‹ De la nature humaineChapitre 44 sur 58 · L' HISTOIRE · texte numérisé non relu

L' HISTOIRE

propre nature qu'il satisfait à nos passions : il ne devient conscient de lui-même qu'eu étudiant plus tai*d les œuvres spontanées dans lesquelles il s'est réfléchi.

St les passions de Thomme sont les véhicules du progrès, cllt's sont aussi les obstacles du progrès; elles le suspendent aussi souvent qu'elles le provoquent. Otcz-lus de Thistoire, vous en ôterez les crimes, mais vous en ôterez aussi les vertus» G'estdans lescirconstances extrêmes que les passionshumaines ▼ont à l'extrême, et qu'on v<^t les actes les plus hideux et les plus admirables se produire. Le fanatisme est l'apogée de la passion. Les fanatiques ont plus d'enthousiasme quedldées. a Tout comprendre serait tout pardonner, » a dit M"* de Staôl ; les fanatiques comprennent peu. En revanche, si Ton pardonnaitl(jut, on n'agirait guère : un peu de fanatisme semble nécessaire aux meilleurs pour les porter à l'action. Ahi quel beau fanatisme ce serait que celui de l'humanité 1 Les grands hommes l'ont connu, l'humanité le connaltra-t-elle jamais t Le fanatisme se nourrit d'abstractions et de formules : les idées do patrie, de liberté, de justice, de Dieu, d'éternité . sont celles qui l'inspirent. Ces idées, les plus grandes que l'hommo puisse concevoir, fourvoyées dans une cervelle «■'Lroitc, échauffées des feux d'une ûme ardente, sont dovr: 'los, liélas! l'occasion et le prétexte des plus horribles ravages. Tous les pays, tous les peuples ont connu le fanatisme, soit politique, soit religieux. Les Grecs et les Romains eurent peu lie fanatisme religieux; ils eurent en revanche celui de la ' cité, qui les porta aux plus cruelles représailles. Pendant la guerre du Péloponèse, les Lacédémoniens et les Athéniens

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ment et massacrent les vaincus ù l'envi ; sons Périclè», eu pleine floraison du génie grec, les Lacedcmoniens jettent dans des précipices les marchands d'Athènes qui tombent entre leurs mains : les Athéniens mettent à mort les ambassadeurs envoyés par les i c|iul il i(jnes du l^élopouèse pour demander du secoursWi Arlaxcrxès Longue-main. Le fanatique orgueil de la cité antique s'est fait un piédestal de la conquête et de l'esclavage ; il s'est élevé sur rarbitraire et sur le mépris.

En Judée, en pays arabe et musulman, en pays chrétien, le fanatisme religieux rencontre le fanatisme politique : ils éclatent en explosions terribles. La Baint-Barthélemy, ce chef-d'œuvre du fanatisme religieux et politique , a ses préludes dans les Croisades, la guerre des Albigeois et l'Inquisition espagnole. Les massacres de septembre, la guillotine et la loi des suspects sont, dans Tordre politique, les pendants de la Saint-Bartbélcmy, de l'Inquisition et de Tauto^da-fé. Il n'est guère de page de rhisLoire qui ne soit marquée de sang; il en est qui en ruissellent ; elle a connu des déluges rouges, oh se sont baignées la férodté et Terreur. L'am* bition d'un César oû s'exalta dans un suprême triomphe le génie de Rome, ranilntion d'un Napoléon que soutint la vanité française y sont plongées jusqu'au poitrail; la gloire des conquérants meurtriers est comme celle de ces soleils que Ton voit, au déclin des InrAlantes journées, se coucher on des nuapes do pourpre. C'est de ]>onrpro aussi qu'est teint leur manteau — et l'on nous parie des Barbares ! Pourquoi les hommes, à cette heure de civilisation, ne rangent*ils pas au nombre des voleurs les spoliateurs du droit, et n'inscrivent-ils pas leurs e.\j)loits sur les registres de l'assassinat? — Est-ce la clandestinité du vol et la médiocrité de Thomidde vulgaire,, qui fait à leuis yeux la

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différence, ou bien sont-ils éblouis par les mots de patrie et de liberté que l'ambition inscrit sur ses drapeaux ?

L'ensevelissement d'Herculanum et de Pompéï, le ti-emblement de terre de LisLouue, sont iolérieurs aux grandes catastrophes historiques, aux sacs, aux pillages, aux ra* vages, aux massacres dont l'homme a rempli ses annales. La peste d'Athènes ou de Marseille ne se peuvent comparer .aux pestes de l'intolérauce reli^'ieuse, et les convulsions de la terre approchent à peine de celles de l'humuiité. Qu'on lise la description que foit Schiller de la prise de M agdebourg f pendant la guerre de Trente ans ; toutes les horreurs humaines y sont rassemblées sur un point unique. Ku moins d'une heure l'on trouva, dans une église, cinquante-trois femmes décapitées; des Croates s'amusèrent à jeter des enfants dans le feu, les troupes wallonnes de Papenheini percèrent ;i coups de lauce des nourrissons sur le sein de leurs mères. Quelques officiers, indignés, osèrent prier le comte Tiliy de mettra un terme à ce bain de sang : « Revenez dans une heure, » fut laré[)onse, « je verrai alors ce que je ferai. Il faut que le soldat ait quelque chose pour ses daugere et sa peiue. » On mit le feu à tous les coins de la ville ; les enfants, les femmes» les hommes, lés vieillards, à demi calcinés, ftiient repoussés dans le Iji asicr. Pour déljlayer les rues, on jeta dans l'Elbe plus de dix mille cadavres.

