L'AME ET LE CORPS W
renferme en principe. Aristote, saint Thomas, saint Augustin marchent dans la mdme veie ; ils font de Tàme la génératrice du corps, du corps la traduction phénoménale da l'Ame. Platon, dans ses idées, voit les types incorporels des choses corporelles. Nomhre de naturalistes aujourd'hui inclinent vers cette hypothèse, la aeultM[ui soit spiritnalisie radicalement, et non pas supcriiciellement, à la i'açou de ceux qui collent une âme à uu corps, et qui comprennent l'être vivant, oik l'âme répond au corps, le corps à l'Ame» conune nn plaoags de deux choses qu'ils ont comm e nc é par déclarer incompatibles de nature.
On peut disserter là-dessus et rester dans le doute; ce qu'il y a de certain, c'est que chaque être possède un centre do vie qui est son Ame. Dans le monde sidéi-al, il existe autant de centres que de corps ou de systèmes astronomi«iues ; depuis le plus grand jusqu'au plus petit, chaque globe tourne sur son axe. Cependant il n'obéit pas seulement à •on propre centre ; il est attiré par d'autres globes, et dans l'immensité se déploie nne hiérarchie de planètes et de soleils : les cieux sont organisés. En tons ces globes, en tous ces systèmes réside la gravitation. L'identité infinie est dans l'infinie diversité, et dût-on pousser la décomposi» tion des mondes jusqu'à la dispersion élémentaire et les résoudre en atomes, en chaque atome subsisterait encore la loi dont les mondes sont sortis : la loi qui, après avoir organisé les oieux , les gouverne, les meut et les soutient. U n'en est pas autrement des corps dont les éléments, légions d'atonies*, toui Ijilloiinent, groupés en des proportiuus dilleientes, autour de centi'&i invisliiics.
» J'entendg par atome l'élément irreducfible, la limite logique de toute âécomposition. Personne n'a vu d atomr-s, excepté la raison, mais il est iinpossiit^le à la raison do n'en jpas apercevoir, parce qu'elle no p«ul adiucUre 4ue
Eziste-t-il autant d'âmes que de corps vivants, ou chaque âme n'eat-elie que Tapplication d'uoe force identique à ua organisme particulier ? Si les âmes se sentent distinctes, elles
KOnt, en revanche, toutes comprises dans l'cnscmbliî univerael, et eu relation avec lui; elles se rattachent donc, d'une manière ou d'une autre, au principe d*unité sans lequel cet ensemble et leurs prc^pres relations n'existeraient pas. Ajoutons qu'elles manifestent toutes, quelle que soit leur dirersité, un fait qui n'a qu'un seul nom dans toutes les langues : la vie. On dit le» ftmes, on dit la vie. Mais sur la nature du lien qui rattache les Ames diverses à l'unité de la vie universelle, il ne nous est donné d'émettre que des conjectures.
