‹ De la nature humaineChapitre 47 sur 58 · LA LIBERTÉ ET LA UÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ ET LA UÉMOCRATIE

et de sa personne, corps, esprit et conscience, à la seule condition de respecter dans les aiitros ce (pTils respectent on lui. La liljertc suppose une sociélé politi(|ue dont la loi soit l'égide, le gouvernement l'organe, le droit la limite essen- ' tielle. Dans une Sa/m^e sortie sans effort de l'imagination du poêle, tons les citoyens nourrissent l'amour de la justice et pratiquent spontanément ce qu'elle prescrit; le gouvernement devient superflu, chacun se gouvernant lui-même le porte en soi. Il n'en va pas ainsi dans la réalité, où la Justice a besoin d'être la plus forte pour triompher : le pouvoir est donc pai'tout une nécessité de la liberté politique.

La fortune, Tindépendance et la vie sont les biens aux* quels l'homme tient en tous les pays, c est parla crainte de les perdn; que le législateur en tous les pays a lié rhomnic au pacte social. Les lois ne sont pas directement éducatrices, lu peur ne l'est pas ; elles maintiennent debout toutefois, dans les institutions, Taustère image du droit, la font planer jns<ine sur b^s desseins les plus pervers, entrer dans l'esprit des plus coupables : eu ce sens, l'on peut ailirmer qu'elles sont vraiment réformatrices des mœurs qui les soutiennent, et q nielles exercent sur les consciences un salutaire empire, lin boninie inculLc (|ui aurait toujours (levant h's yeux des chels-d'œuvre de l'art, malgré lui en recevrait quelque amélioration, un peu de la lumière émanant de leur rayonnante beauté pénétrerait en lui. Or, les institutions dans les- (juelles réside la justici', sont des chels-d'œuvre politiques où ravonne la libei tt'.

Mettre du côté du droit toute la force dont dispose une société, ce serait réaliser la perfection de la politique.

« Il est juste que ce qui est juste soit suivi : il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante : la puissance sans la justice est tyran*

m in: la nature humaine

nique. La justice sans la force est coatredite, parce qu'il y a toujours des méchants : la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour

. cela, taire que ce qui est juiile soil fort, et que ce qui est fort soit juste p

La loi du progrès politique consiste à passer du gouvernement des personnes h celui des lois , à mettre dans les lois

toujours plus deliljerlé eii y mettant plus de justice. Plus ou gouverne les hommes, moins ils apprennent à se gouverner; le gouvernement personnel même le plus modéré renferme lo poison de l'arbitraire. Il n'y a que la justice pour régir i'humauité saus l'abaisser, il n'y a que la liberté pour la former. Le despotisme brutal accable et meurtrit, le despotisme doux et hypocrite énerve et corxompt; on guérit du second \)\m difBcilement que du premier, ])arce qu'il suppose dans ceux qui le subissent plus de bassesse et d'immoralité que de grossièreté et d'ignorance : aussi voit-on Fun sortir de la Larltarie primitive et sauvage, l'antro naître de la liarl)ai-ip cultivée des décadences.

Los hotnmes n'ont qu'un nioyon d'atteindre à la justice et de retenir la liberté : c'est de les mériter. Si la justicè et la liberté font Thomme, c'est d'abord Thomme qui les fait ; les hommes qui ont le meilleur gouvernement prouvent qu'ils sont les meilleui's.

Le despotisme, quand il ne tue pas matériellement, tue moralement : c'est toujours de I homicide. En politique, les grands hommes sont ceux qui contribuèrent à rendre les

• Pascal.

LA LIBERTÉ KT LA r>ÉMOCHATiK ÎOJ

grands hommes inutiles, en aidant les peuples à substituer à l'action des personnes celle des institutions, et à rem-

iilacer par des lois justes la tyrannie trop naturelle à l'huuiaine volonté. Les pays les plus gouverués sont les plus révolutionnaires, et le despotisme, où quelques-uns encore aujourd'hui voient l'ordre et la sécurité, est le plus instable de tous les gouvernements; car il sème la révolte dans les cœurs et repose sur ce qu'il va de plus iragile au monde, l'existence et la capacité d'un seul. Les pays les moins révolutionnaires sont ceux qui produisent le plus d'hommes; le système du Bas-Empire et de la Chine est révolutionnaire par excellence, pai-ce qu'il forme, sous la compression, non pas des caractères et des volontés, mais de la poussière ou de la fange humaine. Cédant à la plus grossière mais à la plus facile des illusions, un gouvernement s'imagine aisément qu'il est fort parce qu'il enrégimente les esprits et qu'il les aligne; il se trouve qu'il les aligne contre lui, et que ce qu'il estimait sa force devient sa faiblesse et cause sa ruine : il tombe d un coup, comme un colosse monté sur des pieds d'argile.

