DU SENTIMENT RT DBS PASSIONS US
vrir quelque occasion d'obliger. Au fruit, on connaît l'arbre. L'amitié et l'amour sont comme deaz arbres qui viennent en des zones et des climats différents, et qui donnent chacun leur fruit. Le temps, qui fortifie l'une, affaiblit l'autre presque toiyours; dans l'amour (x>njugal, n'est-ce point l'amitié qui, transformant en tendresse le lien des cœurs, sauve les époux du naufrage complet de l'amour? L'amour se nourrit de mystère autant que d'aveux ; rauiUié ne soullre pas de secret, et c'est en se connaissant mieux que les auiis s'aiment davantage : on n'en peut dire autant, eu général, des amants. L*amitié s'enracine dans la terre, l'amour ressemble à une Heur exotique qui ne s'y acclimate que dillicilemenl ; OU l'y voit s'épanouir en des Horaisons éclatantes, mais le cœur qui l'a porté rarement réussit à le nourrir : comme une semence tombée de Taile d'un invisible messager, il meurt d'épuisement sur notre sol, loin du climat céleste. Un dieu pourrait lui donner l'immortalité; Tbomme qui l'éprouve croit qu'il est devenu dieu, il y a du dieu en lui tant qu'il le garde en soi : lorsqu'il l'abandonne, le paradis s'évanouit, la terre et les cendres restent.
Les jeunes gens n'ont pas de discernement en amour; ils n'ont de discernement en rien, ils aiment comme ils lisent, à tort et à travei*s. L'esprit et le cœur n'arrivent au discernement, qui est le cboii, qu'à leurs dépens, et alors il est souvent trop tard pour aimer ou, destin plus cruel, pour être aimé. Heureux celui qui, sevré d'amour, trouve de vieilles amitiés ; heureux celui qui n'a pas seulement des amis, mais qui sait être un ami ; car a il y a im goût dans la pure amitié, oii ne peuvent atteindre ceux qui sont nés médiocres^. » L'amitié est une si bonne cbose, parce qu'elle permet
> Lu. iirujère.
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la couiiance et rabaiidoii, qu'elle uous soulage du poids du silence. Maia elle*iiiéiiie a besoin, pour faire accepter la vérité, décompter avec la faiblesse humaine; elle s'en tire parce que son inspiration eM. là, et qu'au désir de rendre service ea diiiaut la vérité se joint toujours clies elle celui de ne pat déplaire en la disant. Son art est charmant, il entre* mâle toutes les ingéniosités de Tesprit à toutes les tendresses du seulinienl, il tait passer l'épine sous les roses; c'est en ca» ressaut qu'il touche le point seiisiiile : la secrète blessure des défauts ou des fautes que Ton s'avoue sans les avouer. .
Le mensonge tueTamitiéf l'hypocrisie l'empoisonne, mais la ilatterie la rend impossible ; bien qu'elle crée des rapports qu'on prend souvent |iour elle. Placer un cœur honnête cuire Tamitié et la franchise, c'est lui dire de renoncer à l'amitié. Aussi, la peine de qui veut, avant tout, ôli-e flatté, c'est de no pouvoir posséder d'amis ; il ne retient auprès de lui que des courtisans sous le masque de Tamitié.
