INSTRUCTION PUBLIQUE. — MŒURS DE LA POPULATION. — ARMÉE
Il existe dans la province 20 écoles d'enseignement primaire, 15 pour les garçons et 5 pour les filles. Les premières sont fréquentées par environ 400 enfants, les secondes par 50 ou 60. Le chiffre de la population étant de 50 mille, on voit que le nombre des enfants qui ne reçoivent aucune espèce d'instruction littéraire est malheureusement encore bien grand. La cause en doit être attribuée à réloignement où un grand nombre d'habitations se trouvent de l'école, et plus encore à la vie nomade des familles indiennes, et même des créoles, qui s'occupent de l'extraction de la gomme du caoutchouc et de la recherche des autres produits forestiers. L'assemblée provinciale s'efforce de porter remède à ce mal en augmentant chaque année le nombre des écoles primaires. La mesure est bonne, mais elle n'atteindra complètement son but que p^r la fixation des familles autour des centres communs. •
L'instruction secondaire est donnée dans le séminaire, et se compose de dix classes : Arithmétique, algèbre et géométrie, philosophie, rhétorique géographie, français, latin, et deux classes de musique. Une trentaine d'élèves profitent de cet enseignement.
Il existe de plus dans la capitale une école particulière pour les jeunes personnes. Elle est dirigée par dona Angela Custodia Ferreira d'Alcantara et compte une vingtaine d'élèves.
Le personnel des professeurs est satisfaisant sous le rapport de Tinstruction comme spus le rapport moral. ¥ne chose manque pourtant à r nstruction primaire : c'est une direction uniforme, une méthode commune. Chaque professeur y est laissé a lui-même et adopte le mode d'enseignement et les livres qu'il lui convient. De-là un vague et une incohérence extraordinaires dans l'ensemble de l'enseignement. Un conseil d'inspection et de direction pour les écoles est indispensable. Xe conseil provincial s'en préoccupait, et peut-être fonctionne-t-il à cette heure.
Il y a longtemps que la tranquillité publique n'a pas été troublée dans laHaute- Amazone, ce qui fait l'éloge de l'administration et celui des habitants. Tous ceux qui ont pu voyager dans ces parages savent combien, en général, les mœurs y sont douces et simples, et avec quelle sympathique bienveillance les étrangers y sont accueillis. Les populations indiennes, si longtemps insoumises et peu disposées au travail, commencent à comprendre son importance, et s'y livrent avec une activité qui égale celle des créoles. J'ai vu moi-même à Manaos un assez grand nombre de Tapuyas qui avaient quitté le désert (o sertâo) pour venir, en libres travailleurs, gagner 2 patacons, ou soit dix francs par jour, à transporter des ballots à bord des embarcations. Tous les étrangers admiraient leurs formes, à la fois gracieuses et robustes, leur adresse et surtout la simplicité de leur costume, consistant en ime simple tunique de peau.
La liste des crimes et délits, trop nombreiiee
encore, est cependant, relativement, beaucoup moins chargée que dans un grand nombre de pays do l'Europe. En 1359, 28 inculpés étaient entre les les mains de la justice, et, de 21 qui ont figuré aux
assises, 19 ont été absous. Peut-être le jury a-t>il montré une trop grande indulgence, mais il faut reconnaître que, lors même qu'ils auraient été condamnés pour la plupart, il n'y aurait pas lieu à trop accuser la moralité de la population"
La force publique de la province consiste dans un corps de troupes régulières, infanterie et artillerie, occupant les forts d'Obidos, de Tabatinga, la caserne de la capitale et autres lieux. Ce corps, qui se recrute dans le pays, est très-peu nombreux, en sorte que le poids du service militaire retombe, en grande partie, sur la garde nationale, qui vient d'être nouvellement réorganisée, et présente un effectif de près de 3 mille hommes, parfaitement armés et de bonne disposition.