TEE 2 OBSERVATION DE PIERRE DELBET ET PIERRE CARTIER
communiquée par André Jousset à la Société d'Etudes scientiques sur la tuberculose (12 mai 1910).
I s’agit d’un cas d’hydrocèle aux allures simples, à évolution classique, survenu insidieusement chez un jeune homme de dix-huit ans, de belle santé apparente, dont les antécédents étaient nets de toute tare bacillaire personnelle où familiale. Cette hydrocèle mit deux ans à se développer, sans douleur aucune, sans la moindre réaction inflammatoire. La tumeur de volume moyen fut opérée, ce qui révéla l'intégrité parfaite de la vaginale, du testi-
en cule, de l’épididyme et du cordon soigneusement examiné en retournant la séreuse.
L'intérêt de ce cas, au premier abord très banal, réside en ce fait, que le liquide retiré de la poche se montra bacillifère et infligea au cobaye une tuberculose typique.
L'examen fut fait par inoscopie sur un coagulum provenant de 4o centimètres cubes de liquide et l’inoculation pratiquée avec les huit derniers centimêtres cubes retirés de la vaginale.
L'animal inoculé dans l’aine mourut en six semaines, avec une caséification ganglionnaire avancée, des granulations spléniques débutantes et une dégénérescence de Weigert très marquée sur le foie.
TECHNIQUE BACTERIOLOGIQUE ET CYTOLOGIQUE
Lorsqu'il s’agit de déceler le Bacille de Koch dans un épanchement, on a recours d'ordinaire à deux méthodes : l'examen direct simple ou par inoscopie et l’inoculation.
Jusqu'ici on a toujours eu tendance à ne pas se contenter de la première, la regardant comme infidèle. Les bacilles tuberculeux peuvent être confondus avec des bacilles acido-résistants non pathogènes. L'inoculation négative d'un épanchement dans lequel l’examen ‘direct a montré des bacilles acido-résistants est en général tenu pour suspect et le plus grand nombre des bactériologues ne considèrent pas qu’il s'agisse de tuberculose démontrée. Cette opinion nous paraît discutable.
On ne peut s'empêcher de faire un rapprochement entre ces formes de bacillose de la tunique vaginale avec la tuberculose rénale non folliculaire. Pourquoi le bacille produit-il tantôt des follicules, tantôt des lésions non folliculaires ? Il est difficile de répondre. Léon Bernard et Salomon ont montré que la qualité du bacille ne semble pas intervenir, car ils ont obtenu les deux lésions en expérimentant
des bacilles modifiés, dans leur virulence. Ainsi que l'a montré également André Jousset, les lésions folliculaires et non folliculaires forment une chaîne ininterrompue et il semble qu'aux deux extrémités se placent les lésions non folliculaires.
Il résulte de ces faits que la recherche des bacilles tuberculeux par la méthode directe est suffisante pour donner en général la clef du diagnostic; car, Comme nous venons de le voir, l’inoculation, lorsqu'elle est négative, comme dans toute recherche de laboratoire, n’infirme pas la nature tuberculeuse d’un épanchement.
Qu'on se serve de l’une ou de l’autre de ces deux méthodes, on a recours en général à la centrifugation pour réunir dans un culot tous les bacilles contenus dans le liquide d'épanchement. Ce procédé ne semble pas, à notre avis, donner de bons résultats.
Il est préférable de laisser la fibrine se coaguler spontanément (il y en a toujours un peu) et englober ainsi les bacilles et les éléments figurés.
Ce procédé, décrit, il y a plus de vingt ans, donne toujours satisfaction et facilite les opérations.
Pour l'examen direct, on aura recours l’inoscopie. L'inoculation sera simple, car rien n'est “plus aisé que d'injecter le coagulum fibrineux, morcelé, si cela est nécessaire, par la méthode de Bonardi.
L'injection est faite au niveau de l’aine, ce qui permet d'obtenir des renseignements précis et rapides sur la nature de l’épanchement. Au besoin, on enlève les ganglions, qui, au point d'inoculation, ne
tardent pas à augmenter de volume, lorsqu'il s’agit
de tuberculose et sur les coupes on trouvera le bacille Koch.
Il arrive souvent que, alors qu’à l’examen direct, on rencontre des bacilles, l’inoculation reste négative. Il en peut résulter une cause d'erreur grave. Cela tient à ce que, dans ce cas, on se trouve en présence ‘de bacillés très peu virulents, peut-être même, complètement avirulents pour le cobaye; on sait, en effet, qu'il existe des. bacilles tuberculeux authentiques provenant de tcultures pures, florissantes, qui ne peuvent tuberculiser le cobaye (André Jousset). Cette virulence, en effet, est éminemment variable avec chaque épanchement; André Jousset et Pierre Cartier l’ont montré d’une façon indéniable pour les pleurésies.
La technique suivie pour l'examen cytologique a été celle dont on se sert habituellement. Le liquide de l’hydrocèle est mélangé à parties égales avec de la liqueur de Marcano. On procède alors à la numération des globules blancs et ‘des globules rouges. Pour le cyto-diagnostic on s’est servi de l'alcool chlorhydrique selon les indications données par André Jousset ; la fibrine, ainsi dissoute, met en liberté les éléments figurés, dont le pourcentage est allors très facile.
Nous ne pouvons mieux faire en ce qui concerne l'étude de ces éléments figurés contenus dans ces épanchements, que de ‘donner les conclusions de Pierre Cartier et Henri Godard, relatives aux différents liquides d’hydrocèles provenant des malades