L'homme souirre, parce qu'il aime; il a des joies, parce qu'il aime. Qui voudrait ne plus souffrir de rien, n'aurait qu'à s'abstenir de rien aimer. Quel homme, cjuel être vivant
le pourra, et iL'ijuel le voudra jaiuaisf
La mort iail partie de la création ; la souffrance est inhé* rente à la vie, et puisque vivre c'est sentir, et que nul être ne peut éprouver de joie sans être sujet à la souffrance}, la
soullrance également est essentielle à la création. Le cu'ur d'où nait la soulli'auce, nous permet de compatir à la • Bouffrancéi et rien ne nous console mieux de nos dou*> leurs que de partager celles des autres. Qu'il est pauvre celui que pei-sonne n'aime et qui n'aime personne ! La des-
ou SENTiyKN'T ET DËS PASSIONS ÎSS»
liiiéti nous laboure le cœur, mais (:\\sL daus ses sillons (jun germent les pensées les plus fécondes : rhomme ne mûrit que dans la douleur. Une terre qui n*a pas été ramuée ne rend pas. H faut avoir vécu, il faut avoir soulFert pour aimer proloudeuieal, — pour savoir aimer. La jeunesse n'aiiereoil que les enveloppes de la vie dans lesquelles elle met ses chimères; l'expérience seule pénètre jusqu'au noyau et goûte le Pmît amer. Nul ur spra véritablemeut poêle s'il n'a connu les « larmes des choses; » la poésie qui n'a pas vécu ne vivra pas : car elle ne contient pas la vie, elle n'est que déclamation. La jeunesse n'est charmante et poétique que pour qui sait <'e qui lui demeure réservé; elle l'est comme l'enfance, dang laquelle nous conlem pions tout ce (|ue nous avons perdu. La douleur et lexpérience les attendent Tune et l'autre pour les dépouiller de l'illusion.
• Qui n'a pî« connu de soutîrauce ne counaît ]>as de joie pro»* fonde; soullrauce et joie se lieunent. Elles seiaienl inépuisables, si rhomme avait une capacité illimitée d'émotion. 11 est des peines si intenses et de si fortes joies qu'elles tuent riionime: elles excèdent les l)ornes de sa nature. Monlaigtic dit que « la volupté même est douloureuse en sa profondeur. »
Qui [leut plus souffHr, peut plus aimer.
La soulViance se moule sur nous. Tel, frappé d'une déti'esse qui semble urépai able, éclate en cris el veut mourir : Vous le rencontrez demain, il est consolé, et de sou désespoir d'hier c'est votre souvenir c|uî a gardé la plus profonde empriMule. La plupart des honunes ont un c<inir de lieire;
\{» ilolteni sur la mer de i'iul'urluue, ils sont superHciels. Los grandes douleurs préparent aux grandes passions ; un cœiir quelles ont creusé est plus propre à en accueillir et à en
développer le yerme. Le bonheur, la vie paisible, uniforme,
ttO D£ LA I^ATUHË liUUAlNB
bercent nos âmes et les endorment; la souffrance les réveille, elle brise la glace (jiie la routine a formée. Les profondes
douleurs sont muoLLes; ceuxijtu les éprouvent sentent que la parole n'eu atteint pas le fond et qu'elle les profanerait. Aussi marchent-elles accompagnées du silence. Mais leur silence est éloquent comme celui de l'océan, des glaciers et du désert. La poésie seule peut leur prêter une voix, elle est d'inspiration sacrée, et c'est surtout quand riioninie se tait que Dieu parle. Le christianisme a créé le culte de la douleur dans la compassion ; le paganisme n'avait que l'art pour l'exprimer. ObÀiiite, Niobé et Laoeoon sont des types impérissables de l'humaine souffrance. 11 ejuste dans Uomère une scène où le cœur, échappant un instant à Tétreinte d'une volonté héroïque, montre à nu la fibre pal )ii tante de l'homme, moi tellement atteint eu ses plus chères alîectious. C'est lorsque le viçux Priaai vient, sous la lente d'Achille» supplier le fils de Pélée de lui rendre le corps de son fils :
— «Il dit(Priara) et fait naître chez le héros le regret de son père et le désir des pleurs. Acliille prend la main du vieillard et Téloigne doucement; puis tous les deux se souviennent. Priam, prosterné aux pieds d'Achille, pleure amèrement le vaillant Hector ; Achille verse des larmes sur son père et aussi sur Patrocle.