L'électricité est une dans son essence, multiple dans ses applications ; en toute parcelle, en tout atome d*oxygène se
retrouve l'oxygène avec ses propriétés constitutives : il eu est ainsi de toutes les forces générales et substances de la nature, lesquelles se diversifient par leur apparition en des milieux différents. Et que sont les corps, sinon des milieux variables où se joue la vie? « Comme nous voyons du pain que nous mangeons, dit Moutaigue; ce n'est que pain, mais noslro usage en fait des os, du sang, de la chair, des poils, et des ongles ; Thumeur que suce la racine d*un arbre, elle se foict tronc, feuille et Iruict; et l'air n'estant qu'un, il se faict, par l'application à une ti'ompette, divers en niilie sortes do sons. » Saint Thomas pensait que le principe d'indiviéHthftofi, en d'autres termes de variété parmi les êtres vivants, réside dan^ le cor^js : ce qui signifierait que les âmes sont des maaiiestations (' Iverses , grâce auit corps divers,
dans ce qni est conposd il n'y ait pas de parties indécomposables, dernières et primitiv»>s II faut, ou nier le composé, ou afîiriner riniî<.'COmpo>ablH ; mais i'oa ue poui nier la composition Uaos les corps or^juùsés et dans raiuT«rs,
VkUE ET LB C0EP8 41
d'une seule puissance de vie, et qu'au fond, il n'y a qn'une dme. Mais devant celte hypothèse se dressent de nouvelles énigmes : d où vient alors la diversitô organique des espèces, des familles, des individus! et pourquoi la diversité des âmra répond-elle à la diversité des corps? Questions auxquelles rhy[)Olhèse de Darwin n';i i>u rrpondre, quel<jut^ eti'ort qu'ait tenté sou auteur ' pour eil'acer toute idée de diversité à l'origine des êtres. Leibnitz, en retour, qui allait à l'opposé, et finalement n'a voulu voir dans les éléments de l'iiniviTs fjue des Ames fi l'infini, s'est vu contraint de ramoner l'unité dans celle divei*sité substauLieile, ensouniellant ses monades multiples à l'empire d'une monade centrale. Ceux qui considèrent les âmes comme identiques en leur principe ne peuvent se dispenser de les distin^'uer num(''ri(pieni('nt dans les corps distincts; qui t'ont de chaque âme une essence ne peuvent empêcher qu'on ne leur demande si l'âme de chaque mollusque est une essence éternelle. Ni les partisans de l'identitô absolue, ni ceux de l'absolue diversité des Ames n'ont triomphé de ladifticulfé : qui ne veut voir que l'unité se heurte à la diversité, qui ferme les yeux sur la diversité rencontre l'unité malgré lui. •
Quoi qu'il en soit, et que cba(îne Ame n'accuse qu'une expression particulière de la vie universelle dans un corps particulier, ou qu'elle trahisse- une substance indivisible et distincte, de telle sorte que chaque être ait la sienne, essentielle, incommutable, depuis telle huftre, telle chenille, tel vor de U'rre, jusqu'à Newloii, Jc^ns, ou Phidias, Ton est obligé de reconnaître qu'une âme existe eu toute ' créature vivante, et l'on ne peut que ressentir la sienne coinmc une force qui se confond avec notre propre être,
* El surloui B4» disciples.
If DB LA NATURE HUMAINS
et qui nous donne la certitude d'un fait absolument inétragable : à savoir qu*on existe, et qu'on n'est aucun autre que soi.
Le moi n'existe pas sans âme, puisque le moi est la conscience qu'une Âme a d'elle-même; Tàme en revanche existe sans* le^moi, puisque la conscience qu'elle possède d'elle naît, augmente, diminue, s'élève, s'abaisse, et peut disparaître entièrement. La conscience et rinconscieiuxi sont des étals et des degrés de i'àme; la conscience ne créo pas l'Ame, l'inconscience ne la détruit pas. La conscience que l'Ame a d'eUe-môme, le mol, disparait dans le sommeil sans rôves, dans l'évanouissement (qui est précisément celui du moi); dans la folie le moi dévie; l'aliéné se devient étranger à lui-même*, il devient comme un autre que lui. Toute une portion du moi, avec la perte de la mémoire, peut retomber dans le passé et se détacher de lu conscience; à chaque instant, en revauche, le moi s'enrichit par la mémoire d'acquisitiona nouvelles, en rappelle d'anciennes : il n'est jamais immobile, il prend et laisse, retient et perd, ciolt et^ * décroit; un monde d'idées, de sentiments, de désirs, de sensations, de souvenir., se joue, parait, disparait, réapparaît en son vivant miroir. Dans le somnambulisme et dans le réve, l'Ame agit en automate sans notion de la réalité extériem^e, par conséquent dans un état de conscience incomplet, puisque le moi complet sni)pose, et la conscience de notre • propre étie, et celle des clioses extérieures qui nous envi-
* 4'm*mm, tfiitDger»