Les gouvernements font les peuples, et les peuples font les

gouvernements. Plus il y a d'ignorance et d'immoralité dans un peuple, plus il renferme d'erreurs et d'injustice, plus il cache en lui de causes de sa propre servitude.

Nous deviendrons mutuellement garants de notre liberté*, quand nous aurons compris que l'intérêt de tous les intérêts est la liberté ; et nous le comprendrons lorsque tous les intérêts, tour à tour froissés par l'injustice, se seront définitivement ligués contre elle.

Les intérêts, à peine échappés aux liens du monopole, n'ont pas encore «Icgagé iietLement leur commune loi ; au lieu de s'unir et de l'éclamer la liberté qui leur donnerait

SIO UE LA NATUUE HUMAINE

Tespace nécessaire à leur expansion, ils st; préstentent encore

volontiers ot s'euvisaLr<'iit [)ar les côtés où ils s'estiment opposés, el leur lencoiiLie est un choc. Ghacuu tend à pri^ mer, c'est-à-dire à opprimer les autres; il veut le monopole, il aspire au privilège. La noblesse s'était cantonnée dans le monopole, elle avait de ses intônîts fait des privilétros : ce fut laféodalifé. Le tiei s-élal, devenu la bourgeoisie, mis en possession des siens, s'est à sou tour enfermé dans le pri* vitége électoral et gouvernemental : ce fut le régime du pai lementarisme exclusif, ({ue la Kiam-c a vu s'écrouler en une heure, et vei*s ral>olitioudu(iuel nian he progressivement TAugleterre.^ Partout les masses l'ont brèche par le vote universel dans le gouvernement, elles débouchent en immenses légions sur le lei iain de la politique. Mais elles paraissent, dans leur inexpérience, ne pas comprendre mieux la liberté et le droit que les seigneurs, et le tiers-état après eux, ne les ont compris; parvenues à leur tour au pouvoir, aspirent-elles vrainu'iiL à s'en servir au jirolit de tous? après avoir été exclues et reibuliies, il seniblo qu'elles songent plutôt à s'emparer de l'autorité pour la retourner contre la bourgeoisie el prendre une fausse revanche : on peut craindre (jue ce soit h\ le sens de la guerre qu'on soulève entre le travail et le capital. Elles s'abusent comme les classes qui les ont précédées sur la scène : pourtant leur intérêt n'est pas ailleurs que dans la liberU^, elles ne 8*affrancliirunt pas en subjuguant le cajuial, niais en le créant par l'association lians les industries qui comportent Tassodation ; en le fécondant, en l'augmentant dans celles, plus nombreuses , qui ne comporten t qu une mutuelle participation aux fruits d'un concours lil)reinenl débattu enlre le travailleur et le capilalisttî. Que les classes ouvrières y prennent garde el ne courent pas après d<*s ombr(*s, «quand la liberté

LA LIBBRTfi ET LA Dl(MOCRATIE fit

est sous leur maiu. il y a uue é^alili'^ laiisse et qui est contraire à Tégaiité, — vain mirage dont elles ont à se défier. Sopprimer les Inégalités légales, c'est tlonner l'essor aux inégalités naturelles; tenter do renverser inégalités naturelles, c'est vouloir supprimer la nature humaine avec la nature des choses. Mais la nature des choses et la nature humaine nous font payer nos erreurs.

La politique féconde est celle qni permet au plus grand

nombre d'individus (le se dégù^'er de la masse sociale, et de faire souche, par l'exemple, d'individus nonveanx. C'est la seule qui connaisse la liberté, et que la lilwrlé connaisse. Nous n'aurions que faire de la liberté si nous étions tous d'accord et tous seml)lal)les ; elle est faite pour permoi lre h la diversité humaine de se répaudre, et de provoquer pai tout la ▼le avec le progrès.

L'avenir appartient à la liberté; nos fautes pourront en retarder l'avènement , la nature <le l'hoinnio rend ret avéuemeut inévitable. La société nioduruo ne peut [)lus respirer que dans son giron, le despotisme l'étouffé; c'est un maillot. Le monde de l'ancien régime est vaincu , et' dans le monde nouveau de l V'L,'aliIé des droits il n'y a d'autre Ijouvernemeiit [»ossible que celui de la justice impei-sonnelle : là est le fondement de notre confiance. Les intérêts finiront par accomplir ce que les théories et le raisonnement n'ont pu complètement réaliser ; ils se rencontreront dans la liberté. Et quelle autre loi pourraient-ils trouver que la sienne, s'ils ne veulent retourner au privilège?

Le privilège, c'est rennerai, q\i'il appartienne à l'État, à l'individu, à la corj)oration. l'as tlo priviléLvs !

La liberté consU uira uue sociéle, elle produira des mœura,

ils D£ LA iNATURE HUMAINK

dee habitudes et des institutions qui, nées de son génie, la soutiendront a Imr tour. Alors, dovoiuie la condition mènift de la vie sociale eu toutes ses maniiestations, il ne se trouvera plus nulle part de main assez forte pour la déraciner.

