CHAPITRE II
CRITIQUE DES THÉORIES DIATHÉSIQUE NERVEUSE ET DE LA PRÉDISPOSITION CUTANÉE
Critique de la théorie diathésique.
L'arthritisme est-il la cause du psoriasis? Le psoriasis est-1l réellement une dermatose toxique occasionnée par l'élimination cutanée des poisons dus aux phénoménes de nutrition retardante”? Telle est la question que nous allons discuter. js
Et d'abord, disons qu'aujourd'hui l’arthritisme tend à être regardé comme l'apanage des classes élevées ; il s'observe surtout dans les pays de civilisation, où il se crée progressivement sous l'influence des conditions nouvelles qu'impose la civilisation, et où 1l s’exagère dans les générations successives (Roger). Or,nous avons vu que le psoriasis est une pandémie frappant indifféremment tous les peuples, et l’étiologie nous apprend qu’il se manifeste dans toutes les classes de la société.
Dans les dermatoses toxiques, dontun grandnombre, et parmi elles les plus graves et les plus persistantes, sont liées à des altérations viscérales et s'expliquent naturellement par la résorption de produits toxiques formés dans les viscères, on doit, dit Lerredde, consi-
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sidérer comme très probable que l’action du corps toxique se fait par l'intermédiaire du milieu sanguin modifié, et en dehors des cas où ce corps est amené directement au niveau du tégument, on peut admettre qu'il détermine par action sur les organes hemato et leucocytopoiétiques des altérations sanguines qui engendrent celles de la peau.
Si donc les psoriasiques sont des arthritiques, comme le veut Gaucher, si les phénomènes intimes qui se passent dans leurs tissus traduisent leurs perturbations par des phénomènes cutanés, on doit, d’une part, trouver chez eux des altérations viscérales donnant naissance à des poisons, et au premier chef des troubles gastro-intestinaux, car la plupart des auto-intoxications ont leur point de départ dans le tube digestif, « grand
laboratoire des poisons de l'organisme » ; d’autre
; part, déceler dans leurs viscères : foie, reins, rate, muscles, poumons, el surtout dans leur sang : l'acide urique, la leucine, la tyrosine, des leucomaïnes, etc. De plus, on est en droit de demander aux partüsans de la doctrine diathésique de nous révéler un principe toxique particulier propre au psoriasis, principe qui détermine cette lésion toujours une et identique à elle-même : la papulo-squame. Or, les troubles digestifs sont-ils bien fréquents chez les psorlasiques ?
Dino attire l'attention sur la présence, au cours de certaines dermatoses, entre autres du psoriasis, de troubles intestinaux que découvre l'examen répété fait du liquide urinaire ; fréquemment celui-ci dévoile une indicanurie remarquable par sa quantité et sa persis-
FETE tance. Mais 1] ne conclut pas à une relation directe entre les deux phénomènes, el n'y voit qu'une indicaon de veiller plus qu'on ne fait aux fonctions inteslinales chez les psoriasiques.
Gaucher, dans ses leçons sur les maladies de la peau (1895), decrivant le psoriasis a dit: « Cette affection n’altère en rien la santé générale, l'appétit estconservé; l’éruplon n'est accompagnée d'aucun trouble fonctionnel. »
Mais la solution du problème n'aurait qu'une importance relative, puisque récemmentA.Robin et Leredde ont démontré que l'estomac peut donner heu à des intoxications agissant sur la peau, sans qu'aucun signe clinique révèle le trouble gastro-intestinal.
Mais il est un argument décisif qu'on peut opposer aux parlisans de la doctrine diathésique : l’urochimie, l’hématologie, l'hématohistologie n'ont pas été faites chez les psoriasiques ou ont donné des résultats contradictoires.
Zezexew (1893) étudie l’état du sang dans le psoriasis. Chez un malade non traité par l’arsenie, il constata que pendant l’éruption et l'accroissement des plaques, la quantité d'hémoglobine diminuait d'abord de 12,6 pour 100 à 10,9. Pendant les premiers jours de l’érupton, la quantité d'hémoglobine s'est élevée à 13,1 pour 100, a de nouveau diminué à 11,3pour 100, pour atteindre, à la guérison complète, 12,2 pour 100. La quantité normale n'étant pas moindre de 16 à 17 pour 100, il est évident que chez ce malade l’hémoglobine était au dessous de la normale pendant toutes les phases de lamaladie. Le nombre des globules rouges subissait les
mêmes oscillations que l’hémoglobine, les globules blancs augmentaient d’abord puis diminuaient graduellement (de 10.400 à 5000).
