LES DIVERSITÉS NATIONALES W
pouvions l'espirer un peu moins mai à l'aise était un local de dû à dauie pieds de longueur sur sept de largeur, formé de deux cintres de voûte, qui serrait de repos à TescaHer et
de passage de la cour des fcnuiies au guichet. Cette espèce de Qorridor était liermée du côté de la cour par des grilles da fer, mak dont les barreaux n'étaient pas tellement resserrés
qu'un Français n'eAt qu'à désespérer. Le corridor était notre promenade luvorile ; c'était la, seule. Nous y desceudiuns dès qu'on noua avait exti-ails de nos racljots.
» Je suis ]>eisua(l«' (ju'à cette époque aucune promenade de Paris n'otlrait de réunion de femmes mises avet- autant d'élégance que la cour de la Conciergerie à midi; elle ressemblait à un parten*e orné de fleurs, mais encadré dans du fer. La France est prohaMenieiit le seul pays et les Fraiieaises les seules femmes du monde capables d'olfrir des rapprochements aussi bizarres, et de porter sans effort ce qu'il y a de plus attrayant, de plus voluptueux au sein de ce que Tuuivers [>eut uilïir de t)liis repoussant et de plus horrible. J'aimais à considérer les femmes à midi, mais je préférais leur parler le matin, et je prenais ma part des entretiens plus intimes du soir quand je ne courais risque de troubler le Iwjiilieur de personne ; uir h; soir l>ont était mis à profit, les ombres croissantes, Ja fatigue des guichetiers, la retraite du
plus grand nombre des prisonniers, la discrétion des autres, et dans ce moment de paix qui prélude à la nuit, on a béni
plus d'une fois rim[)révoyauce de l'artiste qui a dessiné la grille. Cependant les ^tres coupables de cet inexplicable abandon avaient leurs arrêts de mort dans la pocbe..,
» n nous arrivait souvent de [drijeuner avec les fenunes. Des bancs à peu près de hauteur d'appui étaient adaptés de part et d'autre à la grille; ou y posait péle-môle, non pas les
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apprêts, mais le séiîcux du déjeuner, el là, lout eu dépt^*chaut les mets que Tapiiétit assaisonnait en dépit du iburnissaur, les propos délicats, les allusions fines, les reparties piquantes eUiieut échangés d'un côté de la grille à Taulre. Ou y parlait agréablement do tout sans s'appesantir sur lieu. Là, le malheur était traité comme un enfant méchant dont il ne fallait (] ue rire, et dans le Mi on y riait très-franchement de la diviiiiL»' de Marat, du sacerdoce de Robespierre, de la magistrature de Fouquier, et on semblait dire à toute.cette valetaille ensanglantée : Vous nous tueres quand il vous plaira, maïs vous ne nous empécheres pas d'être aimables... »
La sociabilité du Français est proverbiale, ainsi que la clarté de son langage qui en dérive, car elle est la poli-
Uj.>i.sedt] la parole. Pi-esque toutes les qualités et tuub les dél'auts des Français se rattachent à leur désir de plaire ; ils tiennent plus à se montrer aimables qu'à être aimés, plus à briller qu'à éclairer, plus à paraître qu'à être. L'esprit, le goAt et l'élégance qui les distinguent nieUrunt toujours sur leurs fautes un vernis de culture qui leur iéra illusion, et qui trompera même la malveillance des autres peuples.
Nul n'est aussi fort que le Français dans les mouvements d'ensend)le; nul n'est plus faible lorsi|a"iHauL agir isolément, pi-eudre seul un parti, proieâser seul une opinion ; s'il lui arrive de sortir du lieu commun à la mode, ce sera pour retourner une vérité à force d'esprit ; il croira s'être afiranchi du joug de l'opinion en s'asservissaiit au paradoxe.