Une révolution n*est pas cbœe fortuite; c'est une expausion de la vie refoulée dans l'homme, de sa vie physique, intellectuelle ou morale; elle se lait au nom de l'intérêt primordial caché dans tous les intérêts : l'existence. Ce qui vit veut vivre, ce qui existe veut exister. L'axiome de toute révolution est : Je suis, donc j'ai le droit d'être. Mais les lois ni les constitutions écrites ne sout des appuis suffîsants de la liberté; sans force de caractère, sans virilité, point de peuple libre. A quoi sert au paralytique de voir le chemin (|ui meneau IniL'' I/avengle du moins a la douleur pour guide ; eu le heurtaut à l'obslacle elle lui appi'end à le connaître f : qui marchera pour celui qui voit sa route ei qui demeure immobile ? La liberté commence par Tamour de la liberté, elle s'entretient de même. Les plus belles théories, les plus admirables formules ne suppléent point cet amour; en revanche, on peut être sûr qu'un peuple qui en est animé saura le satisfaire, alors même que dans son igno* rance des vraies conditions de la liberté il commcnoerait par lui touiuer le dos.

La passion et l'entraînement d'un jour suflSsent pour ikire nne révolution : mais sans réformes, les révolutions sont plus apparentes que réelles, et les rélbrmes exigent en même temps que l'inteiligeace une volouté suivie, ferme et soutenue, qui marche appuyée sur les vertus cardinales de la liberté, la fierté et la patience.

La démocratie * n'est p«is le gouvernement populaire, elle

• n f«ut oublier fd la lêméiynologiquedn mot pour celui qne lui donne l'aficeiilioii noderne.

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est le gouvernement de lous par lu jii>ti(-(>, au piutit de la liberté. Le nombre et les majorités ne la font pas, s'ils s'élèvent contre la justice, ils la détruisent au contraire. Tout vrai déniucrale est un aiiâtociate, pcuoc (^u'il sent en lui et qu'il veut le respect de la dignité humaine. La démocratie est faite d'aristocrates en l'absence d'aristocratie ; la dignité de Tbomme gravée dans les âmes est la meilleure charte des droits de l'homme.

Je vois clairement que tous les peuples de l'Europe vont à la démocratie par le vole universel; je ne vois pas aussi clairement l'instinct de justice qui leur permettra d'user de ce vote au seul avantage de la liberté. Les classes aisées sont déistes, unies par la peur bleu plus que par l'amour de la liberté ; les foules sont incultes, et pourtant ravagées de toutes les convoitises, brûlées de toutes les fièvres d'une civilisation avanct^e : le champ de la démocratie est sans séve, épuisé, et cependant il est à peine défriché. On l'a fatigué au profit du despotisme pendant des siècles ; sera-t-il capable de porter en Europe autre chose <jue des herbes folles, et toui- à tour remué par les dictatures de la peur et celles de l'utopie, ne tournera-t'il pas en lande stérile? L'avenir est à la démocratie, mais quel avenir la démocratie aura-t«elle? L'Amérique voit devant soi tout un monde à conquérir, son ambition peut dévorer l'espace : non-seulement le sol et l'industrie n'y manquent nulle part au travail, mais ils l'appellent et le récompensent partout. L'intelligence et les pratiques de iioUe continent, qui l'ont peuplée de sa plus vaillante race, s'y marieut à une natui'e vierge, et lellement lé-

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coude que «le loii.ijft'jiips eiicoif ellfi paraiira iii«?piiisal>le. Là-bAS, uuientatfôeniciU; ici, rencoml)renient d'où naisseut la fénnentatioo et les désespoirs de la misère : les probièmes œetiâçaatB qui s'étendent, terribles, au-dessus des gouveiv m'iiitiiiLs. Si 1*011 ajouta à œs dillioultés et à ces périls le louixi et long passé que les, nations de l'iiairope traineiii après elles, les perspectives se compliquent enoore et B*aa^ sombrissent à nos yeux. Ne nous laissons pas décourager ueaniiiuins, le bon sens ne soniJji'era pas, et c'est lui qui le dernier tiendra le gouvernail.

L'instruction primaire universelle, le travail universel sont les auxiliaires en même temps que les correctifs du vote univei-sel. Où mampienL ces artisans de lil>erté , le «utTra^e du peuple ne peut que devenir le promoteuir d*un nouveau césarlsme. L'instruction, le travail» la foi morale, qui est avant tout Famour de la justice , c'est là- (IcsHus qu on iiàiira la démocratie; Tante de ces assises, elle ^e se soutiendra pas, et ses i'ragiles essais s'éoroulerout sur nos têtes et aur celles de nos eufÎAnts : ce sera à recommencer. Le Moo de la démocratie tiré des carrières du sufi'rage uni< viMselestà jtcine dégrosï^i ; il n'est ])oint facile d'y tailler a lii-el' délai la statue de la liberté. Le suU'i-age uuivei'sel est la prépotence du plus grand nombre, et le plus grand nombre^ hélas ! renferme aussi le plus de misère et d*iguorauce : la minorité recule, impuissante, déconr;;gêe, devant les niasses que mène Tillusion, qu'exploitent l'ambition et le cbarlatanisme.