— Mais Achille reprend bientôt et dit : <c Cependant, croismoi, «ssieds-toi sur ce siège. Quelles que soient nus alléelions, renferuioiis-ies en notre âme. »
La joie aussi est sainte, quand elle est humaine, et Spinoza a raison de dire : « A mesure que nous éprouvons une joie plus grande, nous passons à une i)lus grande perfection,* et nous participons davantage de la nature divine. » JLe * soleil est la joie de la nature, la joie est le soleil des
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vivante. Quaud iliuil, ouvronsmous à ses rayons, car Meulôt il disparaîtra dans les nuages du malheur.
Qui respecterait celui qui jamais n'aurait souffert ? qui • pourrait mépriser celui qui a souttert? Lorsqu'un homme est coupable, mais que son malheur excède ses crimes, nous ne saurions nous empêcher d'être attiré vers lui : c'est un grand coupabh\ c'est une plus grande victime, et la victime l'emporte à iiosyux. Aucun morieijamais n'a été assez malheureux pour n'avoir compté, dans sa vie, des jours de bonheur; aucun, même le plus heureux, n*a su retenir le bonheur. Peut-être Tamertume croissante de la vie est-elle laite pour nous aider à mourir plus doucement? Qui creuse les choses s'attriste, il voit que leur dernier fond est la douleur. Voilà pourquoi les natures méditatives sont'ou deviennent tristes; elles approfondissent la vie. La frivolité n'échappe à la tristesse que parce qu'elle relïleure.
Laquelle est la plus grande de la souffrance ou de la joie ? Souffrir pour quelque chose de grand, voilà la grandeur dans la souflrance ; se réjouir du triomphe de quelque chose de grand, voilà la grandeur dans la joie. Le soupir et le cri sont des vibrations de T'air, mis en mouvement par des vibrations de Tàme. Il n*y a de l'un à l'autre qu'une différence de degré. Gopeudaiii, il peut y avoir plus de soulTrance dans un soupir que dans uu cri.
L'homme n'échappe aux grandes passions que par les
petites, dont l'amour-jiropre est le foyer, et non plus le cœur. L(^s grandes passions le transportent hors de lui, les petites l'y ramènent et l'y confinent. Otez la vanité,
SM DK LA NATUIIË HUMAINE
ei vout l'allégem de l)eancoup de petitesses et de puérilités,
mais sans cl h', ([nt; doviouilraioiit la plupart des hommes, et comment vaùicraieiil-Us l'iuerlie de leur voluuté, Jiiu'tout dans un temps où toute passion s'est amortie? Ceux qiii se vantent de triompher de la vanité, n*en triomphent la plupart qu'à force d'or^ufil. L*orgueil et la vanilô sont des délauis qui viennent de l'amour- propre, niais qui dans ieur$ elTel» ne se ressemblent point.
On reconnaît les gens vains, et ils peuvent eux-mômes se rei'ouiiaitre à coci, qu'ils se deuiaiidcut à tout proi)OS : Que punse-t^ou de moiï L t^U'el produit leur sulllt, ii ne $uiliL pas à Torgueilleux, qui même le dédaigne. L'homme vaia cherche le sulTrage des autres, l'homme orgueilleux le sien. L'orijueil est un vice comme la vanité; mais d'un ovdn; supérieur, car il tient de près à une vertu, le respect de soi. Cependant il n'en offre que la caricatui-e. 11 s'imagine être grand ; en réalité il resu^ polit, il est une petitesse : qui ne s'oublie ne lail rien de f^rand, et l'oi-i^uei lieux ne s'ouldio jamais; son orgueil est un miroir, il s'y contemple en pied, sur le piédestal oCl son amour-propre Ta haussé. Connaissons la prétention secrète de chacun, apprenons surtout à connaître nuire propre raibii^sse. Tel dit et croit qu'il n c-st pas vain; mais n'y a-t-ii pas quelque vanité à le dii'e, quelque orgueil à le penser?