Le peuple français avance en raogsj chacun, qu'il s'a-
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gisge d'art, de politique, de science, a besoin de sentir les oouflês du voisin : le Saxon et le Germain aiment à marcher
séparés. Le ceiitro d'appui de la nation, en France, est dans la masse impersouaelle ; en Angleterre, en Amérique, en Suisse, en Allemagne, il se reproduit et.s^établit dans tous les citoyens. Les peuples du Midi sont naturellement orateurs, les ponple» du Nord ne le deviennent qu'à l'école de la liberté; les Français occupent la milieu entre les peuples improvisateurs du Midi et les peuples réfléchis du Nord. L'esprit français en tout est un esprit de moyenne, né vulgarisateur. Il possède la mesure et la clarté, mais il ne s'élève pas très-haut, ni ne descend très-profondément dans les entrailles d'un sujet ; en poésie le grand vol lyrique, les larges conceptions métaphysiques en philosophie, ne sont point son l'ail; aussi lui sunt-ils venus de l'étranger, et si, plus ou moins, ils l'ont gagné par contagion, ce n'est ' pas de lui qu'ils sont sortis. Le bon sens est l'élément de qui veut plaire et se répandre, et la politesse consiste à ne pas trop exiger de qui vous écoute; le goût empêche d'insister et de peser. C'est pour les autres que le Français parle, qu'il pense ou qu'il écrit; TAnglab et l'Allemand pensent d'ahord pour eux-mêmes. Le xvn* siècle, très-littéraire et très français, tient dans un salon : lu littérature démocratique depuis la révolution a remplacé le salon par le forum; elle* n'a pas changé la substance du génie français. Son étoffe est le bon sens ; lisez Montaigne, Molière, La Rruyère, Voltaire : leur génie eu est fait ; la France seule possède de vrais moralistes, parce qu'elle reste dans la moyenne de la nature humaine où le moraliste se complaît, et n'en force en aucun sens le diapason. Lorsque le l'raneais se livre au paradoxe, c'est par vanité, ou par caprice ; il le traverse, il n'y séjourne pas. L'Anglais, excentrique et maniaque, n'a que
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des 8atirii|neâ, des humoristes ét des tragiques enclins à la caricature; les œuvres moyennes no fleurissent pa^ clioz lui, ui la comédie et le conte sans mélange de satire : Swiit, Shakspeare, Sheridaa, Hogarth le prouTent éloquemment.
Le peuple anglais est dur de volonté, tendu, le caractère le dislin^rue; il a j)lus do innsclos que de nerfs. Le Français a des passions, mais f ugilces et naioLiles comme lui ^ il est in* termittent, enthousiaste par élans, impatient et spirituel, passant de la fièvre voisine du délire, à l'abattement voisin du marasme. Aussi prompt h se décourager iju'à s'encou» rager, eu politique et sur les champs de bataille c'est lui qui a célébré les triomphes les plus éclatants et subi les plus ^latantes défaites. L'Anglais, ardent et concentré, flegmatiijue et tenace, sait résister, il ne s'élance pas, il avance pied à pied : son intelli;j;ence u'embra&àe pas de vastes easemblés, elle ne quitte jamais terre, elle est pratique et nié» canique; où le Français formule un droit, TAnglais docomj)lit lentement une relonne. O't^t un ])enple j)olitique, taudis que rilalie est uu peuple de politiques, et la France xui peuple de révolutionnaires.
L'isolement est le froid du cœur ; la forte virilité le supporte : à l'enfant, à la lennuo, au poète, au Français, il faut ^de la tendresse, qui enveloppe leur âme, et qui fasse germer dans la sympathie les semences délicates dont elle est dé- IKMitaire. Les créatnres nerveuses, à Tépiderme sensible et tin, font les peuples artistes; elles ne supportent bien ni le froid physique ni le froid moral. Les Français ont besoin de 90 serrer pour se tenir au chaud, et de faira rayonner leur pensée à travers le monde ; ils ont besoin d*étre choyés du sort, admirés, en enfants gâtés de l'esprit : c'est leur privilège, et leur malheur eu même temps, d'avoir été très-admirés, et de ne pouvoir se passer «le lolre, alors môme qu'ils ont t^esKé
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du mériter l'admiration. Los molécules vi?aul6B qu'oA appelle des Allemands ou des Anglais soaffrent des vides
entre elles, chacnnn a son orbite; les atomes français s\attireut, et se précipiUMit invariablement vers un môme loyer. Oëtte vertu de sociabilité portée trop loin présente des dangers, comme la tendance contraire qui tourne à l'ég^rïsme et à l'orgueil : elle alisorbe riiulividu, et de chacun fait tout le monde ; elle engendre la vanité en mettant toujours la per* sonne en scène sous les yeux d'un public, elle amoindrit la force originale en portant à sacrifier les opinions personnelles au désii* de penser avec tousj elle mèiu; au ivatholicisme politique, social et religieux, par la pente de l'uniformité, les nations qui s'y abandonnent sans réserve.