Les travaux de Quinquaud concordent avec les observations de Zélenew.
Tcazexorr note que l’alcalinité du sang est diminuée dans le psoriasis.
Enfin divers auteurs trouvent dans le sang des psoriasiques une augmentation de cellules éosinophiles. Que sont les cellules éosinophiles ? « Une cellule granuleuse, dit Ehrlich, est celle qui, à l’état vivant, renferme sous forme de petits globules, des substances se distinguant au pointde vue chimique des matières albuminoïdes ordinaires de la cellule. » Ces substances sont sous forme de corpuscules ne donnant aux cellules aucun caractère de spécificité, car elles représentent des matériaux de réserve préparés par de longues transformations (Ligouzat). Différentes maladies (asthme, goutte) paraissent agir sur ces éléments si particuliers du sang, soit en augmentant leur nombre, soit en modifiant leurs caractères histologiques. Pour se rendre compte des modifications numériques, on prendcomme point de comparaison le rapport des cellules éosinophiles, qui n’ont d'autre origine que celle des leucocytes en général, aux autres globules blancs du sang normal ; ce rapport est de 3 ou 4 pour 100.
Or, Bouffé soutient que le psoriasis est une maladie éosinophilique, c’est-à-dire que l’on peut ranger dans la classe des affections arthritiques; son mode de traitement par les injections de liquide testiculaire montre qu'il a aussi songé à l’influence nerveuse sur la genèse
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du psoriasis, qu'il s’est souvenu de la phrase souvent citée de Charcot : « Les deux arbres (arthritique et névropathique) sont voisins; ils communiquent par leurs racines et ont des relations tellement intimes qu'on peut se demander quelquefois si ce n’est pas le même arbre. » Toujours, dans le psoriasis, il a trouvé, comme dans la goutte, une augmentation considérable de cellules éosinophiles, qui s'élève à 5 et à 18 pour 100 au-dessus de la normale.
Mais HazLoprau fait des réserves. Pour lui, la valeur de l'augmentation des cellules éosinophiles ne paraît pas suffisamment établie.
Caxox a trouvé dansle sang, chez une maladeatteinte de psoriasis léger, 3,72 pour 100 de cellules éosinophiles, chiffre qui, on le voit, ne dépasse pas le chiffre normal.
LicouzaT, chez trois malades dû service de notre maitre, atteints de psoriasis généralisé, a fait des examens du sang au point de vue de sa richesse en cellules x. Chez aucun de ces malades ilne lui a été possible de constater aucun changement sensible du nombre des cellules éosinophiles ; leurs caractères histochimiques n'avaient non plus rien de particulier, et cependant il s'agissait de cas où la maladie était très étendue.
Lerepe, enfin, conclut de ses recherches que si chez certains psoriasiques, 1] y a une légère augmentation des éosinophiles en circulation, cette augmentation n'est pas constante.
La théorie arthritique ne trouve pas un appui plus solide dans l’ensemble des caractères qu’elle donne
comme spécifiques de la diathèse.
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La ténacité, la généralisation, la récidivité ne sauent être regardées aujourd'hui comme propres aux affections diathésiques. L’aceroissement progressif de la plaque psoriasique plaide entièrement en faveur de la théorie parasitaire. Les cas de contagion du psoriasis sont encore cités en petit nombre ; mais l’attention des médecins a besoin d’être particulièrement attirée sur ce point. La symétrie est réclamée par les partisans de la théorie nerveuse. Restent les métastases etl’hérédité: ce n’est pas ici le lieu de discuter la doctrine des métastases ; nous nous contenterons de citer les conclusions de Blachez, qui a fait des métastases, dans le dicuüonnaire Dechambre, une étude complète : « A mesure qu'on pénètre davantage dansl'étude critique des métastases, on voit combien les faits sont difficiles à préciser ; on conçoit que des esprits, curieux avant lout de conceptions nettesetbien démontrées, aient proposé de rejeter complètement celte doctrine ancienne des mélaslases, mal appuyée sur les faits les plus contestables. »
Enfin, nous discuterons l'hérédité dans le cours de la nature parasitaire.
