‹ De la nature humaineChapitre 51 sur 58 · DU SENTIMENT ET DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DU SENTIMENT ET DES PASSIONS

laissant iiK^erUii lis et comhallus eiilro deux inii>iilsions contraires. Quoi qu'il eu soit, c'est toujouii» comme uue fatalité que nous subissons nos propres impressions; car ces impr^> sions sont le sentiment inévitable des rapports qui existent entre noLro uatiiro ot rcllo dos choses ot dos très qui nous environnent. — Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Le proverbe a raison : nous exprimons notre moi dans nos répiiirnanccs et dans nos inclinations, nous sommes et nous vivons (i uis les objets do notre amour; lour prix dit notre valeur. Au lieu qu'il ne faille pas disputer des goûts et des préféi'enees, il en faut disputer, au contraire, car ils sont loin de se valoir. Que rhomme se perfectionne, il perfectionnera ses ^oùls. S'il a le goût de rbumaniîé, il u'aimera que les choses humaines. Heureux celui dont le cœur ordonne ce que prescrit la raison et ce que veut la justice 1 heureux celui dont le scnliiiionL csL d'accoid avcr la conscience, et pour lequel — inestimable privilé^jo — l'amour rencontrant le devoir et le devoir Tamour, ce serait un devoir de préférer ce qu'il aime, si déjà il ne le préférait.

Dans la passion, qui est l'apogée du sentiment et du désir, la nature agit dans Tbomme; dans l'es œuvres delà ré-

tlexion, c'est l'homme qui agit sur la naLuiL».

Tant que la raison parle, la passion n'est pas entière : c Rien ne coûte moins à la passion que de se mettre audessus de la raison : son grand triomphe est de l'emporter sur l'intérêt. * »

Les goûts, les inclinations nous Omeuvent et nous dirigent

* La Broyôre.

SIS DE LA NATURE ROyAINE

sans agiter ti'op profoiKlénuMit noire ccmir; ils y eiUi*etienueut le feu du désir sans le consumer dans les flammes

dc^rincendie. Mais quand le désir devient la passion, tout est changé; s'il ne nous élève pas au sommet de la félicité et de la noblesse humaines , il nous jette dans les plus profonds désastres et les plus irréparables excès. La passion est nn délire, nne fièvre incompatible à la longue avec la fragilité de l'être humain et les conditions moyennes, sinon médiocres, de son existence : elle est faite pom' bouleverser le monde et se rire de ses barrières.

Rien de grand néanmoins ne s'est accompli, ni pour le mal ni pour le bien, que par la passion.

Qui dira les bienfaits du feu ? Depuis le rayon du soleil qui règne sur les mondes jusqu'à la flamme qui- brille dans râtre, jusqu'à la clarté de la lampe qui éclaire les veillées du pensenr, il pénètre notre existence et la soutient. Sans lui» toute vie s'éteindrait. Et cependant quel élément a causé plus de ravages? 11 en est de môme de Teau, artisan de fécondité qui, s'associant au feu, a façonné le globe et délimité les continents. Les êtres sont sortis de déluges où nageaient leurs germes. Que ne doit pas aujourd'hui la terre, que ne doivent pas ses habitants aux fleuves, à la mer, aux lacs : les flots qui la sillonnent sont les artères et les veines par on circule son sang. D'un filet d'eau dans le dés(?: f un il l'oasis. Les nuages se condensent en pluie, les vapeui's légèies en rosée, et la vie boit ces bienfaits sans lesquels nul être ne subsisterait ni parmi les végétaux ni parmi les animaux. La terre, privée d'eau, l)rAlée jusqu'en ses entrailles, deviendrai! impuissante à non engendrer ;^ son sein se dessécherait. Une aridité temporaire et locale est une calamité pour le pays qu'elle frappe, une sécheresse qui gagnerait touftes les régions du globe serait la mort générale. A quels usages l'eau