Ou la liberté fera la conquête du plus grand nombre, ou le plus grand nombre détruira la liberté. Tel est le dilemme; les nations qui ne sauront pas le résoudre en foveur de la li* berié marcheront À leur ruine d'un pas fatal.

Est-il possible k la minorité inlell]g4Miu» de cx^nquérir la

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majorité '/Si cela n'ost pas posijiblc, lu déiuocratie usl saua avenir, il n'y a de place que pour la démagogie.

L'élection est Torf^ane des démooratics ; mais choisir des lioiniiU'> est (lillii'ilt', et les (l('>mo('ralios aiii-ieiiiies se sont servies ce pouvoir ])our leur chute comme pour leur élévatiou. Une démocratie qui ne sait pas élire des hommes est le pire des chaos. Xénophon, Aristophane, Platon se sont moqués de la l»r('teution du peuple ilo cliuisir les meilleurs : distinguer la capacité véritable de la capacité apparente su]>[)Ose eu efict un tact si fin I plus rare que le diamant est le discernement, selon La Bruyère. Comment des milliers et des millions de têtes vont-elles se tirer de cet oflice ili'licat, ofi se perdent tiint de gens cultivés, expérimentés et prétendus habiles? 11 semble que cela soit chimère pure d'en nourrir Tespoir. Cependant, ce ue sont pas toujours les foules (jui font les plus mauvais choix; «l'autre part, leurs méprises les servent quand elles sont le résultat de Tinexpérience et non de la corruption : leurs méprises en retombant sur elles les avertissent iFêtre pmdenles et leur enspiirnent plus de sagesse. Il n'en est pas moins certaiu que 1< ro i' ],njniU^ vox Uei, qui prétend nous forger, à peine sortis de la monarchie du SainIrËsprit, une démocratie de droit divin, est un mensonj^o dont j^ersonne anjourd'hui n'attend plus la preuve : les j)euples en démo i a lie commettent des fautes énormes, et même ils ont seuls le pouvoir d*en commettre à leurs dépens qui soient irréparables. On peut toujours espérer qu'un peiijdi' s'allr.ui<hii a du des[iotisme qu'il n'a pas consenti ; mais lorsqu'il for-c ses propres chaînes, qui l'en délivrera? La passion de la Justice étant le génie des démocraties, celles qui ne l'ont pas, on celles qui ne Tout plus sont pron)i)»em<^!it dévoréi".-- : par l'arbitraire elles se précipitent dans le césarisme. On reconnaît qu'une démocratie

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se corrompt lorsque le nombre prétend asservir à des visées tyraiiniques les hommes qu'il a portés au pouvoir, et que,

s'enivraiit de lui-même, s'aveuglaut do ses propres victoires, il devient oppresseur des minorités et les écrase, avec la iiiierté, sous le poids brutal de l'arithmétique. En les écrasant, il pense s'élever, mais c*est son avenir qu'il foule el

(jii'il détruit, car l'avenir appartient aux luinoriL^; — quelle majorité u'a commencé par éti-e miuorité t

Milliouei) l>escliifkifen sich, das die GaUung bestehe;

Aber dnreh Wenift nor, pflaoUet die Meoaebiwit sich fort *.

« Vous ne savez pas être justes, s*écriait Robespierre, et

rous voulez être libi*es. » Robespierre a montré [)ar ses actes combien il est vrai ^u'on uc fonde la liberté (pie sur la justice. L'esclavage maintenu dans la patrie de Washington a failli lui coûter la liberté; l'injustice, et non César, a tué la liberté romaine. Ces mots de république et de monarchie ne sauvent pas les peuples : il faut qu'ils se sauvent euxmêmes en invoquant, en aimant, en pratiquant la liberté.

