‹ De la navigation de l'Amazone: réponse à un mémoire de M. Maury, officier de la marine des EtatsChapitre 19 sur 57 · DOCK OU BASIN DE CARENAGE · texte numérisé non relu

DOCK OU BASIN DE CARENAGE

Je ne puis me résoudre à quitter la capitale de l'empire brésilien sans dire quelques mots de cet ouvrage monumental, effectué dans l'île des Cobras et sur lequel M. Henri Law, ingénieur civil, a bien voulu me donner les plus intéressants détails. Lorsqu'il a pris la direction des travaux, aucun plan n'avait encore été adopté pour la construction du dock. On s'était seulement occupé de déblayer une partie considérable du terrain montueux où il devait être creusé ; jnais le 6 janvier 1837, après l'adoption définitive de ses plans, l'ingénieur anglais pro^da

. IlTToaAL DTJ BBÉSIL. 33

Àronveitore des travaux en présence de l'Empereur et d^s premiers fonctionnaires de TEtat.

Ce qui fait la beauté spéciale de ee dock, et lui donne un avantage que n'on<t pas les magnifiques bassins de carénage de Brest et de Toulon^^ c^est 'd'être éntièremfâit taillé dans la roche vive* Elle est formée de gneis, veiné de trap et de quartz, et présente quelques défectuosités dans sa composition, n a fallu, pour opérer le creusement, employer le fluide galvanique, en se servant de batteries de fer et de zinc dont l'action était augmentée par l'effet dilatant de l'acide sulfurique.

En faisant jouer simultanément plusieurs mines on a pu parvenir à couper la roche aux points où l'on Voulait et sans avoir égard à la stratification. Puis, au moyeai de machines à vapeur, on a retiré les fragments de rocher du fond de l'excavation.

La longueur du dock est de 300 pieds à l'orifice, et de 286 au fond. La largeur, qui est de 92 pieds è, la partie supérieure, est de 30 pieds à la partie la plus basse. La profondeur du bassin est de 33 pieds et celle de l'eau de 28. Les parois intérieures sont taillées en degrés qui ont chacun 5 pieds de long sur un |âed de hauteur. Ces marches doivent servir non^seulement à rendre ioutes les parties du dock accessibles aux ouvriers, mais encore à recevoir les étais pour étançonner les vaisseaux en radoub. Au pourtour du dock sont deux galeries : une à 8 et l'antre à 18 pieds an-dessus du sol. iki outre, deux profondes entailles se trouve&t aia centre de chaeun des eûtes ; elles ont une longueur respective de 90 pieds et sont séparées peur use ei^paioe de 70

34 LITTOKAL DU BRESIL.

pieds. La destination de ces entailles ou excavations est de recevoir les roues des vaisseaux à vapeur.

L'entrée du dock à 70 pieds de largeur et se ferme par une caisson ou porte mécanique en fer, construite de manière à ce que la partie supérieure présente un pont, afin de passer d'un côté à l'autre du bassin. Cette porte ne joue pas de la façon ordinaire, mais elle est appuyée sur les extrémités du dock et maintenue en place par la pression même de la mer, pesant sur le caoutchouc élastique vulcanisé dont la surface du caisson est revêtue. L'eau elle-même élève ou abaisse le caisson, selon qu'elle entre par l'écluse ou s'échappe par le tube à siphon.

Le dock se remplit au moyen d'un robinet qui traverse le corps du caisson, et se vide à Taide de deux fortes pompes mises en mouvement par une machine à vapeur de la puissance de 40 chevaux, placée dans une construction attenante. H y a là, du reste, au service du dock, deux pompes,deux machines à vapeurs et deux chaudières, et lequel que ce soit de ces engins peut fonctionner avec chacun des autres.

Tel était l'état du dock lorsque je l'ai vu en novembre 1860. L'ouyrage était à peu près fini ; il ne s'agissait plus que de faire sauter la paroi de roche, laissée jusqu'alors à son entrée pour en interdire l'accès à la mer. Voici comment on se proiwsait d'exécuter cette opération : Deux tunnels, pratiqués dans la cloison, devaient recevoir chacun une boîte contenant mille livres de poudre à canon. Au moment fiixé, une batterie galvanique mettrait

le feu aux deux mines et déterminerait l'explosion. Les débris seraient ensuite retirés de Peau par le mo« yen d'une machine hydraulique construite à cet effet. J'oubliais de dire que, pendant la construction du dock, un incident des plus graves et des plus inattendus nécessita la suspension des travaux. Une défectuosité ou crevasse naturelle de la roche ayant présenté une ouverture, précisément du côté de l'entrée, l'Océan fit invasion dans le chantier, et il devint indispensable de construire une écluse pour mettre à sec le lit de la mer et élever en maçonnerie la pyle nord de l'entrée.