Les rérolutions sont des elTorls rassemblés qui font brècho dans une institution, et renversent un oltstado pai* l'impulsion du nombre; elles supposent sans doute une réforme préalable accomplie dans les es[)rit8, mais elles ne peuvent se consolider si elles n'ont pénétré dans les Ames pour y incorporer l'ordre nouveau; les hommes sup[)ortent les ins* titutions, à des institutions nouvelles il faut des hommes régénérés, des individus qui les représentent et qui les fassent vivre. Les An^^lais niautjuent de vues synthétiques; ils placent les choses les unes aprî-s les autres, leur vue est successive. Ge que les Français possèdept en excès, ils ne le possèdent pas assez : chacun paie ses défauts. L'Anglais ojtiiiiAtre iîiij>ose des restriclioiis successives au pouvoir, et graduellement le repousse dans ses attri)>utions; c'est moins aux privilèges du gouvernement que le Français s'adresse qu'aux privilèges des personnes et des castes. En Angleterre, la l'éodalilé arrache à la monarchie, pièce à i»ièce, d'importantes concessions qui proliteat h la liberté : en France, la monarchie et le peuple se coalisent contre les
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nobles et les seigneurs; on s'acheinine ensemble vers un pouvoir unique, dans lequel se retrouTeront concentrés les privilèges successivement enlevés à l'arbitraire des castes, des corporations ot des localités. « Écartez ces débris : vous apercevez un pouvoir central immense qui a attiré et englouti dans son unité toutes les parcelles d'autorité et d'influence qui étaient auparavant dispersées dans une foule de pouvoirs secondaires, d'ordres, de classes, de professions, de familles et d'individus, et comme éparpillées dans tout le corps social. On n*avait pas vu dans le monde un pouvoir semblable depuis la chute de Tempire romain^. »
Les Anglais conservent la monarchie avec la liberté, les Français croient détruire la monarchie en la remplaçant par la dictature républicaine. La république en Angleterre, sous Gromv^ll, n'est qu'un accident, — une parenthèse — la monarchie, sous Robespierre, subsiste dans la rigueur de ses procédés les plus arbitraires : elle est restaurée dans le comité de salut public, tandis qu'on croit inaugurer la liberté et cimenter pour une éternelle dnrée la démocratie. L'Anglais opiniAtre fait de l'opposition et résiste ; le Français mobile et spirituel fronde le pouvoir. La Fronde fut un produit français, et je crains bien que jamais la France n'ait connu l'opposition ferme, soutenue, pratique des peuples qui savent non-seulement con(]uérir nue liberté d'un jour, mais qui» vertu plus rare et plus difficile, savent défendre et conserver celle qu'ils ont conquise. Les lendemains sont funestes à la France, paice qu'elle ne songe pas au lendemain.
La France fait de ses grands hommes des machines de parti ; l'Angleterre en fait des idoles nationales. La France
défait ses gloii*es volontiers et les dénigre; l'Angleterre les
f't'orqticville : r^ii«itit régime el h BévolutUm,
LES DIVEHSITES ^ATiU^ALES m
surfait : la vanité et la mobilité sont à Tœuvie d'un côté»
elles rabaissent on exaltent; de l'autre, c'est l'or^neil. Dans leur admiration pour leurs liauts faits et pour ieui-s grands hommes, de même que dans leurs usages et leurs cou* tûmes, portés jusqu'à la tyrannie sociale et jusqu'à la supers-, tition, les Andais se montrent plus contralisi^s que les Français ; ils le sont même an point que dans tous les Anglais il n*y a pour ainsi dire qu'un seul personnage. Sentent-ils le besoin de créer par runiformité de leurs mœurs un contrepoids à leur individualisme jiuliliqne. comme nous ressaisissons en sens contiaire. dans la liberté des uôtres poussée jusqu'à la fantaisie, la diversité qui manque à notre constitution gouvernementale ?
Le Franrais est gai, il aime la société et par conséijuent la ville; l'Anglais a l'esprit taciturne et mélancolique, il porte en soi des germes de spleen. Le Français n'a pas de spleen, il ne connaît que l'ennui, et ne s'ennuie que d'être seul : alors que l'Anglais se pend, il trouve nn remède moins lugubre dans la société de ses semblables. Est Ajaglais, d'après la loi anglaise, qui « natt sur le sol anglais. » — Est Français, d'après la loi française, - «jui naît de parents franrais. » Les deux peuples se révèlent bien dans cette double disposition: ici l'esprit foncier, là,. Tesprit citadin; esprit communiste et fonctionnaire d'un côté, esprit indépen* dantet solitaire de l'autre. Un marchand de Livèrpool, un fabricant de Manchester qui a fait fortune, quand il se retire des afifaires, achète de la terre : il quitte la ville; en France, le paysan même y aspire, et quand il n'y peut émigrer lui* même, il ambitionne d'y placer ses enfants. L'Anglais — auteur de Robinson — non-seulement supporte, mais recherche la solitude ; il aime la campagne dont l'isolement relatif lui donne un plus vif sentiment, une possession plus
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«fttièra de sa pereonne. Il enfouit dans les ombrages sa (iro» priété, Tencadre de murs ou de haies ; le Nomiaad qui iii la
conquête de rAngleterm a de cela : le moi s'atliche daus ses clôtures en rempart. La promiscuité des idées» des nuBuis et des habitudes est au contraire le plaisir du Français; chti lui, point de clôture ni matérielle ni d'esprit, il ne peut les souilrir ; il est chei le voisin, le voisiu chez lui, ils vxveut Tun dans l'autre.