L'histoire établit une grande différence entre les démo-

cnities du présent et celles de ranti(juité. Les peujiles modernes ne peuvent s'isoler, tandis que les peuples anciens, confinés dans leur orbite, ne pouvaient au contraire puiser qu'en eux-mêmes leur vie; celle-ci, en s'épuisant avec leurs vertus, les livjait à une décadence sans remède. Aujourd'hui, chaque nation est eu contact avec les autres,

( Scbillor»

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elles se touchent et se regnrdonl, elles se servent de modèle, d'exemple à suim ou à fuir ; elles sont contagieuses les unes pour les autres. G*est l'école mutuelle des peuples. Tous, se lalUicbaiit de plus en plusà l'idée d'bumaiiilé, ont conscience de n'être, eu déliuitive, que des organes de l'espèce. Cette noble concuiTonce suffira peut-être pour empêcher les chutes in-éaiédiables. L'homme de notre temps se sent concitoyen de tous les hommes. Sociale, Phidias, Jésus, Haphaëi, Newton, sont les contemporains de ceux qui les admirent. Une vaste solidarité relie, par la pensée, les générations, les siècles et les pays; 1 étude du passé le fait entrer dans noire iuteiii^ence et le transporte dans le présent. La civilisation, qui menace de s'cteindce ou qui pâlit sur un point du globe, se relève ^^p^ille sur un autre, — et ce qu'un peuple iic possède pas, ou ce qu'il possède moins qu'un auti'e, celui-ci le lui apporte eu compensation : nul ue peut manquer entièrement d'aucun des biens, d'aucun des attributs qui sont à cette heure devenus le patrimoine de tous.

Le salut des démocraties modernes dé[)end des classes popuiaii'es; il dépend aussi, et peut-être davantage encore, des classes moyennes. £lles sont le lest de la politique, eu elles réside le bon sens qui est l'épargne de l'esprit, et l'épargne matérielle (]ui est le travail accumulé. Uù iinisseut, où commencent les classes moyennes? elles s'éteadeut du capitaliste pétri de millions jusqu'au plus humble artisan des villes : qui possède la moindre épargne en fait partie. Que ces classes prépontlérantes en nombre le soient i)ar l'intelligeuue et la voiouté , elles prévaudront contre toute tentative despotique, qu'elle vieime d'eu haut ou d'eu bas; elles peuvent en s'unissant neutraliser les ambitions mauvaises et désarmer l'utopie. Que leur t'aat-il pour cela? . l'amour de la liberté. C'est pax- là qu'elles xécouci-

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iieroulavtjc le prolétariat, el qu'elles le iV'COuciUeronl avec elles ; leur faute a été de vivre comme si elles iie pouvaient rien, et de se jeter par crainte des boulevwsements dans les restaurations du passé. Kl les no rouiprennent pas encore qu'on n'évite les révolu lions qu eu ne cessant d'accomplir des réformes, et qu'on n'est conservateur que par le progrès et le constant usage de la liberté même. Elles n'ont pas le sentimeut de l'inimense Ioitc, d*^ la lui i o insurnioutable qui résiderait en elles, si elles savaient vouloir la liberté aussi fortement qu'elles craignent l'anaréhie.

Le lent avènement des classes bourgeoises a préparé les voies à la jiolilKjuo contemporaine. Rome n'eut pas de ciasses moyennes, celles d'Albèues ne purentprendi'e consis- Caacè, le travail qui les engendre par l'épargne demeurant en grande partie confié à des esclaves. Il en jrésulta, surtout pour Ronn^ quo la politique ancienne fut une lutte à outrance de ia plèbe et de l'aristocratie ; la lacune qui restait entre deux ne put être comblée, elle devint un abîme où, du» le désordre des guerres civiles, s'engloutit son existence. En Russie, les cliusscs moyennes s'ébauchent seulement; l'empire de l^ierro le Grand n'aura d'assiette poUtiquo, et de base solide de civilisation, que lorsqu'elles s^ont devenues asseï compactes pour remplir l'intervalle qui sépare une aristocratie gangrenée de masses incultes el barbares. lia Russie, jusque-ià, restera prise entre la barl)arie do ia corruption et celle de la sauvagerie ; elle aura les défauts et les vices de toutes les deux.

Ce qui manque aux classes moyennes, outi-e la cohésion et les communes visées, ce sont les desseins élevés et les hautes énergies, filles sont moyennes en tout, et si Ton était sévère, on diraitqnelam('»dio<*rilécn tout semble leur a[»anage. <ietle invasion de la nn'dioi rité «ju'entraine a^nès soi la

LA LiliElilL Li LA iJEâJU'JHATlb: lit

déiiHHurdlie i)Ourgeoîse' dotiue prise au cbarUlaiiùme sous touteB formes. C'est le wrtl règne des faiieun ; faiseurs ea

l>oliti(jue, en finance, dans l'art, dans la science : partout. Chacun se pique d apportûi* de nouveaux produits ou do nouvelles idées au ooaoours univenel; le forum des nations ressemUe à une foire assourdissante où tout se mêle, crie, se dtoène, aiguillonné p;ir l'ambition du ranj^ ou la soif des richetises. Les tètes luuieut, ou a la fièvre, lièvre souvent stérile ^ ei les idées, les systèmes sont irelatés la plupart comme les produits : la discordance de notre époque criarde touche au charivari. Les gi-andes villes, cuves immense» où bouillonne la pensée, entretieunenteu l'excitant celte lermeuiatiou cérébrale d'un siècle moins ardent qu'échaufiEè, et plus bousculé encore que progi-evif. Dans notre société démocmlique il n'y a que des parvenus, au sens bon et mauvais du mot. Sous l'ancien i-égime on ne parvenait pas — ou naissaiL Aujourd'bui, Ton devient, et cela vaut mieux; cependant, nous ne pouvons nous y tromper, c'est dans la con* fusion de toutes choses que surgit la démocratie du travail et de ré^jalitéi c'e.sl au milieu du chaos qu'elle s'ébauche, se forme et tend à la lumière^ à la puissanœ, à la sécurité.