Cette circonstance, et plus encore la nécessité d'attendre l'arrivée d'ingénieurs et mécaniciens anglais, occasionnèrent un délai de plus d'une année. Malgré ce contre-temps, le dock devait être terminé dans le courant de 1860.

Comme on le voit, la statistique aurait une ample moisson à faire dans la métropole brésilienne, et il serait aussi utile qu'intéressant de pouvoir parcourir, dans un livre consciencieusement écrit, rhistoire d'une civilisatioH, naissante encore, mais 'beaucoup plus avancée qu'on ne le présume. Les communs intérêts des deux mondes ne seraient pas médiocrement servis si l'on sawit un peu mieux à quoi s'en tenir sur les ressources, les produits, les aspirations, les progrès matériels et intellectuels d'un pays qui attire toujours plus l'attention des commerçants, et où un si grand nombre d'émigrants européens pourraient être disposés à aller dresser leur tente.

36 UÎPTORAL BU BBBStt.:

OERTICa» DB8 BATEAUX JL YAPIUE.

n exiato d'Sorope à Bb Jaaeiro, et yicE->YSBSA> , deux iôrvices de bateaxuc à vapeur eu steamers.

ITa.ftn^ads, partant de Southampion le 9 de cliaqiie mois et touothant à Bîo Janeiro en 24 joiirs.

L'autre, français, partant de Bordeaux le 25 de chaque mois et touchant à Bio Janeiro en 21 jours. De la capitale du Brésil, deux steamers, de dimension inférieure, continuent la ligne jusqu'à Monte-Video e^ la Fl9.ta où ils arriyent après 5 jours de nayigadon.

Le Brésil possède lui-même de nombreux services à vapeur, entretenus par des compagnies dont plu* sieurs sont subventionnées de l'Etat. La principale est : —

La Compagnie impériale, faisant le service du littoral brésilien par deux lignes dont les bateaux partent tous les quinze jours de Bio Janeiro : la ligne du sud qui touche à Santa Catharina, à Bio Grande et s'arrête à Monte- Video, d'où le bateau repart, 42 heures après, pour Bio Janeiro, &c. La ligne du nord qui touche à Bahia, Maceio, Pemambuco, Parahiba Natal, Cearâ, Maranhâo, et s'arrête à Para, où le vapeur stationne 36 heures et repart après pour Bio Janeiro.

Plusieurs autres lignes relient entre elles les provinces du littoral, et rendent ainsi les plus grands services en facilitant les transactions des commerçants et la circulation des voyageurs.

Pour achever de donner un juste idée de l'état prospère de la civilisation brésilienne, je dirai que Bio Janeiro possède une académie de médecine, un institut historique et géographique, un institut

LITTOaAL DU BRESIL. ^ 37-

cammercial, une institution pour les enfants aveugles, une autre pour les sourds et muets ; im hos* pitàl àd lar Miséricorde et un lazaret, une académie des ])eaux-arts, un conserratoire de musique et une école de déclamation dramatique, nn musée national, une bibliotiièque publique de 100 mille volumes, une académie de musique, deux théâtres lyriques, &c.

poNTA d'area.

Cette localité, située sur le bord oriental de la baie de Bio Janeiro et qu'une colline sépare de Nitherohy, renferme une très-belle fonderie d'ouvrages en fer et en bronze. C'est encore une créa-^^ tion de M. de Mauà, qui en a doté le pays le 1er juillet 1854. Elle rend les plus grands services en livrant chaque jour au gouvernement et à l'industrie une foule d'ouvrages qu'il fallait autrefois aller chercher à grands frais dans les ateliers de l'Europe. On y a coulé 3 bombardes en bronze et de grande dimension, pour lancer des boulets et des grenades ; divers engins de guerre, et 10 colonnes à phare pour les rives de l'Amazone. On y fabrique toutes sortes d'ouvrages en bronze pour décorer les maisons, les édifices publics, les jardins, les tombeaux ; des tuyaux, des lampadaires pour le gaz ; des ustensiles pour la boulangerie et tous les métiers, des agrès pour les navires, «fec, &c. La fonderie de Ponta d' Area construit aussi, en grand nombre des bateaux à vapeur et des ponts en fer, des chaudières etdes machines de tout genre. La valeur des œuvree de ceiabe usine, qui est un vrai titre de gloire pour celui qui Ta créée, a été, dès la première année.

88 LITTORAL DU BEESIL.

de 2,522, 800 francs, donnant pour la Compagnie un bénéfice net de 534, 800 francs.

Cet établissement, où les travailleurs de tous les pays sont admis sans distinction de nationalité, occupait, quand je Fai vu, 666 ouvriers, dont 209 brésiliens, 200 portugais, 41 anglais, 11 allemands, 7 français, 7 belges, 2 suisses, 4 espagnols, 1 italien, 10 chinois, 124 africains et 50 créoles.

Page 1