Critique de la théorie nerveuse.
Trois théories semblent se partager la faveur des parüisans de la doctrine nerveuse :
‘1° La (héorie sécrélotre.
20 La (héorie twallérienne ou (rophique.
3° La théorie vaso-motrice.
1° Théorie sécrétoire. — C]l. Bernard à démontré
l'existence de filets nerveux glandulaires distincts des nerfs vaso-moteurs ; divers auteurs ont été naturellement amenés à penser que le système nerveux, surtout si on le considère comme l'intermédiaire obligé de certaines éruptions arthritiques, eausait l'augmentation de la sécrétion de l’éléidine revélée par l'anatomie pathologique dans le psoriasis. Mais il n’est prouvé ni par l'anatomie normale, ni par l'expérimentation qu’il existe des filets nerveux ayant pour fonction l’augmentation ou la diminution de cette sécrétion. Au contraire, Munro a montré récemment que le trouble de la sécrétion épidermique constamment observé dans la papulo-squame psoriasique devait être rapporté à des abcès miliaires.
2° Théorie wallérienne ou trophique. — Les lésions graves qui peuvent se développer au niveau de la cornée où il n'existe pas de vaisseaux, et par suite de filets vaso-moteurs, à la suite de la section du trijumeau (expérience de Samuel), les recherches de Waller sur la dégénérescence des nerfs et les troubles consécutifs à leur section, ont fait penser que certaines lésions cutanées sont sous la dépendance de filets nerveux qui aboutissent à la peau et ont sur elle une action trophique. Telle est l’origine de la théorie trophique du psoriasis.
La peau ayant même origine embryologique que le système nerveux central doit avoir avec lui des relatons étroites. La substance grise postérieure et centrale jouerait par rapport à la peau un rôle analogue à celui des cornes antérieures par rapport aux mus-
ee, ire
cles. Les fibres trophiques venant du grand sympathique pénétreraient dans la moelle par les racines postérieures, puis, après avoir avoir traversé les cordons postérieurs, dans les cornes postérieures d'où elles courent à la périphérie méèlées aux nerfs moteurs mixtes pour finir dans le derme et l’épiderme par des terminaisons spéciales. Et on a essayé de distinguer sur la surface cutanée trois ordres de territoires indépendants empiétant les uns sur les autres et diversement délimités : les dermatomères radiculaires en rapport avec les troncs ; les dermatomères rhizomériques en rapport avec les racines et les ganglions ; les dermatomères myélomériques en rapport avec un segment médullaire. Les champs cutanés répondant aux troncs nerveux ont élé reconnus,
Et l'on a décrit, dit Leredde, parmi les accidents culanés conséculifs aux névriles d'origine externe : l’ædème et la rougeur de la peau, les sueurs, l’abaissement thermique, des pseudo-phleogmons, l’épaississement et l’induration de la peau, l’état ichtyosique, des troubles de la pigmentation, deslésions pilares et unguéales, des érythèmes, le syndrome du glossyskin, l'eczéma, très exceptionnel, des éruptions zostériformes pemphigoïdes, le mal perforant, l’ecthyma, le furoncle. » Dans cette longue liste on ne voit pas figurer la papulo-squame du psoriasis. Tout au plus, si l’on a vu, à la suite de plaies nerveuses, l'épiderme s'épaissir, se transformer en petites écailles ou s’éliminer sous forme de lamelles furfuracées. Donc, on peut dire que les irritauons, les inflammations et particu-
hèrement les sections nerveuses ne sauraient être con-
sidérées comme les causes directes du psoriasis.
Besnier et Bourdillon ont vu des psoriasis consécuüfs à des névralgies sciatiques. Le malade de Thibierge a une sciatique datant de 23 ans. Chez lui, la sensibilité de la peau est conservée sous ses différentes formes, le membre inférieur gauche cependant est peut-être un peu moins sensible : 1l y a une adipose notable dutissu cellulaire sous-cutané du membre inférieur gauche, mais il ne semble pas y avoir d'atrophie musculaire du membre, Dirons-nous que l'affection du nerf a provoqué à elle seule la lésion cutanée psoriasique ? On peut très bien regarder la sciatique comme cause favorisante du psoriasis, non comme sa cause directe. Fournier, d’ailleurs, lors de la publication de l'observation de Thibierge était d'avis que le psoriasis est localisé sur les territoires correspondant à des nerfs plus où moins altérés, sans qu'il y ait à conclure à l’origine nerveuse du psoriasis ; il a vu des syphilides se développer sur un membre antérieurement atteint de phlébite : ce qu'une veine malade fait pour la syphilis, les altérations nerveuses peuvent le faire pour le psoriasis.
