AGRICULTURE, PRODUITS, COMMERCE
L'agriculture, telle qu'on la pratique en Europe, n'existe pas encore dans le nord du Brésil. Malgré les eflforts du gouvernement et de quelques personnages influents, animés des meilleures intentions, on s'y occupe fort peu du défrichement des terres et de la création des produits qui, en d'autres pays, mettent en mouvement tant de bras et tant de capitaux. H existe bien quelques cultures de café ou de tabac autour des villes et des aidées, spécialement sur le Rio-Negro, mais l'étranger qui aborde dans ces contrées, ne doit point s'attendre à y trouver des campagnes couvertes de plantations, semées de fermes élégantes, riches en récoltes de tout genre, et procurant à des familles entières les avantages de l'aisance et ceux d'une vie tranquille. L'excessive jabondance des productions spontanées de ces climats y semble faire de l'agriculture quelque chose d'inutile et de superflu, et même une occupation préjudiciable aux intérêts des populations. Effectivemen,t, à quoi bon se livrer à un travail^ toujours pénible dans les pays chauds, pour récolter du thé, de l'indigo, du cacao, du coton, du piment, de la canelle, des clous de gérofle, du maïs, des pommes de terre, du froment, etc., etc., lorsque la plupart de ces produits sont libéralement donnés par la nature ou apportés parle commerce européen ? L'Amazonien à qui la culture de son champ ne produirait qu'un mince bénéfice préfère
AMAZONIE. 121
s'enfoncer dans les bois pour recueillir la gomme du syringa, dont on fait le caoutchouc ; la vanille, les noix muscades, le carajurû, le cumarù, Thuile de cupahùba, la salsepareille, plus de soixante drogues pharmaceutiques. Tous ces produits se vendant à des prix élevés, il a la chance de gagner des sommes considérables. Il est vrai qu'il lui faut mener une' existence nomade, dans le silence des forêts, exposé aux morsures des serpents et aux attaques des bêtes fauves, mais il est aventureux et brave, et puis, la soif du gain est si impérieuse ! Il part donc, rempli d'espérance et même de gaîté, surtout s'il a pu se procurer un peu " d'agoa-ardente " et de tabac. Ce genre de vie, qui est celui de la majeure partie de" la population des aidées, est un grand obstacle aux progrès de l'organisation sociale de certaines parties de l'Amazonie. Ces bandes innombrables de tapuyas, de créoles ou d'européens dispersés dans les déserts et, pour ainsi dire, affranchis de toute loi, ne présentent pas précisé'ment l'idéal d'une société modèle.
Un tel état de choses donne lieu à l'abus le plus déplorable. De hardis industriels, appartenant à toutes les nations, et dont l'absence de marchés publics rend malheureusement l'intermédiaire indispensable aux vendeurs de produits spontanés, exploitent ces derniers do la façon la plus indigne. Au prix de quelques marchandises grossières ou avariées, ils obtiennent d'eux les produits les plus précieux, qu'ils revendent lucrativement à d'autres accapareurs. Ce n'est pas tout: ces misérables, abusant de Pempire qu'ils ont su prendre sur les
122 AMAZONIE.
indigènes, les contraignent par de mauvais traitements, des menaces, ou après les avoir soûlés d'eaude-vie, à leur.wndreàbas prix les produits récoltés pour le compte de divers commerçants.
Le gouvernement central a fait de louables efforts pour établir des marchés affectés à la vente des produits, et mettre un terme aux odieuses spoliations qm viennent d'être signalées. Mais sa bonne volonté se trouve paralysée par l'influence que les exploiteurs ont acquise sur l'esprit des populations.
Pour guérir un si grand mal, il n'est, semble-t-il, qu'un seul remède: la création de nombreuses colonies de travailleurs agricoles, ce qui amènera certainement, avec le temps, une notable diminution des produits naturels et, par suite, la nécessité de demander au travail des biens que la nature primitive cessera de donner. C'est ce qui déjà est arrivé pour les provinces de Maranhâo et de Cearâ.
LE GRAND PABA. 123
LE 6BAHD PARl