MERE
pêcher l'enfant de les gratter et de les mettre en sang. Le même jour, des boutons semblables se montrent sur le bras droit, et pendant les quatre ou cinq jours suivants, l’éruption envahit successivement les membres inférieurs, le tronc, puis enfin le bras gauche par lequel elle avait débuté. Les éléments éruptfs se sont d'abord montrés sous forme de boutons pleins et secs, ne renfermant ni pus ni sérosité et très prurigineux, qui se couvrirent de squames au bout de cinq à six jours; ils furent donc d'abord papuleux, puis papulo-squameux, et n'affectérent à aucune période de leur évolution les types vésiculeux et pustuleux. Huit jours après la vaccination, l'enfant nous est amené à l'Hôtel de police municipale, et nous constatons ce qui suit : son état général est satisfaisant, bien qu'il paraisse un peu pâle et que son appétit ne soit pas encore entièrement revenu. L'éruption, très apparente, se compose de papules arrondies, de la dimension de la tête d'une très petite épingle (psoriasis punclala), à celle de x centime (psoriasis quitala) recouvertes de de squames assez minces, mais sèches et nacrées comme les squames psoriasiques typiques. En les arrachant, on met à nu une surface d'un rouge jaunâtre ou cuivré, et l'on détermine de petites hémorragies punctiformes, Ces papules sont maintenant aprurigineuses, et depuis plusieurs jours l'enfant a cessé de se gratter. Presque généralisée, mais discrète, l'éruption occupe les membres et le tronc : elle fait entièrement défaut au cuir chevelu ainsi qu'aux régions palmaire ou plantaire des mains et des pieds.
Le bras gauche présente au niveau de l'empreinte deltoïdienne (rois larges papules, confondues en partie par leurs bords, et disposées en triangle comme les plaies d’inoculation dont elles occupent exactement la place. La face postérieure des bras et des avant-bras, la face antérieure des cuisses et des Jambes, la face dorsale du tronc,sont parsemées de papules plus petites, les unes isolées, les autres réunies en groupes composés chacun d’un petit nombre d'éléments éruptifs. Il existe encore une ou deux papules sur la poitrine et l’on en trouve une qui semble être en voie de disparition sur la tempe droite, Sur notre
conseil, le petit malade fut amené le lendemain à la clinique dermo-syphiligraphique de l'Antiquaille, où notre maître, M. le professeur (GAILLETON, l'examina avec intérêt et confirma notre diagnostic. Jules B... fut admis dans le service de M. Cordier, alors chargé de la division des scrofuleux : notre départ de Lyon
nous empêcha, malheureusement, de l'observer plus longtemps.
Observation résumée en partie. — {Itiosraxc. Sur un cas de psoriasis vaccinal, Annales de dermatologie, 1895.)
Camille C..., 22 ans, soldat au 96° de ligne, entre à l'hôpital militaire Desgenettes, le 28 mai 1895, dans le service de M. le médecin-major Rioblanc. Dans ses antécédents héréditaires : mére morte apres avoir toussé pendant dix ans : père alcoolique.
Ni l'un ni l’autre n'ont jamais eu d'affections cutanées, nerveuses, ni d'accidents rhumalismaux. Quatre frères, trois bien portants; un âgé de trente-deux ans, interné dans un asile d'aliénés. Une sœur âgée de dix ans a été atteinte d’eczéma impétigineux. F
Dans les antécédents personnels du malade : à l’âge de qua- {orze ans, éruption sur les membres, de « dartres sèches » dont le malade ne peut préciser le caractère, mais qu'il croit différentes de son éruption actuelle. En 1892, rhumatisme polyarticulaire subaigu. Peu de temps après, blennorragie et orchite. En 1895, otite légère à la suite d'une angine. Robuste et bien constitué, C... exerce la profession de boulanger; il est alcoolique. Incorporé au 96°, le 13 novembre 1894, il fut vacciné le 21. I] ne présentait alors aucune lésion cutanée.
Six piqûres, trois à chaque bras, donnèrent six pustules de vaccine légitime, avec une légère réaction générale ; mais, au bout de quinze jours, C... constatait queles croûtes qui recouvraient les pustules vaccinales ne se détachaient pas et qu’elles se reproduisaient quand elles étaient enlevées par le grattage. Peu de temps après apparurent sur les jambes de petites papules analogues à celles des bras, couvertes de squames nacrées et s'étendant excentriquement., Puis d’autres se montrèrent sur les
H. P, fa)
6, — avant-bras et le thorax. Pendant cette évolution, le malade n’a éprouvé aucun phénomène général.
Actuellement, C... présente sur les bras, au niveau de l’empreinte deltoïdienne, trois plaques disposées en triangle comme le sont ordinairement les pustules vaecinales. Des éléments semblables se montrent à la face antérieure du bras gauche, au niveau de l’appendice xiphoïde, au niveau du coude droit, aux membres inférieurs. C’est un psoriasis quilala typique.