DU SENTIMENT BT DES PASSIONS tM

et le fou combiin's ne servent-ils pJis; ils sont les serviteurs du foyer domestique, les vrais cyisiniers de nos aliments ; ils sont les maîtres de toute hygiène. Et pourtant, quelles Cti tas trop h es. quels spectacles nous rappellent, et le clair ruisseau qui murmure eu s'écoulaiit sous le gazon, et la pluie raiiaichissante qu'aspire la moisson, et la goutte de rosée qiii tremble au bord du calice des (leurs sous Téclat mati'nal ? Des coutiueuts entiers submergés, îles mers, des cataractes furieuses, des fleuves et des torrents débordés ; les avalanches, la neige, Taverse opiniâtre semant les ruines, la mi* sère, la désolation, et défiant tons les efforts de l'industrie hu- • maine consternée, devenue un puéril jouet aux mains de la nature déchaînée. Quels bouleversements, quels cataclysmes ne devons'uous pas à cet élément qui successivement a lavé, de la surface du glolie, ébranlé par les convulsions de la mort ou les crises de la naissance, des créations entières?

L'air, à son tour, verse les bienfaits et les désastres, attise la vie et souffle la mort. Il est notre respiration même et l'haleine de tous les vivants ; la plante , les animaux et l'homme avec son aide convertissent leur nourriture en séve, en sang, en chair, en tissus. Qu'elle est douce à respirer la brise, et < j uel régénérateur de tout notre corps qu'un air pur et limpide; un souille vivifiant e?;t une seconde ame. Rien de comparable à l'air, le don universel et gratuit î et cependant il distille les poisons, les épidémies et les pestes : au lieu de nourrir la vie et d'en attiser le foyer dans les veines, il cor* rompt parfois l'existence en son principe et nous fait respirer la mort; il abat et couche pùle-méle, ainsi que des blés sur le sillon, des milliers d'hommes, empoisonnant les femmes, les enfants , les vieillards , brisant la maturité et flétrissant la jeunesse, frappées également de traits invisil)les. Moins perfides sont les fureurs de l'orage et de la tempête,

m DË LA KATURE HDNAINB

mais non moins désastreuses. Le zéphyr (jui vous rôjouit, aiiiauLs licureux, (jui caresse la rose et courlje à peine le brin d'herbe dans les prés, il va déraciner des chênes ; la brise de mer réparatrice et légère, tout à l'heure eouvcrlie eu trombe, spirale iuvisihle do l'air, enlrvora d'un coup le môle du port (pii semblait taillé dans le p-aiiit éternel .* le souille qui enflait les voiles et poussait doucement le navire vei's le port, croissant par de^Tés, auf^mentant encore, va creuser dans la mer des ^'outlres, et faire tourbillouner dans l'espace les iitosistibles vertiges du naufra«^'o. • Tels sont les éléments ; ils créent et détruisent, à l'égal de la divinité indienne, et leur puissance de destruction est égale à leur iiuissanee de création. Les passions l'ont <le môme. Dans les mouvements impétueux et l'exaltation de nos désirs, elles nous donnent les plus sublimes joies de la vie. le plus profond sentiment de l'existence; mais c*est à elles que nous devons aussi, par un retour inévitalde, les plus poignantes douleurs et les plus horribles infortunes. Ëlles souiUent le désespoir et la félicité, les plus grandes douleurs et les plus ineffables délices sur notre destinée. Qu'on fasse le procès aux éléments, à ceux du monde jjhysique et du monde moral : personne, s'il ne veut cesser de vivre, ne souhaitera la mort de? éléments. Malgré leurs terreurs et leurs désastres, malgré le poids implacable dont ils écrasent le cœur de l'bonime , comme le vermisseau sous la roue, qui voudra néanmoins , préférant le calme plat de Tàme et l'immobilité des choses, anéantir en soi la cause de toute vie, de lout mouvement et de toute passion — qui voudra tuer le désir ?

lia passion a l'allure plus prompte que la sagesse; parce qu'elle est le désir, elle marche devant et la distance. La raison ne la rattxapc que dans l'expialiuu. C'est se tromper

