DESCRIPTION SOMMAIRE DU PAYS
Le Grand Para ou Basse Amazonie est une région d'environ 40 mille lieues carrées^ c'est-à-dire une fois et demie plus grande que France actuelle. Elle se trouve entre le 40** 3* de latitude nord, et le 6" de latitude sud, étant ainsi coupée par l'Equateur, qui passe sur l'embouchure même de la rivière des Amazones. Sa longitude, prise au méridien de Paris, s'étend du 48** au 7r.
Ses limites sont : au nord, l'Atlantique ; à l'est, la province de Maranhâo, dont elle est séparée par le Gurupi ; au sud, les provinces de Mato-Grosso et de Goyaz ; à l'ouest, le rio Oyapock, qui la sépare de la Guiane française, et la province des Amazones, la ligne de démarcation étant tracée par les rios Jamunda et Tupinambaranà, affluents, l'un de la rive gauche, l'autre de la rive droite de l'Amazone.
Cette province n'offre d'antres montagnes que celles qui s'élèvent sur les frontières du nord et du sud. Partout ailleurs, elle n'est qu'une plaine immense, formée 'par les terrains d'alluvion que les eaux y ont charriés dans les époques primitives du globe. On ne s'étonnera donc pas de leur prodigieuse fertilité. L'hiver y est inconnu, les orages y sont fréquents et les coups de tonnerre épouvantables. Les brises, qui la nuit soufflent de la terre, et de la mer pendant le jour, amortissent la chaleur. Comme dans les autres pays situés sous la ligne, les jours y sont toute l'année égaux aux nuits. Enfin, il y règne une telle alternative de soleil et de pluie, qu'il en résulte une température à la fois douce et humide, excessivement favorable à la végétation. Aussi, dans quelque saison qu'on y sème les céréales, elles donnent deux ou trois récoltes dans l'année.
En possession des embouchures du plus grand fleuve de la terre, et d'une côte dont l'étendue est de près de 180 lieues, le Para est supérieurement, placé pour devenir l'entrepôt de tout le commerce du Brésil septentrional, et d'une grande partie de celui de la République de l'Equateur, de la province de Mato-Grosso et du Pérou. Les ports qui bordent la baie du Tocantins, ceux de^ l'île de Marajo ou qui sont échelonnés sur les bords de l'Océan, les eaux inférieures de l'Amazone, du Tocantins, du Xingù, du Trombetas, forment un ensemble de points commerciaux faits pour assurer la prospérité d'un pays moins favorablement doté par la nature. Les riches produits dont abondent les eaux, et les forets, ceux que la culture commence à mul-
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tiplier, enfin,' la nécessité de se procurer par rimportation les objets de première utilité que Tindustrie nationale ne donnera pas de longtemps, sont autant de causes qui assurent à ces, contrées im magnifique avenir commercial.
On trouve sur le territoire du Para, non pas quelques produits perdus dans les forêts, mais des masses de produits que la nature a, pour ainsi dire, mis sous la main des heureux habitants de ces climats. Je ne citerai que les principa\ix : —
Le camarâ, la capaveira, Tomiri ou storaque, le marapinima, dont le bois est susceptible d'un poli égal à celui de Pécaille de tortue; le sucubâ, qui donne, par incision, un puissant vermifuge liquide; le massarandùba, dont la gomme est une excellente colle-forte; la gelahicica, qui fournit une résine susceptible de remplacer l'argile pour la confection de la vaisselle ; la chiriuba, dont la cendre remplace la soude dans la fabrication du savon. On y trouve encore, mais en petit nombre, des mines de métaux, du cristal, des émeraudes, de l'argent, du granit, de l'argile de diverses teintes, et des bois très-avantageusement employés pour la construction, la charpenterie et la menuiserie.
Les forets sont remplies d'essaims d'abeilles, qui fabriquent leurs rayons dans les troncs des arbres séculaires, et de mille fruits difierents, paiinj lesquels j'ai surtout remarqué des attas, des pignes et plusieurs variétés de cocos. La vanille, le gingembre, l'indigo, la salsepareille, le jalâpa, l'ipécacuanha, le géroflier et la noix muscade croissent là naturellement. Le pays donne aussi
une grande quantité de mandioca, de riz, de mais, de haricots, de café, de coton et de cannes à sucre.