Concernant les dermatomères rhizomériques, Sxer- RINGTON à fait en 1892 des recherches expérimentales confirmées au moyen de la méthode anatomo-pathologique par W. Taorveurx en 1893 et Srarr en 1894. Il a établi les faits suivants :
10 Les champs cutanés des racines postérieures ne correspondent pas aux champs de distribution des nerfs périphériques.
2° Bien que, dans tous les plans, chaque racine postérieure donne des fibres à plusieurs troncs nerveux,
la distribution cutanée de chaque racine est composée non de taches isolées, mais d’une zone continue.
3° Chaque zone radiculaire est recouverte en partie par la zone voisine placée au-dessus et par celle placée au-dessous, de telle sorte que tout département nerveux est innervé par deux racines.
5° La topographie des champs radiculaires n’est pas absolument fixe; elle est un peu variable chez les différents individus, etces variations correspondent à des variations dans la constitution des racines et dans le groupement de leurs fibres constitutives.
Commentant son observation unique jusqu'ici, Hallopeau, qui dans l'hypothèse d’une trophonévrose assignerait à l’éruption de sa malade une origine métamérique, dit que l'interprétation la plus vraisemblable de son cas est que, sous l'influence d’un trouble d’origine embryonnaire, le territoire affecté présente dans sa nutrilion une altération qui en fait un terrain favorable au développement du psoriasis. Donc pour lui, l’anomalie nerveuse serait la cause prédisposante, non la cause directe du psoriasis.
HEap jen 1893-1894 s’est attaché à montrer que les lésions viscérales du foie, du cœur, du poumon, etc., s'accompagnent de zones hyperesthésiques qui occupent sur le tégument des situations variables suivant les organes lésés, mais assez fixe pour chaque organe. La distribution de ces hyperesthésies est fort différente de celle des nerfs; elle correspondrait soit aux champs d’innervation des racines, soit à celui des segments médullaires d’où ces racines émanent.
A ce genre de faits se rattache l'observation de
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Rebreyend et Lombard,au cours d'une spléno-pneumonie, leur patient présente une éruption zostériforme. « Nous disons zostériforme, disent les auteurs, et non zona proprement dit, car un grand nombre de caractères autant positifs que négatifs s'écartent très sensiblement de la description classique. Broeq en signalant ces formes chroniques et prolongées du zona croît pouvoir les rattacher à des troubles trophiques plutôt qu’à du ZONA vral..…. L'intérêt principal de l’observation, réside dans le fait du développement sur une éruption zostériforme en voie de cicatrisation de squames reproduisant par tous leurs caractères le psoriasis dont le malade est atteint... Bourdillon en 1888 a décrit des arthropathies, des phénomènes nerveux, a noté des névralgies, un pas de plus, il arrivait au zona. » Et, pouvons-nous dire, Rebreyend et Lombard n’eussent pas fait de difficultés pour faire un second pas et arriver au psoriasis. Malheureusement la doctrine qu’ils ont à l’esprit. mal fondée sur une base fragile, tombe, et l'opinion la plus vraisemblable est que chez leur malade, psoriasique invétéré, le psoriasis s’est greffé sur un zona survenu à l’occasion d’une spléno-pneumonie.
Quantaux dermatomères myélomériques, leur étude està peine ébauchée. Jourdanet dans son observation raisonne par exclusion : « Ces courbes parallèles ayant pour centre le moignon de l’épaule ne peuvent relever ni des troncs nerveux, ni des racines; ne s'agit-il pas d'une lésion médullaire directe ? » Aussi, sommesnous d’avis d'attendre les progrès de la pathologie nerveuse, pour donner aux cas de ce genre leur Juste valeur, de quelque nature qu’elle soit.
