L. Courtois
Ce n’est donc ni du droit romain ni du droit canonique, ni des coutumes gauloises ni des coutumes germaniques, que provient la communauté conjJugale : elle vient et est une application dans le domaine des intérêts de la direction chrétienne qui inspira toutes les branches de l’activité humaine du moyen âge (1), et est la traduction, en ce qui concerne l'organisation pécuniaire de la conception
chrétienne et française du mariage.
SECTION I
Le partage de la primitive communauté
Ainsi la communauté conjugale nous vient d’une source si éloignée qu’elle semble se perdre dans la nuit des temps ! En est-il de même de la faculté et de l’usage de modifier son organisation de droit commun par un contrat de mariage ? En est-il de même en particulier de l’emploi dans cet acte des clauses qui assignent à chaque époux des parts différentes de celles que leur attribuait la loi ou la coutume? Telles sont les questions qu’il y a lieu de résoudre mainte-
nant pour entrer dans le vif du sujet de ce travail.
1. N'est-il pas remarquable, comme le fait observer Charles Lefebvre (op. cit., p. 224), qu'en même temps que la communauté conjugale, « est né aussi en France, autour de Paris même, ce grand art nouveau de construction religieuse qu'on a plus tard qualifié mal à propos d’art gothique. Les étrangers à la fin du moyen âge l'appelaient l’œuvre française, francigenum opus, comme à la même époque les docteurs italiens nommaïient le régime de communauté conjugale la coutume de France ».