ÉTAT JUDICIAIRE, MORAL ET POLITIQUE DU PARA
Dans nn pays dont la population disséminée semble échapper à la répression des lois, et où Pautorité n'est pas toujours suffisamment pourvue des moyens qui assurent ailleurs l'exécution et le respect de ses ordres, il n'est certes rien d'étonnant qu'il existe encore quelque irrégularité dans le fonctionnement de la justice ci\ile, et cela, malgré la vigilance et les efforts incessants du pouvoir provincial. Bien n'est plus propre à donner une idée de cette situation anormale que l'extrait suivant du Relatorio de 1860, présenté à l'Assemblée par M. le président du Para :
" L'administration de la justice dans cette province n'est pas encore régulière ; différentes causes concourent à cet état de choses: l'absence des juges de droit, qui ont quitté leurs comarques ; la vacation des fonctions municipales dans quelques districts, faute de bacheliers gradués qui veuillent les occuper ; l'intérim de quelques services publies, par le même manque de sujets lettrés ; les difficultés contre lesquelles ont à lutter, dans un pays où la population est si clair-semée, les magistrats chargés d'établir la preuve des délits ; la condescendance naturelle et quelquefois scandaleuse du jury ; le patronage sous lequel les délits les plus graves s'abritent presque toujours; le manque, dans les
comarques et les districts, de prisons sûres dans lesquelles les individus mis en état d^arrestation puissent être gardés en attendant leur jugement ; les difficultés que Ton rencontre pour faire passer les détenus de cette capitale dans quelques-uns des districts de l'intérieur, et plusieurs autres obstacles encore contribuent à ce que la répression des délits ne soit ni prompte ni certaine. Les administrations locales ont cherché à écarter quelques-uns de ces embarras, mais les mesures particulières qu'elles ont prises ne peuvent avoir qu'un efiFet limité et sont incapables de guérir un mal, si grave, qu'il ne peut être extirpé que peu à peu, par le gouvernement impérial et par le temps.
Malgré ces inconvénients, que l'action combinée des autorités de la province et du pouvoir central feront disparaître, on n'a pas un bien grand nombre de délits à signaler dans le Para. Les crimes entraînant la peine de mort y sont même plus rares que dans aucune autre province de. l'Empire. Le Belatorio de 1860 ne présente, pour les sept comarques du Para, qu'une liste de 39 prévenus parmi lesquels, disons-le à la louange des Paraîennes, il n'existe pas une seule femme.
Dans un pays où les passions politiques sont si ardentes, où plus d'un souvenir haineux couve encore dans les cœurs, où la presse, complètement libre, ne se fait pas faute de discussions chaleureuses, on devrait s'attendre, semble-t-il, à de fréquentes scènes de désordre ou d'insubordination. n n'en est absolument rien. Sauf quelques troubles qui ont éclaté à Bragance et qui n'ont pas eu de
suite, grâce anx mesures sages et modérées du gouvernement provincial, Tordre le plus complet n'a pas cessé de régner pendant toute Tannée 1860, et j'apprends à l'instant que les élections générales qui ont eu lieu à la fin de décembre dernier, se sont faites avec un sens pratique, un calme, une décence qu'on regrette de ne pas rencontrer toujours chez les peuples les plus civilisés de l'Europe.
Je ne sais si le lecteur sera de mon avis, mais il me semble que c'est un spectacle bien fait pour intéresser et pour émouvoir, que celui d'une société naissante s'essayant au grand dogme de la liberté dans le pays le plus grandiose du globe et, pour ainsi dire, au sein de la libre nature.