DU SBNTtlIBNT 8T DBS PASSIONS 181

pourtant de voir dans la i)assion l'adversaire né de ia raison. Chaque désir de la nature humaine a sa raison d'être dans la raison; en d'autres termes, aucun désir humain n'est sans raison d'être. Il n'y a de contraire à la raison (jne la passion soulevée couti*e l'humanité, et non celle que condamnent les usages, les oonvenanoes, les traditions variables des difiérents peuples. Au delà de ces barrières de convention ffn'olle franchit ou (|u'elle renverse, c'est souvent elle, la victorieuse, qui it^ssaisit la vérité et qui relève les droits de l'humanité. Mais le cœur p^ut se mettre* en opposition avec l'ordre humain ; alors il succombe infkilliblement : ce ne sont plus les conventions des hommes, c'est la loi di\'ine et la loi humaine qui l'atteignent à la fois. Vaincu par la souffrance — et, s'il le âiut, par la mort, l'ordre l'anéantit dans les conséquences mêmes de sa révolte. La passion est la victime du trouble qu'elle a suscité dans la nature ou dans ia société.

Les passions ont leur nature et leurs caraclèj^eâ spécifiques; chacune possède sa physionomie, son otyet, sessympU^eset ses phénomènes. Les plus voisines, la jalousie, l'envie, la vanité, ne se confondent \rds; et c'est ce t|ui a permis au philosophe moraliste, à un la Bruyère, à un Vauvenargues, de les décrire. Les plus distantes se ramènent toutes au désir : c^est ce qui a permis aux philosophes mélaphysi« cleus, à un Spinoza, à un Descartes, de les unir dans le ccBur humain* Diverses dans leur espèce, elles se diver^ fdfient encore m sb marquant de couleun individueUes ou nationales ; elles admettent des variétés, suivant les pays, les leuipérauiculs et les caractère^, {^a colère sani» doute e$t

m DE LA NATURE HUMAINE

toujours la colère, Tamour paiiout est l'amour; la haine, * l'envie, la jalousie, se montrent invariablement sous les mômes traits essentiels : dans le degré, la mesure et rexpre»sion, elles changent constamment. Le pommier ne produit que des pommes; mais que de pommes différentes !

Tout désir peut envahir l'homme jusqu'à le posséder ezclusi?ement. Dans l'idée fixe, la manie, la folie, il s'étaie et couvre la surfoce entière de l'esprit. L*avare, le jaloux, l'envieux , Tassassin , deviennent la proie de leur passion aiLssi bien que l'enthousiaste; Iç philanthrope, l'ap6tre, l'artiste, le savant le sont parfois de la leur. Ravaillac eut l'idée fixe d'assassiner Henri IV, Charlotte Corday d'assassiner Marat. « Comment èles-vous arrivé à la résolution do tuer l'empereur? » demandait naguère un magistrat à un pauvre fanatique qui avait cru trouver dans la mort du czar la délivrance de la Pologne, sa patrie. « En y pensant toujours, » répondit celui-ci. — C'est la mémo réponse que fit Newton, à qui Ton demandait conmient il avait découvert la gravitation universelle.

La passion porte en soi la fatalité, et c'est pourquoi elle est rétoUe (lu drame et de la frairédie. En f^Tandissant elle se faitdestm. Shakspeare l'a montré admirablement; son théâtre est un immortel traité des passions. La passion est sans honneur, elle est sans scrupule et sans moralité : elle est. C'est à ce si^'ne qu'on la reconiiait, qu'elle foule tout aux pieds, et qu'elle ignore tout ce qui n'est pas elle. KiAsoi, elle n'est ni morale ni immorale, elle ignore le mal et le hien : c'est la raison et la concience qui la confrontent avec Thumanité et qui la ju^'ont ; elle-même ne sait rien qu'elle seule.

