‹ De la navigation de l'Amazone: réponse à un mémoire de M. Maury, officier de la marine des EtatsChapitre 48 sur 57 · PRODUITS · texte numérisé non relu

PRODUITS

Pour ne pas m'exposer à répéter trosp sauvent les mêmes ehoses, je dirai «n deux mots que les produits spontanés et agricoles de la Haute-Amazone sont absolument les mêmes que ceux de la pr6vinoe du Para. On doit facilement le comixrendre, si Vos. fait attention que les deux provinces ^mt à peu près la même latitude et la même qualité de terrein, du moins dans les parties actuellement colonisées.

Ainsi, dans le Para comme dans la Haute-Amazone, cette puissante magicienne qu^on appelle la nature s'est plu à multiplier les merveilles, depuis Taile de Toiseau-mouche, qui rendrait jaloux le saphir et le rubis si ces pierres précieuses étaient douées de sentiment, jusqu'à la rose gigantesque dont la Victoria Begia couvre les solitaires eaux des lagunes. Pans ces forêts vierges, où tant de générations de plantes et d'animaux forment de leurs dépouilles un berceau à tant de vies luxuriantes et splendides, quelle est la science, l'art ou la spéculation qui ne rencontre pas un trésor? La médecine y vient chercher le jalâpa, Tipécacuhana, le jasmin des bois, le copahu, le mururé et des baumes qui laissent bien loin les poétiques simples du mont Ida ; la parfumerie et la droguerie en retirent la vanille ,* le gingembre, le gérofle, la muscade, des huiles aromatiques, des parfums suaves ; le commerce y trouve la gomme du syringa, le cacao, le café, le coton, une infinité de produits utiles à la vie domestique ; l'industrie s'y enrichit

de bois d'un magnifique poli, roses, noirs, marbrés ou dorés ; la construction y fait son profit des barajûbas, des castanheiras, des cèdres, des massarandubas et de tous ces arbres titanesques dont les ombres couvriraient une montagne ; enfin la botanique y découvre tous les jours des plantes admirables de verdure, de fleurs, de parfums, et qui ij^rmettent à laFlore d'Europe de rajeunir sa vieille couronne de roses.

n ne faudrait pas cependant se faire illusion : quelque abondantes qu'elles soient, ces richesses s'épuiseront un jour si l'homme s'obstine à les détruire en laissant à la seule nature le soin de les remplacer, s'il ne met pas \de l'ordre dans une exploitation, qui tend à prendre des proportions fabuleuses. Il y a longtemps, par exemple, que la la fabrication du beurre de tortue serait devenue insuffisante dans plusieurs localités du Para si l'administration n'avait eu la sage prévoyance de réglementer et d'interdire, à certaines époques, la destruction des œufs de cet amphibie. Le syringa Surabonde dans les bois de l'Amazonie et de Mato- Grosso, mais si l'extraction de la gomme élastique continue à se faire, comme aujourd'hui, de manière à déterminer la mort de l'arbre, un jour viendra où ce produit n'existera plus qu'à l'état de rareté. Il est donc d'une grande importance, pour les intérêts matériels de l'Amazonie et de tout le Brésil, que la colonisation prenne les devants, qu'elle s'empare peu à peu de la terre pour la couvrir de riches cultures et y créer des centres industriels et manufacturiers, afin que le jour où la destruction des bois

ou répuisement de leurs produits spontanés priveront ees climats des éléments de leur richesse actuelle, ils ne soient pas exposés à devenir de stériles solitudes, des régions désertées par le commerce et la vie sociale.

Cette considération devra aussi déterminer le gouvernement à ne pas négliger l'exploitation des matières minéralogiques. Ces matières ne se rencontrent pas seulement dans les parties montagneuses qui déjà ont été signalées, on en trouve encore dans le bassin de plusieurs fleuves navigables.

Ainsi, d'énormes couches de pierre calcaire et même du granit excellent pour la confection des pierres taillées, existent près de Santarem, sur les bords du Tapajos. Le bassin du Trombetas passe surtout pour être très-riche en minéraux. Enfin, le capitaine Lasalle dit avoir trouvé, sur la rive gauche du lac Sucury, situé au-dessus d'Obidos et à 20 milles du Trombetas, en trois endroits différents mais assez rapprochés, des indices d'un dépôt de houille. Ce pourrait n'être pourtant que du bois pétrifié. La chose vaudrait la peine d'être vérifiée, car une mine de houille dans ces parages serait une richesse pour le pays. Au moyen d'un canal qui joindrait le lac Sucury au Trombetas, les steamers de la Compagnie pourraient transporter, à peu de frais, le charbon sur toute l'Amazone et sur ses affluents.

FINANCES. — COMMEBCE:

COMPAGNIE DES BATEAUX A VAPEUR DE l'aMAZONE.

On ne saurait donner une juste idée de Tétat commercial et financier des deux provinces de l'Amazonie sans exposer en même temps les services signalés que la Compagnie des' bateaux à vapeur a rendus à cette partie du Brésil. Certes, c'est une chose bien faite pour exciter une légitime et universdle admiration que l'établissement de ces véloces coursiers qui vont portant le mouvement, la richesse, la vie en des lieux qui semblaient condamnés à n'être éternellement que des déserts, sur un fleuve qui, par l'immensité même de ses dimensions, eflrayait les navigateurs ! Aujourd'hui, plus de douze cents lieues de son cours sont incessamment parcourues; les aidées éparses sur ses bords deviennent des villes ; la population se groupe autour des baies et sur les confluents des fleuves ; les relations commerciales se nouent ; la place est faite pour un grand peuple, si l'émigration européenne, lassée d'aller s'ensevelir dans les profondes et froides solitudes de l'Amérique du Nord, dirige son courant principal • vers les belles régions de de l'Amazone. Les steamers, dont les sifflements formidables ont mis en fuite les bêtes sauvages qui habitaient les bords du grand fleuve, feront également fuir la barbarie, la misère, l'ignorance ; alors les capitaux de l'Europe, si timides à s'expatrier, ne balanceront plus à prendre la route de l'Equateur pour y établir le règne de l'agriculture, de l'industrie et des arts.

Une preuve irrécusable des solides avantages que la Compagnie des bateaux à vapeur procure au Para et à la Haute- Amazone, c'est que, depuis son établissement, les revenus de ces provinces ont plus que doublé. On peut s'en assurer en jetant un regard sur le tableau suivant, qui permet de comparer les cinq derniers exercices qui ont précédé, dans le Para, rmauguration de la Tapeur, avec les cinq exercices qui l'ont immédiatement suivie. On sait que cette inauguration date de 1852.

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