Parmi les produits qui font l'objet spécial du commerce du Para, on doit placer en première ligne • Purucù, dont la teinture est préférable à celle du pâo-brazil ; le riz, le cacao, la salsepareille, des épices, des plantes médicinales, la gomme élastique, le piment de l'Inde, le baume de copahu, le tafia, la cannelle, l'andirôba, le puxiri, le tapioca, le cumarù, des bois pour la construction nayale et la menuiserie.
La province du Para se subdivise en sept comarques ou départements, dont voici les noms, qui sont les mêmes que ceux de leurs capitales : — Para, Marajô, Bragança, Cametâ, Macapâ, Gurupa, Santarem.
La comarque de Para a pour capitale Belem àa Para, qui Test aussi de toute la province. Cette ville doit sa fondation à Francisco Caldeira, qui, en 1615, fut expédié par le gouverneur général du Brésil, Alexandre de Moura, pour fonder un fort à rembouchure de l'Amazone, et en interdire rentrée aux étrangers qui venaient trafiquer -avec les Indiens. Belem, dont la population est de 30 mille âmes, est situé sur la rive méridionale de la baie de Gruajarâ, formée par la réunion dés rios Tagypurù, Gruamâ et Mojù, qui se jettent dans le Tocantins. La ville, très-bien bâtie, est remarquable par Talignement de ses rues, pavées ou macadamisées ; par l'élégance de ses maisons, construites en pierre, et même par la beauté de quelques-uns de ses édifices, tels que le palais du gouverneur et de l'église de Santa- Ana ; la douane et la caserne sont aussi de remarquables monuments. On y voit de très-jolies places, deux ponts, un jardin botanique, et divers établissements d'instruction publique et de charité.
Belem a été plus d'une fois le théâtre d'événements aussi graves que déplorables. Depuis l'époque où son fondateur fut rappelé à Lisbonne (1622) pour avoir justement fait punir un de ses cousins qui avait assassiné une habile et brave capitaine, Belem et San-Luis devinrent deux foyers de factions militaires ou monastiques, qui se livrèrent aux plus affreux désordres. Les malheureux In-
diens furent soumis aux plus atroces traitements par ceux-ld, même qui occupaient les premières charges de la province. Parmi ceux qui se signalèrent par ces honteux excès, l'histoire du Brésil flétrira surtout les gouverneurs Fragoso d'Albukerque, Bento Maciel, Joâo Velho do Valle, Pedro Maciel et Victor Maciel. Les longues querelles des jésuites, partisans de Tesclavage des Indiens, avec le pouvoir civil et l'autorité royale, se sont prolongées avec un incroyable persistance de la part de la Compagnie de Saint-Ignace. Mais il est une cause plus puissante encore des révolutions qui sont venues ensanglanter un pays où tout semble inviter aux douces jouis- • sances de la paix.
La race indienne et les races plus ou moins colorées, issues des mélanges avec les blancs, ont^de nombreux représentants sur les bords de T Amazone. On les y trouve sous tout es les formes, dans toutes les professions : marchands, traficants, marins, soldats, prêtres, esclaves. Or, cette dernière condition a beau être considérée comme une nécessité par les blancs, et même par les noirs et les hommes de couleur. Des ferments de haine et de vengeance couvent dans les cœurs des hommes systématiquement tenus en servitude, et, lorsqu'une révolution vient déchaîner les passions ardentes, on doit s'attendre aux plus terribles catastrophes.
