‹ De la navigation de l'Amazone: réponse à un mémoire de M. Maury, officier de la marine des EtatsChapitre 31 sur 57 · ZOOLOGIE AMAZONIENNE · texte numérisé non relu

ZOOLOGIE AMAZONIENNE

Les quadrupèdes domestiques ou sauvages de l'Amazonie ne diffèrent pas essentiellement de ceux du reste de l'Amérique méridionale. Le bœuf, dont la grosseur y est remarquable et la chair savoureuse, le porc, le mouton, la chèvre pourraient prodigieusement se multiplier dans les riches pâturages qui s'étendent autour des fleuves, mais la facilité de se procurer un^abondant butin au moyen de la chasse et de la pêche fait beacuoup négliger rélève des troupeaux, surtout dans la haute Amazonie. Celle du bœuf est même à peu près la seule qui préoccupe les habitants des localités mieux situées que les autres pour subvenir aux besoins de l'alimentation publique. Telles sont les fermes à troupeaux (fazendas), des environs de Santarem, de PharOjSur le Jamundâ, des bords du Trombetas, du Eio-Branco, et du Bio-Negro. En général, -ees fermes à bétail sont peu nombreuses dans la haute Amazonie, et l'on s'en ferait une bien fausse idée en se figurant que les animaux y reçoivent les mêmes soins qu'en Europe. Dans ces vastes propriétés qui ont quelquefois cinquante ou cent lieues d'étendue, le bétail vit à demi-sauvage, à peine surveillé par quelques pâtres indolents qui ne peuvent le préserver ni des rapines des Indiens, ni de la dent des bêtes féroces. H y a peu de chevaux dans le pays, par la raison qu'il n'y e^tiste encore qu'un petit nombre de routes voiturables. Les poulains

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venus de la Plata y sont cependant l'objet d'un certain trafic.

La même raison qui fait négliger l'éducation du bétail détourne de celle des volatiles de bassecours. Des forêts remplies d'un gibier facile à se procurer et sans cesse renouvelé, telles sont les garennes et les volières des Amazoniens.

Ces forêts ïenferment une quantité à peine croyable d'animaux de toute espèce: à poils, à plumes ou à écailles. Des troupes de singes hurleurs et autres s'y balancent aux branches des cèdres, des umaris et des massarandùbas ; on distingue parmi eux le léger sahui, qu'on apprivoise sans peine; le charmant markina, le salui écarlate, le sapé cornifère, bizarrement orné de deux cornes de poils; le mono pardo, recherché pour son pelage ; le sagoin musqué, le sauvage guariba qui, à l'aurore et au crépuscule, fait entendre des hurlements plaintifs dont la superstition locale a fait une prière psalmodiée.

^Les fourrés qui avoisinent les eaux sont la demeure ordinaire des pacaris, sorte de petits sangliers dont la chair est excellente et qui vont toujours par troupe. Dès qu'ils entendent un coup de feu, ils fuient avec tant de précipitation et de désordre qu'ils renversent parfois le chasseur sans même l'apercevoir.

Dans les bois profonds se tiennent les vedoas ou cerfs brésiliens, dont la chair approche de celle du bœuf. L'anta ou bufile, le plus grand des quadrupèdes du Brésil; le jaguar ou panthère américaine, le couguar ou tigre noir, le guarâ et le cachorro do

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mato, représentants du loup et du renard dans les déserts de l'Amérique,

La famille des oiseaux de TEquateur est aussi variée que brillante. Elle comprend d'innombrables espèces de perroquets et d'aras, d'oiseaux chanteurs, parleurs ou sifiieurs, des ramiers, des oies, des pans, des coqs de montagne, des oiseaux de proie, des colibris et des essains d'oiseaux-mouches de toutes les couleurs et de tous les mélanges de couleur.

Plusieurs espèces de serpents habitent les forêts ou les lacs de l'Amazonie. Parmi ceux dont la morsure est le plus à craindre, car elle peut devenir mortelle, il faut placer le surucucù, le jararaca, le cobra de cascavel (serpent à sonnette.) Bien qu'on doive soigneusement éviter le voisinage ou la rencontre de ces reptiles, il y a beaucoup à rabattre à l'idée formidable qu'on s'en fait en Europe. Ils fuient généralement la présence de l'homme. La famille des ophidiens de l'Amazonie compte cependant un individu réellement redoutable, c'est le boa ou surucujù qui est quelquefois de vingt-cinq pieds de long et de la grosseur d'une pièce de campagne. Sa force est telïe qu'il peut saisir et étouffer un taureau dans ses spirales, et l'on jugera de sa voracité en songeant qu'il peut dévorer, en un seul repas, deux porcs et un chevreau. H est vrai que le travail de la digestion est si laborieux qu'il en résulte pour l'animal un engourdissement profond pendant lequel on peut l'éventrer sans aucun danger. Malgré sa force prodigieuse, le boa est immédiatement tué parles Indiens quand il lui arrive d'aban-

donner les solitudes où il habite d'ordinaire, pour se rapprocher des demeures de Thomme. Le Jacaré ou caïman brésilien qui se trouve dans la plupart des fleuves et des lacs est encore moins dangereux que le boa, même pour les nageurs les plus imprudents.

Les eaux de l'Equateur sont partout très-poissonneuses, et il faudrait sans doute des volumes pour faire un histoire ichthyologique complète de la rivière des Amazones et de ses affluents. Il n'est cependent que deux principales espèces de poissons qui soient pour les habitants du pays l'objet d'un commerce chaque jour plus important, les voici : —

Le premier est le pirarucù, que Ton mange frais et que l'on sale plus souvent comme la morue, avec laquelle il a quelque ressemblance, tout en étant d'une taille beaucoup plus grande. Comme le peixeboi et le pirahiba, on le pêche ordinairement au harpon. Il se trouve dans tout le cours de l'Amazone, du Madeira, du Rio-Negro, &c., spécialement près des confluents et dans les eaux profondes. Le second est la vache marine ou peixe-boi, poisson mammifère et à demi-amphibie dont la longileur atteint quelquefois dix sept pieds, et dont l'épaisseur est de deux ou trois pieds. Sa tête, qui a quelque chose de celle de la vache, est munie d'oreilles et d'yeux d'une extrême petitesse.

Sa peau est si épaisse et si dure qu'elle est presque à l'épreuve de la balle, et que les Indiens s'en font des boucliers qu'ils portent à la guerre. Ce volumineux cétacé n'a que deux petites nageoires

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près de la tête, au-dessous desquelles se trouyent les tétines de la femelle. Il se nourrit spécialement d'une espèce de roseau qui abonde sur toutes les rives des fleuves de TAmazonie et que les Indiens nomment canarana. Le moment ou la vache marine lève sa tête hors de l'eau pour respirer ou pour brouter les tiges du canarana est celui que choisit l'adroit pêcheur pour la harponner. La chair de ce poisson est très-estimée, même des étrangers, et tient lieu de bœuf aux gens du pays, qui la mangent fraîche, et la salent ou la fument, faute de sel.

Outre ces deust poissons et une multitude d'autres espèces qui fourmillent dans les fleuves, les lagunes et les moindres cours d'eau, le pays possède encore une quantité réellement innombrable de tortues qui, en septembre et octobre, abandonnent les eaux pour venir déposer des myriades d'oeufs dans le sable. Ces œufs, qui sont l'objet d'une récolte générale sur tout le littoral servent à confectionner le beurre de tortue.

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