Etat général excellent. Aucun trouble de la sensibilité. Aucune déformation articulaire, Pas de stigmates d'hystérie. Pas d'affection du systéme”nerveux. A noter qu'avant le début de l'affection le malade n'a eu aucune émotion. Traitement à la liqueur de Fowler, à l'huile de cade. Guérison le 20.
Vicnaz, qui rapporie toutes ces observations dans sa thèse de 1897, conclut que le psoriasis vaccinal ne saurait être considéré comme un argument en faveur de la théorie parasitaire du psoriasis. Dans les quelques observations que nous possédions, l'hypothèse d’une transmission parasilaire est absolument inadmissible ; elle est des plus improbables dans les autres. La vaccine ne jouerait dans l'apparition de la dermatose qu'un rôle d'agent provocaleur. Elle évoquerait un psoriasis en puissance chez un sujet prédisposé. La nature de la prédisposition semblerait consister en un trouble trophique, une altération de la sécrétion de l’éléidine, développée soit sous l'influence d’une lésion nerveuse, soil sous l'influence de l’arthritisme considéré comme un ralentissement de la nutrition.
Puis, différents auteurs rapportent des cas de contagion possible ou réelle du psoriasis.
ANDERSON (1865) cite le cas d’un de ses malades chez
= br qui survint un psoriasis, après plusieurs années de vie commune avec une épouse psorlasique.
UxxA, au Congrès de Copenhague en 1884, rapporte le fait suivant : une femme psoriasique entre comme domestique dans une famille et transmet un véritable psoriasis à trois enfants qu’elle est chargée de soigner.
Hammer (1886) traite ensemble pour un psoriasis commencé depuis peu le père et la fille; la mère et la sœur souffraient depuis longtemps de la même affection,
Notre maitre, M. le professeur AuGAGxeur, en 1887, rapporte le fait d’un teinturier, âgé de quarante-deux ans, et atteint d’une dermite professionnelle soignée à l’Antiquaille. Le malade fut couché pendant son traitement entre deux individus atteints de psoriasis confluent ; un psoriasis se greffa sur sa dermite.
AuBErRT (1889) a eu connaissance de deux cas de contagion entre conjoints : le mari élant psoriasique, la femme le devint. |
BeisseL (1889), cité par NiELSEN, a vu un cas où deux frères présentèrent une prenuère atteinte de psoriasis après un voyage fait en commnn; un autre où le psoriasis débuta chez deux cousines après avoir dormi dans le même hit. Ces cas, ajoute NIELSEN, ne sont pas très significatifs en raison de la parenté des patients ; en outre, le grand-père des deux cousines avait du psOrIasis.
NieLsex (1892), dans sa clientèle privée, a observé un cas semblable à celui de UxN4a, mais il ne s'agissait que d’un enfant. Il a vu aussi une malade présenter une
première atteinte de psoriasis des membres inférieurs
bare après avoir fait usage de bas ayant appartenu à une
personne psoriasique.
ZarTHMANx (1893) relale une observation très complète.
Observation IL. — Cordonnier de trente-trois ans: date le début de sa maladie d'une blessure faite au poignet droit en 1885, par un éclat de verre, laquelle blessure fut traitée à l’iodoforme. Sous le traitement, il se formait une éruption de points rouges sur le bras droit, qui ne.semble avoir présenté aucune ressemblance avec le psoriasis el a disparu en peu de temps. Un an
plus tard, première éruption de psoriasis sur les jambes.
Observation IL — Cordonnier de trente-trois ans, avait été observé plusieurs fois depuis 1886, à l'asile des ouvriers sans travail, dans l'infirmerie spéciale pour diverses affections. A partir de l’année 1890, il n'a passé que quatre mois en dehors de l'asile, Il n'avait jamais présenté aucune trace de psoriasis. Renvoyé de l'asile le 18 février 1893, il travailla au même atelier que le n°r, dont il partagea le lit pendant sept semaines. Au bout des trois premières semaines, il remarqua le début d'une maladie cutanée, psoriasis des plus {ypiques sur la surface antérieure du thorax, et qui se propagea plus tard sur la presque lotalité du tronc.
MÉXEAU (1896) signale un cas de contagion apparente de psoriasis chez deux sœurs. L'une avait du psoriasis des coudes, des genoux et du cuir chevelu, l'éruption restant discrète sur les autres parties du corps. La sœur a présenté, six mois après, du psoriasis limité au cuir chevelu. Elles s'étaient servies du même peigne.
Enfin nous eiterons les observations de deux malades, dues à l’obligeance de notre maître, M. le professeur AUGAGNEUR.