C'est ce qui est arrivé à Bélem. Lorsque l'indépendance fut proclamée dans le Para, les autorités portugaises voulurent se maintenir dans la capitale ; mais, sur la sommation du capitaine anglais Grenfell, lieutenant de lord Cochrane, elles abdiquèrent
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en faveur d'une junte provisoire, et le gouvernement de don Pedro I fut officiellement reconnu. Surprise plutôt que désarmée, l'opposition portugaise reprit bientôt courage et marcha sur le palais de la junte qui, de son côté, se hâta d'appeler Grenfell à son secours. Celui-ci, ayant débarqué avec ses hommes repoussa facilement l'insurrection* Un assez grand nombre de rebelles tombèrent entre les mains de la junte qui fit publiquement fusiller cin4 de leurs chefs. Deux cent cinquantetrois furent enfermés au fond de cale d'un navire, et placés sous la garde de soldats brésiliens. Entassés dans un étroit espace jusqu'à perdre haleine, mourant de soif, et consumés par la chaleur, ces malheureux essayèrent de gagner le tillac, mais ils furent impitoyablement repouesés par les soldats, qui firent feu sur eux, et les obligèrent de rentrer dans leur affreuse prison, sur laquelle ils braquèrent une pièce d'artillerie, et dont ils bouchèrent toutes les issues. La privation d'air respirable produisit bientôt les plus funestes effets : les prisonniers, horriblement asphyxiés, tombèrent dans les convulsions de la rage, et s'entredévorèrent comme des bêtes féroces. On entendit toute la nuit des cris de détresse, un tumulte effrayante puis, insensiblement, le bruit cessa, et fit place à un profond silence ; le silence de la mort ! Effectivement, le lendemain matin, quand on ouvrit les écoutilles, il se trouva que, sur ces deux cent cinquante-trois hommes, quatre seulement vivaient encore, grâce au bonheur qu'ils avaient eu de pouvoir se cacher derrière quelques barriques d'eau. . . .
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Le dernière grande révolution du Para date de 1835. Le 7 janvier de cette année, les soldats qui étaient de garde au palais s'étant tout d'un coup mutinés, égorgèrent le président de la province, le commandant de la place et le capitaine du port. C!es excès furent suivis du massacre d'une vingtaine de Portugais résidant à Bélem. Bientôt les rebelles, qui avaient mis à leur tête le sergent Gromez, se portèrent sur les prisons, d'où ils tirèrent cinquante individus, parmi lesquels se trouvait FeBx Antonio Clémente Malcher, ancien membre de la junte provisoire, établie du temps de Grenfell. Cet homme, qui avait été incarcéré comme instigateur de l'insurrection du Rio Acarâ, fui alors proclamé président, avec la déclaration de n'en pas recevoir de Rio Janeiro avant la majorité de Don Pedro II.
Sous l'autorité de ce nouveau chef, l'ordre se rétablit promptement et se maintint jusqu'au 19 février. Ce jour là, Francisco Pedro Vinugre, nouveau commandant de la place, ayant appris qu'il allait être arrêté, souleva les soldats et la populace contre Malcher, qui eut à peine le temps de se renfermer dans le chateau-fort, où il fut pris, au bout de deux ou trois jours, et après avoir perdu deux cents hommes. L'ordre fut donné de l'enfermer dans le tort de la Barre, situé au bas de la ville, mais il fut massacré dans le trajet, et personne ne douta que le coup ne vint de la part de Vinagre, proclamé chef suprême de la province.
Le 12 mai suivant, le vice-président constitutionnel, Senhor Correâ, essaya de s'emparer de la ville, au moyen de treize vaisseaux de guerre et de
quelques troupes de débarquement, mais il fut repoussé et les vaisseaux coulés bas.
Le 24 juin, Senhor Bodriguez, le nouveau président, arriva de Rio Janeiro avec 250 hommes de troupe, et força les insurgés à sortir de la ville, dont il prit possession.
Cependant, les désordres continuèrent daas Tintérieur de la province, et, le 14 août, un corps d'Indiens, sous les ordres de Vinagre et d'autres chefs, . fondit inopinément sur la capitale, la prit et commença le massacre général des blancs. Les citoyens se défendirent de leur mieux, et Vinagre fut tué dans une escarmouche au milieu d'une rue. Deux vaisseaux de guerre, un français et l'autre anglais, qui se trouvaient dans le port, débarquèrent un corps de matelots pour aller au secours de la ville, mais la pusillanime conduite du président les obligea de se retirer.
Les Lidiens s'étant emparé de quelques maisons élevées qui environnent le palais, commencèrent de là un feu bien nourri contre cet édifice dont l'artillerie essaya de leur répondre, mais le président ne tarda pas à se retirer, abandonnant la ville à la destruction. Plusieurs familles réussirent à se réfugier sur les navires étrangers qui étaient dans le port, mais beaucoup d'autres tombèrent victimes de la rapine ou du meurtre.