D'après ce qui précède, on voit nettement la fragilité d'une théorie pathogénique du psoriasis basée sur l'action des nerfs trophiques, dont on ignore d’alleurs complètement le rôle: « Qu'est-ce qu'un nerf trophique? dit M. le professeur MorarT. La réponse est délicate car il faudrait savoir ce qu'est la nutrition et on est loin de s'entendre sur la définition de celle-e1... Ce que sont que les nerfs trophiques? Mais simplement des nerfs fonctionnels comme tous ceux qui vont aux organes, seulement pour la peau, ce qui nous manque, c'est de pouvoir dire quelle est la fonction particulière à laquelle ils président, car les fonctions de la peau, 1l faut bien l’avouer,nous sont parfaitement inconnues. »
Théorie vaso-motrice. — La section, l'irritation de certains filets nerveux peuvent engendrer des accidents dus à la dilatation et la contraction vasculaires. CI. Bernard l’a démontré dans sa mémorable découverte des effets de la section du sympathique chez le lapin. Des troubles vaso-moteurs persistants engendreraient le psoriasis. Les partisans de cette doctrine dont les principaux sont Polotebnolf etKuznitzky, n’ont pas observé de lésions anatomiques des nerfs dans les cas qu'ils citent. Pour eux, des altéralions dynamiques, fonclionnelles des centres nerveux, un état d'irritation chronique des centres spinaux donneraient naissance à des troubles vaso-moteurs, partant à la papulosquame psoriasique.
Kuznitzky, dans l'important travail où il tente de prouver que la théorie parasitaire est insoutenable (unhaltbar), prétend que l’hyperémie est le premier phénomène dans la genèse de l’efflorescence psoria-
sique ; cette hypérémie n’est pas de nature inflammatoire, ni parésique, elle ne résulte pas non plus d’une slase passive, mais elle est due à un processus d'éréthisme vasculaire faugioeretischer Vorgang). 1] y a des cas dans lesquels le psoriasis à débuté après une stimulalion mécanique du point affecté (voir le cas de psoriasis unilatéral qu'il rapporte). On peut prétendre avec la plus grande vraisemblance, que l'appariüon du psoriasis peut dépendre d'un traumatisme quelconque qui atteint un lerriloire vasculaire correspondant à un centre spinal en état d'irrilation chronique. La tendance à l'irritation peut être héréditaire ou acquise. Ilest vraisemblable que la lésion est purement fonctionnelle; 1l se peut cependant que dans l'avenir, nous aurons la connaissance de lésions existantes du côté de la moelle, des centres vaso-moteurs Spinaux. 2
L'opinion de Kuznitzky estidentique à celle qu'émettait Testut dans sa thèse de :876, sur les affections symétriques de la peau. Pour toute critique, nous nous contenterons de répéter le reproche que Bazin adressait à ce dernier : « Quelle que soit la cause immédiate de la symétrie (nous ajouterons : de l’unilatéralité) ; quelque explication physiologique que l’on veuille en donner, sa valeur séméiotique reste toujours la même; mais on a voulu, à l’occasion de cette symétriesortir de la physiologie pour entrer sur le domaine de la pathologie et, dès lors, on a fait fausse route. C’est ce qui est arrivé à M. Léo Testut, ex-premier interne de l'hôpital Saint-André de Bordeaux. »
Faits cliniques. — Est-il bien vrai que les faits
ASE cliniques abondent pour prouver la nature nerveuse du psoriasis ?
Les psoriasiques, dit-on tout d’abord, ont un tempérament nerveux, ce sont des membres de la famille névropathique. Leurs ascendants ou eux-mêmes ont présenté des phénomènes neurasthéniques,hystériques, de folie, d’affections cérébrales ou spinales.
Les Aie de Polotebnoff sont des nerveux hé réditaires ou acquis.
Bourdillon enregistre chez tous ses malades des antécédents nerveux. Or, dit Chambard, « sur 600 ahénés que renferme notre service de Ville-Evrard, nous en connaissons une demi-douzaine atteints de l’affection qui nous occupe. Dans les asiles d’aliénés, où nous sommes à même d'observer le psoriasis, 1l est assez fréquent, mais pas plus que dans toute autre collectivité d'individus ».
Nielsen fait aussi remarquer qu’il n’y a pas lieu d’insister sur l’hérédité nerveuse chez les psoriasiques.
