‹ De la nature humaineChapitre 8 sur 58 · L*AUE ET LE CORPS IS · texte numérisé non relu

L*AUE ET LE CORPS IS

roiinent. Ghes Tenfant qui n'a pas quitté le 9ein maternel,

le moi n'existe pas encore, l'Ame et la vie cependant existent déjà; chez l'enfant en bas âge, discernable à peine, il s'ébauche dans l'instinct, il ne s'achèrera que dans Tesprit graduellement développé, et tiré de rinconscience au conlact du dehore. La vie a son histoire en chaque être vivant, dans l'homme elle s'élève progressivement : d'abord végétative, puis instinctive et confusément intelligente, elle devient la pensée réfléchie, avec laquelle commence l'homme moral, en m»^me temps qu'une nouvelle évolution de l'ej^isteuce \ car la pensée tend à former, au delà de la sphère du corps auquel elle se rattache par le cerveàu, un orga^ nisme intellectuel, sorte de corps intangible dont les idées sont les éléments, et dans lequel elles s'enchaînent, sous la loi de l'esprit, de même que dans le corps visible s'euchaiuent les cellules organiques. •

Les degrés sur lesquels l'homme s'élève pour atteindre ani régions de l'idée, les règnes inférieurs les occupent sans pouvoir les franchir ; la plante, restée sur le premier échelon de la vie, n'a qu'une existence végétative, l'animal demeuré sur le second, n'a qu'une existence instinctive, et s'il possède de l'intelligence*, ce n'est pas celle qui généralise, se réfléchit en soi, et par sa puissance de synthèse force l'entrée du monde idéal. L'homme ne prend sa place dans la création, il ne découvre son être véritable, la pensée, que lorsqu'il voit s'ouvrir devant lui les perspectives de l'univers, la terre et les deux s'éclairer de la luniii-re qu'il porte eu sui-uième.

Les AUemands disent que l'âme sommeille dans la plante, on peut dire que. la pensée est son plein réveil. Nous* mêmes, quand nous dormons, ne somn^es-nous pas sem*

t > Ce qui n'est pas eofflteetaUi^.

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blables à la plante ; semblables à l'animal quand nous n'agissons qu'en vertu d'un pur instinct sans mélange de ré-

nexion ? La vie vé^^^tative ou iiiitiitive , la vie aiiiiualo ou d'iuslinct, la vie iaLellecluelie en pleine lumière de raison, nous les unissons dans notre vie. L'homme monte l'échelle de Texlstence, il la redescend parfois, et jusqu'à colle iimile où iVMior.:,'i(^ aniinalc. }»r('S(|uo dctriiUt', aj)rès avoir survécu à riuLellig«:uce, laisse les ibrces végélatives lui survivre à leur tour, obscures et vacillantes lueurs qui vont bientôt s'éclipser dans la nuit.

L'unité organique est la réalité du corps vivant. Quelques organes peuvent s'en retrancher sans que la vie en souffre une atteinte radicale; aucun organe ne peut sub-> sister en l'absence de l'organisme, et c'est nue loi que les organes qui précèdent les autres dans le développement de l'être supportent ceux-ci : d'où résulte que les organes inférieurs ne peuvent être abolis sans que les organes supérieurs, manquant de leur support, ne périclitent avec eux. Un homme qui cesse de respirer cesse de penser, nn homme qui cesse de penser ne cesse pas nécessairement de respirer. La pensée dépend de la respiration, la respiration n'est dans la dépendance de la pensée que par l'intermédiaire du sang,

des nerfs et du cerveau, dont les troubles peuvent atteindre à la

longues les tonftiDii-. iL^-iuraloircs eu altrrant les organes

dont elles dérivent, Silasuppression de la pensée devait abolir la respiration, comme la suppression de la respiration abolit la pimsée, nous ne pourrions nous endormir sans mourir;

or, nous cessons tous les soirs de penser, et nous recommençons le lendemain : le moi .s'eUnut dans chaque sommeil pour renaître dans chaque réveil ^.