Edurado, qui avait succédé à Vinagre, essaya de protéger les propriétés des étrangers, et y réussit quelquefois. Ceux-ci ne laissèrent pas de se retirer de la ville, aussitôt qu'il leur fut possible, s'estimant heureux d'avoii^la vie sauve.
La période qui suivit pourrait être appelée, avec raison, le règne de la terreur, règne néfaste, troublé lui-même par les violentes dissensions des rebelles, qui mirent les assassinats à Tordre du jour. H était temps d'en finir avec Tanarchie, si Ton ne voulait pas que la ville redevint un désert. Déjà l'herbe poussait dans les rues et les maisons tombaient en ruines.
La situation de la province n'était pas meilleure. Le désordre était partout à son comble. On n'e reconnaissait plus d'autre autorité que celle de la spoliation et de la violence. Les plantations étaient brûlées, les esclaves et le bétail massacrés, et, dans un grand nombre de localités, pas un seul blanc n'avait été laissé en vie.
Au mois de mai de Tannée suivante, le général Andréa arriva de Rio-Janeiro avec le titre de nouveau président, et s'ouvrit par la force le chemin de la capitale. Il proclama la loi martiale, et, par des mesures pleines d'énergie et de sévérité, parvint à, rétablir Tordre dans le pays. Les châtiments qu'il imposa aux rebelles et aux prisonniers Tont fait accuser de tyrannie et d'inhumanité, mais les exigences du moment, qui réclamaient ces rigueurs? excusent sa conduite si elle ne la justifient. Le reproche le plus grave, qu'on lui ait fait, ainsi qu'a ses officiers, est d'avoir abusé de son pouvoir pour spolier de paisibles citoyens, et d'avoir ainsi longtemps prolongé la guerre par un motif d'intérêt personnel. Il est certain qu'à l'ombre de son autorité, les attentats contre la vie, la ruine de la propriété, la décadence des mœurs parurent systématiquement
se continuer. Triste politique, procédant par la force brutale, et qui ne fut, dans le fond, que la continuation de celle qui, dès la fondation de Para, fut constamment pratiquée par les Portugais contre les malheureux Indiens.
La ville et la province de Para ont énormément souffert de ces alternatives de désordres et de rigueurs qui ont ruiné à la fois le commerce et le travail, mais, depuis 1848, toutes choses ont tendu à s'améliorer, et au moment où je trace ces lignes, cette contrée est une des plus florrissantes et des plus populeuses du Brésil. Le port de Para est le rendez-vous d'une foule de navires de toutes les nations qui viennent y répandre l'aisance et l'activité en retour des précieux produits qu'ils en exportent.
La comarque du Para comprend cinq municipes ou communes : —
Mojù: près de la rivière du même nom.
Igarapé-Mirim: qui n'était il y a vingt ans qu'une aidée, et qui est aujourd'hui une charmante petite ville sur le rio du même nom, servant de communication entre le rio Mojù et le Tocantins. En 1835, Igarapé-Mirim fut brûlé par les troupes impériales, obligées de l'abandonner aux rebelles, auxquels elles le reprirent l'année suivante.
. Vigia, ancienne ville à 15 lieues de Belem. Les environs en sont délicieux, ce qui avait déterminé les Jésuites et les Frères de la Merci à y fonder des établissements. Son port, sur le rio Guajarâ, tributaire de l'Amazone, fait un commerce assez actif de cacao et de café, qui passent pour les meilleurs de
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la province. Les habitants de la ville et de son territoire sont au nombre de 20 mille, trafiquants, pêcheurs ou laboureurs.
Curuça: chef-lieu d'une justice de paix.
Cintra: ancienne aidée sur TOcéan et le rio Maracanan. Elle a pris le titre de ville depuis Pexpulsion des Hollandais. Son territoire est fertile mais médiocrement cultivé, à cause du départ d'un grand nombre d'Indiens qui l'abandonnent pour aller dans les bois à la recherche de la gomme du syringa et d'autres produits spontanés.