Enfin, prenons des exemples dans les observations que nous connaissons déjà :
La malade d'Hallopeau et Gasne est orpheline ; pas d’antécédents. Pour le patient de Rebreyend et Lombard, on ne trouve chez aucun membre de la famille d’antécédents rhumatismaux ni névropathiques. Celui de Jourdanet n’a rien dans ses antécédents personnels; son père est atteint de psoriasis. Enfin Thibierge donne de son observation un résumé que nous avons cité : 1l s’agit, d’un sujet nerveux, c’est-à-dire pleurant facilement, impressionnable et d’un carac-
RE es tère violent, issu de parents neveux. Or, si on se rapporte à l'observation complète, on trouve : « Le malade appartient à une famille de sujets à tendance nerveuse, quoiqu'aucun de ses parents n'ait eu de manifestations hystériques ou de lésions orgaganiques du système nerveux. »
Kuznitzky, pour avoir des renseignements détaillés, fait une enquête personnelle auprès de la famille de son malade. Le père et la sœur du malade n’ont rien d’anormal. La mère est une femme extrêmement nerveuse ; aussi, lorsqu'elle se trouve sur le passage d’un enterrement d’une personne, même inconnue, elle ressent un sentiment d'angoisse qui l’oblige à s’asseoir. Les yeux sont mobiles, elle ne peut fixer le médecin et quand celui-ci l’interroge, ses yeux se remplissent de larmes. Elle raconte de son fils qu'il a eu des convulsions violentes et fréquentes à l’époque de la dentition et qu'environ depuis un an, il est lunatique. En somme, d’après Kuznitzky, Karl D... est un nerveux, bien qu'il ait l'allure d’unhommebien portant. D'ailleurs, qui n’a pas eu l’occasion d'observer parmi ses amis ou connaissances, des gens forts, vigoureux, florissants, qui sortaient de leurs gonds quandils entendaient le tic-tac d’une pendule ou la chute monotone d’une goutte d’eau tombant d’une conduite non fermée? Nous partageons cet avis, mais nous croyons aussi que quand un homme bien portant est énervé par la chute cadencée et monotone d’une goutte d’eau tombant lentement d’une conduite non fermée, cet homme prospère se dirige vers la conduite, la ferme et n’a pas le lendemain une éruption de psoriasis re-
TE connaissant comme cause directe l’agacement de la veille. Kuznitzky recherche ainsi avec la plus grande sagacité le nervosisme chez ses malades : 1l dit de plus que l'hérédité du psoriasis doit être recherchée dans lhérédité de l’irritabilité spéciale des sujets.
Une éruption de psoriasis se fait parfois de suite, quelquefois plusieurs jours après une émotion, une frayeur, une colère, un choc moral (Leloir, Thibierge, elc.). Et alors, ou la dermatose est antérieure au choc nerveux el celui-cin'a pu agir qu à ilre de cause occasionnelle, ou la dermatose est postérieure au choc, et on peut encore se demander si celui-e1 est bien la caues directe.
La symétrie des lésions chez un malade atteint d’afections cutanées, n’est pas un argument en faveur de l’origine nerveuse de cette affection. « Quand on voit, disent Bernay et Piery, invoquer la symétrie des lésions dans les cas d'impéligo du cuir chevelu en faveur d’une pathogénie nerveuse du psoriasis, il est permis de concevoir de la défiance d'un semblable argument présenté en faveur de la théorie nerveuse du psoriasis, » « De fait, toute dermatose généralisée tend à la symétrie. Qu'il s’agisse d'une dermalose toxique comme la plupart des érythèmes ou due à une infection superficielle du tégument, cette dermatose, en s’étendant, tend à affecter des régions symétriques de la peau, régionsidentiques dans leur structure, dans leurs fonctons en l’état d'équilibre anatomique et physiologique du tégument (Leredde). C’est ce que Bazin appelait la «sympathie des partiessimilaires ». D’après Besnier, la plus symétrique des affections de la peau est certai-
te
nement la gale. Les localisations des efflorescences psoriasiques aux deux coudes, aux deux genoux, s'expliquent, comme nous le verrons, par « l'action des causes », comme dit Bazin.
La situation des placards sur le trajet de certains nerfs, a élé donné comme preuve d’un pathogénie nerveuse du psoriasis. Elle a été observée jusqu'ici trois fois sur des milliers de cas de psoriasis ; en outre, 1l existait dans ces cas, sur d’autres points du corps, des efflorescences. On ne peut donc conclure à: l'identilé de nature entre le psoriasis etle zona dont les lésions se distribuent constamment sur des trajets nerveux. Il est plus vraisemblable d'admettre que des troubles d'origine nerveuse modifient parfois la circulation, les sécrétions dans certaines régions limitées de la peau, de telle façon qu'ils favorisent en ces endroits le développement d'un parasite.