£ntre l'Anglais et T Allemand il existe des analogies, mais les disfiemblance» sont très-prononcées. L'Alloinand r.^i taphysicieu, il Test dans sa poésie qui est une métaphysique du oœur, il Test dans sa philosophie. Métaphysicien el sentimental, les contours de son esprit sont indécis ei flottants, mais TBstes; sa pensée profonde, élevée, est souveiu nébuleuse v ou ne trouve des abîmes et des lointains que là où il y a des sommets» L'Allemagne met de l'enthousiasme religieux Jusque dans Tathéisme. Si la France a hérité de la grâce et de roléu'aiii'O desGrecs ; si l'Angleterre empnintp quelque chose de respnl de Home uni à I rgoisine, à la dureté nationale et au mercantilisme des Jui£i« TAllemagne semble avovr absorbé l'Ame de Tlnde panthéiste et rêveuse. Sa philosophie sent la iialuro plus quo i'hoiiniie, elle l'y iioif : la philosophie française, comme celle des Latins, a le défaut contrairo; il n*7 a que la Oiôoe qui dans la sienne ait su marier l'homme et la nature.
Les |>enples r(''llt''chis sont mieux doiu's pour éci ire que pour parler : pourtant les Allemands en général n'écrivent pas bien. 11 leur manque la discipline de l'esprit et du langage, leur pensée ne sait pee s'arrêter; leur langage est diffus parce que leur esprit est confus, qu'il prend trop aisément le large, etque chacun suit son idée sans gi'and souci de se faire comprendre des autres : l'Allemand a pour do penser comme autrui.
L£S DiVi!.KSiiKb MATIÛMALES 936
Les peuples qui ne respectent pas la femme ne deviennent pas artistes; ceux qui la spiritualisent au point de négliger la seiitiatioii, et qui ne meltent pas dans leur amour un grain de volupté, n'entrent pas non plus en plein dans l'art. Les peuples artistes sont vouës à Tidée, mais sons forme sensible. L'Italie ne sépare pas la chair de l'esprit, la matière de l'idée : elle lut peintre. En caressant trop le phénomène, on tombe dans le matérialisme; en le dédaignant trop, on se psi^ dans Tabstinetion, double écneii pour Tari dont la route est entre deux. I/Allemafme idéaliste est cmi)échée d'être ailiste, et surtout peintre ; les formules la gênent, et ce n'est que dans la musique qu'elle retrouve la supériorilé de son génie*
1/Allumagne, douée de grandes qualit<'s spéculatives, était manchotte pour l'action, elle a rencontré naguère dans la Prusse le bras et la main qui lui manquaient ; de cette union sortira sans douté un peuple diversement et ricbement
doué, prati({iie sans routine, méthodique sans sécheresse, un sans umiormité, capable de vivre dans la région des idées sans cesser de toucber terre. « Le sUenee est d'or, » dit le proverbe arabe; pas teujoun cependant : il est des circonstances où la ]>arole est d'or, d'autnes où c'est le silence. Pai'ler à propos, se taire à propos, c'est une même qualité ; Ton ne parle bien que lorsqu'on sait se taire. Le Français sait parler et ne sait pas 4s taire, l'Allemand ne sait pas se taire, quoique silencieux d'hahitnde : sait-il parler? 11 l'apprendra, s'il devient bbi-e, à l'école de la politique.
OK LA r(ATtR£ HUMAINË
L'Oriental est terrassé parie soleil qui l'éaerve et Tépuise; il vit couclié, à moins que le fanatisme religieux ne le
pousse. 11 est rèvour ovi latalislo. L'iiomme du Non! vit de- Jjout, dans i'attilude du luileur : sans cesse obligé de / combattre pour ne pas mourir^ il arrache sa vie à une terre rebelle, et repousse les assauts d'un ftpre climat; sol et climat sont pour lui des ennemis, il tant qu'il en triomphe, ou qu il meure. Cette lutte sans répit aiguise son intelligence et trempe sa volonté ; il devient actif, et ce qui le caractérise c'est une force concentrée, une âme ramassée sur elle-même et militante. C'est seulement «juand il a, par le tiavail et la persévérance des siècles, conquis un peu de loisir, qu'il commence à rêver et que naissent les arts qui lui sont propres, c*est<à-dire ceux qui expriment poéti* quement sa manière d'être, de sentir et d'imaginer. L'Orient a de.s épanouissements plus rapides et plus brillants, mais aussi plus éphémères et plus fragiles.