Observatiou 1. — E. J.., quarante-frois ans. Marchand ambu- Jant. Entré dans le service le 13 décembre 1897.
Le malade à été déjà traité pour son psoriasis, il y a dix ans, à l'Antiquaille. Il n'a jamais eu la syphilis. Ses parents ne présentaient aucune manifestation arthritique, ni aucune maladie de peau. C'est à l'âge de quinze ans que son affection a débuté. L'étiologie semble nettement contagieuse; le malade coucha pendant six mois avec un jeune homme atteint de la même affection, et déjà, au bout de deux mois, l'affection s'était déclarée. La localisation primitive fut au creux épigastrique, au coude et au genou, avec des caractères morphologiques analogues à ceux que l'on rencontre actuellement. La poussée fut arrêtée au bout de quatre ou cinq mois, à la suite d’un traitement (fric- Hions) dont on ne peut déterminer la nature, A ce moment l’éruption avait un peu envahi la tête. Depuis cette poussée (survenue à quinze ans) Jusqu à trente-{rois ans, date de laseconde poussée, le malade n'eut que quelques boutons disséminés, survenant et disparaissant spontanément, de préférence à l'automne, -
A trente-trois ans nouvelle poussée, surtout localisée aux jambes, à la face, dans les cheveux. Traitée à la clinique, elle fut complètement guérie en deux ou trois mois. Il y a un mois, éruption encore plus généralisée; elle se manifeste surtout au creux épigastrique, aux coudes, aux genoux, aux membres inférieurs, dans les cheveux. Pas de troubles de l’état général.
Le malade sort guéri le 3 février 1898.
Observation II. — Léon L..., trente-huit ans, plâtrier., Entre à l'hôpital le 17 décembre 1895.
Pas d'antécédents héréditaires, nerveux ou rhumatismaux ; père mort à soixante-neuf ans, d'une bronchite, mère morte à quarante-sept ans d'un retour d'âge; n'ont jamais eu, ni J’un ni l’autre d'affection cutanée, Frère et sœur bien portants.
Rien dans les antécédents du malade. Alcoolisme.
Le malade entre à l'hôpital pour une affection cutanée dont il fait remonter l'origine à dix ou onze mois environ. À cette
époque il fréquentait assidûment une femme avec laquelle il eut de nombreux rapports sexuels pendant trois mois; pendant ce temps, il s'aperçut au niveau de la rainure balano-préputiale d'une petite plaque écailleuse qui s'entoura peu à peu d'un certain nombre d’autres, et qui fut suivie, à des délais plus ou moins longs, d'une généralisation de la lésion : au bout de quinze jours à la face dorsale du fourreau, puis à la racine de la verge.
Un mois après, sur les cuisses, la face antérieure des genoux etles jambes, un peu plus tard, aux mains, aux coudes, à la fesse et dans le cuir chevelu, Le malade avait très bien remarqué d’ailleurs que la femme qu'il fréquentait offrait les mêmes lésions aux avant-bras, aux cuisses et aux genoux; lésions cutanées, affirme-t-1l, ayant exactement les caractères de celles qu'il présente lui-même aujourd'hui. A l'entrée, les papules squameuses caractéristiques sont disséminées sur tout le corps avec prédominance aux genoux (région rotulienne) ef aux deux jambes (face antérieure). On en observe encore sur la verge, vers l’ombilic, aux fesses et dans le dos,
A ces différents points, elles ne dépassent pas les dimensions de la forme qu{tata, tandis qu'aux membres supérieurs, particulièrement dans la région olécranienne, on observe des placards confluents. Quelques plaques, enfin, dans la barbe et le cuir chevelu. En tous ces points, d’ailleurs, la papulo-squame offre, par le grattage, la rosée sanguine caractéristique. Un peu de prurit, surtout nocturne, le grattage ayant même amené des ulcérations aujourd'hui recouvertes de croûtes jaunâtres au niveau de l’avant-bras droit. Bonne santé générale.
La femme qui avait communiqué le psoriasis au malade a été vue le 24 décembre dans le service ; elle présente une forme absolument généralisée de l'affection : psoriasis lypique à maximum au niveau des coudes et des genoux.
Le malade sort guéri le 11 février 1896. Il est revenu dans le service à différentes reprises pour de nouvelles éruptions : le
3 février 1897, le 26 janvier 1898, le 1°* décembre 1898.
Notons enfin, que Neisser, en 1894, apporte desargu-
ments cliniques en faveur de la théorie parasitaire, et rappelle ceux que LaxG avait déjà signalés er 1880.
Brerxay et Prery publient, en 1896, un article sur la pathogénie du psoriasis et concluent à la nature parasitaire de l'affection.
Muxro, en 1898, fait un travail intéressant sur l’'histopathologie du psoriasis.