé, n'a pas changé les facultés de son intelligence et ne lui en a pas procuré de nouvelles; l'homme déduit ses progrès de prémisses immuables.

Quelqu'un a dit : « L'histoire n'est qu'une série de ressources pour une série de misères ; mais que de ressources ^oi ne sont elles-mêmes que des misères nouvelles. » L'espèce humaine s'efforce de surùr de la douli^ur, (;lle y retombe toujours : toutefois elle s'élève dans sou eiiort et s'ennoblit. Nous faisons aujourd'hui la théorie du progrès, et nous l'appelons la philosophie de l'histoire; ainsi procèdent les grammairiens ({ui, snr une langue achevée, appliquent leur analyse. Ils trouvent des règles, ils n'eu établissent pas, et ces règles sout, dans leur logique et dans leur enchaînement, la logique de» passions mêlées à celle de l'esprit humain ; car l'esprit seul ne crée pas, il faut qu'il y soit stimulé par le désir. C'est d'abord dans l'iguorance de sa

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