La plus forte de toutes les attractions est assurément celle que la nature a mise entre les sexes. Elle naît du désir, mais elle n'a pas toujours le même tempérament, ni le même

DU SENTIMENT ET DBS PASSIONS 8Si

emportenieiiL; el j'esliiiie que s'il y a de raïuuiir dans la {>as8ioa\ il convient cepeudaut de ne point les conl'ondre. Us 88 rapprochent et se distinguent. Il y a plus de choix el de sang dans la passion, plus d'âme et de rêverie dans l'a* mour. L'on voit souvent la bête traîner après elle, dans la passion, Tesprit et la volonté gémissante. Pareils aux chevaux d*Hippolyte, les sens emportés, fous, ne sentent plus le frein, ils ont j^a^i^é la main, et comme piqués du dard enflammé de (jaelque taou invisible, ils courent sans les voir aux aUmes. Tout se tait devant eux: l'orgueili l'ambition, Tavariceméme ; devant l'amour, la raison garde quelque droit qui la tempère. L'amour n'est-il (ju'une passion moins forte ? non : il possède sou génie propre. Certaines âmes sont de nature amoureuse, d'autres sont passionnées. Raphaël et Michel-Ange, Mozart et Beethoven, Eschyle et Virgile ne

se ressemblent [)ab, et leur dilléi eiice est t'elle (]ui st'j)are les Âmes ai deuies des âmes tendres et rêveuses. La passion est active, elle est tout actioa. Rêver et soupirer, n'est-ce pas réloqueuce disa'ète de Tamour :

El languor, et silenliuin, Et iatera petitus imo spirilus*.

Le génie de l'amour est tendresse et douce persuasion, le .

teiiipérament de la passion est guerre, eoiiibat, victoire . franchir l'obstacle ou le renverser, voilà ce qu'elle veut; elle possède une volonté délirante. L'amour consume, de ses soupirs sont nés des poèmes. Ce n'est pas le soupir, c'est le feu qui sort des lèvres de la passion et l'eu connaît ses

* Le mol étant pris id d«iM le sens lestnint et spécial que tooporle rapport desstut.

> Uorace.

m DE LA NATURE HUMAIMB

œuvres. L'amour est contemplatif. Il met du Tague au cœur; il écoute, bien qu'il ne les suive guèi-e, los conseils de la raison I mais il déplore de ne les pouvoir suivre : la paasioa d*un geste les écarte, d'un souffle les dissipe. L'amour est im doux poison qui s'insinue dans nos veines par le regard, et {{ui de là gagne la tète poui- l'emplir de songes ; il nous enivre insensiblement comme un bouquet dont ou respirerait, sans pouvoir l'abandonner, le doux vertige. L*amour détend les libres de ràiiie cl désarme la vuloiité en l'énervant; la passion la terrasse et la lie — emportée, elle emporte tout : elle brise ou se brise.

L'amour, tout en ne cessant pas de gouverner le cœur, admet auprès de soi d'autres seiitimenis: la passion est une, c'est uue dictature. La passion est aux auiipo<les de l'amitié: l'amour en est moins éloigné. « L'amitié, dit la Bruyère, peut snbâster entre des gens de difféi-ents sexes exempte même de toute grossièreté. Uue femme cependant ri'^Mrde toujours un homme comme un homme; et réciproquement, un homme regarde une femme comme une femme. Cette liaison n'est ni passion ni amitié pure ; elle fait une classe à part. » N'est-ce pas dans cette classe, ou tout près, qu'il convient de ranger l'amour conjugal, avec prédominance, suivant les cas, de l'un ou de l'autre sentiment qui le composent, * Tamitié ou Tamour?

iiansce que nous prenons pour de l'amour chez les homtiiés, il y a la plupart du temps peu d'amour : mais de l'a* mour-propre, des sens, de l'habitude. La passion semble mioMx convenir au caractère actif et conquérant de l'homme, l'amour davantage au cœur féminin. L'amour ei^t fréquent chez les femmes ; et tandis que la possession et le temps d'ordinaire détruisent le peu qu'on en trouve chez nous, on voit en général qu'ils l'augmentent et l'enracinent chez

ou SENTIMENT BX DBS PASSIONS ^

elles: pour éteindre l'aniour (jii' une femme a conçu pour lui, il laut (^u'uii homme y mette !u\nicoup du sien.