La vanité est proche parente de l'envie ; elle engendre la ilatterie en la sollicitant ; envie et llatlerie, c'est sqji escorte accoutumée. P]lle est oil'eusée de l'éloge qui s'adresse à autrui, qu'il soit ou non mérité; sentiment blâmable qu'il faut se garder de confondre avec celui que nous inspire un élofiC imniéritc', c;u' c'est alors la justice ({ui se révolte en nous. D'un enté un sentiment étroit et bas, de l'autre un sentiment humain et supérieur. Ceux qui n'aiment pas
DQ SBNTIHBNT RT DBS PASSIONS SOI
qu'on louo auUui soûl d'oiiiiuuu-e ceux qui aiiiuMil qu'où les loue. Il se lenoontre néanmoins des esprits dénués d'envie et qui ne peuvent se passer d'être loués. L'éloge est sain quand il est mérité et (lu'oii ne le recherche pas avec passion ; mais le goût de l'éloge et celui du viu se l'essembient, tous les deux produiseut des ivrognes.
La cupidité et la vanité sont sœurs; elles augmentent avec ce qui semble devoir les apaiser. La vanité est un monstre qu'enfante le cerveau, et dont l'appétit croit à chaque bouchée : humble d'abord et chétif, il devient for» luidable. C'est lui qui a mis le feu au temple de Delphes. Un ne peut avoir de vanité dans une île tléserle : Bobinsou n'en avait point. Mais il avait peut-être de l'orgueil en contemplant ses (i(iiviages.
Mieux que les atta((ues de vos ennemis, la ft<oideur de vos anus vous prouve quekp^ielbis que vous réussissez. Un ami qui se réjouit de vos succès est seul véritable, c'est à cela que l'on reconnaît qu'on est l'ami de quelqu'un, quand on éprouve du plaisir à le voir réussir. Rien de plus perspicace que l'envie pour découvrir les dél'auts, rien de péuétmnt comme l'amour pour ressentir les qualités. L'envie se punit elle-même en souffrant de la supériorité d'autrui ; l'amour et l'amitié se récompensent eux-mêmes en l'aimant. L'envie est dans le cœur, la vanité dans la tête, c'est un produit de l'imagination. Aussi la vanité n'est-elle pas une passion proprement dite; elle ne le devient que lorsqu'elle se convertit en envie. La vanité eni[)lit l'esprit et le grise; l'envie ronge l'àme : l'une est capiteuse, pai'fois naïve et sans voiles; l'autre se cache avec soin et se tiahit toujoui's. C'est la plus vile et la plus honteuse de toutes les passions : elle
mène à la lâcheté, à la (lt''lalif»M ; elle se nourrit de aiensoiuge tit d'hypocrisie, elle rampe, adule et mord.
Mais l'envie punit Teiivie. En général, elle prolite à l'envié, en C6 qu'elle le met davantage en évidence ; Tenvieux, doublement châtié, ne peut s'empêcher de travailler contre lui-même. Le dénigrement ressemble à l'envie, mais reste à mi-chemin ; c'est la revanche des petits esprits : il gratte la statue de la grandeur, que l'envie cherche à miner sourdement.
Les petites passions grimacent l'humanité et ne donnent le change qu à elles-mêmes. La vanité et l'orgueil singent la dignité humaine » le point d'honneur simule l'honneur, la jalousie l'amour, la cupidité et l'avarice l'économie et le travail ; la lubricité affecte les allures de la volupté, l'anibition coupable qui ne veut que le pouvoir, contrefait l'ambition noble et salutaire qui veut le progrès. Mais c-'est ici le cas de répéter à leur propos ce que disait La Rochefoucauld de riiypocrisic : (ju'elle est l'hommage que le vice rend à la vertu. Les passions mesquines de l'égoïsme, en singeant les passions élevées du cœur, rendent également un hommage déguisé à l'humanité et lui paient tribut au fond de l'âme.
