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LA NECESSITE DE PLAIRE

Entre les principes les plus utiles dans le commerce ordinaire du monde, il en est un que nous ne pouvons connaître de trop bonne heure, parce que nous devons nous faire une habitude de le suivre. Combien en effet renferme-t-il d'avantages désirables? Il empêche la raison d'être farouche. Il ôte à l'amourpropre ce qui le rend haïssable. 11

supplée en quelque façon aux avantages de Tesprit, et les sauve de la jalousie qu'ils excitent lorsqu'ils sont éminents. Enfin, il influe considérablement sur notre bonheur et sur celui des gens avec qui nous passons la vie : c'est de régler notre conduite sur la nécessité où nous sommes de plaire.

J'entends par le mot de plaire une impression agréable que nous faisons sur l'esprit des autres hommes, qui les dispose, et même les détermine à nous aimer.

Avec le caractère d'honnête homme, avec bien des vertus, il semble qu'on devrait paraître aimable. Cependant il est commun de

trouver des gens dont les principes et les mœurs vous attirent, et dont le commerce vous rebute; on ne peut s'empêcher de les considérer, de les respecter et de les fuir.

Quel est dans les gens vertueux, lorsqu'ils ne cherchent point à plaire, TefFet d'une sévérité dure, et cependant estimable, avec laquelle ils portent quelquefois leurs jugements? Je ne parle point ici de cette haine à qui les défauts des hommes ne sont qu'un prétexte pour répandre son fiel; de ce chagrin caustique qui verrait avec regret disparaître de la terre les vices contre lesquels il éclate, parce qu'il n'aurait plus rien à blâmer. J'ai pour objet cette équité trop austère qui pèse les actions des autres avec le peu d'indulgence qu'elle a pour elle-même ; cet amour

de la raison et de la justice, qui, converti en passion, ne se plie pas assez à la nécessité de voir des hommes imparfaits. Quel est, disje, le fruit d'une vertu si peu sociable? Le malheur de révolter ceux môme dont elle arrache Testime.

Quand les âmes au-dessus des faiblesses ordinaires sont en même temps douces, sensibles, indulgentes, V0U3 les aimez, et c'est leur vertu même qui vous attire encore plus à elles. Mais quand vous trouvez ces personnages vertueux qui, vous regardant du haut de leur mérite, vous marquent une certaine bonté impérieuse, une certaine pitié qui vous annonce leur supériorité

et votre petitesse, vous êtes tenté de croire que le droit de vous mépriser est une récompense qu'ils s'attribuent pour la peine qu'ils se donnent de fuir les vices; vous sentez peu- d'estime pour leur vertu, et beaucoup d'éloignement pour leur personne.

Il est, je l'avoue, des vertus épurées, et qui par elles-mêmes font une forte impression sur les esprits. Tels sont le pardon des grandes offenses, le désintéressement, la générosité sur des objets importants; mais les occasions d'employer ces vertus d'éclat ne sont pas fréquentes. Quelle est pendant ces lonors intervalles la les-

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