Les passions sont les éléments de l'âme. Montées au dia-» pason du fanatisme religieux, plus longuement médité, plus froidement et plus systéniatitjuemeiit calculé que le fanatisme politique, elles ont achevé de perfectionner leur ouvrage en prenant les éléments naturels à leurs gages : avec l'aide de l'eau, du feu, de l'air enii)Ioyés tour à tour comme nuuislres, elles ont fait des merveilles d'atrocité. Il y a du génie dans Thisloire de la torture. Contemples

le tal)lcau que nous en trace un auteur contemporain * : «Moïse avait dit: Œil i)our œil, ileut pour devit, maiu pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, plaie ppur plaie, meurtrissure pour meurtrissure. Plus féroce ci ne le talion bilili ^uo, la vieille pénaliUî poLliitjue el parlementaire rend pour une plaie cent plaies et milio plaies. Elle compli* que le tourment, elle multiplie la mort. Ses instruments raP- Hués infligent une convulsion spéciale à chaque membre et àchaque ori;jaue. Lu L^laiw; de la loi, entre le:> mains de ses jugea, devient savant et ingénieux comme le couteau du « Dieu pal^n écorchant Marsyas. Sa mécanique de douleur ^ burpasse celle des arls et des industries de répotine. Kt ce n'est pas. seulement le coupable convaiiiru de crime qu'elle livre i^^x outils de ses tortures, c'est Taccusé» le prévenu, rinnocent probable ou possible t Ello fouille la conscience avec des ongles de ici, clic anacUe l'aveu avec des tenailles.

» Cette question de ï^u était pi*csque bénigne, comparée à celle du hrodeguin, (pii, serré par un crie autour de la jaml»e, en laioait t'clalor les os et jaillir la moûlh;. Dans V l'jilrapada, l'accusé, eulcvé (var une poulie au plafond, retombait brusquement à terro avec un poids de trois cents livres qui disloquait et cassait ses bras. — I/llalif, artiste jusque dans la torture, avait inventé de faire tomber d'une baute voûte, sur le creux de l'estomac, cette goutte d'eau qui à la longue entame les rochers, et d*arroser la plante des pieds du patient d'eau salée qu'on faisait ensuite lécher \vdv des chèvres. Les a'uis cuits à la braise, et posés bouillauts sous los aifisoUeSj sont mentionnée

« Saint-Vicloi, nur : lit PêuaHirê «meUnucs, Supplices, h ^ms el Umce eu Frmutt par M. ùèaakw.

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dans le répertoire des jurisconsuiles de Bologne. La tortuiie eepagnoie avait ses bougies qui, liées e\ allumées entre les

cinq doigts, faisaient de la main une masse ardente de chair el de cire. — Un moine, eu loiu uée chez les V'audois, coii- (xaignit les hérétiques à chausser des hottes pleines de suif bouillant.

» Il y avait encore la question « par cordes, vinaiprro, Iniile, faim, froid, soif, chaux vive, peloto, écrasement des doigts » comprimés par des hastonceaux. » Le cruel iutetrroigatoire I rongeait et dépeçait sa victime, pour trouver le point sensible d'on jaillirait un aveu mortel. Lutte horribleiueuL inégale du fer contre la chair, du paroxysme de la douleur couti*e Ténergie de la volonté l Quelle trempe devait avoir Tinnoo^nt pour résister à des tourments qui auraient fait hurler un bLuujiic! Les procès-veriiaux nous ont transmis (juelnues-uns de ces dialogues .léchirauts, où l'homiue torturé répoud, non pas à la question de son juge, mais k celle de Teau qui bauil* ionno, de la braise ({ui pétille, de Tacier (|ui grince. La plume impassihle thi giellier enregisUe jus(iu'à ses cris et jusqu'à ses râles. Il nie sous la première éti'eiate; à la seconde, il faiblit... on entsad craquer des jointures : son ressort moral se brise avec ses os et ses nerfs... 11 avoue tout, tout ce (|u'on voudia. Pour échapper aux morsures des pinces, pour ue plus chausser le soulier qui hroic, il coulessera, si le juge Tesiga, qu'il a communié avec l'hostie noire devant le Bouc du sabbat.

» Quelquotbis pourtant celte chair misérable est plus forte que les instruments qui la martyrisent. Deux procès-verbaux cités par Desmaze nous montrent le patient ayant le dt;rnier mot contre la torture. L'un, une femme accusée d'avoh* égorgé son mari, s'écrie, lorscju'ou lui fait mettre les Ifeouces dans les grmUoat : a Mon Dieu l que je souffre 1 mon

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