D 1VEK81TÉS INDIVIDUELLES. — ESPRITS ET CAR AtiTtRES.
DES facultés:
DU JUGEMENT. — DE l'IM AQIN AT 10 N
Cns qsi oe peafent rendre rtiMia itê «arMèv
de rrsprit humait, f ftppoM'ni drs conirarielès ioi'Splirsbk's. Te qui fait qu'ils oui tant ilc |>i-iii(' à concilier ces preieiidues biurrerii'>, c't>»t qu'ils confondent les qoalltèt dn caraelère avee celici de l'esprit, et ^oMs rapporu^t au roiMMinenient des efcu q/ù «i^rtieiinent nx passions.
VaOV£1UB60U.
Depuis qu'il existe des visages, l'on n'eu a p<ài> vu deux qui fussent identiques. Chaque individu a son visage moral. Cependant les traite généraux de l'espèce se conservent, et
pénètrent dans la diversité touffue des variétés et des individus comme les rayons brisés d'un même foyer dans le peuplement de la forêt : jusqu'en ses enchevêtrements les plus compliqués et ses plus meztricables fourrés, il en luit quelque chose. Mais la diversité frappe d'abord, et celle des esprits et des caractères se montre dans l'homme plus fraude à mesure qu'on avance davantage dans l'expérience des hommes.
La diversité humaine est nécessaire à la découverte du vrai. Celui-ci, en effet, n'est {)as un point inatlM>in;itique, ni uue simple ligne tirée d'un pointa un auUe; il n'est pas
See DE LA NATURB UUNAINË
davantage une pui-e agrégation, un assemMago de parties : il est le litMi des choses rassemblées eu lui. A cause de celle nature du vrai, il est impossible qu'un seul esprit rembrasse tout entiep et le voie complètement sous ses faces multiples.
Les esprits ?oiit diversement siUiés dans l'espace intellectuel, ce qui l'ait la diversité de leurs points de vue. Chacun est contraint de rester où la nature l'a logé ; il n'aperçoit les faits que selon sa hauteur et le lieu qu'il occupe. Uu esprit faux est placé à côté, un esprit excentrique eu dehors de la réalité; un esprit juste se tiouve plus près du milieu des choses. L'esprit à la fois juste et élevé, voit le mieux et voit le plus loin. Il est des esprits élevés ipii, mal situés, mauriuent de justesse ; d'autres qui, bien situes et voyant juste, faute d'élévation -ne voient pas loin et n'embrassent (ju*un cercle très-restreint de rapports. Si Tunivers a son centre en Dieu, et que Dieu soit Tesprit universel, Dieu seul embrasse tons l«'s l apports de tout»!s les choses, ii possède eu soi la vérité ai)solue : il est la vérité.
Le sens du réel manque à nombre d'esprits. Les esprits rbiraéri«pics sont ceux on ce manque apparaît le plus, ils pcupleul de lictions le vide que la réalité laissai m eux. Les esprits faux, plus nombreux, — car quel esprit ne Test plus ou moins ? se distinguent des chimériques en ce qu'ils créent des erreurs et non des chimères : une chi^ mèvB est l'absence de réalité, l'erreur une appréciatiou lau« tivede la réalité ; c'est une minime parcelle du vrai pris pour le vrai tout entier. Des esprits faux aux esprits systématiques, la distiinci^ n'est pas grande ; un esprit systématique est celui qui joint aux déviations de son jugement une certaine puissance de généralisation : la porte, de ce côté, est toujours ouverte au fanatisme, et la passion sulKt pour en
OIVEHSITJ^S IfiPlVlDPBUES W
faire franchir le st'iiil. Lrs esprits l'anx iuî soul [y,\^ m'i-» cesjiaU'tjmeut des usprils étroits. Uu esprit elruit puul, n'être que borné et voir juste dans ses limites ; l'esprit faux peut être étendu et ne pas saisir le vrai tout en
eriil)iasï>aiit lit^aucoiip : il est susceptible de larfieiir, de génie même eu un sens; car il y des erreur^ qui ^louueut par la puissance d'imagination qu'elles supposent et qui sont des créations. C'est abisi que l*on rencontre parfois une force d'einhiiiieineiit remarquable des idées dans Tabsurde; le point de départ est faux, mais qu'où i'acceple, une logique iuviuuibie vous emporte : sauf le premier anneau, que rien ne mttache à la réalité, la cbatne est de fer.