Quant aux troubles de la sensibilité chez les psoriasiques, Rendu a montré que, sur les placards quelque peu étendus, les sensibilités tactiles et thermiques sont émoussées, avec persistance de la sensibilité à la douleur. Il a noté un certain degré d’analgésie dans les formes circinées et trouvé la sensibilité intacte dans les cas de psoriasis gultala.
Bernay et Piery, dans des examens nombreux, ne trouvent aucun trouble à moins que de s'adresser à des placards particulièrement volumineux et épais constituant un obstacle mécanique à l'excitation des terminaisons sensitives de la peau. Thibierge, chez son malade, trouve la sensibilité des diverses régions de la peau conservée sous ses différents modes, bien
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que le membre inférieur gauche atteint de sciatique depuis vingt-trois ans soit peut-être un peu moins sensible. Hallopeau s'assure que, chez sa petite patiente, partout la sensibilité est intégralement conservée dans tous ses modes ; l'exploration thermométrique montre que la température des parties affectées ne dépasse pas celle des parties symétriques.
Chez le malade de Rebreyend et Lombard atteint d’un psoriasis greffé sur un zona, la recherche de la sensibilité à la piqûre et au contact, montre au niveau des grandes taches cicatricielles et dans leur voisinage des zones irrégulièrement distribuées d’anesthésie et d’hyperesthésie, L'excitation cutanée déterminée par cette recherche provoque, dans les environs, des zones rouges, allongées horizontalement et persistant un cerain temps. Ces troubles sont évidemment liés au zona dont souffre le malade.
Polotebnoff, dit Nielsen, dans deux cas trouve de l'analgésie, mais chez des alcooliques; dans l’un, le phénomène dura un jour ; dans l’autre, il se maintint réellement sur quelques plaques isolées et sur la peau saine environnant ces plaques : les recherches électriques donnèrent des résultats changeants.
On comprend facilement que, chez des alcooliques, des hystériques, 1l sera facile de trouver les troubles de la sensibilité les plus divers.
Il existe des psoriasis prurigineux : ( Interrogez, dit Hardy, les malades qui sont actuellement dans nos salles et il n’en est pas un qui ne vous dise qu'il a ou qu’il a eu des démangeaisons. » D'autre part, Arnozan (dict. Dechambre, art. DErMaLGrE): « Dans
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le psoriasis, pas d'autre sensation subjective que la démangeaison et lorsque, après avoir enlevé les squames, on arrive jusqu’à excorier le corps papillaire, on fait peu souffrir le malade, preuve évidente que le terrain n’est pas préparé pour la douleur. » Or, si le prurit peut s'expliquer par la présence d'agents toxiques (poisons de l’organisme) au niveau de la peau, «il n'existe probablement, dit Besnier, aucun pruritqui puisse être rapporté à un trouble immatériel de l’innervalion, à une névrose pure, à une névrodermie {, »
Enfin, 1l y a des psoriasis douloureux où l’on a observé des douleurs intercostales, rachidiennes, dans les membres inférieurs, affectant parfois le caractère de douleurs fulgurantes, de l’exagération des réflexes tendineux, de la trépidation épileptoïde, du développement exagéré des poils, des troubles de la sécrétion sudorale, des dysonychotrophies. Il y a aussi des atrophies psoriasiques. Tous ces phénomènes ont été décrits par Besnier et son élève Bourdillon à propos des arthropathies psoriasiques.
Nous avons cité les conclusions de la thèse de Bourdillon :les arthropathies psoriasiques sont d’origine trophoneurétique. Kuznitzky est aussi d'avis qu'elles ne relèvent ni du rhumatisme n1 de la goutte.
Or, notre maître M. le professeur Teissier et M. le professeur agrégé Roque ? ont distingué dans les rhumatismes chroniques :
t J. Tessier et G. Roque, Rhumatisme chronique (Traité de médecine et de thérapeutique de Brouardel, Gilbert el Girode, t. IL, p. 468.
? Besnier, Sur la question du prurigo (Ann. de dermal., 1896, p. 883).