' Je. suppose toujours 1.^ >iommtMl coraplel, lo siniirnoil <:ins rêve, qui esl une sorte de syncope cUrouu|ue, ioiurinMoale el prulu.i|,'co.

L'AME ET LE COUPS kH

La loi de saperpositioa ou de série, qui dans Tétre vivant fait dépendre le plus du moins, et ce qui suit de ce qui

précède, se retrouve en tout ce qui a une hisloiie. Dans celle de l'espèce, l'état des générations présentes suppose les idées, les sentiments et les actes des générations antérieures. L*bomme moderne, ({uî particule de tous les âges et de tous les progrès du passé, résume dans sou moi ceux des hommes et des peui»les qui ont vécu avant lui : quelle àme contemporaine n'implique nne part considérable des âmes antérieures et de leurs œuvres? Nous sommes plongés dans un fleuve dont toutes les ^^l'uératious et tous les peuples sont les aUlueuts, nous y abreuvons notre vie; que seraient les plus gi'ands et les plus petits d entre nous, s'ils n'avaient en eux rhumanité laborieusement formée d'âge en âge, et de société eu société ?

Notre moi s'étend aussi loin que notre pai'ticipation à l'existence de l'espèce. Mais l'bistoire de l'espèce, celle des races, des peuples, des individus, c^est toujours Tbistoire de l'âme, qui est celle de la vie. La nature et l'humanité la racontent l'une et l'autre ; elles ne la racontent pas autrement, car elles nous disent toutes deux que le développement de la vie est le progrès, dans la nature et dans Tba* manité. L'bomme serait-il à son tour créateur, sentirait^il eu lui le besoin de coordonner et de perfectionner, s'il ne recélait quelque cbose de la force qui partout se révèle en coordonnant et en perfectionnant l'univers? « Tout ce qui était en moi, dit saint Augustin, tendait à me conserver et I marquait, par cette conspiration générale de toutes les parties de la nature à une même fin, cette unité souveraine et ineffable dont j*avaîs tiré mon origine. »

L'Ame a besoin d'un corps individuel pour entrer en rela* tiûu avec le corps universel, ueaiimoius elle n'est pas le corps,

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et le corps n'est pas l'âme : ils sont (lisLiucls et ils sont unis. • Leur trait d'uaioQ nous échappe, il oxistâ ; est-ce que i'hommo ne fait point partie de son corps, et son corps de lut? Que

(le choses cepond.iuL ï^t; p;is>riif dans son corps, (ju'il no sent pas, ( t dont il u apas la moindre conscience! Ce milieu intime qu'il appelle son organisme, est environné d'an milieu plus étendu qui comprend la terre avec ses trois règnes ; la terre h son tour fait partit^ d'un svslème dont le soleil est le foyer, le système solaire so raUacheà un système encore plus étendu; de même jusqu'à L'iutini : la plus chéiive personnalité humaine se prolonge ainsi à travers l'immensité» el l'univers entier, à corLuins é^^ards, lui aort de corp.

Si le moi n'ini|)liquait en toutes ses variations queli[ne chL>^e de fixe, il ne se produirait pas; l'individu ne se senlirail pas le même à travers les métamorphoses de son- esprit et de ses sentiments, oe qui revient à dire qu'il ne serait pas. Le flux de ses transformations coule sur un fond inaltérable; le 11101 n'est pas seulement un Hot du fleuve de vie, car le tlot ne se voit pas couler et ses déplacements lui échappent. Si chacun ne portait en soi une sorte de mètre intérieur, à quoi mesurerait-il les choses et lui-même? Uu être qui ne serait que fixité, un être qui ne serait que changement n'engendrerait pes de conscience individuelle; il est inévitable que la créature qui dit moi ait un développement : il est indispensable que les faits constitutife de son déve» lûpjjemeut se lauacueui a un luêiiie iil qui ^e déroule avec

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