Dans tout liomnie, il y a les qualitég de sou esprit et celles de sou caractère. L esprit et le caractère sont distiucis; ils se séparent, quelquefois même ils se contredisent. Mais ils se pénètrent aussi. Je n'ai pas connu d'bomme rusé ({ui, par (|iiel(pie endroit, n'eût l'espi it iaux. La sagacité confine à la subtilité, la subtilité à la ruse, la ruse la fraude. Xi e^it peutrêtre plus diU&cile de rester honnête quand on est né fin : le caractère alors a besoin de l'emporter sur les ^(Midancea de l'esprit. Si elles ne s'excluent, l'élévation et la iinesse s*accordeut raiement. Mirabeau écrivait du doiyon de Vincannes à Sophie Monnier ; «c Va, laisse dire; la finasse ne fut et ne sera jamais que le partage des esprits médiocres et des cœurs é({uivot|ues : c'e^t une vue courte qui dt'couvre les petits objets qui l'avoisinent, et ne peut saisir ceui^ qui sout éloignés. La ruse est le talent des égoïstesi et ne peut tromper • que les sots... »
Je n'ai guère connu d'homme de sens qui n'eût de la droiture i le bon sens et l'honnêteté «ont de même fomiUa, Le génie renferme un bon sens supérieur, mais non opposé au bon sens moyen; il est sain d'esprit et de cœur. « Le
m DE LA NATURE HUMAINE
bon sens se forme d*un goût naturel pour la justesse et
la médiocrité ; c'est une qualité du caractère, plutôt encore (|ue do l'esprit ^ » Il est dillicile qu'au honime qui vit malhonnêtement garde intact son jugement ; il est difficile qu'un homme qui vit sainement ne pense pas sensément. Une existence factice altère resprit; en deliors de la iiature et du vrai, l'homme perd pied. Uu esprit prétentieux est toujours faux. Il n'y a de vérité, de simplicité et de fécondité que dans la nature. La subtilité nous éloigne du vrai par uu trop vif désir de n'eu rien laisser échapper ; le bon sens et le bon goût se cherchent, au contraire, et se trouvent, quand la délicatesse les unit. II ne me semble pas possible qu'on ait du goût sans avoir du sens , mais j'ai vu des persunues de sens niaïKpKT de p:oi\t ; l'épidorme de l'esprit, le tact, leur faisait déiaut. Le tact suppose beaucoup de sensibilité unie *à beaucoup de jugement. Sans jup^ement, point de tact, et le jugement ne suftît pas pour eu donner: il fauten outre sentir délicatement. Aussi voit-on souvent la perspicacité et la pénétration d'esprit alliées à la délicatesse^ nerveuse et presque maladive de l'organisme. Les gens très-bien port;ints sont rarement sagares; s'ils possèdent le bon sens, leur esprit n'est pas aiguisé et ne pénètre pas loin. Ils ne démêlent que les choses prochaines et un peu grossières; ils ne voient bien qu'en gros et de près.
Bon sens et sens commun ne sont pas tout à fait même chose. Le sens commun affirme que la terre est immobile i se réglant sur la réalité immédiate et sensible, son œil ne va pas au delà des apparences physiques. Voyant ui^bâton qui, réfléchi dans l'eau, semble recourbé, il dit : ce bûton est recourbé. Que le soleil décline à l'horizon^ il ailirme que
* Vaaven«rgo«s.