Aux deux pôles des sociétés humaines se trouvent TAnglo- Sa.xon et l lndou ; (le> de;4rés nunibreux mènent de Tun à Tautre : mais la civilisation, ainsi que le soleil, chemine d'Orient en Occident.
Les individus et les peuples de l'Occident ont plus d'étoffe que ceux d'Orient, ils supportent seuls d'être travaillés par la civilisation et subissent, sans s'épuiser, de nombreux façonnements. Chez les autres, la façon bientôt emporte l'étoffe, la fbrme éclatante épuise le fond trop pauvre. De nos jours, il n'y a pins qu'une civilisation, qui développe tous les peuples dans un sens analogue, pour une tin
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commune, et par de:» uioyciib beuibiabies. Ceux qui résilieront à ce travail sont ceux qui dureront. Quelques-ans visiblement s'affaiklisBent: celapent tenir à des causes transitoires, alors ils se rel«>vei'Oiit ; ou bien à des causes inhé- ^ renies à leur caraclcre, alors ils ne remonteront plus leur pente : le progrès, qui ne meurt pas, s'en choisira d'autres et poursuivra sa route. L'Espagne ressuscitera-t^lle? L'Italie Vivia-t-t'lle ? La France- ne tonil>era-t-elle pas, ses délauts remporlerouL-ils définitivemeul sur ses ({ualilés, ses qualités reprendront-elles le dessus pour contre-balancer ses défauts et lui rendre son aplomb? L'avenir nous le dira. Cependant un peuple n'est jamais congédié de la scène de l'histoire que lorsqu'il n'est plus utile à la civilisatioa. Âloi's, son rôle est joué, il manque ses entrées et ses sorties, tourne sur luimême, rabâche sa gloire passée, et finit par rester dertlère les coulisses. Que les jieuples veillent sur eux-mêmes !
Notre siècle a produit l'espèce des utilitaires, gens positifs qui deviennent utopistes à leur manière. Us sont portés à croire qu'il suffit qu'une chose soit reconnue utile pour qu'elle soit praticable. Ils disent, par exemple, qu'il serait utile que tous les peuples ne parlassent qu'une seule langue, et ils en concluent aussitôt qu'il suffirait dès lors de le vouloir pour n'en parler (ju'une. Ils mtv'on naissent, ou plutôt ils ignorent que les langues ne se créent ni ne se modifient par décret ou par raisonnement : qu'une langue est un peuple, et toute l'histoire d'un peuple ; que celui-ci ne peut la c[uitter comme une simple enveloppe, alors même que cela serait reconnu utile, et proclamé utile universellement. Les utilitaires ne se règlent que sur ce qu'ils estiment de sens commun ; les passions, les diversités de race, de nation, de lion, les compiexili s de loule sorte qn'ent^endrèrent le passé et la variété des circonstances, ils n'en tiennent compte \
m Dl Lâ NATOKS «DIlAtNft
aussi l'art, l'histoire, et LuuU's les choses en général que le sentiment perçoit ou devine, non la raison pure, leur dezBenrenl étrangèret : e^est pour eux un mooda fenné. L'ab» aonce de tens historique les porte à eroire q\ie les peuples et les langues vont s'ahsorlicr. Ils s'ahuseut; les peuples ne se dissoudront pas dans la sauce du oosmopoliliame i les pr(H priétés d'an peuple sont spécifiques, et le genre humaiii a besoin de la diversité de leurs aptitudes pour s'organiser : il n'organise pas sou unité, produit de l'histoire, contre les peuples mais par eux; il en iait ses organes. La liberté, anssi bien pour les peuples que pour les individus, a missioa de donner carrière à la diversité individuelle et nationale au profit de l' humanité. Le droit est uu, la vie pei-sonaelie et multiple.
« La loi, ea générai, est la raison humaine» en tant qu'elle (gouverne tous les peuples de la tem; et les lois politiques
ot civiles de choque ualiou ne doivent Être que les cas particuliers où s'applique oette raison humaine ^ »
* MoaiMfiika.