Au XV* siècle, un grand mouvement de concentration a commence en Europe; l'imprimerie a i-elié rt rapproché les esprits et les peuples, elle a diminué outre eux les distances* La vapeur produit des résultats analogues : Fimprimerie et la locomotive, formidaUes ouvriers, façonnent ensemble un

monde nouveau. Avant la \;i|nMir, il lallail. poui* j'arcourir 10 ou 20 lieues, toute uik^ journée; aujourd'hui l'on franchit en un jour 150 à 200 lieues, et Marseille se trouve aussi rapprochée de Paris que l'était autrefois Rouen. L'échelle des distances matérielles, des distances économiques, des dibLauceii iutellectueUes et murales à cliaque beui^ diiui-

«0 DB LA NATURE HUllAlNK

jlue ; c'est comme si les villes, les coatrées et les peuples d'eux-mêmes avançaient les und'vers les autres. Il est résulté de ee rui)pi ocbement une circulation d'idées et de

pruduits iiiliuiinoijt [)liis acwlérée, et duiiL la rapiditô tend à s accroître incessamment; le monde se concentre. Lorsqu'un engin politique nouveau sera venu prêter en tout lieu son concoui*s à la vapeur et à la presse, lorsque le suffrage uiiiveisel aura ]»arlûuL vaincu , un irrésistible courant emportera les volontés individuelles et les soumettra aux majorités. Si l'on ne veut pas que la liberté soit emportée dans le déluge démocrati({ue, il faudra lui donner dans les associations et dans le sol des attaches vif^ounnises. La décentraiisalion administrative est le premier et l'indispensable correctif de l'unité politique. La liberté pour durer et résister a besoin de s'enraciner dans la vie locale ; pour s'acclimater, il faut (ju'elle ait le moyen de se constitutn- des traditions. Si les couti'ées plates lui sont eu général moins iavorables que les pays accidentés et montagneux, c'est qu'elles prédisposent au nivellement administratif; elles ont en revanche les avantages de la cohésion politique. Dans les pays où la natui-e et l'histoire ont ensemble, conspiiê rétablissement rapide de l'unité nationale, il est plus nécessaire qu'ailleurs de chercher à créer, par la liberté même et pour la liberté, les diversités administratives. C'est une funeste méprise que celle qui confond l' uniformité avec l'unité. 11 y a unité quaud les hommes s'unissent, uniformité quand ils s'effacent. L'unité est une force, parce qu'elle suppose l'union, qui ellemême sui)pose des volontés librement rassemblées; l'uniformité est une cause de faiblesse , de stérilité et de mort.

L'État n'est pas la société, qui vit de l'industrie, des arts, de la science, de la morale et de la reliirion ; la mission du ^ouverucuieut uc consiste pomt à se substituer à l'action des

LA LIBKHTK RT LA DÉMOCHATlË m

volontés individuelles d'ofi i-ésnltent h*s œiiws sociales : sou iiiii(ine rôle est d(? (J«««^a;:er la liberlt^ (|iii les produit, afin que son çssor soit aussi vigoureux, son activité aussi i'éconde qu'ils peuvent Têtre. L'objet de TËtat est uniquement de garantir aux citoyens la liberté par la justice. Le gouvernement repivscnte la jnsiu:o ai iiice; au delà, en dfx-à, il sort de ses attributions. Les seuls gouvernements qui aient à redouter la liberté sont ceux qui ne peuvent pas la supporter, et ceux-là se condamnent ; ils conspirent contre enx-m^mes, et méditent leur Ku en préteudantsiiuver la sori(''tt». Lepéclié capital des démocraties est la doctrine du salut public; c'est par là qu'elles vont aux dictatures. Cette doctrine mortelle, elle» Tout empruntée à Tancienne monarchie et au catholieisme, qui l'empruntèrent aux passions luimaines; l'auibitiou rencontrant la peur l'enfantèrent ensemble et tendent toujours à la reproduire : la dernière chance du despotisme ne disparaîtra que lorsque nous l'aurons à jamais chassée de nos Ames avec la peur de la liberté, germe de toutes nos servitudes.

