OBSERVATION N° XL
(Mamixesco de Bucarest) rapport au Congrès d'Urologie Français, 1932, p.56%
S. P.. 22 ans, est envoyé à l’auteur le 16 juin 1932, avec le diagnostic de septicémie gonococcique. La blennorragie a été contractée 4 semaines avant. Après trois semaines de traitement par des lavages au permanganate de K, il apparaît une fièvre à grandes oscillations avec douleurs légères dans le rein droit qui a été sensible à la palpation d’après les médecins traitants.
Pas de cystite. Pas de douleurs articulaires. Traitement par vaccin anti gonococcique, uroformine, sans résultat — température reste élevée, urines troubles. Le malade présente des vomissements, des nausées, et on pouvait palper une tumeur au flanc gauche qui était considérée comme une rate paludique. Amené dans le sanatorium de Saint-Vincent de Paul, l’auteur examine le malade, qui, très affaibli, la voix rauque, la toux est sèche, nausées et vomussements incessants. On supprime le traitement médical pour observer la température quiest pendant deux jours, 37° 2, 370 4. Un écoulement urétral contient du gonocoque : les urines sont troubles avec un dépôt qui dépasse la moitié de la quantité d'urine. Mictions rares. Prostate normale. | À }
Le rein droit et l’uretère sont insensibles à la palpation. Du côté gauche, on perçoit une tumeur allongée qui a le contact lombaire, mais qui se prolonge dans l’hypocondre et vers la ligne médiane sans provoquer de douleurs à la palpation. Jamais le malade n’a eu à se plaindre de ses reins avant la blennorragie.
Radiographie thoracique montre des poumons sains. La radiographie de l'appareil urinaire accuse une tumeur dans le flane gauche et l’hypocondre de la grosseur d’une tête d’adulte. La température monte à nouveau à 38° 8. Pouls est à 120. Après quelques lavages de l'urètre, l’auteur fait une cystoscopie dans une vessie à 250 centimètres cubes de capacité, où il n’y a pas de lésions. De l’orifice urétéral gauche qui n’est pas élargi, s'écoule du pus consistant en jet continu. Le cathétérisme urétéral est facile des deux côtés. Du rein droit s'écoule des urines claires avec des éjaculations rythmiques
tandis que du côté gauche ne s’écoule rien. En comprimant la tumeur du flanc gauche, il s'écoule du pus par la sonde. En injectant 60 centimètres cubes de nitrate d'argent à 1 pour mille, il ne se produit aucune sensation dans le rein gauche et le liquide introduit ne sort
plus, mais la compression du rein fait éliminer un jet de liquide trouble.
Examen fonctionnel :
Rein droit Rein gauche Urines claires alcalines Quelques gouttes de liquide Urée : 9,40 Trouble, alcalin Rares leucocytes Très nombreux leucocytes altérés Fréquentes épithélium Pas de microbes Pas de microbes Pas de B. K.
Hémoculture négative. Urée dans le sang 0, 385. Après le cathétérisme la température à 40,5 le soir. On se décide de faire la néphrectomie le lendemain.
Le 24 juin, intervention : rachi-anesthésie à 0,10 de syncaïne. L’auteur enlève le rein à l’anesthésie locale par la voie lombaire.
La tumeur constituée par le rein très adhérente à cause de la périnéphrite qui est de la grosseur d’une tête d’adulte peut être enlevée sans être ponctionnée et sans la résection des côtes. Un bon drainage est assuré. Le soir même, la température descend à 37,2 et pendant 13 jours, varie entre 36,4 et 37,8. La toux, les nausées, les
|! vomissements disparaissent et le malade s’alimente bien. Une petite
escharre sacrée s’élimine. Le 14 juillet, la température commence à nouveau à s'élever à 39,4 et 40,5, la toux, les nausées, les vomissements reviennent la plaie est atone, l’état général est mauvais. L’hémoculture est négative. Le malade n’accuse aucune douleur
nulle part ; un traitement avec de la quinine et cryogénine fait
baisser la température pendant 2 jours, mais le 3° elle monte à 40,2. Par le rectum, avec une selle le malade élimine environ 209 centimètres cubes de pus fétide de couleur verdâtre et la température tombe à 37,4. Une radioscopie montre une zone opaque sous le diaphragme au-dessus de l’angle gauche du colon. Les mouvements du diaphragme pendant la respiration sont diminués de ce côté. Le len-" demain, le malade a des sueurs profuses, de lipothimies, la toux sèche et la température est de nouveau à 39,4. Une nouvelle évacua-
Z. Mass. at
tion de pus par le rectum amène Ja disparition de ‘tous les phénomènes et le malade sort du saratorium le 127 août en bon état.
La pièce enlevéé est constituée par une poche de la grosseur d'une tête d’adulte allongée, fluctuante, L'urétèreest gros et dur. Le bassinet ne peut pas être délimité de la poche. A la coupe, on voit que le bassinet est très dilaté et se continue avec le reste de la poche qui est divisée en 3 compartiments par du tissu fibreux. La corticale du rein est réduite à 2 ou 3 millimètres, le contenu est formé par du pus jaune verdâtre très fétide avec des gonocoques. Les cultures donnent des colonies abondantes de gonocoques.
Cette observation est intéressante par sa rareté, par évolution latente, elle peut s'expliquer par destruction du rein, par une vieille hydronéphrose sans autre symptôme et légère bouflissure du visage observée par le malade depuis plusieurs années avant la blennoragie.
La collection sous-diaphragmatique survenue ultérieurement à l’opération a commencé à se former avant, par la propagation lymphatique de l'infection rénale. Malgré l’état précaire du malade, la néphrectomie put être pratiquée sous anesthésie locale, et malgré le volume appréciable de la tumeur et les adhérences qui compliquaient l’extirpation. L'auteur a pu la mener à bonne fin, sans être obligé de la ponctionner et de reséquer les côtes.
Les suites opératoires ont été excellentes pendant 13 jours.
L’évacuation spontanée de la collection sous-diaphragmatique s’est terminée par une guérison définitive.