La passion ne connaît qu'un seul chemin, qu'elie franchit d'un bond, tandis qu'on tend à l'amour et que souvent ou y aiiive giaduellemeut, par sympathie, inclination et muLueiie estime. Rien ne couroiuie mieux l'amour et ne le consaci-e que les enfants, la famille et l'éducation : tout cela au contraire est incompatible avec la passion ; la passion hait l(î devoir. Klle IViit des amants et point d"é[»onx ; elle ne crée pas de famille, combien elle en a détruites! La passion ne niche pas : sinon chez autrui. Ëlle ainie le mystère, elle aime la défense, elle dévore le péché que parfois Sîivouio l'amour ; elle est vorace et. de nature démoniaque: elle engloutirait les cieuz et la terre pour s'assouvir. La passion prend tout, et rien ne la rassasie; elle meurt d*étte rassasiée. L'amour donne, il vit et s'accrott de ses propres dons : un payant sa dette il s'enrichit.

L'amour pous rend plus impressionnables; il nous met dans la servitude de la personne aimée, qui tient notre sang en sou pouvoir, le refbule ou l'attirc, selon ce qu'elle nous fait espérer ou craindre, paralysant lu cœur par sou indiilérence, le dilatant et le ranimant sous ses caresses. La passion fait couler en nos veines des torrents de lavé, elle est un délire du sanu. L'amour est une métaphysique du sentiment, il cherclie son idéal à travers les corps qui s'échangent : c'est de le chercher qu'il vit, de ne l'avoir point trouvé qu'il meurt. Il est la curiosité du cœur. Les visages qui disent tout ne pi(pienl pas notre curiosité, ils ni' nuus iiitéresstnit pas ; mais qu'ils nous proposent une tendre énigme à deviner, ils nous charment et nous mettent sur le chemin d'aimei*. Deux cœurs curieux l'un de l'autre veulent se pénétrer, ils Si) cherchent; quand leur curiosité est partie, adieu l'amour I

S50 DE LA NATUK£ UUMAir^E

L'art d*aimer et de se faire aimer consiste à ne jamais se

laisser deviner tout à fait, à réserver toujours au in^àLère un coin de sou âme où rîmaginaliou se puis&e loger.

L'amour dit comme la passion : tout ce qui n*est pas toi m'est égal. Mais il n'est pas prêt à incendier le monde pour posséder ce qa il iU:sire.

L'amour maternel est différent de l'anjour coi^ugai, ils se rattachent cependant l'un à l'autre, et se rejoignent : une femme aime encore son mari dans ses enfants, comme elle peut le délester en eux s'ils lui ressemblent. L'instinct niateruel traverse tous les èUes vivants : le cœur maLeruel, chaud de tendresse, est le nid où la nature abrite la jeune couvée; la chaleur, physique ou morale, est nécessaire h tout ce qui doit éclore et se développer. Les bétes à niaiiu égard moulreut une puissance d'allecUon supérieui'e à la nôtre, et cela vient de ce qu'elles raisonnent moins; au lieu de n'avoir point d'âme, comme ou Ta voulu prétendre, elles sont tonl âme en certaines occurrences. Le chien esl nn ami plus tidèle <|ue l'homme, plus loyal et plus désiutéressé. Ou voit fréquemment des bétes qui vivaient ensemble mourir du chagrin d'être sépai'ées. Quels plus doux amants, quels plus tendres époux y a-t-il (pie les colombes?

S'il existe des dissemblances entre Lamour et la passion qui ' se touchent, il en existe entre l'amour et l'amitié qui parfoia semblent se rencontrer. S'aimer d'amour, c'est vivre l'un dans rauin; : c'est se confoudre. Jaiuais deux amis ue se cûnlondent, ils s'uuisseat.

L*amitié se nouiTit de services, elle en produit ; l'amour veut des sacrifices qui vont jusqu'à tout abandonner, même la vie, pour l'être aimé. Le premier désir de l'amaut est de trouver quelque occasion de se dévouer; le premier désir de l'amitié, et qui en est l'indice, c'est de décou-

Page 1