Notre siècle mécanique a mis en mouvement de vastes appareils qui servent à moudre le grain de l'esprit : vrais moulins qui préparent le pain intellectuel. Le journal tient le premier rang parmi eux. 11 nuit à l'originalité et la diminue; en aidant trop à penser, il permet de ne plus penser par soi-même. Mais les gens qui pensent par lui , sans lui ne ]>euseraient iiuère ; beauroup ne penseraient pas du tout. Qu'on ne croie pas loutelois (ju'il suilibu de peiibcr librement pour agir de même; en politique, ainsi qu'en reli* gion, entre les idées et les actes il y a du chemin. Or, c'est le défaut de certains peuples de ])eiiser et d'agir volontiers par procuraiion d'autrui : les peuples dont l'Église et la monarchie de droit divin furent les éducateurs y sont particu' lièrement enclins. En France, Ton fait une révolution en un tour de main , s'occu]>er de se« atîaires chaque jour, à

m UK LA natuhb humaine

chaque iostant, est pour le Français une corvée. Il aime

mieux s'en rai)[)orler à des mandataires; aussi u 'est-il {>as libre, malgré tant de belles chartes et do sublimes discours. L'Anglaift et rÂméricain ont moins écrit sur la liberté, ils ont fait daTanlage pour elle, ils ne cessent d*agir afin de conserver celle (ju'ils ont conquise, de conquérir celle qui leur içianquo encûi'0.

Le despotisme à la façon des andmis est devenu Imposai* ble dans notre société, mais un autre est né, qui oonsiste à s'abandonner à un parti ou à un homme, pour qu'il dirige nos intérêts : ou appelle le pouvoir sur le tervain de la religion, de ia morale, de la science, de reaseé-* gnement, de Tindustrle, de Tadministration; on Tintroduit partout, jusqu'au jour où se punissant en lui de son propi*e V abandoUi la uation l'évincé violemment pour le remplacer par un autre qu'elle détruira de môme. Les peuples en agissant ainsi, s'enferment dans le cercle fotal qui des révoltes mène aux dictatures et des dirtalures aux ivvoUes ; ils le parcourent d'abord lentement, avec des intervalles de demi-liberté et d'heureuses intermittences qui leur fontcrolre qu'ils en sont sortis; cependant ils y tournent toujours plue vite, et si rapidement enfin qu'ils en prennent le vei ligo : la toupie, fouettée par l'implacable Némcsis, oscille sur ellemâme; c'est la folie césarienne et démagogique qui définitivement remporte. Pour l'éviter, ne cessons de fixer du regard la justice et d'attacher nos volontés à la vérité; elles sont la sagesse des nations, le bon sens, la santé, la vigueur ; elles sont la virilité. Lancé sur d'autres routes, un peuple ne peut que se perdre : aucun ne 8*est perdu sur celle de la liljoilé, quoi qu'on dise; dans ceux qui tombent l'on trouve toujours, comme principe de leur chute, quelque crime envers elle, quelque attentat contre la jiistiœ : un attentat de rhimune oontre l'humanité.

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Les nations, filles de la violence et de la conquête, sont

toutes issues du croisrineut dos races. Ghaciino, dans sa veine, charrie des élemeiila divtu-s, et sa iécoudilé vieut de là; un peuple homogène, pur de tout mélange, s'épuiserait dans la simplicité même de son organisme. Il y a des croisements (fui avortent, d autres (|ui sont féconds : des plus tV?conds ua(|uirent les grands peuples. Lie Français provient du Gaulois et du Germain, tondus au creuset de la civilisation romaine, et de T Église héritière de sa despotique autorité. L'Anglais s est formé de Bretons, de Saxons et do Normands môlt» par Tépée; la iiuiuàe porte dans sou seiii dos habitants de.raoe slave, finnoise et tartare; l'Allemagne est faite d'Àle* mans, do Francs, de Saxons, de Slaves et d* Avares superposés.

Ui DR LA iNATURË HUMAINB

Les simples agglomérations d'iiommes ne forment pas de peu •

plos; los ])(Miples sont des agglomérations confuses qui, d aiiord en lutte, et discordautcs, ont Uni par s'unir dans un commun instinct de conservation. La masse qui n*a pas conscience de sa personnalité n'existe pas, ce n'est qu'une foule : les peuples au berceau ne furent que cela, njais dans leur chaos circulaient déjà les courants de vie qui devaient un jour les rassembler dans la volonté d'une même existence.

Les nations, personnalités collectives, ont leur physionomie morale; elles i)ossèdcnt un esprit, uu tempérament, des instincts, des aptitudes et des penchants, un caractère enfin qui les font ce qu'elles sont ; un Français, un Anglais, un Allemand ne se ressemblent pas, et ce qui l<^s distingue est ce qui les constitue. I^e caractère national, i u ses traits décisifs , témoigne d'une persistance qui défie le temps; ce qui tient sans doute à deux causes : le milieu qui reste le même, et l'hérédité qui de génération en génération transmet les qualités et les défauts dont il est Tassemblage. 11 y a près de deux mille ans, que Tacite parlait ainsi des Germains : « Il est assez connu que les peuples de la Germanie n*habitent pas des villes. etqu'ilsnesouflVent pasdedemeurescontiguës : ils vivent séparés et dispei-sés, selon qu'une fontaine, un champ, un bois leur a plu. » Peuple individualiste, qui répugne à toute promiscuité ; peuple amoureux de la nature et du silence : il l'est resté. Kt voici le culte de la femme, si voisin, dans le cœur de rAlleniand, de celui de la nature: le culte du foyer et de la famille : « Toutefois les mariages sont chastes, et nulle partie des mœurs germaines ne mérite plus d'éloges. Presque les seuls d'entre les barbares, ils se contentent d une seule femme, sauf uu petit nombre qui eu prennent plusieurs, non par libertinage, mais parce que leur nôblesse fait ambi-

LfiS OiVfiRSITËS NATIONALES f»

tiooner leur alliance. Ce n^esî fmnt la femme qui apporte h dot au mari, mais le mari à la femme..,. Elles viveiiL ainsi gardées par leur vertu, sans spectacles dont les séductions les corrompent, sans festins dont la sensualité les excite. » L'Allemande est devenue sentimentale en se civilisant, elle n'est pas devenue frivole ni sensuelle. Le sentimeut religieux, celui de la femme et de la famille s'allient, d'après Tacite, dans le patriotisme des Germains ; ils enflamment leur âme enthousiaste : « Ils choisissent, dit- il, leurs rois parmi les plus nobles, leurs chefs parmi les plus braves. Le pouvoir de ces rois n'est point illimité ni arbitraire; et quant aux chefe, c'est par l'exemple plutôt que par l'autorité qu'ils commandent S'ils sont ardents, s'ils se donnent à voir, s'ils marchent les premiers au conil^al, ils dominent par l'admiration. Les prôtresseuls ont le droit de sévir contre un homme» de rendudner, de le frapper» mais ce n'est point à titre de châtiment ni par ordre d'un chef, c'est comme par le commandement du Dieu qui, dans leur croyance, préside aux combats. Us portent à la guerre des images et quelques étendards qu'ils retirent du fond des bois sacrés. Le prin* cipal aiguillon de leur courage, c'est que leurs troupes ou bataillons ne sont pas le résultat du hasard, ni d'un amas fortuit d'hommes; ils sont formés de membres de la même fomille et de parents. Tout près d'eux sont les gages de leurs affections; ils peuvent eutendre les cris des femmes éplorées et les vagissements des enfants. Ce sont là pour chacun les témoins les plus sacrés ; c'est de là qu'ils attendent les plus grandes louanges. Ils viennent montrer leurs blessures à leurs mères, à leurs femmes ; et celles-ci ne crai-^'nent pas de compter les plaies, de demander à les voir. Elles portent aux combattants des vivres et des exhortations.

oigi i^cj Ly VjOOQle

m UË LA NAÏUHË HUMAI»:

» Ils supposent aux femmes je ne sais quoi de saint et de prophétique, et ils ne méprisent pas leurs conseils, ui ne

négligent leurs réponses.))

Césai', daas ses Gommeataires, nous apprend que les Gaulois sont tf légers, faciles à changer d'avis et avides de nou* veautés. i» Strabon complète le portrait en disant de ce meuie peuple que : « volontiei*s il s'indique pour la cause du voisin oppi'iitié. » Calun prétend que leur passion est de a manier fortement Tépée et finement la parole. » Voilà l'effigie en trois coups de burin; voilà la médaille où notre empreinte est {,Ma\ée, mais ({ui a son revers, cunune LuuU» médaille i car Silicus Iulicus lait deji Gaulois a un peuple de bavarda, sans suite dans ses idées. »

Rien ne dit mieux un homme que sa manière de com* prendre la lemnie ; c'est aussi sur ce point que les peuples trahibsent de la i'açon la plus siguiUcaUve leur individualité morale. Oa peut être sûr qu'on a saisi quelque trait permanent du caractère national lorsqu'on voit qu'il ne se dément pas eu lare di: la niort, et qu'il demeure iuilél(''l)ilo dauâ le sang des révolutions. Ecoutons un témoin de la Terreur ^ : il va nous montrer la galanterie française* aorar de la coquetterie, si différente de la sentimentalité allemande, qui a t'ait les trouvères i l la chevalerie, ia cour de Vei'saiilûs et les l>ou(|uets à Cb loris, peii»ii>ian|, et se jouant jusque sur les marches de la guillotine.

a Àu milieu de ces tableaux lugubres qui se renouvelaient chaque jour, les lennuLS iraiiLaises ne pci\laieut rien de leur cai'actcre; elles tàacri liaient avec la niéine assiduité au besoin de plaire. La partie de la prison que nous habitions donnait sur la côur des femmes. Le seul endroit où noua

* Soavemrs du couto licugooi, prisonnier à la Gonciergerie.

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